Le moulin de Basset à Longpont

Chronique du Vieux Marcoussy --Marcoussis--------------- _---------------------------------- Octobre 2008

Extrait de la carte de Cassini.

JP. Dagnot

C. Julien

 

 

 

  Cette chronique relate l'histoire du moulin de Basset (1) installé sur les bords de l'Orge au bas du coteau de Guiperreux à Longpont-sur-Orge (cant. Montlhéry, arr. Palaiseau, Essonne). Aujourd'hui, ce moulin est déclassé mais l'installation hydraulique reste intacte. Le moulin de Basset est situé sur la portion de rivière entre le moulin amont du Carouge (com. Brétigny) et la plateforme du moulin aval de Grotteau (com. Longpont).

 

 

Les antiquités de la famille Basset

« Basset a aussi été le nom d'un certain espace de terrain sur la Paroisse de Longpont, lequel s'est conservé dans un moulin », dit l'abbé Jean Lebeuf en 1750. Le moulin à eau de Basset existe depuis le haut Moyen Âge « assis sur la rivière d'Orge, au-dessous de la chaussée de Guiperreux » (2). Une nouvelle fois, nous consultons le Cartulaire du prieuré de Longpont, pour les documents les plus anciens. À la fin du XIe siècle, la famille Basset possédait un arrière-fief «  feodumque Basseti » qui relevait en plusieurs parties de la paroisse de Longpont et de la seigneurie laïque de Brétigny. Il nous est donc aisé d'attribuer le toponyme du moulin construit sur l'Orge, lequel prit le nom des chevaliers de ce temps.

Plusieurs personnages de la famille Basset sont nommés dans les chartes du prieuré de Longpont. Vers 1090, Milon Basset « Milo Bassettus » assiste Hugues de Champigny lorsque celui-ci prit les habits de moines au couvent de Longpont (charte CVII). Ce dernier constitua sa dot par une terre située à Lysui de Longpont chargée de deux sols de cens, une hostise de deux arpents à Forges et un arpent libre de droit et autre champart «  unus arpennus solvit jus & alter campart  ». Il céda lui-même des biens à ce monastère. Il s'agit d'un arpent de terre à Fontenelles chargé de douze deniers de cens qu'il tenait d'Herbert d'Opere. Cette donation faite aux moines fut consentie par Aales, son épouse, Milon et Philippe, ses fils (charte CXXI). Ce seigneur possédait en outre un fief dans le domaine de Lormoy «  Petram Omesiam  » qui fut donné, vers 1100, par le chevalier Gaudric de Cavanville, son vassal, au couvent de Longpont. « Gaudricus de Cavanvilla donna à Dieu, à Sainte Marie de Longpont et aux moines de ce lieu, deux arpents de terre chargés de dix deniers de cens qui sont jouxtant Petram Omesiam. Son fils Raimbert consentit et mit l'acte dans les mains du prieur Henri, auparavant de l'église Saint Pierre de Montlhéry. Ceux qui ont vu et entendu, du côté du donateur : Milon Basset, le détenteur des droits féodaux sur cette terre, qui concéda à Dieu et aux moines susdits ; Bencelin, fils de Guinemard ; Gui de Lucente, son frère ; du côté de Sainte Marie : Gui de Linas ; Burchard de Vaugrigneuse ; Baudouin, fils de Rainard ; Gui Andegavens ; Robert de Fleury ; Henri, son neveu ; Aymon de Masy ; Hugues Chamilli ; Albert de Vert » (charte LXXIII).

D'autres membres de la famille firent aussi des donations pieuses. Vers 1090, Algarde, fille d'Hervé Basset, donna une terre entourée de haies située à Leudeville « unam oscham terre apud Ledevillam », avec le consentement de ses fils Payen et Geoffroy et de ses filles Christiane et Maria (charte CCXXXVII). Vers 1090, Arnulf Basset apposa sa signature au bas de la donation d'une terre à Lysui à Longpont par les fils de Thibaud de Muro, Amalric, Pierre et Godefroy surnommé Morcher. Geoffroy Turpis et sa femme, Doda, concédèrent le droit féodal au couvent « ex cujus patrimonio erat » (charte CIX).

 

  Abbé Lebeuf

 

Au début du XIIe siècle, il y avait un petit hameau à Grotteau où Hugues de Basset, neveu de Milon, y avait des hôtes qu'il céda au couvent de Longpont en même temps que sa terre du Mesnil de Brétigny (charte CLV). « Hugues Basset, proche de la mort, donna à Dieu, et à Sainte Marie de Longpont et aux moines de ce lieu, deux hostises à Groutteau et la terre du Mesnil de Brétigny. Les témoins qui virent et entendirent cela, de la part du donateur : le moine Hugues de Palaiseau, Guillaume de Massy, Jean, son frère, le chevalier Fromond ; de la part de Sainte Marie : le moine Théodore, le régisseur Geoffroy, le serviteur Oylard. Or, Burchard de Chastres dénonça cette donation à cause de sa femme Odeline qui était détentrice du droit féodal héréditaire. Pendant longtemps, il se donna la faculté de retenir [ce don]. Après avoir réfléchi, pour régler cette affaire fâcheuse, avec sa femme Odeline et son fils Burchard, [ils] consentirent à donner à Dieu et Sainte Marie et aux moines précités, la chose précitée ; ceux qui entendirent et virent cela, de sa part : Aymon de Massy, Jean de Coldriaco ; Godefroy Gruel ; de la part de Sainte Marie : les serviteurs Bernier et Robert ; le pelletier Hubert. Milon de Basset, son oncle maternel et Philippe, fils de Milon, son parent consentirent ». Vers 1105, ce même personnage avait apposé sa signature au bas de la sentence du seigneur Gui troussel qui éteignait la chicane sur le don des dépendances de l'église d'Orsay au prieuré de Longpont «  in presencia Guidonis Troselli qui eo tempore dominus de Monte Leterico erat, quid ex hoc actrum esset, judicio ejus & eorum qui presentes erant, adsensit  » (charte CCLVIII).

Hugues Basset, le neveu de Milon, fut encore témoin, vers 1100, du don de Milon de Atilly d'un arpent de terre à Savigny avec son hostise tenue par le nommé Aszon (charte CCLXXXIII). Il semble que Hugues Basset était vassal de la famille Lisiard, puisque, vers 1090, Eustachia Lisiard fit une donation importante aux moines de Longpont (charte L). Eustachia, sœur de Burdin Lisiard, malade et sentant la mort arriver, fit une donation pieuse assez considérable à Sainte Marie de Longpont. Les moines ont reçu dix sols de cens qui sont sur la couture sous la partie orientale de la forêt de Montlhéry, le fief de Hugues Basset situé à Brétigny «  feodumque Hugonis Basseti, apud Britini  » et la dame fit l'offrande de toute la dîme, le cimetière et la terre boisée qu'elle possédait à Bondoufle «  omnem decimam, sepulturam atque offerendam tocius terre quam habebat apud Bunduflum  » . Comme d'usage la donation fut transmise avec le bâton de commandement posé sur l'autel de Sainte Marie de Longpont.

La charte de 1254 est la reconnaissance des droits du prieuré de Longpont à Basset « par André Cherconville, Pierre de Baronville, Ansel, fils de Henry le Meunier, que le droit de pêche depuis la chaussée de Brétigny jusqu'au dessous de la chaussée de Longpont appartient spécialement & incommutablement au monastère de Longpont, & ont aussy lesdits reconnu qu'ils ont fait bâtir un moulin à tan au lieu dit Basset, auprès d'un autre moulin à bled qui leur appartient, que ledit moulin à tan ne pourra être converti en un autre usage, que les deux ne moudront à la fois ; & arrivant le cas contraire ils payeront audit couvent & religieux de Longpont cinq sols de chefcens, n'auront en outre aucun instrument pour pêcher  » (3).

Vers 1200 ou 1220, le registre de Philippe Auguste met parmi les feudataires de Montlhéry " W. de Guillerville ", et y est déclaré homme lige du roi pour le moulin de Basset «  Guillermus de Guillervilla est homo Regis de Molendino de Basseto et de domo sua et debet custodiam duorum mensium apud Montem Lehericum  ». C'est ce même Guillaume de Guillerville qui avait donné son nom à une partie du territoire de Fontenelles, l'ancien lieu sur lequel le prieuré Saint-Wandrille de Marcoussis avait été fondé. En la châtellenie de Montlhéry, la famille de Guillerville avait plusieurs fiefs dont la seigneurie de Villiers-sur-Orge qui était en pleine mouvance de Guillerville. Garin de Guillerville, qui était devenu également seigneur du Perray possédait le moulin du Breuil en plein fief. Il était vraisemblablement l'ancêtre de Guillelmus de Guillervilla nommé comme chevalier assurant la garde du château de Montlhéry sous Philippe Auguste «  Isti sunt de Castellania Montis Letherici tenentes de Rege  ».

Au mois de juillet 1250, Guillaume de Trappes et sa femme Odeline fondent un obit à l'abbaye des Vaux de Cernay en cédant 6 arpents de prairie sur les bords de l'Orge entre le moulin de Grotteau et le moulin de Basset. «  sitam in ripparia de Ourge, inter molendinum de Basset et molendinum de Grootel, contiguam pratis militum de Sancto Michaelo  » (charte DI). Ce pré rendant 20 deniers de cens est situé dans la censive du chevalier Philippe de Linas. Afin de faire ses dévotions le seigneur Philippe et sa femme Petronille acceptent le transport des droits féodaux. Il semble que les mêmes donateurs répétèrent leurs libéralités aux moines des Vaux de Cernay en décembre de la même année (charte DX). Il s'agit une fois encore de 6 arpents de pré en une seule pièce «  in riparia de Ourge, subtus villam que dicitur Vadum Petrosum, propre molendinum quod dicitur Basset  », c'est-à-dire au hameau de Guiperreux. Ce Guillaume de Trappes est nommé comme bourgeois de Montlhéry, un juriste sans doute puisqu'on le trouve, en mars 1239, servir d'arbitre entre le seigneur de Molignon et l'abbaye des Vaux de Cernay. En tenant compte que ce même Guillelmus de Trapis est cité comme étant chevalier du guet à Montlhéry sous Philippe Auguste, on peut penser qu'il dictait son testament en juillet 1250.

 

 

Description du moulin

C'est un inventaire après décès du meunier de Basset qui mentionne en 1711 les caractéristiques techniques du moulin, à savoir : « une roue de 10 pieds 8 pouces de diamètre estimée à 110 livres ; l'arbre tournant et travaillant de 15 pieds de long et 10 pouces de large à 120 livres ; la meule gisante de 9 pouces 1 ligne d'épaisseur sur 6 pieds de diamètres à 125 livres ; la meule courante de 10 pouces 3 lignes d'épaisseur à 112 livres 13 sous 6 deniers ; les fers cercles des meules à 9 livres ».

Extrait d'une sentence du XVIIIe siècle écrivant le moulin de Basset.

 

Dans le mémoire de 1731 par lequel le couvent de Longpont réclame la déclaration censuelle du fief de Basset, le moulin est décrit ainsi « le Moulin de Basset assis sur la rivière d'Orge au-dessus du Moulin de Groutteau terroir de Guyperreux paroisse de Longpont, consistant en tournant travaillant, place dudit moulin, chambre servant de cuisine, chambre haute, écurie, étable & grange, toit à porcs, jardin, & une portion de terre, lesdits bâtiments couverts de thuilles, le chemin de la chaussée de Guyperreux à Groutteau passant à travers, avec une petite isle, le tout contenant demi-arpent dix perches de terre ou environ dans la seigneurie du Prieuré de Longpont, faisant partie de la vente faite à Charles Jumelle par Messire Henri Martel comte de Fontaine, en 1693, dont ledit sieur Dampiere est détempteur ». L'arrêt royal de 1738 débouta le prieuré de ses demandes pour replacer le moulin de Basset dans la directe du seigneur de Brétigny.

Le bief amont du moulin de Basset est compris entre le pont de la chaussée de Guiperreux et le déversoir du moulin. C'est le déversoir du pont qui règle le niveau dans ce bief, rejetant le trop dans la fausse rivière . Le règlement des Ponts et Chaussées de 1841 donne indication des deux repères qui règlent le fonctionnement de ce moulin. Le nivellement de 1846 définit la hauteur de la vanne de décharge ainsi placée à 1m786 par rapport au repère Té inversé du pont. Le système hydraulique de Basset comprend un déversoir de 9m10 de longueur, une vanne de 2m55 de largeur et une autre vanne de 1m80 de largeur placée sur le moulin. Ces trois ouvrages sont sur la rive droite de l'Orge. La roue du moulin de Basset possède un rayon 2m639.

Nous reviendrons ultérieurement sur ces aspects techniques du moulin de Basset.

 

 

Le moulin de Basset au XVe siècle

L'abbé Lebeuf nous enseigne que selon un titre chez Sauval, le moulin de Basset appartenait vers l'an 1430 au chevalier Thomas de Brétigny. En 1450, Jean Héliot est meunier à Basset ; il prend un bail à cens d'une pièce « en friche ou souloit avoir vigne, chantier du pressoir Le Roy sçise à Montlhéry, à charge de 9 deniers parissis et 3 sols d'amortissement de pressoir, dixme et garde » dans la censive de l'Hôtel-Dieu de Paris. Girault Gallot, meunier au moulin de Basset, paroisse de Longpont, passe un titre nouvel le 17 juin 1486.

Un bail d'affermage du moulin de Basset est passé le 21 mars 1495 par Françoise de Marigné à Guillaume Nyon, meunier audit moulin. L'acte porte sur deux moulins. «  Cedit jour aussi prisé le molin de Basset assis sur le molin de Grousteau en la chaussée de Guyperreux de la chaussée rivière d'Orge en la paroisse de Notre-Dame de Longpont  ». La prisée est conduite par Pierre Chevreu et Gervais Ponet en présence de Jehan Nyon, au lieu de son fils Guillaume Nyon preneur dudit moulin. Nous donnons le rapport dans son texte d'origine «  report des ustansiles dudit molin et travaillans quy ensuivent et premièrement ont prisé ensemble l'arbre, la roue dudit molin soixante sols, item pour le courant portant pour le gisant porteur. Mys faites pour ledit molin de Basset et des réparations quy sont nécessaires assurer audit molin quy sont baillés affermés audit Jehan Nyon par moy Gervais Lenormand au nom de ladite damoiselle et son dit fils. Fait premièrement une cheminée et un four audit molin, rachat du tylleau nécessaire à ladite cheminée, devis de l'ensemble 13 livres parisis  ». Le bail est fait par ladite damoiselle Françoise de Marigné tant en son nom comme tutrice de Guion de Saint-Benoist, son fils à Guillaume Nyon «  monsieur demandeur à présent au molin de Basset, c'est à savoir ledit molin de Basset avec un jardin assis devant ledit molin assis en la paroisse de Notre-Dame de Longpont, en la chastellenie de Montlhéry avec cinq arpents de pré en deux pièces assis en la paroisse de Brétigny. Le bail jusqu'à huit ans audit Nyon moyennant qu'il sera tenu pour chaque année 17 livres tournois avec six septiers de blé mestail bon loyal et marchand, les deux parts bled et le tiers seigle en l'hostel de Brétigny etdeux chappons  ».

Dès la fin de la guerre de Cent ans, la famille Nyon-Poirier détient les deux moulins des moines de Longpont : le moulin de Grotteau et le moulin de la Chaussée. Ce sont Jehan Nyon et son gendre Jehan Poirier, puis les petits-fils, Guillaume l'aîné qui succède à son père à Grotteau et son frère cadet qui prend le moulin de la Chaussée. C'est le 16 février 1477 que le grand-père Nyon apparaît à Longpont. Véritable chef d'entreprise, relativement aisé puisqu'il afferme les deux moulins du prieuré. «  Frère Guillaume de Condat, prieur de Longpont pour le bien et le proffit & utilité dudit prieuré auroit baillé & délaissé à Jehan Nyon, musnier & Jehanne sa femme demeurant au moulin de Grosteau  ». Le meunier de Grotteau était devenu un notable à Longpont, homme de confiance des moines du prieuré . Il avait marié sa fille Estienne avec Jehan Poirier dont la famille tenait le moulin d'Aulnay en amont sur l'Orge. Le couple eut de nombreux enfants dont on connaît la fille Claude et les deux garçons Guillaume l'aîné et Guillaume le jeune. Après le décès de son beau-père (vers 1510), on trouve alors Jehan Poirier, maître meunier à Grotteau passant de nombreux actes notariés.

 

Essai de représentation du moulin de Basset (dessin de C. Julien).

 

 

Le moulin de Basset au XVIe siècle

Vers 1505, Guillaume Beaulvre est « musnier de Basset » et prend à bail le moulin voisin de Carouge «moyennant troys muids de bled mousture, loyal, marchant, à la mesure de Montlhéry, et deulx chappons à porter en son hostel seigneurial ». Les titres de l'abbaye des Vaux de Cernay ont été dressés une nouvelle fois en 1511 sous l'abbatiat de Pierre III Tessé. Terres, prez, vignes, cens et rentes à Montlehéry et és environs en 1511. Parmi les biens, les religieux des Vaux de Cernay déclarent posséder « un arpent et demy de terre labourable au champtier dit Bison et huict arpens de prez, assis au dessus du moulin de Basset ». Les titres du prieuré de Longpont nous donnent les censitaires « près le molin de Basset » en 1529. Ce sont Guillaume Girardeau, Liénarde la veuve de Jean Poyer, Pierre Osteau, Jean Goix le jeune et Philippe Moreau, tous habitants de Guiperreux.

Le terrier de Brétigny de 1519 mentionne le moulin et la chaussée de Guiperreux et les prés Saint-Ladre de Montlhéry ; de même «  le meusnier de Basset avecques son moulin  ». Á Basset, nous trouvons les meuniers Jean Poirier en 1521, Guillaume Nyon en 1523 et son gendre Guillaume Poirier en 1543, dont le frère est meunier au moulin de Grotteau. Jean Poirier, marchand musnier demeurant au moulin de Basset transporte un arpent de terre à un marchand de Saint-Michel-sur-Orge ; ceci ce passait le 8 février 1521. Deux ans plus tard, Guillaume Nyon, marchand musnier demeurant au moulin de Basset confesse avoir vendu à un boucher de Montlhéry, un arpent de terre assis près le moulin de Grousteau. Puis, en 1552-53, «  le meusnier du molin de Basset  » est le nommé Guillaume Bourray qui passe un acte à l'étude de maître Durand.

Un transport d'héritage du 30 septembre 1554, nous informe que le moulin dépend du seigneur de Brétigny et que ledit moulin est tenu par Robert Guillard «  Jehan Chaudeau, laboureur, demeurant à Rozières, paroisse de Brétigny, et Claude Bourray, laboureur de Saint-Michel-sur-Orge délaissent audit Guillard, musnier de Longpont, la maison, moullin et appartenances appelées le moullin de Basset, appartenant au seigneur de Brétigny, que soulloit et tenu à titre de ferme par ung nommé Guillaume Bourray dont les précitése  ». L'acte fait mention de Mathurine Chaudeau, femme du deffunt musnier et du prix du bail du moullin de deulx chappons gras et de soixante deux livres. Les laboureurs échangent également «  un petit vilbroquyn, une meulle de pierre contre des mines de bled mousture  ».

Le terrier de Brétigny rédigé en 1565 indique, article 64 bis, que le moulin de Basset est dans la mouvante de «  ladite seigneurie de Brétigny  ». Il y a également la mention «  un moulin à tan appelé le moulin de Basset où il y a maison estable cour jardin avec deux espasses de logis ou autrefois y a eu moulin à tan le tout contenant trois quartiers  ».

 

 

Basset sous le règne d'Henri III

Nous arrivons au temps d'Henri III qui régna de 1574 à 1589. En 1574, Jehan Pelouard et Gilles Cordeau, maçons de Montlhéry, confessent avoir fait un marché avec Didier Clignon, tailleur de pierre de Chastres de la façon de gresserie qu'il convient de faire à la chaussée de Guiperreux :
- à la rivière fault faire deux arcades qui auront chascune neuf pieds de gueulle et seize pieds,
- fault à chacune arcade tailler et piquer le ciment desdites arcades et assises, tant du costé du moulin de Basset que de celuy de Jehan Lesné.
- Aussi faire une chesne, gresseries piquées de telle hauteur et rotondité comme les autres, et appuis qui seront sur les gar
defoux.

Différents acte notariés de 1574 mentionnent la présence «  d'honneste personne  » Jehan Michel, marchand meunier, demeurant au moulin de Basset, paroisse de Longpont. Le 7 septembre, le meunier baille un bien à titre de rente annuelle. Un autre acte passé le 27 décembre. Le 23 juillet 1577, Jehan Michel est qualifié de «  musnier du moulin de Basset  » et Estienne Puand est «  musnier du moulin de Grousteau  ».

Début 1580, Joseph Poynet, lieutenant du roy et Loys de la Rue marchand, confessent avoir baillé et délaissé à un nommé Estienne Puand, meusnier et sa femme Symone, le moulin de Basset consistant en maison moulin à bled, cour, estable et autres dépendances assis sur la rivière d'orge moyennant deux muids de bled métail, bon loyal marchand à la mesure de Montlhéry. La même année un autre acte mentionne Jehan Michel aussy meusnier. L'acte de mars 1580 nous apprend la situation matrimoniale de Jehan Michel marchand demeurant au moulin de Basset. Le meunier a épousé Marion Nyon auparavant veuve de feu Robert Guiard en son vivant musnier demeurant audit moulin de Basset.

Le 23 mai 1582, un bail à loyer est passé par Françoise de Goupil à Jean Michel, de la maison et moulin de Basset avec deux arpents de prés moyennant 98 livres tournois par an.

En 1584, une sentence des Eaux et Forêts de Montlhéry condamne Françoise de Goupil, dame de Brétigny, à réparer le versoir de la chaussée de Guiperreux à hauteur raisonnable. Il s'agit d'un incident classique par lequel le moulin de Carouge en amont est gêné par le moulin aval de Basset. En effet, souvent le moulin aval bloquait ses vannes empêchant le déversement optimal du moulin en amont, empêchant la chute d'eau. C'est d'autant plus vrai qu'entre les deux moulins il n'y a quasiment pas de pente et l'Orge forme un marais entre eux appelé la Prairie de Brétigny. De nouveau en 1595, une sentence de la maîtrise des Eaux et Forêts de Montlhéry condamne la dame de Brétigny à réparer le versoir de la chaussée de Guiperreux du moulin de Basset à hauteur raisonnable pour ne pas nuire au meunier du Carouge.

Schéma du moulin de Basset à Longpont-sur-Orge. Le règlement imposait de mentionner la moiêle du repère pour régler la vanne de décharge.

 

En avril 1586, Guillemet Beausse (ou Beauce) meusnier fait un arrangement avec celui de Guillerville. Le meunier de Basset confesse avoir quitté à Amanyon Laisné aussy musnier demeurant au moulin de Guillerville acceptant les trois chevaulx redevables. À la même époque le meunier de Basset est en procès avec Gilles Musnier demeurant à Saint-Michel-sur-Orge à cause des barrages faits sur la rivière d'Orge. En juillet de la même année, Jehan Rousseau, meusnier demeurant à Longpont, nomme Guillaume Beausse musnier demeurant au moulin de Basset comme procureur spécial pour plaider contre un musnier de Saint-Michel. En 1587, c'est toujours Guillaume Beauce qui est le musnier et qui baille une maison à un manouvrier de Paris.

En août 1589, Hiérosme Lemaitre, conseiller du roy en son Parlement à Paris, seigneur de Beljambe baille à Guillaume Beaulce, meusnier au moullin de Basset, le moullin du Pré de Brétigny, c'est « un moulin à eaux à faire de bled farine qui consiste en un corps d'hotel où il y a maison manable couverte de thuilles, estables couvertes de chaulmes, court, jardin, aulnaye et pature situé au Carouge  ». Fin octobre, Guillaume Beaulne, meusnier au moullin de Basset accepte le bail à ferme du moullin du Pré sur la rivière d'Orge, paroisse Saint Phillibert de Brétigny, lors de la visite pour l'état des lieux.

 

 

Basset sous le règne d'Henri IV

En 1594, Pierre Chevrier, musnier demeurant au moullin de Basset d'une part et Denis Chevrier son frère, vigneron, lesquelles parties font les cessions qui ensuivent :
- Pierre cède à Denis les droits de bail du moullin de Basset, moyennant la ferme et pension y continue et que ledit Denis promet payer, ce transport fait pour le temps qui reste à expirer, les moullans, travaillans d'icelluy moyennant la somme de treize escus un tiers à payer audit Pierre,
- Denis cède à Pierre le droit de bail du moullin de Grousteau fait par Pasques Lebourrelier
.

A la fin de l'année, honorable homme Jacques le Rohier demeurant à Vallorges lequel comme admodiateur de la terre et seigneurie dudit Brétigny confesse avoir baillé jusqu'à quatre ans, à Amagnon Lesné, musnier demeurant à Linois, le moullin de Basset dépendant de la seigneurie de Brétigny, «  le moullinà faire de bled farine, avesque les moullants tornants et travaillants d'icelluy, granches, jardins et aultres dépendances, ledit moullin assis sur la rivière d'Orge en la paroisse de Longpont  ». Sont compris dans le bail quatre arpents prez du moullin, le preneur disant «  bien le cognoistre pour en jouir, le bait faict moyennant la quantité de deulx muydz de bled savoir six septiers mestail six septiers seigle bon loyal marchand à la mesure de Montlhéry  ». Suivent les conditions habituelles.

Nous connaissons bien Amagnon Lesné, fils et père d'une lignée de meuniers du Hurepoix. Amagnon Lesné est un meunier dynamique et un homme d'affaire redoutable. C'est en quelque sorte un " coq de village ". Il avait pris le moulin Cholet en mai 1577, puis il avait fait le transport du bail passé par le Chapitre de Linas au profit de Michel Leroy, le 5 janvier 1579. En mars de la même année, Amagnon Lesné est «  musnier demeurant au molin des Suzeaulx  ». Le 11 avril 1592, Amagnon Lesné, meunier à La Roue, devait se sentir vieux ou malade car il avait cédé le bail du moulin du seigneur de Montagu et de la Roue, à son neveu Henry Lesné, lui même meusnier à Guillerville. Ayant repris ses forces nous le trouvons pour un temps à Basset.

Le 8 juillet 1596, le nom d'Anthoine Lochart, meusnier est mentionné comme témoin. Le 2 mars 1599, le même Anthoine Lochard, musnier audit lieu de Basset baille une terre contenant deux arpents.

À la fin du XVIe siècle, le moulin de Basset appartient en propre à la famille Martel. En 1600, ledit moullin appartenant à François de Martel, seigneur de Fontaine, paroisse de Brétigny-sur-Orge. Plus tard, son fils Henri Martel détiendra la haute, moyenne et basse justice par lettres patentes de 1620. Le moulin comprend « deux corps de bâtiments avec écurie et étable, cour, jardin contenant trois perches huit pieds, auquel il faut ajouter soixante et onze perches de pâture, situées au nord de la chaussée de Longpont et trois arpents trois quarts de prés situés au midi de la chaussée de Guiperreux ».

La prisée du moulin de Basset est faite en 1601 à la requête de Nicolas Baudin se portant fort de Charles Martel, seigneur de Fontaine et Brétigny, et de Amable et André Brémant, frères musniers demeurant à Linoys. Les deux experts sont Michel Jamet, charpentier demeurant à la Roue et François Jamet, musnier au Carouge, qui se sont transportés au moulin de Basset. Le rapport de visite donne :
- l'arbre à un chevestre dedans et l'autre dehors,
- une vielle roue prisée ung escu,
- deux roues de cinq pieds et demy estant cassées par le milieu,
- une ruche servant à recepvoir la farine.

Apparemment, cette prisée conc
erne le départ du meunier Anthoine Loschard.

En 1603, André Bréman est qualifié «  musnier du molin de Basset  ». À l'occasion d'un changement de moulin quatre ans après, André Breman, musnier du moulin de Basset et entrant dans celui du Carouge demande la prisée du moulin de Basset à Anthoine Lesné, musnier et François l'aigle, maître charpentier. Ces deux personnes se sont transportés audit moulin et l'ont trouvé «  tournant et travaillant, de bled faisant farine, et visitté et estimé les moullans, tournans, travaillans  ».

En 1607, Renée Lefèvre, espouze de Hiérosme Lemaistre contraint Pierre Loshard qui est de présent musnier du moullin de Basset, à respecter les clauses du bail de 1605, en l'occurrence, de curer la rivière du moullin du Carouge, appelé le moullin du Pré, restablir la séparation du jardin et des pastures, avec des menaces de dommages et intérest vis à vis du musnier actuel, Amable Bréman.

Le 21 juillet 1617, le meunier Noel Moullin, demeurant au moullin de Basset paroisse de Longpont fait son testament «  estant en son lit mallade touteffois saing de sens et mémoire de l'entendement considérant qu'il n'est rien plus certain que la mort  ».

Deux ans plus tard, fin septembre, le notaire Beauperrin, accompagné d'un charpentier de Longjumeau et du musnier de Fourcon se transportent au moulin de Basset appartenant à François Martel, seigneur de Brétigny. Les trois hommes arrivent sur les bords de l'Orge à la requeste du sieur Noel Moullin, musnier dudit moullin et Jehan Lelièvre musnier pour la visite et prisée des ustancilles. Le rapport mentionne :
- une meulle courante de 10 pouces d'épaisseur et de 5 pieds 8 pouces de haulteur,
- une meule gisante d'un demy pied d'épaisseur de mesme haulteur,
- un arbre avec quatre frettes et deulx torillons,
- la roue garny de ses six bras à noyaux et un rouet garni de ses chevilles,
- deux chevesières avec un arbalestrier et soullier, un fer, une lanterne,
- trois vannes....

Ainsi, nous pouvons remarquer que la rotation des meuniers de Basset est assez faible, si on la compare à d'autres moulins de la région où le maître meunier change pratiquement à l'occasion de chaque nouvel affermage. Différents facteurs sont considérés pour expliquer cette situation économique favorable. Le débit faible mais régulier de l'Orge assure un travail continu de la machine hydraulique d'une part, et faisant partie de la seigneurie de Brétigny d'autre part, Basset était dans le ban de celle-ci et bénéficiait de l'activité agricole importante de la plaine de Brétigny où l'on comptait une dizaine de fermes s'étendant, chacune, sur plusieurs centaines d'arpents.

 

 

Fin de la première partie. À suivre…

 

 

Notes

(1) Le dossier du moulin de Basset étant très important, il fera l'objet de deux autres chroniques par la suite.

(2) Le nom de la rivière "Urbia", l'Orge est mentionné pour la première fois dès le VIe siècle par Grégoire de Tours, quoique son nom, au Moyen Âge, soit plutôt Orgia , Ordea et Ourge (1370). Orbia ou Urbia (VIe s.) viendrait du mot celtique " orbios ", " orbos " qui signifie « héritage, héritier   ». On a aussi Orbicus qui est devenu la rivière Orb dans l'Hérault. Orobia possède la même étymologie celte. Selon Mr Bordier, il existe à la Direction générale des Archives, à Paris, une charte de l'an 670 dans laquelle on lit " ad Urbiam fluviolum in pago Stampensi ". Dans son Histoire de la Ville et de tout le Diocèse de Paris, l'abbé Jean Lebeuf écrit que selon Grégoire de Tours, il existait, vers 670, un monastère de filles à Bruyères-le-Châtel « in loco nuncupante Brocaria situm in pago Stampense propè de fluviolo Urbia ». Dans son Lexicon Universale (1698), Jean-Jacob Hofmann (1635-1706) décrit " Parisiorum fluvii nobiliores : Junna [Juine], Urbia [Orge], ... ".

(3) Le droit de pêche dans l'Orge confirmé par le diplôme de 1254 allait empoisonner les relations entre les seigneurs de Longpont et ceux Brétigny jusqu'à la fin de l'Ancien régime.

 

 

 

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