Le moulin de Biron (2)

Chronique du Vieux Marcoussy --Marcoussis--------------- _------------------------------- Décembre 2008

JP. Dagnot

C. Julien

 

 

 

Cette chronique est la continuité de celle qui a présenté le moulin de Biron jusqu'au XVIIe siècle. Nous avions vu que le moulin était placé à cette époque dans la censive de Villebouzin et appartenait en pleine propriété à la famille Saulger qui possédait le domaine de Lormoy à Longpont. Nous arrêterons le récit vers 1740 pour le finir dans la chronique suivante.

 

 

Le moulin de Biron dans la mouvance de Villebouzin

Par un acte de 1648 passé en l'étude de Me Parque, notaire à Paris, nous apprenons que «  Messire Nicolas Arnoult conseiller du Roy en ses conseils, maistre d'hostel de sa majesté cedde à Messire Pierre Grisson, chevalier, seigneur de Villebouzin, un moulin à eau appelé moulin de Bizon, servant à faire de bled farine, & ustancilles d'icelluy, avec le corps de logis y attenant, comme il se comporte, de trois arpents de terre situées aux environs du moulin de l'Estang et droit de rivière, ....., que ledit Arnoult a reçu des héritages de Pierre Saulger »

 

En fait, cette transaction est une partie de celle passée le même jour qui inféode le domaine de Lormoy. L'inféodation est accordée contre une somme de 800 livres « servant de foy & hommage » et la vente du moulin de Biron «  ledit sieur de Villebouzin à l'instante prière & requeste dudit sieur Arnoult a commué, converty et inféodé de simples rotures qu'ils estoient en un fief avec droit de basse justice, ceddé quitté et transporté dès maintenant audit sieur Arnoul le droit d'inféodation, à la charge de faire construire et bastir quand bon luy semblera un coulombier à pied dans ladite maison de Lormoy . Il baillera le dénombrement audit sieur de Villebouzin dans quarante jours relevant du fief du Mesnil  ». En délaissant le moulin de Biron, le sieur Arnoult peut appeler dorénavant sa maison de Lormoy, le fief de Lormoy . Il en devient le seigneur avec privilège de colombier.

À la mort de Pierre Grisson en 1652, son héritière unique, Marie-Louise Grisson apporte Villebouzin et le moulin de Biron dans sa corbeille de mariée. Son fils, Nicolas-François, comte de Montgoméry, reçoit la seigneurie de Villebouzin en 1693. Dans l'acte de partage du domaine de Villebouzin établi après la mort du comte de Montgoméry , on apprend que «  ladite terre est composée de plusieurs fiefs  ». L'article 31 concerne «  le moulin Biron , d'ycelui le bastimen dépendant dans lequel il y a plusieurs grosses réparations a y faire autour duquel les terres y dépendant avec plusieurs arbres fruitiers contenant la terre trois arpents ou environ lequel moulin, bastimens et terre dépendante ont esté estimez par l'article neuf dudit rapport à la somme de quatre mil cinq cent livres eu esgard à la situation et réparation qui sont a y faire et aux entretiens ordinaires des moulins  ».

Ne pouvant payer les parts qui reviennent à ses co-héritiers, le comte de Montgoméry vend Villebouzin et tout son domaine. La vente de la seigneurie de Villebouzin fut réalisée en 1708. Le notaire précise que deux moulins attachés à la seigneurie sont loués :
• le moulin à blé sur la rivière de Biron, dans la censive de "Cens commun", baillé à Coignet moyennant 300 livres ,
• le moulin à vent du Boul
ay, situé dans le fief du Mesnil, baillé à Charles Melaye.

 

 

Les meuniers de Biron au XVIIe siècle

Pendant la Fronde , période de troubles graves durant la minorité de Louis XIV, le moulin de Biron passe dans les mains de plusieurs meuniers, qui ne trouvent pas leur compte dans le travail du moulin (1). En 1650, nous trouvons Georges Coignet «  musnier du moulin de Biron, cedde le droit de transport fait par Claude Canteur à Pierre Natix  ». Quelques mois plus tard, c'est Pierre Natix qui transporte le bail à Antoine Houallet demeurant à Fretay. Un nouveau bail est passé en 1651 par Pierre Grisson, seigneur de Villebouzin «  maistre d'hotel de sa Majesté  ». En novembre de cette année, un nouvel affermage est accordé à Jehan Chassedecour «  musnier demeurant au moullin de Biron  ».

Le 18 avril 1655, un accord est signé entre Anthoine Lesné «  meusnier du moulin de l'Estang  » et Robert Lesné, meunier de Biron, pour l'ouverture des vannes notamment lors de grandes eaux de la Sallemouille (2).

En 1656, le moulin de Biron change de maître. Le moulin est affermé aux conditions usuelles « furent présent en leurs personnes hault et puissant seigneur Messire François Compte de Mongommery, chevallier aux Ordres du Roy, baron de Lemesle-du-Perche et Dame Marie Louise de Grisson son espouze, authorisé pour l'effet, ladite dame héritière soulz bénéfice d'inventaire des effets de Messire Pierre Grisson son père vivant chevalier, seigneur de Villebouzin, ... , lesquels de leur bon gré sans aulcune contrainte ont vollontairement recongnu et confessé avoir baillé et délaissé à titre de loyer et prix d'argent, pour le temps de cinq années à Jehan Guichard, musnier demeurant au moullin de Saint-Martin de Longjumeau, acceptant, le moullin à eau assis à Bizon à faire de bled farine avecq deux arpents de terre derrière ledit moullin le preneur disant bien savoir congnoistre, ... , moyennant le prix et somme de trois cents livres, six chappons gras, le preneur sera tenu de moudre les grains du seigneur pour la fourniturre du chasteau seulement ».

En 1659, Jacques Lebrun, meunier et sa femme Anne Lannier demeurent au moulin de Biron. L'année suivante, Romaine Lanoullier baille à titre de loyer et prix d'argent, le droit de chasse de tous les grains des paroisses de Nozay et Ville-du-Bois à Jean Guichart pour quinze mois, quérir les grains qui luy seront donnés par les particuliers desdits lieux, les convertir en farine en deux fois vingt quatre heures, ce bail prisé à loyer aussy à la charge dudit preneur, laisser la mesme chasse des paroisses de Nozay et Ville-du-Bois par le meusnier du moulin à vent dudit Marcoussis en outre moyennant le prix & somme de cent livres tournois.

Deux ans après, Marie-Louise de Grisson, dame de la Motte-Villebouzin , baille le moulin de Biron au meunier Blondeau pour 6 ans. Dès le mois de mai suivant, le même François Blondeau, musnier demeurant au moulin de Bizon, transporte à Jacques Goix, marchand-laboureur, le bail fait par «  dame Marie Louise Grisson pour son mari le comte de Montgommery, du moulin à eau de Bizon  ». Lors de ce transport, une prisée rapporte que le moulin comprend :
- une roue de dix pieds et demy de haut,
- un arbre de 17 pouces d'épai
sseur.
Nous sommes sur la Sall
emouille avec de grandes roues sur une petite rivière.

 

Extrait du plan terrier de la seigneurie de Villebouzin (1733).

 

La rotation des meuniers a lieu à Biron qui ne semble pas être une installation rentable. En 1663, une nouvelle prisée est signifiée par Louis Bourain. Puis en 1667, c'est Denis Geoffroy qui intervient à Biron. Deux ans après, le bail fait par Pierre Grisson à Robert Paschot est transporté à un nommé Lesné. Trois ans plus tard, c'est Robert Pachot qui est de nouveau «  musnier  » à Biron. Et en 1673, le transport du droit de bail est fait par Pierre Barbier, musnier demeurant audit moulin à Estienne Lesné.

Le moulin de Biron tourne de manière discontinue mais nécessite de nombreuses réparations. Le 4 octobre 1676, un marché est passé pour l'achat d'une roue de dix pieds de haut sur deux pieds deux pouces de large, d'un arbre de quinze pieds de long sur quinze pouces descarisage moyennant 165 livres tournois.

En 1679, le bail d'affermage du moulin de Biron est passé chez un notaire parisien «  par Marie Louise de Grisson, veuve de feu Messire François Comte de Montgommery, héritière de sa mère veuve de Messire Pierre de Grisson, à Jacques Lebrun, meunier du moulin de Chaulay, pour neuf années, du moulin de Bizon, moyennant 300 livres  ». Les baux sont toujours accordés pour une période de 6 ans. Jacques Lebrun abandonne Biron 7 ans plus tard.

Cette fois Nicolas François, devenu comte de Montgoméry, ne veut plus être ennuyé par le suivi des baux de son moulin. De présent en son château de Villebouzin, il prend la décision de céder son moulin sous forme "de bail à rente annuelle et perpétuelle non rachetable", à un nommé Pierre Caille, vigneron à Guyperreux. La description est classique:
- le moulin est situé sur la petite rivière de Linois et appelé le moulin de Bizon,
- la maison joignant le moulin en laquelle il y a un four, contient trois espasses dont une écurie,
- une cour close contenant également trois espasses, un servant d'estable à vaches, deux de grange,
- jardin et clos avec arbres fruitiers
Les biens tenant à la ri
vière au seigneur de Lormoy, aboutissant au chemin de Leuville à Guyperreux. Suivent quelques terres. Le moulin est en censive de Villebouzin, le jeune vendeur se porte garant pour ses frères et soeurs et conclue le bail moyennant une rente annelle de 300 lt et 4 chappons gras de paille. La prisée du moulin faite le 24 décembre "à la requeste" de Jacques Lebrun et Pierre Caille entrant mentionne :
- un arbre de 15 pieds , épaisseur 19 pouces ,
- un rouet de six pieds,
- une ro
ue de 10 pieds .

 

 

Les Coignet, maîtres meuniers à Biron

Faute du paiement de la rente due au seigneur de Villebouzin, le meunier Pierre Caille est expulsé de Biron trois mois plus tard pour faire place à une nouvelle famille, les Coignet. Vers 1700, le maître meunier Sébastien Coignet y vit avec sa femme et ses onze enfants.

L'acte d'affermage est passé analogue. «  Haut et puissant seigneur Messire Nicolas François, comte de Montgommery, chevalier, seigneur de Vilbouzin , demeurant ordinairement à Paris, ruë Royalle paroisse Saint-Roch, estant de présent en son chasteau de Villlebouzin, lequel reconnait avoir baillé et délaissé à titre de loyer & prix d'argent et à ferme pour le temps de six ans :
- un moulin à eau faisant de bled farine, garny de tous ses ustancilles, tournans & travaillans à Sébastien Coignet, appelé le moulin de Bizon ,
- avec la maison joignant l'espase où est situé ledit moulin en laquelle maison il y a un four letout contenant deux espasses couverts de thuilles,
- un autre espasse servant d'écurie, couvert de chaulme,
- cour close de murs en laquelle il y a aussi un espasse estant en appenti servant d'estable à vache,
- une petite grange contenant deux espasses, toit à porcs,
- jardin, un grand clos d'arbres fruitiers tenant à Messire Paul Legendre, seigneur de Lormoy,
- la prisée sera faite dès que le bailleur aura expu
lsé Pierre Caille meusnier demeurant en iceluy moulin qui a donné ledit moulin à titre de rente non rachetable en 1686, et par faute de payement de trois cents livres de rente.

Ledit bail fait moyennant 300 livres , six chappons de paille & six gasteaux  ». Curieusement la bail est revenu à loyer? Le seigneur avait dû sous estimer son bien ou était-il plus gourmand? La prisée de Biron est faite la semaine suivante entre le fondé de pouvoir du comte Nicolas-François de Montgoméry, seigneur de Villebouzin, propriétaire du moulin, et de Sébastien Coignet, meunier de Linois, nouveau locataire. Charles Jumelle, meunier au moulin d'Aulnay, représente le comte et Alexandre Giron, charpentier, agit pour Coignet. Le procès-verbal de la prisée du moulin mentionne :
- un arbre de 14 pieds pour 90 livres ,
- une roue de 10 pieds deux pouces valant 75 livres ,
- un rouet pailler portant les meules,
- une meule gisante 6 pieds par 7 pouces, prisée 35 livres ,
- une meule coura
nte pour 15 livres .

Au décès de la dame de Villebouzin, un bail identique est passé en 1694. C'est Louis Parquet, bourgeois de Paris, qui agit au nom du comte de Montgoméry, fondé de procuration de Messire Jacques de Montgoméry «  chevalier lieutenant de vaisseau des armées Roialles de sa Majesté  », et encore comme tuteur de damoiselle Marie-Thérèse Nicolas de Montgoméry, et renouvelle lebail à Sébastien Coignet, meunier du moulin de Bizon.

 

 

Lors du partage de la seigneurie de Villebouzin en 1698, le moulin de Biron «  avec ustancilles et trois arpents  » est estimé pour 4.500 livres . Le nouveau propriétaire est le fils aîné, Nicolas-François de Montgoméry. Un autre renouvellement a lieu en 1700. Le procureur du comte de Montgoméry, seigneur de Villebouzin, baille pour six ans à Sébastien Coignet, meunier actuel, ledit moulin de Biron, moyennant «  350 livres et six chappons gras  ».

Sébastien Coignet décède à Biron le 24 juillet 1710 à l'âge de 55 ans. Ses dernières volontés stipulent son enterrement à Linas, sa paroisse de naissance. Sa veuve Madeleine Gueusdin, mère de quatre mineurs, continue l'exploitation du moulin. Le 13 août 1722, le nouveau seigneur de Villebouzin afferme son moulin de Biron en présence, au château de Villebouzin, de Charles Ménager, écuyer, sieur de Grandmaison, ingénieur du Roy . Le bail est passé par Messire Jean Labbé, ancien conseiller du Roy, contrôleur général des Monnoyes de France, seigneur de Villebouzin, à Madeleine Gueusdin, veuve de Sébastien Coignet, meunière dudit moulin et Georges Coignet, son fils majeur, consistant en :
- le moulin à eau faisant ....,
- la maison & lieux en dépendant, cuisine petite chambre basse à coté en laquelle il y a un four, grenier au dessus,
- toit à porc tenant au moulin,
- cour en laquelle il y a une grange,
- autres bastimens au fond de la cour,
- grand clos d'arbres fruitiers tenant au chemin de Guiperreux à Leuville.

L'affermage est accordé moyennant 300 livres et six cha
pons.

Dix ans plus tard, Messire Jean Labbé, seigneur de Villebouzin, demeurant à Paris rue Vivien, paroisse Saint-Eustache, ce jour en son château de Villebouzin, baille pour six ou neuf ans à Madeleine Gueusdin, veuve de Sébastien Coignet, meunière demeurant audit moulin, ledit et les bastimens du moulin nouvellement reconstruit, escalier pour monter aux meules, porte pour aller aux vannes, croisées, avec serrures. Le bail conclu moyennant 400 livres .

Suite à une terrible épidémie de variole, Pierre Coignet décède le 15 décembre 1734, la même semaine que sa mère Madeleine Gueusdin, meunière de Biron, inhumée près de son mari dans le cimetière de Linas le 21 décembre 1734. Le bail passé par Messire Jean Labbé à ladite Gueusdin est transporté le 6 février 1735 aux ayant droits avec engagement des tuteurs des enfants Coignet. C'est Charles Coignet, tuteur des enfans mineurs de deffunt Sébastien Coignet, et Jean Chicot, marchand, époux de Elisabeth Guignard, veuve de Nicolas Coignet aussi tuteur de Nicolas, les mineurs Sébastien et Nicolas du bail fait par , moyennant 400 livres . Une réunion de famille qui rassemble les tuteurs se tient au moulin de Biron le 3 octobre 1737. Le fils aîné, Georges Coignet, se présente comme marchand meusnier demeurant au moulin de Biron, l'oncle Charles Coignet est rabilleur de moulin, et Jean Rufé est meusnier du moulin d'Aulnay.

Georges Coignet est meunier à Biron quand un pauvre mendiant décède au moulin le 12 avril 1740. Le 16 novembre 1740, Jean Labbé donne à titre de ferme loyer et prix d'argent pour neuf ans le moulin de Biron comprenant «  un logis de trois espasses dans celle du bout est le moulin, escalier pour monter aux meules et aux chambres, porte pour aller aux vannes  » estimé à 457 livres . Le loyer se monte à 400 livres . L'année suivante, les deux locataires du seigneur de Villebouzin sont Georges Coignet, meunier demeurant à Biron, et Jacques Guignard, meunier au moulin à vent du Mesnil, ce dernier entrant sous huitaine le 8 octobre 1741.

 

Fin de la deuxième partie. À suivre .

 

Notes

(1) La Fronde dite " des Princes " (1650-1653) fut conduite par le prince de Condé. Turenne assiégea l'armée de Condé à Etampes mais il échoua et dut lever le siège pour s'installer à Chastres (Arpajon) et Palaiseau. Les troupes royales et les mercenaires ravagèrent la région de Montlhéry et Longpont en avril-mai 1652. La ville, en partie détruite, fut la proie de la peste et Saint-Vincent-de-Paul vint y soigner les malades.

(2) Le moulin de l'Etang était situé à Linas à 100 mètres en amont de Biron, sur la «  rivière suspendue  ». La décharge des eaux s'opérait dans la «  rivière morte  ».

 

 

 

à suivre ...

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