La seigneurie du Fay à Linas (XIIe-XVIe siècles)

Chronique du Vieux Marcoussy --Marcoussis--------------- _--------___--------------------- Janvier 2009

Plan d'intendance de Linas (1786).

JP. Dagnot

C. Julien

 

 

 

La seigneurie du Fay est située sur la commune de Linas (Essonne, cant. Montlhéry). L'orthographe «  Le Fay  » est utilisée depuis longtemps, exceptée «  Fey  » sur la carte de Cassini. La carte de l'archevêché légende le lieu comme un hameau. Le célèbre abbé Lebeuf donne quelques mots «  on m'a assuré dans le pays que la paroisse de Linas n'a d'autre écart qu'un lieu qui est nommé Le Fay dans toutes les cartes, et qui est situé au couchant d'hiver vers le bout de la forêt d'Iveline  ». Au XVIIe siècle on écrivait «  Faÿ  » ou encore « Faÿe ».

Situé sur le plateau de Saint-Eutrope, dans une grande clairière défrichée de la partie orientale de l'antique forêt d'Yveline, assurément le toponyme du Fay vient du latin «  fagus  », c'est le lieu où pousse le hêtre. Il y a également d'autres lieux du même nom comme Fay près la ferme de Pommeret sur la commune de Limours.

 

 

Les caves druidiques du Fay

Vers la fin du XVIIe siècle, Simon de la Mothe décrit des grottes en forme de croix de Lorraine qui auraient été utilisées par des druides pour y dire leurs augures. Ainsi, l'auteur trouve l'origine du toponyme Hurepoix «  Iripois  » ou «  Heurepoix  » pour le pays où les druides «  se mêlaient ou singeraient de deviner les choses à venir y faisaient leur résidence avec leur femmes qui n'étaient pas exclus de leur mystère  ». Par conséquent, dit-il, cette dénomination de Hurepoix a pu être tiré de la locution latine «  Ab, harus picibus  » que d'autres écrivent «  aurus picibus auguribus  » qui peut-être ont donné lieu à la tradition que l'on a «  à Marcoussis de la Pierre aux Fées qui se voit encore au haut de la montagne derrière le château et qui peut être en d'autres lieux de la même contrée comme au Faÿ proche Montlhéry  » (1).

Nous donnons ici le texte complet de Simon de la Mothe. (…) Quant au Hurepoix, on y voit deux caves dans terre d'une structure très ancienne et extraordinaire. L'une au Faÿ proche de Montlhéry et l'autre à Saclay au fief de la Tournelle de même dessin et de même disposition ayant le fond du côté du midy et l'entrée vers le septentrion. La différence qui se trouve set que celle du Faÿe est plus dans terre et à la descente voûtée par-dessus vis-à-vis de son entrée et la descente de celle de Saclay qui est élevée un pied et demi ou environ hors de terre est du côté d'occident à moitié voûté par le bas. Les cellules grottes ou caveaux de celles du Faÿ sont sept en nombre trois de chaque côté et une au fond et la cave de la Tournelle en a neuf quatre de chaque côté et une au fond qui peuvent avoir cinq pieds ou une toise de largeur avec autant de profondeur et six à sept pieds ou environ de hauteur. Les grottes ou caveaux de Faÿ paraissent plus bas à cause de l'allée du milieu qui est plus haute et plus large que celle de la tournelle qui forme le neuvième caveau et qui est de même hauteur, symétrie et largeur que ces autres caveaux et arcades dans celle du faÿ en la première arcade ou grotte. Du côté droit de la porte, il se trouve une entrée basse qui conduit en penchant comme un évier ou l'on va courbé jusqu'au bord d'un puits très profond qui peut avoir une toise de diamètre et dans celle de la Tournelle l'évier où j'ai fait versé de l'eau comme au Faÿs pour avoir la pente commence à paraître au pied de la muraille du fond de la première arcade du côté droit aussi en entrant sur laquelle muraille au dessus d'un évier on discerne en contre bas grossièrement fait et quelques espaces d'entrée que l'on a condamné ce qui fait aucunement d'entrée qu'en cet endroit on y pourrait rencontrer un puits comme proche de la cave du Faÿ où il n'y a point de soupirail ainsi qu'à celle de Saclay qui est à la seconde arcade du côté d'orient sans aucune symétrie ; elles sont pavées toutes deux (…).

L'historien du couvent des Célestins de Marcoussis était un chercheur curieux qui avait visité tous les recoins alentours. (…) Depuis m'étant transporté au Plessis-Thibaut au pied de la butte de Bruyères-Château, proche un bois ou me montra une cave très ancienne de la même façon que les précédentes avec cinq grottes ou caveaux des deux côté opposés l'un à droite et l'autre à gauche de même proportion et largeur et hauteur que celle du milieu qui forme la cinquième de même symétrie au fond sur le midy à l'opposé qui regarde le septentrion ou à cause des démolitions ou ruines d'une ancienne chapelle d'où l'on voit encore les vestiges qui en empêchent l'entrée. On y a bâti depuis une voûte pour l'aborder en abaissant au lieu de degrés accompagné d'une arcade ou caveau à gauche en entrant de même grandeur et largeur mais qui sont d'une fabrique différente. De cette cave, dans la première grotte ou arcade dans laquelle du côté droit en entrant où on peut discerner s'il y a un évier ou quelque cintre bas parce que le fond est éboulé aussi bien que le fond du premier caveau du côté gauche de la dite entrée ce qui a pu arriver d'un chemin qui est dans le bois au dessus, comme la dénomination est madame. Je m'enquis du propriétaire si ses titres ne sont ni ne font point mention de quelques noms plus authentique et qui peut avoir quelque rapport et signification particulière de ce lieu duquel il n'a pu m'apprendre aucune chose que ce qui suit. J'ai rapporté tout ceci pour me justifier de ce que j'ai cru de dénomination de paÿs d'Heurepoix venait «  ab haruspicibus du nom des augures  » (…).

 

 

Les anciens documents

Une fois encore, nous nous penchons sur les chartes du prieuré Notre-Dame de Longpont où l'on trouve mention du hameau «  Fai, Fais ou Fay  » vers l'an 1100. Tout d'abord, nous trouvons mention d'un nommé Robert Fai témoin du legs de Robert de Porte, dit Payen « Robertus cognomento Paganus, de Porta, cum consensu uxoris sue, Helyzabeth, fratrisque sui, Roberti  ». La donation, faite avec l'approbation de sa femme Elisabeth, de son frère Robert, comprend 12 deniers de cens à prendre sur une vigne cultivée par Philippe le père du régisseur Geoffroy. Parmi les autres témoins, il y a de nombreux ouvriers et domestiques  : le serviteur Bernard, le régisseur Arnulf, le bouvier, le dégraisseur Duran, les cuisiniers Otran, Radulf Tarcuet, et Garnier et le tailleur de pierres Roger. Ce Roger, tailleur de pierres, pouvait participer à la construction de l'église de Longpont (charte LXXVIII).

Lors de la libéralité faite par Ansoud, chanoine de Saint-Pierre-de-Montlhéry au profit des moines de Sainte-Marie «  sancte Marie de Longo Ponte, et monachis ibi Deo serventibus  », il a été convenu qu'Arnoul Malviel, sa femme Adélaïde et son fils Odon rendront, en conséquence, aux moines de Longpont, le jour de la fête de saint Rémi ou à la fin octobre, huit deniers de cens sur la terre qu'ils cultivent, excepté sur l'arpent de terre au village nommé Fais «  arpenno terre qui est apud villam que vocatur Fais  » (charte XCIII).

À la même époque, Hugues de Champlant, fils de Garin Grassi, donne sa part d'héritage paternel qui consiste en la moitié de la dîme du Fay «  medietatem decime de Fai, et donum super altare posuit  » et pose l'acte de donation sur l'autel de la Vierge à Longpont. Les témoins qui ont vu et entendu cela : Gautier Blundel, le fourreur Rannulf, Gautier Grierius, Arnulf, fils de Geoffroy, les serviteurs Garnier, Robert et Bernard, Milon, fils de Teulsi et son frère Bernier (charte CCLXXX).

L'inventaire des titres de l'abbaye cistercienne des Vaux-de-Cernay mentionne plusieurs biens dans la châtellenie de Montlhéry. En 1247, c'est la vente par Pierre de Brétigny, pour 120 livres parisis, de tout son domaine du Fay, près Linas .

En février 1291, un acte est passé devant Jehan Blondel, prévôt de Montlhéry au profit du chapitre de Linas. Jehanne femme dudit feu Robert Lequorant fait une aumône pour fonder son anniversaire et celui de feu Robert et de feu Hanriot leur frère. Il s'agit d'un arpent de terre en une pièce au terroir de Chèvremont entre la ferme de feu Guiart de Buison et le chemin du Fay en la censive commune du chapitre et de Philippe Pâté chanoine de ce lieu. L'acte est vérifié par «  Symon de La Roe, garde du seel de ladite prévosté  ».

Une requête du chantre Jean et du chanoine et chapelain André Labbé est présentée à l'évêque de Paris le 2 février 1303 dont l'objet est le partage des biens de la communauté du chapitre Saint-Merry de Linas. Parmi, les revenus et les rentes sont affectés aux anniversaires, nous trouvons les biens à Chèvrement «  Caprimons  » et " apud Fous " qui pourrait être Fay. L'article XIII de l'inventaire des droits acquits par la commanderie du Déluge en date du 4 avril 1303 rapporte «  un arpent de bois en une pièce séant entre la Roue et la meson du Fay tenant d'une part au bois du chapitre de Linais et d'autre part au bois du seigneur de La Roe  ».

Dans l'aveu de Marcoussis rendu le 19 juillet 1367, le notaire déclare les «  dépendances dudit chastel en environ 390 arpents de boys séans en plusieurs pièces environ de ladite ville de Marcoussis, c'est assavoir le Grand Fay qui contient environ six vingt cinq arpens , boys appellé le boys Faiel qui contient environ 45 arpens…, boys de la Chasteigneraye qui contient environ 20 arpens, boys appellé la Boissure qui contient environ 14 arpents, bois de Vaularon qui contient environ 38 arpents…  ».

Dans la description des biens du temporel du prieuré de Longpont et l'aveu et dénombrement rendu à la Chambre des Comptes le 9 avril 1383, il est précisé «  item en dessous de la maison du seigneur de Bruières appelée le Fay, a en une pièce de bois vingt cinq arpens ou environ  » .

 

 

Nous venons de voir, une fois encore, que les communautés religieuses possédaient de nombreux biens aux environs de la ferme du Fay : le Chapitre de Linas, les Bénédictins de Longpont, les Cisterciens des Vaux-de-Cernay, sans oublier les Célestins de Marcoussis, le prieuré parisien Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers et les frères de l'Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem.

 

 

Le Fay au XVe siècle

Les documents d'archive deviennent plus nombreux à partir du début du XVe siècle et nous pouvons suivre tous les actes passés sur le domaine du Fay. En 1413, une donation faite par dame Marguerite de Brieres à dame Marguerite Debray, sa filleule de la terre et seigneurie du Fay consiste «  en un hostel, coulombier et dependances,avecq 171 arpens de terres labourables relevant du roy à cause de son comté de Montlhéry, item 242 arpens de bois taillis, relevant du seigneur de Guillerville à cause de sa seigneurie de Lafontaine   ». Nous verrons plus tard que tous ces biens seront vendus aux Célestins de Marcoussis en 1462.

Quelques semaines plus tard, Marguerite de Bruyères, dame des Bordes, par procuration, par le don qu'elle a fait à sa filleule Marguerite de Braye, fille de Jehan, escuier, et de damoiselle Marguerite de la Planere, en l'auditoire de Montlhéry s'est déssaisie à son profit et fait foy et hommage, c'est à savoir «  une pièce de terre labourable de 63 arpens tenant à un chesne, une autre de 55 arpens, ..., item lostel du Fay, granches, estables, coulombier et jardin, lesquels héritages tenus en censive du roy  ».

Les nouveaux propriétaires remplissent tous les devoirs féodaux qu'ils doivent à leur suzerain. A la fin de l'année, l'aveu et dénombrement est donné au roy par Jehan de Brie, écuyer, pour sa terre et seigneurie du Fay, mouvant de Montlhéry, consistant en un hôtel bâtiments, cour, jardin contenant deux arpents et 171 arpents de terre. « Noble home Jehan de Brye dit Ferant, escuier au nom et come ayant le gouvernement garde et administration de Marguerite de Brye, fille de lui et de Marguerite de la Plastrière, sa feme, lequel advoue par ces présentes à tenir audit nom en foy et homage du roy nostre sire à cause de son chastel et chastellenie de Montlhéry, un hostel, grange, estables et coulombier et deux arpens de jardin appelé lostel du Fay, assis en ladite chatellenie auquel hostel appartient ce qui ensuite et c'est à savoir:
- une pièce de terre labourable séant audit lieu du Fay, contenant 63 arpens,
- item une autre pièce de 55 arpens,
- ite
m une autre pièce de 53 arpens, ...

Le testament de Marguerite de Bruyères, rédigé trois ans après, fait mention du legs de l'hostel du Fay à sa nièce Marguerite. En 1451, Marguerite de Braye, veuve de feu noble Philippe de Culan, dame du Fay, laquelle advoue tenir en fief en une foy et hommage mouvant du roy c'est à savoir:
- lostel du Fay, court, granche, coulombier que de présent sont en masures avecqs les jardins et appartenances qui sont en ruynes et desert ,
- item une pièce de pré qui soulloit estre en labour et de présent en friches et désert contenant 63 arpents,
- item une autre pièce de terre en friche et désert contenant 55 arpents
- item une au
tre pièce en friche...

Encore une fois, nous voyons les désastres causés par la guerre de Cent ans. La ferme du Fay est complètement en ruines et abandonnée. Située au milieu des bois, dans un lieu non sécurisé, les fermiers l'ont quitté depuis longtemps. La reconstruction demande un investissement assez considérable que la dame du Fay ne peut assurer. La vente des biens devient inévitable.

 

 

Le Fay aux religieux Célestins de Marcoussis

La vente de la terre et du fief du Fay est réalisée en 1462 par Marguerite de Braye, dame du Fay, au profit des religieux et couvent des Célestins de Marcoussis. L'acte notarié énumère les biens : un hôtel, manoir, cour, grange, étables, bergeries et colombier, jardin, bois, terres et dépendances appelé l'hôtel du Fay consistant en ce qui suit :
1°) trois pièces de terres mouvant du roy pour 171 arpents,
2°) 242 arpents de bois mouvant du seigneur de La Fontaine appartenant à feu Jean de Guillerville.

Cet acte mentionne Messire Jehan de Guillerville, escuier en son hostel de La Fontaine-lez-Brethigny.

Quelques jours après leur achat, le procureur des moines de Marcoussis fait un état des lieux et l'assemblée capitulaire vote une résolution pour les réparations (2). Une permission est accordée par le prévôt de faire travailler aux réparations du Fay par les Célestins. Ainsi les moines de Marcoussis agrandissaient leur patrimoine possédant la ferme du Fay, celle de Grand Viviers, de Frileuse, de la Saussaye, du Mesnil-Forget et d'autres comme Montrasse en Seine et Marne (et non à Nozay comme souvent recopié).

En 1470, les descriptions de l'hôtel du Fay et de la ferme de Montrasse sont faites par la commission donnée par la Chambre des Comptes, à messire Martin Le Picard, maître des Comptes, à l'effet de prendre connoissance de tous les biens possédés par lesdits religieux Célestins de leur valeur et revenus, «  ensuite desquels est la déclaration des biens et revenus desdits religieux Célestins amortis jusqu'à la concurrence de 200 livres de rente et revenus, à savoir :
- l'hôtel du Fay situé en la châtellenie de Montlhéry, paroisse de Linas, consistant en manoir, contenant une travée, cour, grange contenant cinq travées, bergeries contenant quatorze travées, colombier dans lequel il y a trois chambres, jardin contenant 2 arpents 50 perches.
- Item, une pièce de terre contenant 63 arpents, proche ledit hôtel du Fay.
- Item, une autre pièce de terre, proche ledit lieu, contenant 55 arpents.
- Ite
m, une autre pièce de terre proche ledit lieu, contenant 53 arpents 75 perches.
« tout ce que dess
us mouvant du roy à cause de sa châtellenie et seigneurie, mouvante du fief de la Fontaine  ». Cet inventaire nous montre bien la cascade de mouvance seigneuriale. Le Fay, appartenant à la seigneurie ecclésiastique de Marcoussis est un arrière-fief au second degré de la seigneurie laïque de La Fontaine de Brétigny dont le seigneur dominant est le roi à cause de Montlhéry.

Quatre ans après, les Célestins reconnaissent la vente «  à nous faites par Didier Carré, laboureur de sept arpents de bois proche le Fay au chantier dit la Croix-Maillard ,autrement Vaugoullan, en la censive du seigneur de Marcoussy  ». Aussitôt, les bois ont été défrichés et mis en labour; ils relèvent du seigneur de Marcoussis. Parmi les voisins, le prieuré Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers. La vente est faite moyennant douze livres tournois.

Un bail à cens est fait à Jean Charon de Chenanville en 1485. La même année, un bail à nouveau cens est passé à Jean Charon, prévost de Montlhéry, de 14 arpens tenant au seigneur de Chenanville en partie, au seigneur de la Roue, 15 arpens, ..., 4 arpens tenant au seigneur de Guillerville et à la femme de Guillaume de Bellejambe. Le 7 juin 1490, un bail à chef cens de 25 arpents de bois est fait par Pierre le Prince, seigneur de la Bretonnière à Yvonnnet Diguet, marchand boulanger de Linois, près la Chataigneraie au dessous du Fay, du coté des bois du seigneur de la Roe et dito de Sainte-Catherine.

Un échange est fait en 1493 entre les Célestins et le seigneur de la Bretonnière de 60 arpens de bois contre des droits censuels. Les biens sont situés «  en dessous de l'hostel du Fay, tenu en fief de Monsieur l'admiral, à cause de son chastel de Marcoussis, entre le prieuré du Val des Escoliers et l'hospital Saint-Jean-de-Jérusalem  ». Une attestation pour la séparation des bois avec Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers et le chapitre Saint-Médéric est délivrée en décembre 1497.

L'achat du 1er juillet 1499 à la veuve Dignet concerne la moitié de 25 arpents entre le Fay et les Chataigneraies venant d'une vente de Pierre Leprince, seigneur de la Bretonnière. L'autre moitié des 25 arpents de bois sera achetée aux enfants Diguet le 13 juin 1500. À la fin de la même année, le 18 décembre, Jehan Laudigois, procureur du roy en la prévosté de Montlhéry, confesse avoir reçu des Célestins, les lettres patentes de Messires les gens des comptes et Trésor du roy, contenant la main levée des lieux du Mesnil-Fruger et du Fay... Un autre acte du même jour, est plus explicite, les gens des comptes et trésoriers du roy, font main levée de la saisie féodale faite à l'encontre des Célestins pour lesdits lieux. Assurément, les moines de Marcoussis ont oublié de rendre foy et hommage au roi.

 

 

Le Fay au XVIe siècle

L'affaire de la saisie féodale n'est pas réglée du jour au lendemain puisque le 1er octobre 1508, la main levée est donnée aux Célestins de Marcoussis par les trésoriers de la chambre des comptes du consentement du procureur du roy de la saisie féodale de leurs fermes du Fay et du Ménil-Fruger.

Un bail des dixmes de grain et vin sur la ferme du Fay est passé en 1524, Il s'agit d'un droit qu'exercent les religieux du chapitre de Linas, sur les terres du Fay.

Les lettres patentes de François 1er datées du 29 juin 1539 autorisent les Célestins de nommer des gardes pour leur bois, le couvent possédant «  grand quantité de boys taillis assis au lieu du Fay en notre juridiction et prévosté et pour garder leurs boys ledits suppliants en suivant nos ordonnances…  ». Ainsi les bois seront gardés «  jour et nuit contre les manants et habitans des dists lieux et villages circonvoisins  » et autorisation est donnée de défendre l'entrée des bestiaux dans les bois du monastère. Le roi «  permet de grace especial  » la nomination de quatre gardes lesquels, après avoir prêté serment, auront autorité de «  faire les emprisonnements des personnes et bestes qu'il trouveront en dommaige les bois, …, et lesdits garder les mettre prisonniers en prison dudict Montlhéry siège royal dudict lieu dedans les 24 heures pour leur procès ,. ., et lesdits exploits doivent estre faicts par le sergent de la prévosté de Montlehéry… ».

Le 20 octobre de la même année 1539, une sentence du bailly de Montlhéry ordonne aux Célestins de faire des copies collationnées «  de nos seigneurs les gens des comptes, probablement une main levée de saisie pour le Fay et le Ménil-Furger  » (3).

Le 4 juillet 1542, le bail à loyer de toutes les dixmes de grain que les chanoines de Linas ont droit de prendre sur le terroir du Fay est passé pour trois ans au profit de Pasquier Roux, marchand fruitier, moyennant 32 septiers de grains deux-tiers bled l'autre tiers méteil. Le 9 juillet 1553, le bail des dixmes du Fay est passé pour neuf ans à Nicolas Groguet, laboureur, moyennant 4 septiers de bled. Prenant le prix du froment, selon Loysel, de 5 livres 12 sols le setier en 1578, le bail s'élève à 24 libres 8 sols.

En l'an 1547, devant Jehan Regnault, "prévost garde pour le Roy nostre sire de la ville prévosté et chastellenie de Montlhéry, salut, sçavoir faisons…", à la requête verbal des vénérables religieux des Célestins de Marcoussis, sont commis à la garde des boys du Fay, Cantien Le Borgne et Maurice Fourguif «  qui ont puissance de faire leur profession de garde à l'encontre des délinquants trouvez faisant dommaige des boys ensuivant les lettres royaux du roy nostre sire…  ». Après "avoir prêté serment en la manière accoustumée", lesdits Le Borgne et Fourguif prennent la fonction de gardes des bois du Fay.

 

En 1562, le bail de la ferme du Fay est passé par les Célestins au profit de Nicollas Grongnet, laboureur demeurant au Fay, la ferme et mestairie dudit lieu consistant en maison, manoir et autres estables, cour, jardin, avec 220 arpens, moyennant sept muyds de grains. En reprenant un calcul identique au précédent, nous avons un affermage moyennant 470 livres 8 sols. Toutefois, la livraison des 7 muids de blé permettait la nourriture annuelle de 23 moines qui consomment chacun une livre et demie de pain par jour.

Dix ans plus tard, Jehan Hersault, laboureur demeurant à Guibeville, prend l'afferme du Fay «  lequel confesse avoir retenu a titre de ferme et moyson de grain jusques à six ans, des religieulx et discrettes personnes frère Nicolle Dubellay dépositaire et frère Estienne, la ferme et mestairye du Fay moyennant cinq muyds de grain  ». Deux mois plus tard, le bail des dixmes est passé par le Chapitre au profit de Jean Hersant, marchand et laboureur en la ferme du Fay pour six ans moyennant trois septiers et une mine de bled. Le fermier du Fay possède donc deux patrons : les Célestins de Marcoussis pour la propriété des lieux et le chapitre de Linas pour les grosses dîmes. Il semble qu'il y ait eu un contentieux, puisqu'une sentence est rendue le 2 septembre 1574 suite à un bail.

Un nouveau bail à ferme du Fay est passé le 9 janvier 1578 au profit de Jullien Petit, laboureur demeurant à Baillau, paroisse de Bruyères, jusques à six ans, le bail moyennant cinq muids de grain. La consistance des biens est identique à celle de 1562. «  ledit Petit accepte la quantité d'un cent de bestes à layne que le preneur accepte de nourrir pendant les six ans, moyennant six escus... Les religieux se réservent une chambre haulte lors de visites et la moytié des fruits  ».

En 1580, le doyen, le chantre et des chanoines «  assemblés en leur chapitre au lieu accoustumé des assises d'icelluy, lesquels volontairement baillent à titre de ferme et moison de bled, jusqu'à cinq ans à Jullien Petit, laboureur demeurant en la ferme du Fay, c'est à savoir toutes et chacunes les dixmes de grain et vin appartenant audit chapitre et qu'ils ont droit de prendre cueillir recepvoir tous les ans sur plusieurs héritages appartenant à la ferme du Fay, ce bail fait moyennant quatre septiers et mynes  ».

Une lettre du prévôt de Montlhéry de la même année mentionne le bail fait au nommé Petit. Les Célestins rappellent le bail de la ferme et mestairie du Fay fait à Julien Petit, laboureur, le 9 avril 1560. La sentence contradictoire des requêtes du Palais du 17 décembre 1583 est rendue «  contre Jehan le Mineur, prieur et curé de Bruières par laquelle il a été condamné à rendre et restituer auxdits Célestins les gerbes de grain qu'il avoit enlevé sur les terres de la ferme du Fay qui sont les mesmes où Monsieur le prieur de bruière prétend aujourd'hui la dixme et lesdits Célestins maintenus dans l'exemption de la payer et aux dépens  ». Cette affaire de dîmes sur les terres du Fay va perdurer au cours du XVIIe siècle. Beaucoup plus tard, le 22 août 1663, une autre sentence contradictoire des requêtes du Palais ordonnera que les Célestins sont «  confirmés par arrest contre Monsieur de Machaut Devuier, prieur de Bruière  ». Puis, le contentieux reprendra de plus bel, car les guerres de la Fronde avaient ruiné la région et la crise frumentaire sévissait dans le Hurepoix.

En 1588, une supplique est adressée au prévôt de Montlhéry par les Célestins pour les gardes de leur bois au temps où François de Balsac est seigneur et comte de Montlhéry (4). « devant Monsieur le prévost de Montlehéry supplie humblement les religieux, prieur et couvent des Célestins de Marcoussis disant que des lettres patentes à eux données et octroiées par le feu Roy François en l'an 1536 leur avoit nommer des hommes jusqu'au nombre de quatre par nous et instituez à la garde de leurs bois situées en la prévosté et juridiction ayant de faire garde… ». Ainsi les moines de Marcoussis rappellent le droit de police dans leurs bois, «  de constituer en délit flagrant et prisonniers et de les garder en la prison dedans les vingt-quatre heures et faire leur procès selon les lois … ». Les demandeurs proposent «  à la garde d'iceulx bois la personne de François Lehoux, demeurant à La Pellerine, paroisse Sainct-Mery de Linois et Hugues Jacquemart demeurant à Marcoussis, lesquels lesdits nous nommons et en faisant leur méttier faire tout emprisonnement et nécessaire pour le faict de ladite garde selon et ainsi qu'il est porté par la présente lettre…  ». À cet effet le prévôt prend le serment des deux gardes Lehoux et Jacquemart.

En 1599, nous trouvons un "Mémoire de ce qui a été laissé au fermier du Fay entrant dedans ladite ferme en l'an de 1599" par le procureur des Célestins. L'acte commence par une note sur les labours de la terre «  la terre dedevant la porte de la ferme labourée depuis le chemin de Chastres jusqu'au cinquième sillon par delà le coin de la haye tirant de Coaurt desdicts trente sept arpents de labour  ». Puis, la prisée des meubles mentionne :
• une basse table de bois mise sur tresteaux et un grand ban,
• une aultre table de chesne sur tresteaux,
• ung coffre et une huche,
• une grande armo
ire de chesne fermant à clef…

 

Signature de François de Balsac et des dignitaires Célestins de Marcoussis (1599).

 

De nouveau en 1599, un bail est passé au profit de Barthélemy Lesage, marchand et laboureur d'Estampes, de la ferme de mestairie consistant en maison manable, granches, bergeryes, estables, coullombier à pied couvert de thuille, cour, jardin appelé la ferme du Fay avec la quantité de 220 arpens ....moyennant quatre muyds et demy de grain, ..., trois douzaines de pigeonneaux. Une clause exclut du bail une chambre haulte qui est proche la chapelle d'icelle ferme . Cet acte nous montre ainsi que l'affermage de la ferme du Fay est toujours payé en nature, garantie pour les propriétaires d'un revenu qui suit l'inflation galopante en cette fin de XVIe siècle et qu'une chapelle existe au Fay.

 

La même année les religieux, prieur et monastère des Célestins de la Sainte-Trinité de Marcoussis rendent foy et hommage à Messire François de Balsac, seigneur de Boys-Malesherbes, de Marcoussis et de Chehanville «  selon qui est porté par la coutume de la prévosté et comté de Paris  » pour une pièce qui contient soixante arpents de " boys taillis assis au dessous du Fay " venant d'un échange avec Pierre le prince, seigneur de la Bretonnière. L'acte est signé par François de Balsac, le prieur Audouart et frère Jagu, le dépositaire du couvent.

Le mercredy 4 août 1599, devant Jean Auzard, notaire royal héréditaire en la ville de Montlhéry, vénérable religieux frère François Olias, procureur des religieux Célestins de Marcoussis a offert de bailler à Barthélemy Lesage, laboureur demeurant à la ferme du Fay en la paroisse de Linois appartenant auxdits sieurs religieux, la quantité de deux cents bestes à laine...

Une nouvelle autorisation de nommer, jusqu'au nombre de quatre, des gardes pour les bois du Fay est accordée en 1616 aux Célestins de Marcoussis par le prévôt de Montlhéry qui a pouvoir de recevoir les serments.

 

À suivre…

 

Notes

(1) Le mot «  haruspex  » vient de l'étrusque «  haru  », entrailles et spicio. Le devin qui annonçait l'avenir en examinant les entrailles, surtout le foie, des animaux sacrifiés; les haruspices n'ont formé un collège sacerdotal qu'à partir de l'empereur Claude. «  haruspicalis ars  » est la science des haruspices, la divination.

(2) N'oublions pas que plusieurs siècles avant la Révolution de 1789, les moines vivaient sous un régime démocratique, élisant leur abbé et prieur et prenant toutes les décisions par vote en assemblée capitulaire.

(3) Il faudrait voir dans cet acte, le nouveau régime féodal du comté et châtellenie de Montlhéry qui est vendu depuis 1529 par le roi à un seigneur engagiste qui reçoit toutes les droits et revenus de la châtellenie. Toutefois, la justice appartenait toujours au roi.

(4) Dès son arrivée sur le trône le 13 février 1575, Henri III vend le domaine royal de Montlhéry à François de Balsac, seigneur de Marcoussis, pour 6.000 livres avec toujours la clause du droit de rachat.

 

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