Les biens de l'abbaye de Port-Royal à Saclay

Chronique du Vieux Marcoussy ------------------------------------- _------------------- --------- Octobre 2010

Extraits d'une carte générale des environs de Versailles (XVIIIe siècle).

C. Julien

JP. Dagnot

 

 

 

Après avoir décrit la formation du fief de l'Hôpital Saint-Jean de Jérusalem à Saclay, nous abordons les chartes de l'abbaye de Porois (1), monastère au diocèse de Paris plus connu sous son nom mystique «  Port-Royal  » qui concerne des donations de biens à Saclay. La paroisse de Saclay, «  Sarcleyo  », «  Sarcloy  », «  Sarcleis  », puis dénommé «  Saclé  » jusqu'au XVIIIe siècle, avait une étendue assez considérable et comptait de nombreux seigneurs tant laïcs qu'ecclésiastiques (2).

Rappelons que Saclay, était une paroisse (sous le titre de Saint-Germain) du doyenné de Châteaufort dans l'archidiaconé du Josas. Lors du dénombrement de 1709, «  l'accouplement de Saclé et Villeras formoient le nombre de 61 feux  » nous dit l'abbé Lebeuf. Selon le savant abbé, le baron de Chevreuse possédait trois fiefs à Saclay et un fief au Plessis-Trois-Pierres près Villetain. En octobre 1381, l'aveu fait à Pierre de Chevreuse comportait «  40 arpents de terre sis à Saclay  ».

L'abbaye de Sainte-Geneviève à Paris eut des biens à Saclay, c'est pour cette raison que son abbé intervint à plusieurs reprises dans les chartes des Hospitaliers au XIIIe siècle. «  Elle y jouissoit alors d'un droit d'avoine marqué dans son livre censier de ce tems-là  ». Le couvent Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers avaient reçu une ferme à Saclay en 1308. Puis, l'abbé Lebeuf poursuit : «  Dans l'énumération publiée par Sauval des biens de la commanderie de Saint-Jean-de-Latran, est marquée une terre à Saclay. Les Célestins de Marcoussis y possédoient la ferme de la Tournelle tenue en fief de Chevreuse  ».

 

 

Les libéralités pieuses

À partir du XIe siècle, les libéralités pieuses des aristocrates s'accélérèrent pour former des fiefs ecclésiastiques qui ne cessèrent, depuis lors de grossir. Un exemple significatif est celle de Hervé de Chevreuse «  Herveus de Caprosia  » qui, en mai 1262, sentant sa santé décliner, rédigea son testament (3).

Ce chevalier prend un soin particulier à son salut en distribuant des aumônes un grand nombre de maisons religieuses, à l'église de Paris, à trente-trois prêtres qui reçoivent cinq sous chacun, à charge d'une trentaine de messes (4), à six léproseries, à ses deux sœurs, l'une religieuse au couvent de Hierres et autant à son autre sœur religieuse à Haute-Bruyère, et divers dons à ses serviteurs et aux pauvres de ses terres. Parmi les libéralités aux monastères, il se trouve :
• à l'abbaye des Vaux de Cernay, le legs principal de 100 livres tournois pour une messe quotidienne pour lui, sa femme, ses ancêtres et pour sa belle-mère Sebilla, dame de Alnetto, et six calices en argent.
• à l'abbaye de Port-Royal, 10 livres tournois,
• à l'abbaye de la Roche , 10 livres tournois,
• à la fabrique de l'église de Paris, 10 sols,
• à l'église de Paris, 10 sols,
• au curé de Rambouillet, 60 sols,
• puis
son grand cheval aux hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem .

Depuis le commencement du XIe siècle, le clergé s'efforçait, à faire disparaître les dîmes inféodées, et, en cas de vente, il prescrivait qu'elles fussent offertes d'abord au curé de la paroisse, puis à un établissement religieux. Les évènements allaient précipiter le transfert des dîmes, suite aux besoins pécuniaires des seigneurs qui se croisaient pour délivrer la Terre Sainte.

À Saclay, les monastères des environs comme les frères de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem étaient favorisés par les autorités religieuses régulières, car le bas-clergé était exclu des transactions faute de deniers. Toutefois, le transfert des dîmes inféodées n'alla pas sans problèmes. Au XIIe siècle, de nombreux arbitrages furent donnés par l'Official de la curie parisienne pour préserver les intérêts des paroisses. Pour illustrer, ces transferts nous donnons le cas de Guillaume de Maurepas qui amortissait à l'abbaye des Vaux de Cernay des biens donnés ou vendus à ce monastère et mouvant en fiefs ou en arrière-fiefs de la châtellenie. Vers la même époque, Philippe de Lévis, archidiacre du Pincerais, avait acheté de ce même Guillaume son parent la dîme de Maurepas qui fut acquise peu de temps après par Pierre de Richebourg et par sa femme Aveline de Corbeil, veuve en premières noces de Guy III, seigneur de Chevreuse, puis cette dîme fut vendue par eux en 1213 aux chevaliers du Temple de la Ville-Dieu . Guy IV, seigneur de Chevreuse, dans le fief duquel cette dîme était située, étant alors mineur, ne ratifia cette vente qu'en 1226.

C'est en avril 1233 que, dans une lettre de Guillaume III, évêque de Paris, l'abbaye de Notre-Dame de la Roche achète au chevalier Guillaume d'Issy «  Guillermus de Yssiaco  » trois arpents de pré à la Chapelle-Milon «  Capellam juxta Caprosiam  » dans la dépendance du chapelain de ce lieu. Le vendeur doit assigner au même chapelain, en raison de sa chapellenie, une rente annuelle de cinq sols à la requête du doyen de Saclay «  ad requisitionem decani de Sarcleio in episcopatu Parisiensi ».

En ce qui concerne le couvent de Port-Royal, la légende d'une abbaye pauvre n'est pas de mise, la générosité des fondateurs ayant pourvu à l'origine à tous les besoins. Dès lors, les religieuses sont en mesure de faire de nombreux achats. En 1207, elles achètent pour 160 livres à Gui, seigneur de Chevreuse, un moulin, un pré et un bois. En 1234, achat pour 210 livres de 15 arpents à Saclay ; en 1241, achat pour 193 livres de 36 arpents de terre à Saclay . Une autre catégorie de transactions immobilières portait sur des échanges d'héritages afin d'unifier les fiefs qui s'étaient trouvés morcelés au cours des siècles (5).

 

Le village de Saclay (dessin au fusain, musée de l'Île-de-France, Sceaux).

 

 

Achat de la dîme de Saclay

Deux chartes du cartulaire de l'abbaye de Port-Royal se rapportent à l'achat de la dîme de Villers à Saclay. Toutes deux sont datées de septembre 1224. Le premier diplôme est la confirmation par Barthélemy, élu évêque de Paris, qui, continuant l'œuvre de ses prédécesseurs, encourage à acheter les dîmes inféodées bien que l'Église s'opposait à de telles pratiques de manipulation numéraire (6). Comme nous allons l'apprendre la dîme concernée avait été payée au bon prix de 170 livres .

«À tous ceux que ces lettres verront, Barthélemy par la grâce de Dieu, humble ministre et évêque de Paris, salut en le Seigneur. Nous faisons savoir que Hugues de Jouy «  Hugo de Joiaco  », chevalier, détenait une dîme dans la paroisse de Saclay «  decimam quandam in parrochia de Sarcleyo  » et que les laïcs sont obligés de rendre cela dans les mains du curé de la paroisse, ou bien de l'obligation de la mettre en gage quand le curé veut rester neutre avec le renoncement à la possession de la dîme de la paroisse et ceci ne peut être remis en possession. Aussitôt après, le susdit chevalier Hugues résigne cette dîme en nos mains et supplie de l'assigner à l'abbaye de Port-Royal. À l'instant acceptant sa supplique nous assignons ladite dîme à la dite abbaye. Après cette résignation du susdit chevalier et notre assignation, dame Margaret, l'épouse dudit chevalier, approuve et consent également à céder ce bien qui était sa dot et le donne à perpétuité au susdit monastère. En témoignage de cette chose, mon scel a été apposé sur les présentes lettres. Fait en l'an de grâce 1224, au mois de décembre".

La confirmation de l'achat de la dîme de Villiers à Hugues de Jouy est donnée par Bouchard de Marly en septembre 1224 (charte LXXX) . Voici une traduction sommaire de cette charte. "Que chacun sache que le chevalier Hugues de Jouy, surnommé de Moulin avec la volonté et l'assentiment de sa femme Margaret, a vendu au monastère de Port-Royal toute la dîme qu'il possédait à Vilers en la paroisse de Saclay «  totam decimam suam apud Vilers in parrochia de Sarcleyo  » moyennant 170 livres parisis. Moi Bouchard, seigneur de Marly dont cette dîme est dans ma mouvance féodale, j'approuve, veux et concède cette vente avec l'assentiment et la volonté de Mathilde, ma femme et mes fils Pierre et Bouchard pour que le monastère possède cette dîme à perpétuité, librement en paix. Et pour témoigner que cette chose soit ferme, mon scel a été apposé sur les présentes lettres. Fait en l'an de grâce 1224, au mois de décembre".

 

 

Les dons de Mathieu et Étienne de Meudon

En avril 1225, Amaury d'Issy confirme les dons de Mathieu et Étienne, chevaliers de Meudon (charte LXXXIV). Voici la traduction succincte. "Moi Amaury d'Issy, chevalier, par ces présentes lettres à tous présents et futurs faisons savoir que moi et ma femme Odeline et mes héritiers approuvons et concédons à l'abbaye de Port-Royal l'aumône faite par le chevalier Mathieu de Meudon et Étienne de Meudon, chevalier, neveu de Mathieu, constituée par six setiers de blé, deux setiers de vin et dans une certaine mesure approuvons et concédons à cette abbaye en perpétuelle tranquillité et paix pour ce qui nous concerne, et qu'on ne vienne pas perturber cette possession. En mémoire et témoignage de cette chose, et pour fortifier ces présentes lettres nous apposons notre sceau. Fait en l'an de grâce 1225, au mois d'avril".

 

 

Le don de Jeanne d'Orsigny

Devant l'évêque de Paris, la donation de Jeanne d'Orsigny est approuvée en mai 1230 par Robert de Saint-Cyr (charte CXX). Voici la traduction sommaire. "Guillaume, par la grâce de Dieu indigne ministre de l'Église de Paris, à tous ceux que ces lettres verront, au nom du seigneur salut. Nous faisons savoir qu'en notre présence, le chevalier Robert Sannappe «  Robertus Sinenapis  » approuve et concède la donation de Jeanne, la fille de défunt Roland d'Orsigny faite à l'abbaye et moniales de Porrois de l'ordre de Citeaix «  abbatie monalium de Porresio Cistertiensis ordinis  » et que vis-à-vis de ce legs il approuve pour que nul ne vienne le prendre. De cela, Margaret, femme du chevalier Robert, avec grand respect met cet acte dans les mains de Barthélemy, curé de Saclay, celui-ci nous l'envoie en particulier, de la même façon le curé nous fait publier ces présentes lettres. En mémoire et témoignage de cette chose, et pour fortifier ces présentes lettres nous apposons notre sceau. Fait en l'an de grâce 1230, au mois de mai" (7).

 

 

La vente de Guillaume d'Issy

La charte CL datée de novembre 1234 concerne la vente par Guillaume d'Issy de 11 arpents à Saclay à l'abbaye de Port-Royal avec le consentement de ses seigneurs Jean Estricart et Simon de Saint-Médard. C'est l'official de la curie de Paris qui confirme cette transaction.

Voici une translation sommaire : "A tous ceux que ces présentes lettres verront, l'Official de la curie de Paris, au nom du Seigneur, salut. Nous faisons savoir qu'en notre présence le chevalier Guillaume d'Issi et Sedille sa femme , amenèrent la pièce de terre qu'ils possédaient et avaient en la paroisse de Saclay au lieu-dit appelé Frigidus Bos qui contient onze arpents de terre ou plus. Ils reconnaissent vendre cette terre au monastère de Porrois à raison de 10 livres l'arpent. Ne retenant rien de cet héritage. Les susdits vendeurs promettent et font foi de ne pas contester cette transaction dans le futur et que ladite pièce de terre sera tenue en mainmorte par les religieuses selon les us et coutumes de France. La susdite Sedille, femme de Guillaume, abandonne d'une manière ferme, spontanée et sans avoir été forcée cette pièce de terre qui était une part de sa dot. De plus, le chevalier Jean Estriquart, le premier seigneur et Simon de Saint-Médar le second seigneur, desquels la terre est dans la mouvance approuvent et concèdent cette vente en notre présence. Ensuite, avec hésitation Jean Estriquart, premier seigneur et Simon de Saint-Médar, second seigneur, et sa femme prennent l'engagement qu'au cas où quiconque venait à ce dire premier ou second seigneur de ladite terre, eux-mêmes conserveraient leurs droits sans dédommager lesdites religieuses et sans préjudice tout ce qu'ils avaient et auraient perdu leur serait restitué. Et pour affirmer ce qui vient d'être dit, les chevaliers Jean frère de Guillaume et Pierre de Marly, l'un et l'autre, fermement ; se portèrent réellement caution. De ce fait, Isabelle, femme du chevalier Jean Estriquart, approuve et concède la susdite vente du bien qui faisait partie de sa dote entre autres et met l'acte dans les mains du curé de Bièvre pour nous être adressé. De même ce prêtre certifie la véracité des présentes lettres faites en l'an de grâce 1234, au mois de novembre".

Nous avions rencontré précédemment ce Simon de Saint-Médard, seigneur laïc de Saclay. En 1233, il possédait un fief dans lequel se trouvait une terre de huit arpents vendue par Gérard le Viaucres aux frères de l'Hôpital Saint-Jean de Jérusalem. Puis, en novembre 1238, ce même seigneur avait accordé l'amortissement d'une autre terre labourable de six arpents sis en la paroisse de Saclay (cf. Les biens des chevaliers de l'Hôpital de Jérusalem à Saclay ).

 

 

La vente de terres par Gervais Le Viautre

Quatre actes de vente concerne la cession de terres à Saclay par le chevalier Gervais Le Veautre dont deux auraient été rédigés en décembre 1241, le vendeur, bien vivant, se trouvant devant l'official, alors pour les deux autres datées d'avril 1241, le vendeur était mort «  defunctus Gervasius le Viautre  ». Que fait-il en penser ? Un erreur de transcription de la date de rédaction puisque les actes apparaissent sous les numéros croissants du cartulaire ; il faut donc lire décembre 1240.

La première charte est l'acte d'achat par le couvent de Port-Royal à Gervais Le Veautre de trente-six arpents à Villeras. "À tous ceux que ces lettres verront, l'Official de la curie parisienne, au nom du seigneur, salut. Nous faisons savoir qu'en notre présence, le chevalier Gervais Le Veautre et sa femme Catherine reconnaissent vendre en mainmorte à l'abbesse et couvent de Port-Royal, 36 arpents de terre arable en la paroisse de Saclay au terroir de Villeras «  in territorio de Villa Rati  » moyennant 200 livres parisis moins 100 sols. Il est reconnu que cette terre était chargée d'une redevance annuelle de 5 setiers de blé détenue par l'abbesse et le couvent susdit. Il est déclaré que quatre arpents de terre dans le susdit terroir appartenant à défunt Gui de Viletein, écuyer, neveu du susdit Gervais, sont la propriété des susdits abbesse et couvent. Le vendeur promet de garantir dans le futur ce contrat de vente des 40 arpents de terre vis-à-vis des droits féodaux et vis-à-vis de la détention de cette terre en mainmorte par les susdits abbesse et couvent. La susdite dame Catherine accepte de céder de manière spontanée ni plus ni moins cet héritage qui faisait partie de sa dot. Fait en l'an de grâce 1240, au mois de décembre".

 

Le hameau de Villeras sur la carte de Cassini.

 

Le second diplôme, daté de décembre 1240, est la confirmation par Mathilde de Marly de la vente par Gervais Le Veautre de quarante arpents à Villeras. "À tous ceux que ces lettres verront, moi, Mathilde dame de Marly, au nom du seigneur, salut. Nous faisons savoir que moi, en tant que second seigneur, souhaite et concède que l'abbesse et le couvent de Port-Royal aient et détiennent en mainmorte à perpétuité ce qui leur a été vendu, les 40 arpents de terre arable situés en la paroisse de Saclay au terroir de Villeras, que les susdits abbesse et couvent ont acquis de noble homme Gervais dit Le Veautre, chevalier, et Catherine sa femme. C'est-à-dire 36 arpents moyennant 200 livres parisis moins 100 sols et quatre autres arpents que les susdits Gervais et Catherine laissent aux susdits abbesse et couvent pour cinq setiers de blé. Cette terre était celle de Gui de Viletain, écuyer, qui était le neveu du susdit Gervais, et ces quatre arpents sont dans ma mouvance féodale en second rang. En témoignage de cette chose, mon scel a été apposé sur les présentes lettres. Fait en l'an de grâce 1240, au mois de décembre".

La troisième charte d'avril 1241 est la confirmation par Amaury d'Issy de la vente de Gervais Le Veautre au couvent de Port-Royal. Elle concerne une terre au terroir de Villever. "À tous ceux que ces lettres verront, l'Official de la curie parisienne, au nom du seigneur, salut. Nous faisons savoir qu'en notre présence le chevalier Amaury d'Issy quitte, cède et vend une terre au terroir de Villever en la paroisse de Saclay «  in territorio de Villever in parrochia de Sarcleyo  » qui appartenait à défunt Gervais le Viautre, chevalier, frère dudit Amaury et Catherine, sa femme, ladite vente faite à l'abbesse et couvent de Port-Royal. Nous promettons et garantissons que tout ceci est vrai et fidèle à la vérité sans aucune fraude… Fait en l'an de grâce 1241, au mois d'avril".

Le dernier diplôme est la quittance du prix d'une vente par Catherine, veuve de Gervais Le Veautre. "À tous ceux que ces lettres verront, le doyen de Saclay, salut. Vous devez savoir qu'en notre présence Catherine, veuve du défunt chevalier Gervais Le Viautre, reconnaît avoir reçu en pièces de monnaie 180 livres parisis «  novies viginti libros parisiensis monete  » pour la vente, aux abbesse et couvent de Port-Royal, de quatre arpents de terre situés au terroir de Villerat en la paroisse de Saclay. Nous avons apposé notre scel sur les présentes lettres. Fait en l'an de grâce 1241, au mois d'avril".

 

 

L'échange avec Amaury de Meudon

En février 1270, un échange de biens a lieu entre Amaury de Meudon «  Almarricus de Meuduno  » et les dames de l'abbaye de Port-Royal «  Portus-Regis  ». Il s'agit de terres proches le territoire de la paroisse de Saclay. "À tous ceux que ces lettres verront, Amaury de Meudon, chevalier et Haoysis sa femme , au nom du Seigneur, salut. Que tous sachent qu'avec la religieuse personne Eustachie, humble abbesse de Port-Royal, de son plein gré avec toutes les dames de ce couvent, nous vendons partiellement et faisons une permutation d'héritages. Nous abandonnons une grange avec tout ce qu'elle comporte que nous possédions et avions dans le village de Villiers proche Châteaufort « in Villaribus juxta Castrum-Forte  » tenant à notre fief en ce lieu et à celui du seigneur Robert dit Blanchet et de Marie dite La Chate et trois quartiers ou environ de terre arable qui nous possédions et avions au terroir de Perfont, entre nos terres. Cette vente est réalisée moyennant 40 livres parisis payées en monnaie par le susdit couvent. L'échange consiste en 15 quartiers ou environ de terre arable et 6 quartiers ou environ que nous avions, tenions et possédions du côté de la route de d'Orsigny «  versus viam de Orsignies  », contiguës de la terre de ladite abbaye. Ces biens seront détenus pacifiquement à perpétuité et l'amortissement en mainmorte sera payé par nous-mêmes. Nous Amaury et ma femme Haoyis garantissons que tout ceci est vrai et fidèle à la vérité dans aucune fraude ni mal gré. Pour affermir, fortifier et rendre stable à toujours ces présentes lettres, nous apposons notre scel. Fait en l'an de grâce 1270, au mois de février" (8).

Enfin, on remarque qu'au sein même de l'Église les affaires patrimoniales n'allaient pas sans problèmes. Le 23 janvier 1320, un arrêt du Parlement fixant au dimanche après la Purification la montre des lieux dans un procès intenté au chambrier de France par l'abbé de Sainte-Geneviève, le prieur de Saint-Martin des Champs, le chapitre Saint Marcel et les frères de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem ; ces derniers en raison de biens ayant appartenu à l'ordre du Temple. Les parties se réuniront au Châtelet et se rendront de là sur les lieux.

 

 

Notes

(1) A. de Dion, Cartulaire de l'abbaye Notre-Dame de Porois (A. Picard et Fils, éditeurs, Paris, 1903).

(2) À son départ pour le «  voïage de la Terre-Sainte  », où il trouva la mort, Mathieu d'Attichi, cadet de la maison de Montmorency, seigneur de Marly, laissa, en 1202, à son épouse Mathilde de Garlande, des sommes considérables pour être employées en œuvres de piété. Ayant pris conseil auprès d'Eudes de Sully, évêque de Paris, Mathilde crut qu'elle n'en pouvait faire meilleur usage, que d'en fonder un monastère. Dans ce dessein elle acheta le fief de Porrois ou Port-Royal où, en 1204, elle jeta les fondements d'un couvent sous l'ordre de Citeaux.

(3) M. Moutié a raconté la vie d'Hervé de Chevreuse (1205-1262), seigneur de Maincourt, fils de Gui III (1180-1210) et d'Aveline de Corbeil (1180-1129) et frère de Gui IV, que le P. Anselme a confondu avec son neveu, Hervé, fils de Gui IV. Son tombeau aux Vaux-de-Cernay donne ses armes : une croix cantonnée de quatre lions au lieu de quatre aigles, et le nom de sa femme, qui lui survécut peu, Clémence d'Aulnois.

(4) Le nombre 33 n'est pas pris au hasard, il correspond à l'âge du Christ lors de la Crucifixion.

(5) C'est chez les bourgeois de Paris que nous trouvons la plus tenace volonté de rassemblement des biens. Par exemple, voici le cas de Pierre Mérault, marchand et bourgeois de Paris, qui, en 1509, avait hérité de son beau-père le petit fief des Mariettes, à Saclay, avec 33 arpents de terres. En 1571, résultat d'une série d'acquisitions, son fils possédait un magnifique domaine de 402 arpents, dont le noyau était formé de cinq petits fiefs autour desquels les censives étaient venues s'agglomérer.

(6) La charte comporte l'initiale B. qui signifie Bartholomenus . Barthélemy, élu évêque de Paris en décembre 1223, mourut le 19 octobre 1227.

(7) Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris de 1227 à 1249. Robertus Sinenapis de Sancto-Ciryaco était vassal de Philippe-Auguste pour la moitié des Loges-sous-Rochefort, etc., et devait deux mois de garde à Montlhéry

(8) Eustachie, abbesse, succéda à Anne, qui vivait en 1262. Elle mourut le 16 avril, vers 1272 (selon Fisquet).

 

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