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Le domaine d'Armenon aux Molières (3) de 1789 à nos jours

Cette chronique est le troisème volet d'un domaine situé aux Molières en Essonne. En 1789 ce lieu appartient à Jean-Baptiste Vivien, notaire parisien retraité.

 

JP.Dagnot Juin 2013

Plan du dommaine en 1886.

 

Armenon à la veuve et aux héritiers J-B Vivien

Jean-Baptiste Vivien décède à Paris en pluviose an 4. Son inventaire après décès est demandé par son épouse Marie Goblet demeurant rue des blancs manteaux, section de l'homme armé, comme aussi à la requête d'Alexandre Vivien, d'Aubin Vivien, conducteur en chef dans les transports militaires, de Jean Ducluseau, époux d'Adélaïde Vivien, de Charles Tirlet, époux d'Euphrasie Vivien, de Jean Perrault époux d'Anastasie Vivien, et d'Alphonse Vivien, lesquels se disant héritiers chacun pour un sixième de leur père. Notons une bibliothèque de 550 volumes, une maison à Versailles. Le couple a vécu en location à Paris, en villégiature dans la maison bourgeoise du Fay aux Molières et peut-être également à Versailles où ils possèdent également une maison.

 

 

Fin 1802, les mêmes enfants requièrent cette fois l'inventaire des biens de leur mère Marie Madeleine Goblet . On apprend que la succession de la communauté avec son époux n'a pas été liquidée. L'inventaire se passe toujours à Paris rue des blancs manteaux. Le contenu de l'acte consiste à reprendre l'inventaire du mari sans apporter d'informations sur Armenon.

En l'an 11, devant Bourges notaire à Passy, Jean Ducluzeau de Chenevières, avoué au tribunal civil de la Seine demeurant rue des Mathurins, comme marie d'Adélaïde Vivien, et autorisé par ses cohéritiers, baille pour six années à Jean René Quiclet, fermier laboureur demeurant à Armenon, depuis longtemps ledit Quiclet y étant né, la ferme d'Armenon consistant en les bâtiments logement pour le fermier, grange à bled et à avoine, écurie, vacherie, bergerie, poulailler, toit à porcs, greniers, chambres, chartrie, et abreuvoir avec jardin, paturages, terres labourables, prés et dépendances, venant de la succession de la citoyenne dame Vivien, telles qu' énoncées au bail de 1781, ce dernier fait moyennant la somme de 2.500 francs de fermage.

 

 

Armenon aux Target

En l'an 12, pour sortir de l'indivision de la ferme d'Armenon, les héritiers Vivien portent l'affaire devant le tribunal de la Seine, où un jugement rendu en l'audience des criées adjuge la ferme d'Armenon et dépendances à Guy Jean-Baptiste Target, moyennant 66.050 frs, outre les charges de l'enchère; ladite adjudication faite sur la licitation desdits biens par Charles Tirlet avoué et son épouse Euphrasie Vivien, Aubin Vivien et Alphonse Vivien, héritiers chacun pour un sixième contre Alexandre Vivien, Jean Ducluzeau et Adélaïde Vivien son épouse, et Jean Denis Perrot comme tuteur des enfants mineurs de lui et de feue Anasthasie Vivien, héritiers également pour un sixième. On voit que les héritiers n'étaient pas du même avis. Notons qu'une somme de 20.000 frs est retenue pour le mariage d'Alphonse Vivien.

 

 

Début 1806, le paiement de la ferme d'Armenon est finalisé par le versement fait par Madame Target de 10.175 frs. Jusqu'à présent le mari assurait; le paiement par sa femme doit être un signe, effectivement en septembre 1806, Guy Jean-Baptiste Target décède en sa ferme des Molières. Là deux possibilités, il possède un ferme dite des Molières en ville, et une résidence d'été modeste à Quincampoix, également avec une ferme. Ceci est élucidé par les inventaires après décès qui suivent:
- à la mi-octobre le notaire parisien commence ses relevés dans le logement parisien... Il se poursuit à Montmorency; nous retiendrons une cave bien fournie et surtout une bibliothèque renfermant 4.384 volumes, ce qui laisse entendre une résidence secondaire fréquentée et préférée à celle des Molières;
- fin octobre, le notaire de Limours procède de même aux Molières, on ne reconnaît pas Quincampoix, et la liste des articles correspond à la ferme en ville, contenant des grains et ustensiles mentionnant où est décèdé le sieur Target ...

Notons en 1822, le mariage de Constant Louis Prevost avec Amable Jeanne Target. Constant Louis Prevost, bachelier es-lettres et sciences des facultés de Paris, professeur de géologie à l'Athénée, membre des sociétés philomatique d'histoire naturelle et de Linnéenne de Paris, en son nom personnel, et mademoiselle Amable Jeanne Target, fille majeure de feu Guy Jean-Baptiste Target, ..., et de dame Jeanne Louise Leroy de Lisa sa veuve , ladite demoiselle stipulant pour elle, ... les époux seront communs en biens, le futur apporte 66.000 frs, la future apporte ses biens venant de la succession de son père, ..., la mère comme pour ses autres enfants apporte 12.000 frs, les époux se font donation mutuelle entre vifs. Ce couple va acheter en 1826 le château de Montmorency avec sept hectares de parc, à André Leroux, agent de change, moyennant une somme de 110.000 frs. Ce tte propriété est située dans la même ville que la résidence des Target; elle sera utilisé dans un premier temps comme maison de campagne, puis deviendra par la suite une source de revenus, le couple préférant Armenon.

En 1831, la veuve Target décède en sa demeure de la ferme de Quincampoix, âgée de 59 ans. L'année suivante, un acte de notoriété du décès de la veuve est dressé par deux propriétaires parisiens disant qu'il n'a pas été fait d'inventaire après décès et qu'elle laisse pour seuls héritiers chacun pour un quart ses quatre enfants. Suit la liquidation et partage des biens du couple Target-Leroy de Lisa entre:
- Louis Ange Target, préfet du Calvados,
- Constant Prévost, professeur de géologie et Désirée Target son épouse,
- Jean Baptiste Benjamin Allain, chef de bureau au ministère de la justice et Emilie Target son épouse,
- Jules Desnoyers et Louise Aglaë Target son épouse,
Lesdits héritiers chacun pour un quart de Guy Jean Baptiste Target, ancien avocat, conseiller à la cour de cassation, membre de l'institut et de la légion d'honneur, que de Jeanne Louise Leroy de Liza, tous deux décédés à Quincampoix.
Relevons un état du mobilier à Paris, Quincampoix, Montmorency, des terres à Vemars. Les biens sont ensuites estimés:
- sur l'arrondissement de Rambouillet notons Quincampoix, Armenon, les Mollières, Troux, Montabé et Gometz-la-Ville, maison d'habitation pour les maitres, logement des fermiers et bâtiments d'exploitation pour 857.780 frs,
- dans le département de la Marne à Damery, terres pour 26.000 frs,
- la maison de maître à Montmorency, arrondissement de Pontoise, consistant en maison, cour, jardin, 36.000 frs ,
- terres à Eaubonne 22.000 frs,
- terres à Vemars 32.000 frs,
desquels biens les fermes de Quincampoix et des Mollières étaient possédées par Mr Target père depuis plus de 50 ans... Les fermes d'Armenon et de Gometz acquis pendant la communauté de bien des deffunts, et le domaine de Montabé par la veuve.
Masse à partager 1.035.645 frs.
Ne retenons pour cette chronique que la ferme d'Armenon consistant en bâtiments d'habitation pour le fermier avec pavillon pour les maîtres, cour, jardin, bâtiment d'exploitation et dépendances entourés en partie de fossés remplis d'eau, plus 113 hectares en 84 pièces, ramenée pour le partage à 87 hectares.
- premier lot: Quincampoix, avec une soulte pour le lot 3.
- second lot: Armenon échu à Constant Prévost, pour 258.911 frs,
- troisième lot: ferme des Molières dite du Fay à Louis Target, préfet du Calvados,
- quatrième lot: ferme à Gometz à Jules Desnoyers.

Notons en 1847, le mariage des futurs propriétaires d'Armenon, à savoir l'union entre Claude Lafisse et Louise Prévost; les parents de la future apportent un trousseau de 6.000 frs, une somme de 10.000 frs et 90.000 frs qu'ils recevront en 1852.

Le couple Constant Target fait le point en 1849 par le biais d'un testament rédigé par le professeur qui le rédige à la Sorbonne; Amable Jeanne Target est instituée légataire de la part de son mari. Les dépenses faites par moi dans la ferme d'Armenon, depuis que ma femme en est propriétaire, ainsi que celles que je propose de faire, tant en acquisitions, qu'échanges, déffrichements, constructions, embellissements, ayant pour but de préparer à ma femme un séjour fort agréable, et plus en rapport avec ses gouts que celui de notre propriété de Montmorency, je déclare par la présente disposition testamentaire spéciale, vouloir que lors de la liquidation de ma succession, ma femme reprenne en nature la ferme d'Armenon et ses dépendances, dans l'état où elle se trouveront au moment de mon décès, avec les meubles et ustenciles qui seront alors sans en rien excepter; je regarde et mes enfants regarderont cette expresse résolution autant comme un acte de toute justice de ma part que comme un témoignage de profonde reconnaissance que je dois à leur mère.

Cinq après, Constant Louis Prevost, officier de la légion d'honneur, membre de l'institut, professeur de géologie à la faculté des sciences de Sorbonne, décède en sa maison de campagne à Armenon. Notons lors du décès, la présence d'Edmé Chauvin régisseur à Quincampoix. La semaine suivante, à la requête de:
- Amable Jeanne Désirée Target, rentière, veuve de Constant Prévost,
- Jeanne Constance Bathilde Prévost, épouse Alphonse Duval, général commandant le département de Deux-Sèvres,
- Louise Constance Prévost, épouse Claude Lafisse, avocat à la cour royale,
habiles à se porter seules héritières chacune par moitié de leur père.

L'inventaire commence à la Sorbonne où habitait le couple. La veuve déclare verbalement le mobilier propre de leur résidence à Armenon. Début février, le partage entre la mère et les deux filles est réalisé: masse de l'actif 624.000 frs. masse du passif 60.000 frs.
En raison du contrat de mariage et de plusieurs conventions, les droits de la veuve sont en toute propriété 277.000 frs et en revenus 241.000 frs correspondant entre autres à la moitié de Montmorency et à Armenon.
Les droits de Mme Duval représentent en toute propriété 142.000 frs et en nue propriété 121.000 frs.
Enfin les droits de Mme Lafisse sont en toute propriété 142.000 frs et en nue propriété 121.000 frs
Notons les valeurs de Montmorency 150.000frs et Armenon 40.000frs . La ferme représente d'après un tableau récapitulatif 5% des capitaux.

La veuve Amable Target rédige également son testament en 1857:
- je laisse au père Audry Augustin 150 frs de rente,
- je laisse à la commune des Molières 2.000 frs qui seront placés en rente pour le soulagement des malades pauvres ,
- je laisse à la fabrique des Molières 200 frs également placés pour une messe annuelle à perpétuité pour le repos de mon âme et celle de mon mari et aussi celle de mes père et mère,
... Armenon est un très bon bien qu'il faut transmettre à mes petits enfants (s'il est possible) j'aurai été très malheureuse de ne pas laisser à mes enfants ce que j'avis reçu de mes parents...
- je laisse au second fils de François Lenoble, le petit Louis notre filleul, 300 frs en un livret sur la caisse d'épargne pour le libérer de la conscription.

En 1875, Monsieur Lafisse, comme mandataire de sa belle-mère fait bail à Eugène Benoist cultivateur et à Adélaïde Mercier son épouse, demeurant à Armenon, ladite ferme consistant en :
- les bâtiments d'habitation, formant le logement actuel du fermier, plus deux laiteries et caveaux dans le principal corps de logis,
- plus les bâtiments d'exploitation, écurie, étable, bergeries, et granges, chambres à grain, hangars, généralement toutes les parties de bâtiment à l'exception de celles qui ont été réservées par la bailleresse cités cy- après,
- la quantité de 98 hectares de terres labourables, prés, jardin, emplacement de la ferme.
Mr Lafisse a réservé à la bailleresse, le premier étage et les greniers du principal corps de logis, plus toute la partie des bâtiments qui est au nord du fournil et comprend l'escalier avec une porte de sortie sur la cour, et un petit bâtiment neuf contenant au rez-de-chaussée un petit escalier et une cuisine à l'entresol, plus la traversée de la grange à avoine...
Le bail fait pour neuf annnées moyennant un fermage annuel de 10.700 frs . Il a été évoqué le bail précédent fait en 1865 au couple Benoist avec une augmentation durant les trois dernières années annulée en raison des pertes subies par la guerre.

La veuve Prévost décède en 1878. Son inventaire après décès débute la semaine suivante: à la requête de :
- Louise Constance Prévost, épouse de Claude Louis Lafisse avocat, habile à se porter héritière pour moitié,
- Henri Raymond Duval, capitaine au régiment d'infanterie de ligne, à Montauban, héritier pour un huitième,
- Alphonse François Duval, général de brigade, tuteur de ses deux enfants mineurs de lui et feue Jeanne Constance Prevost, et héritier pour un huitième de son fils Constant décédé,
Claude Lafisse subrogé tuteur de ses deux nièces mineures héritières chacune pour un huitième,
Dans cet acte on apprend que le château de Montmorency est toujours en indivis dans la famille et est loué à la baronne Oberkampf pour un loyer de 1.000 frs annuel. À la suite du partage et mise en adjudication de ce bien il sort de la famille et est adjugé à Isaac Sée banquier pour 113.000 frs.
Pour faire le partage et sortir de l'indivision, un jugement rendu par le tribunal civil de la Seine qui a déclaré notamment la mise en vente de la propriété d'Armenon. Le notaire fera les démarches. Elle sera adjugée à Guyot Sionnet avoué moyennant 220.000 frs. L'avoué déclare qu'il a acheté pour le compte de Mme Lafisse. La somme à partager s'élève à 897.000 frs dont moitié pour Madame Lafisse...

Nous arrivons en 1887, Mr et Mme Lafisse ont affermé pour douze années à Eugène Benoist, cultivateur et Adélaïde Mercier son épouse demeurant ensemble en la ferme d'Armenon, le corps de ferme et 93 hectares, moyennant 8.700 frs. est exclu le droit de chasse.

En 1897, la ferme d'Armenon sort de la famille Target, est vendu par la veuve Lafisse à la veuve Gilbon. Le mandataire de Louise Constance Prévost, propriétaire demeurant rue Saint-Pétersbourg, veuve Louis Lafisse, vend à Henriette Lucie Coret propriétaire demeurant à Janvry, veuve Jules Gilbon, le domaine d'Armenon, consistant en maison bourgeoise, corps de ferme et dépendances avec 101 hectares.
- la maison bourgeoise est un corps de bâtiment couvert en tuiles et ardoises élevé sur caves et terre plein, d'un rez-de-chaussée, d'un premier étage quarré et d'un deuxième mansardé:
a) au rez-de-chaussée, vérenda ...
b) au premier salon, billard, cinq chambres,
- basse-cour avec bâtiments à usage d'écurie, chambre, fruitier, étables,
- grange au fond, ...
- parc clos de haies, potager,
- corps de ferme au rez-de-chaussée de la maison bourgeoise,
- puits dans la cour et le jardin, dans un clos de 2 hectares,
cadastré C 53-54 en partie, 55 à 59, 71à 74 en partie ,
le tout pour 101 hectares.
la vente faite moyennant 275.000 frs dont 150.000 comptant.

 

 

La veuve Gilbon demeure à Janvry, elle doit louer la ferme d'Armenon comme elle le fait pour d'autres biens jusqu'à son décès en l'année 1908. Sa fille Eugénie Gilbon est héritière de ses parents mais n'a pas le temps d'en jouir, elle décède l'année suivante. Son époux Léon Jullemier lui succède jusqu'en 1915.

Ensuite Georges Léon Jullemier, fils du couple précédent, épouse Suzanne Cugnot. De cette union sont issus trois enfants Maurice Léon, Georgette Hélène et Suzanne Simone. Armenon sera détenu par Georges Léon, maire des Molières qui décèdera en 1934 en sa ferme d'Armenon. Son épouse jouit de l'usufruit des biens du couple et décède en 1968.

Maurice Léon Jullemier de retour de captivité se marie en 1947 et prend l'exploitation de la ferme à son compte; sa mère et Suzanne sa soeur quittent la ferme pour loger au coeur du village pendant une dizaine d'années dans la demeure des Duvanel (ancien lieu seigneurial) , une cuisine au rez-de chaussée et deux chambres au premier. Elles acquièrent une maison proche et Simone Suzanne ouvrira un magasin d'alimentation qu'elle tiendra jusqu'en 1983. Côté ferme l'élevage des moutons et la production de lait cesseront vers 1950.

Les trois enfants vont alors vendre en 1971, le restaurant de Janvry, actuellement la bonne Franquette: Maurice Léon Jullemier, agriculteur à Armenon aux Molières, Georgette Hélène et Simone Suzanne Jullemier, lesquels ont vendu ...(1).

Cinq ans après, les mêmes héritiers vont vendre la ferme d'Armenon; Maurice Léon Jullemier possédait le droit d'exploitation et ses soeurs les deux tiers de la nue propriété. Jean Michel Pithois sera l'acquéreur. Ce fermier exploitera la ferme jusqu'en 2011 laissant ensuite son fils sur l'exploitation.

La physionnomie des lieux a quelque peu changé, la mare a été partiellement bouchée, la tempête de 1980 a emporté la grange face à la maison de maître qui a été entièrement démolie, remplacé par un nouveau excentré. Un certain nombre de lucarnes ont été également bouchées, elles vont être réouverts les lieux changeant de fonction.

Tout ces personnages exploiteront les terres du domaine de Quincampoix que les héritiers Prévoteau ayant des professions non terriennes n'ont pas repris.

Simone Suzanne Jullemier et sa mère Suzanne Cugnot

Actuellement cette ferme existe encore et a diversifié ses activités, le domaine accueille désormais des voyageurs en proposant cinq chambres d'hôtes.

 

 

Notes

(1) voir chronique sur le presbytère de Janvry