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L'abbaye Notre-Dame du Val de Gif (7)

La règle de Poncher

Nous continuons, par le septième volet, l'histoire de l'abbaye bénédictine Notre-Dame du Val de Gif, en donnant un résumé des statuts d'Étienne Poncher, évêque de Paris, et des règlements particuliers de ce couvent où il convenait, à la fin du XVe siècle, d'introduire une réforme pour rétablir la règle de saint Benoît (1).

C. Julien J.P Dagnot - Avril 2013

 

 

Sur le dessein de l'ouvrage

Dans l'avertissement sur le dessein de cet ouvrage, l'auteur anonyme nous dit : « Pour comprendre la raison qui nous a obligées de joindre la règle de N.P. saint Benoist, les statuts d'Estienne Poncher et les règlemens propres et particuliers de cette abbaye de Nôtre-Dame du Val de Gif , il faut savoir que ce digne prélat avoit dressé ces statuts, il y a plus de deux cent ans pour la réformation des monastères de filles de l'Ordre de saint-Benoist de son diocèse, qui estoient tombez la plûpart dans un dérèglement effroyable, et dans une si grande ignorance de leurs devoirs, qu'ils étoient un sujet de scandale à toute l'Église. Ils furent reçûs en ce temps-là par toutes les religieuses qui eurent quelque désir de leur salut, et de s'acquitter des vœux de leur profession. Cette abbaye de Gif fut du nombre de celles qui embrassèrent cette première réforme, qu'on pouvoit appeler un commencement d'Observance. Mais parce que l'évêque de Paris s'étoit servi pour ce dessein de la règle qui avoit été faite pour les religieuses de Fontevrault, composée d'une partie seulement de celle de saint Benoist, on fut obligé dans la suite du temps de faire plusieurs changemens à ces statuts, et de supprimer divers usages tous particuliers à l'Ordre de Fontevrault. Monseigneur François de Gondy, archevêque de Paris, permit en l'année 1629, d'en faire une édition nouvelle, où tout ce qu'il changea ne tendoit qu'à rapprocher du premier esprit de l'Ordre et de l'exacte Observance de la règle de saint Benoist, afin que tous les monastères pussent se conformer au moins en partie à plusieurs congrégations qui avoient quitté la Mitigation par une parfaite réforme.

 

 

L'Étroite Observance de la règle de Saint-Benoît

Dans la nouvelle impression des statuts d'Estienne Poncher, on avoit conservé les ordonnances les plus essentielles. Elle fut reçue dans le monastère de Gif et suivie exactement jusqu'en l'année 1676 que les religieuses aspirant toujours à une plus grande perfection, la révérende mère Anne-Victoire de Clermont de Monglat , pour lors abbesse, avec toute la communauté, demanda, et obtint de Monsieur François de Harlay, archevêque de Paris, la permission d'embrasser l'Étroite Observance de la règle de saint Benoist sans mitigation, et aucun adoucissement. Il fallut alors s'écarter de plusieurs points des statuts dressez pour les religieuses mitigées, pour s'attacher littéralement à la règle, en gardant fidèlement néanmoins tout ce qui n'y étoit point contraire. Cependant le texte de la règle étant confondu dans les statuts, et plusieurs chapitres entièrement obmis, les religieuses (qui pour la plupart ne l'avoient jamais lue pure et séparée) n'en connoissoient que ce qui en étoit mêlé dans les statuts, qu'on nommoit communément la règle des Filles, sans distinguer ce qui étoit de saint Benoist, et ce qui n'en étoit pas. Plusieurs personnes conseillèrent à la digne abbesse d'en faire dès ce temps-là la séparation ; mais les anciennes religieuses croyoient que c'étoit faire une injure à la mémoire d'Estienne Poncher, de changer la forme de cet ouvrage. Elle suspendit ce dessein pour ne les pas troubler, voulant néanmoins établir solidement l'Étroite Observance, dans laquelle elles étoient entrées depuis peu, sur la règle et dans le véritable esprit de saint Benoist et leur inspirer le respect et l'attachement qu'elle avoit elle-même pour tout ce qu'il prescrit à ses enfans. Elle obligea ses Filles de la lire toute simple, de la méditer souvent, d'en peser toutes les paroles, et d'en pénétrer le sens. Elle leur fit comprendre qu'on ne pouvoit en négliger aucun article, sans s'éloigner de la perfection religieuse.

Pour leur en faciliter la pratique elle fit des règlements particuliers, avec l'approbation des Visiteurs, qui marquoient en détail tout ce qui étoit nécessaire pour maintenir sa maison dans une grande régularité, et prescrire en quelque manière contre l'inconstance des temps (2). Toutes les religieuses ayant été par ce moyen parfaitement instruites de tout ce qui étoit contenu dans la sainte Règle, elles souhaitèrent enfin de l'avoir toute pure, et les statuts séparément.

 

 

Lettre d'Estienne Poncher (3)

Dans l'édition de 1709, outre l'avertissement aux lecteurs, nous remarquons «  La préface de Messire Estienne Poncher  », un avertissement sur la nouvelle édition par l'ordonnance de Monseigneur l'Illustrissime et révérendissime Jean-François de Gondy, cardinal de Retz et archevêque de Paris , et un prologue de la règle de saint Benôit.

« Estienne Poncher, par le miséricorde divine évêque de Paris, aux Vierges consacrées à Dieu dans les monastères, salut en Jésus-Christ. Je crois que vous n'ignorez pas, très chères épouses de l'Agneau sans tache, que Jean Simon notre prédécesseur, également docte et zélé, a beaucoup travaillé pour rétablir et faire refleurir dans vos monastères les saintes Observances de la discipline régulière, qui y avoient été extrêmement négligées, et presque anéanties par celles qui n'étoient religieuse que de nom, et pour faire observer une exacte clôture dans ces saintes Maisons, destinées à la vie solitaire et retirée, où elle avoit été ci-devant impunément violée. Ces pieux travaux d'un vigilant prélat n'ont pas été sans effet… après en avoir arraché jusqu'aux racines toutes les causes de vices et des désordres, qui étoient comme autant de plantes malheureuses… Mais la mort qui n'épargne personne, l'ayant retiré de ce monde pour jouir… nous nous sommes trouvés engagés à continuer et soutenir ses pieux desseins et travaux…

Un si heureux succès nous porte à rétablir dans les autres monastères de notre diocèse une semblable Observance, dont nous voyons de nos propres yeux de si beaux progrès. Quelle joie, quel plaisir pensez-vous que je reçois, mes chères sœurs… non pas ornées à la façon des femmes de ce monde, d'or, d'argent et de pierreries, qui sont d'autant de marques de leur vanité et de leur orgueil, mais occupées uniquement à parer vos âmes et votre intérieur de toutes les vertus, et sur tout de la pureté de conscience… et de voir dans la Sion céleste ce divin objet d'une majesté infinie. C'est pourquoy j'ai crû qu'il étoit important de vous proscrire des loix, des ordonnances et des règlemens pour votre conduite, afin de transmettre à celles qui viendront après vous cette sainte Observance, et cette discipline excellente qu'on voit aujourd'hui parmi vous… Renfermez-vous donc dans vos cellules, et aimez la clôture à laquelle vous vous êtes engagées pour l'amour de Jésus-Christ… Ainsi soit-il.

 

 

 

Les statuts

Comment il faut prendre l'avis des Sœurs . L'abbesse sera d'ordinaire sonner le Chapitre le lundi et vendredi, et les veilles de fêtes solennelles, elle pourra aussi le faire sonner tel autre jour qu'il lui plaira, quoy qu'il soit fête, soit pour les affaires du monastère, soit pour la correction des fautes et à telle heure du jour qu'il lui plaira, mais l'heure ordinaire sera après Prime. La cloche sonnée toutes les sœurs se tiendront prêtes pour assister au Chapitre, personne n'en étant dispensé qu'en cas de maladie… L'abbesse peut proposer aux sœurs les affaires de la Maison, pour en demander leur avis, comme de recevoir quelques fondations de prières ou messes, de vendre, acquérir ou aliéner quelques biens, ou faire des remises, Puis ayant dit tout debout tournée devant le crucifix Adjutorium , les sœurs répondent Qui fecit et toutes sortiront.

Pour la réception des Filles . Les postulantes seront admises à l'habit et les novices à la profession par la pluralité des voix. Les sœurs seront reçues à la vêture et profession par des voix secrètes, en cette manière : au commencement du chapitre la sacristine distribuera à chacune des sœurs professes une fève noire et une blanche ; la mère abbesse en prendra deux de chaque façon à la fin du Chapitre. La mère abbesse ayant proposé la fille qui demande d'être reçue et déclaré à la communauté ce qu'elle connoit de ses bonnes ou mauvaises qualités, les deux zélatrices apporteront à la mère abbesse une boëte percée dans le milieu, cachetée du sceau de l'abbaye ; elle y mettra ses deux voix, et toutes les sœurs ensuite, selon leur rang, y mettront les leurs. Si les voix sont égales on recommencera la votation, si les voix sont égales, c'est l'abbesse qui décidera.

Reconnaissance des fautes particulières . Le lundi qui suit immédiatement le premier dimanche de Carême, on tiendra le Chapitre comme il sera dit du vendredi en reconnaissant les fautes particulières, et en outre chqua officière du monastère, en disant sa coulpe ce jour-là, renoncera entre les mains de l'abbesse à l'office et charge qu'elle avoit, en mettant ses clefs et enseignes de son administration aux pieds de l'abbesse, qu'elle suppliera de la décharger de son office et charge

De la discipline . Tous les vendredis de l'année, après matines, et tous les jours du dimanche des Rameaux jusqu'à Pâques, vous ferez en lieu obscur la discipline pénitentielle toutes ensemble par l'espace d'un Miserere à la fin duquel la supérieure dira le Domine, non secundum paccata nostra fucias nobis .

Assister les pauvres . L'abbesse aura grand soin que les pauvres soient assistés par les aumônes réglées, dans la paroisse de Gif particulièrement, et les passants seront aussi secourus dans leurs besoins, soit pour la nourriture, ou les remèdes qui seroient nécessaires, en sorte qu'on ne refuse jamais à aucun ce qui pourra se trouver au monastère, sans les loger, ni s'engager à continuer pour du temps.

Vêtir les nus . L'on donnera soigneusement les vieux habits des sœurs aux pauvres, et tous les ans au commencement de l'hyver, la boursière fera acheter de l'étoffe neuve en telle quantité que la mère abbesse lui ordonnera, pour faire des habits aux plus nécessiteux.

Ensevelir les morts . Lorsqu'une des sœurs sera décédée, l'infirmière prendra soin de l'ensevelir, et s'acquittera de ce devoir de charité avec piété ; celles de la communauté qui auront dévotion de l'aider, en demanderont la permission à la mère abbesse, et sa bénédiction avec l'infirmière.

S'éloigner des façons de faire du monde . Les sœurs s'appliqueront avec une grande affection à pratiquer ce que saint Benoist marque en cet endroit ; en sorte qu'en toute choses généralement, en habits, en meubles, en ouvrages, dans les gestes, dans les paroles, dans les lettres, en ce qui regarde le dehors et le dedans du monastère, elles évitent tous ce qui auroit un air séculier, et des manières conformes à celles du monde. Autant que les sœurs doivent s'aimer sincèrement, autant doivent-elles éviter tous les termes de flatterie et de compliments humains.

N'aimer point le ris démesuré ou éclatant . On ne permettra point dans les conversations, et beaucoup moins au parloir, de parler d'un ton haut et élevé, ny d'éclater jamais en riant.

Aimer la chasteté . Pour garder la chasteté vous devez aimer la sobriété d'esprit et de corps, et fuir nécessairement l'oisiveté. Ecouté l'Apôtre, qui vous avertit de vous offrir entièrement, comme une hostie, pour servir Dieu en toute sainteté, sans vous laisser aller aux passions de la concupiscence et pour n'en point être inquiétées. Il faut que vous soyez soigneuses de travailler, lire, prier, prendre les disciplines, et pratiquer les autres pénitences et mortifications, et de vaincre vos passions par la patience, et briser toujours et écraser contre la pierre, qui est Jésus-Christ, vos tentations, lors qu'elles naissent et sont encore petite et tendre.

De l'obéissance . L'obéissance prompte et sans delay est le premier degré de l'humilité… que pour la crainte de l'enfer, ou pour le désir de la vie éternelle, aussitôt que quelque chose leur est enjointe par leur supérieure. C'est dans· cette vûë de parvenir à la vie éternelle qu'elles entrent et marchent avec courage dans la voie étroite dont parle notre Seigneur, lorsqu'il dit que la voye qui conduit à la vie est étroite. Et c'est pourquoy s'étant retirés dans un monastère, elles ne veulent point vivre selon leurs sentiments, ni suivre leurs désirs et leurs inclinations.

Du silence . Faisons ce que dit le prophète «  Je prendrai garde à moy pour ne point pêcher par ma langue. J'ai mis un frein à ma bouche, je me suis tû, je me suis humilié, et me suis abstenu même de parler de bonnes choses  ». Et pourtant s'il faut demander quelque chose à la supérieure, qu'on le demande avec toute humilité, et avec révérence et soumission, en sorte qu'il ne semble pas qu'on parle plus qu'il ne faut. Quant aux paroles de raillerie, aux discours oiseux et inutiles, et aux mots pour rire, nous les condamnons et bannissons pour jamais de quelque lieu que ce soit…

De l'humilité . Que la religieuse ne se soucie comment elle est nourrie, vêtue, chauffée, meublée et entretenue, et soit contente de tout ce qui coûte le moins, semblablement qu'elle soit satisfaite d'être au dernier lieu du chœur, en Chapitre, en rang, en office, et en tout ce qu'on lui commandera.

De l'office divin . Durant l'hyver, depuis le premier novembre jusqu'à Pâques, on, se doit lever à la huitième heure de la nuit, afin qu'on repose un peu plus que la moitié de la nuit et qu'on se lève la digestion étant déjà faite. Pour le temps qui reste aux sœurs après l'office, elles l'emploient à prévoir les psaumes ou les leçons que l'on doit réciter. En été, qu'on ne dise jamais moins que douze psaumes aux vigiles de la nuit. Aux laudes du dimanche on dira le psaume soixante-sixième sans Antienne , puis le cinquantième avec Alleluia … et ensuite la cantique Benedicte , le psaume Laudate , la leçon de l'Apocalypse, qui se doit dire par cœur, le Répons, l'Hymne de saint Ambroise, le Verset, le cantique de l'Evangile, la Litanie . A cinq heures et demie on sonnera l'Angélus, et on éveillera toutes les sœurs, pour se trouver à six heures pour commencer la méditation par l'Antienne Veni sancte . À la demie on commencera Prime et la première messe suivra immédiatement. Tous les jours de jeûnes on sonnera Tierce à neuf heures, et Sexte après la messe. Un quart d'heure devant onze heures on dira None . À onze le Réfectoire . Après les grâces, les sœurs se trouveront dans la salle commune pour la conversation. Un quart d'heure devant une heure on sonnera le silence de la retraite. À la demi on s'assemblera pour le travail manuel, qu'on finira un peu devant Vêpres . À trois heures et demie l'on dira Vêpres et la Méditation ensuite. A cinq heures, on ira au réfectoire pour la collation. Un quart après six heures on sonnera Complies , à la fin de l'examen l' Angélus sera sonné, toutes les sœurs monteront au dortoir.

 

De la prieure et des discrètes . Outre la prieure du cloître, il y aura six discrètes nommées, sçavoir la cellérière , la dépositaire , la boursière , la portière , et deux autres, lesquelles seront élues et ordonnées par l'abbesse, avec l'avis de celles qu'elle jugera plus zélées au bien de la maison. Ladite abbesse pourra déposer les discrètes, quand elle le jugera à propos. Entre les six discrètes, on en nommera deux pour être zélatrices qui auront soin d'avertir les sœurs des défauts extérieurs qu'elles remarqueront dans leur conduite.

Comment les sœurs doivent dormir . Chacune dormira en son lit à part, et toutes auront leurs lits garnis conformément à leur profession, et suivant la disposition de l'abbesse. Chaque sœur aura sa cellule particulière. Que dans le dortoir, il y ait une lampe continuellement allumée jusqu'au lendemain matin. Les sœurs seront vêtues dans leur lit d'une robe de nuit de couleur brune, avec le scapulaire, guimpe et petit voile. Sur les planchers des lits, il y aura des lits piqués ou matelas, sur lesquels elles coucheront dans des draps de blanchet, un coussin, ou oreiller de plume sur le chevet, et une ou deux couvertures, selon la saison.

De l'excommunication pour les fautes . S'il se trouve quelque sœur rebelle, ou désobéissante ou superbe, ou murmuratrice, ou contrevenant en quelque chose avec mépris à la sainte règle et au commandements de ses anciennes, elles l'avertiront une et deux fois en particulier, suivant le précepte de Notre Seigneur. La mesure de l'excommunication ou correction doit être proportionnée à la qualité de la faute, dont le jugement dépendra de la discrétion de l'abbesse. Les coulpes sont les unes moindres et légères , les autres grandes et grièves , et les autres grandes et énormes . Les légères fautes sont comme lorsque une sœur occupé à un travail manuel rompt ou perd quelque instrument. Les grandes et grièves fautes sont de préjudicier de fait ou de paroles à l'honneur du monastère ou à la réputation de quelque sœur professe. Les grandes et énormes fautes sont les homicides, les sorcelleries, blasphèmes détestables, larcins, sacrilèges, empoisonnements, pillarderies, ou autres crimes détestables, pour lesquels les personnes son excommuniées de droit.

La sœur qui étant sortie du monastère apostasie, demande derechef d'être reçue en la communauté, se soumettra à faire pénitence en la prison, qui s'appelle perpétuelle, au-dedans de la clôture, tant que le visiteur le jugera à propos avec l'abbesse et le couvent, et elle tiendra le dernier lieu, comme si elle étoit novice, et rentrée de nouveau, pour éprouver son, humilité.

Ce qui regarde les enfants . On ne recevra point de pensionnaires au-dessous de quatre ans, selon les ordonnances de Monseigneur le cardinal de Noailles. Elles auront un appartement séparé de la communauté et du noviciat ; on ne leur permettra point d'aller dans les lieux réguliers. Ma première maîtresse couchera dans l'appartement des enfants, elle ne les quittera pas de vue un seul moment, et ne sortira point que la seconde ne soit présente. Les maîtresses s'appliqueront particulièrement à instruire les enfants des vérités du Christianisme, et à leur donner de bonne heure de l'horreur du vice, et de l'éloignement pour toutes les vanités du monde. Il faut empêcher soigneusement les liaisons et les amitiés particulières entre les pensionnaires, qui ont souvent de très mauvaises suites, ni avec les religieuses de la communauté, les empêcher de leur donner ou d'en recevoir de petits présents, ni écrits de dévotion sous prétexte d'alliance ou d'amitié. Les enfants seront toujours vêtues modestement ; qu'elles n'aient jamais ni frizures ni pierreries, ni rien qui tente la vanité et la trop grande délicatesse. Lorsque les enfants viendront à faillir qu'il soient punis par de longs jeûnes ou bien par de rudes verges, afin qu'ils se corrigent .

De l'office de la cellerière . La cellerière ordonnera tous les jours ce qui se doit donner pour la nourriture des sœurs, des infirmes, des pensionnaires et pour la table du dehors, ce qu'elle doit faire avec une application particulière aux besoins de chacune, marquant sur tout une grande compassion et charité pour les infirmes, les malades, et les personnes âgées, beaucoup d'honnêteté, et une générosité vraiment chrétienne et religieuse pour les personnes qui surviennent au dehors, gardant une juste mesure… Que la cellerière donne par déclaration à l'abbesse et à la dépositaire des bleds, vins et autres choses qu'elle aura reçues de la dépositaire, et donne par écrit ce qui aura été dépensé de la provision, et tienne compte de tout. Qu'elle ait un très grand soin des malades, des enfants, des hôtes et des pauvres, tenant pour certain qu'il doit rendre compte de toutes ces choses au jour du Jugement, et qu'il regarde tous les meubles et tous les biens du monastère comme si c'étoient les vases de l'autel. La cellerière ne fera jamais rien faire d'extraordinaire pour la nourriture de la communauté, ou du dehors, sans la permission de la mère abbesse. Elle doit avoir beaucoup d'union et de rapport avec la boursière et la tourière et ne point contester point avec celles qui lui demandent quelque chose…

 

 

De l'office de la dépositaire. À la dépositaire appartient de tenir compte, écrire et faire recette de tout l'or et l'argent, des toiles et draps donnés au couvent, ou bien qui lui appartiennent par achapt, ou en quelque façon que ce soit, qui doivent être mis en dépôt. Elle distribuera en gros à la boursière l'argent qu'il faut pour la dépense ordinaire du couvent ; pour les autres commodités qui sont réservées au dépôt, elle les distribuera à la cellerière, chambrière et infirmière. Elle doit observer une grande modestie en conservant avec les personnes domestiques et séculières, et marquer toujours une grande douceur et charité aux fermiers et débiteurs, ne les pressant jamais de payer, avec des termes durs et par des menaces…

De l'office de la boursière . La boursière recevra de la dépositaire certaine somme d'argent, autant qu'il en faut pour chacune des dépenses qui se font au monastère, et mettra sur son papier tout ce qu'elle aura reçu, avec le jour et l'année, et sur celui de la dépositaire. Lorsque quelque marchand, ouvrier, boucher, avocat, procureur, médecin, apotiquaire ou autres demandant payement de ce qui leur est dû, la boursière les payera, et en prendra quittance en présence de deux ou trois sœurs.

Du procureur ou receveur . Vous aurez un receveur fidèle qui sera séculier, et non autre, qui aura de quoy répondre et vous obligera ses biens, meubles et immeubles, ou ceux de sa caution, afin que votre monastère ait où se prendre en cas qu'il vous fit tort. Il sera choisi par l'abbesse avec l'avis des discrètes, lequel ayant reçu de tous vos débiteurs en quelques espèces que ce soit, tout ce qui est du au monastère et l'apportera à la dépositaire en présence de l'abbesse ou autre députée par elle. La dépositaire et boursière seront soigneuses de visiter les papiers terriers, et les droits et rentes appartenants au couvent, lesquelles visites un fois ou deux par mois… Le receveur devra conduire les procès du monastère et rendre de trois mois en trois mois un compte général au parloir en la présence de l'abbesse.

Des semainières de la cuisine . Il y aura toujours une ou plusieurs sœurs layes qui servisont à la cuisine, et avec elles une ou deux sœurs du chœur, qui serviront par semaine aussi à la cuisine comme aides des sœurs layes, en sorte néanmoins que la principale et plus forte besogne se fasse par les converses. Il y aura une ou plusieurs qui serviront à la table, qui seront soigneuses d'avertir la cellerière de tout ce qui est nécessaire aux sœurs pour le repas, sans néanmoins sortir du réfectoire ; elles lui demanderont tout bas par la fenêtre de la cellerie.

Des prêtres passants . Lorsque des prêtres, ou des religieux passants et inconnus demanderont à loger, on ne les recevra point qu'ils n'ayent auparavant montré un certificat ou obédience, ou quelque autre lettre digne de foy, qui rende témoignage de leur probité. S'ils n'en peuvent produire, on leur en fera seulement quelque légère aumône, et on les congédiera honnêtement. Ceux qui demanderont à célébrer la sainte messe seront examinés de même, et obligés à célébrer en habit long, et à suivre les ordonnances de Monseigneur l'archevêque de Paris, portées dans son mandement, duquel il y aura toujours un imprimé exposé dans la sacristie de dehors.

Le prêtre confesseur . Les mercredis et samedis ordinairement les sœurs se confesseront au père confesseur avec tant de diligence, qu'on n'ait pas besoin de se confesser le dimanche ou fête qui arriveroit le lendemain, ou au moins qu'on y emploie très peu de temps. Qu'aucune ne prenne la liberté de se confesser avant que la sacristine ait demandé permission à la mère abbesse d'ouvrir les confessionnaux, laquelle donnera ordre que toutes les sœurs se confessent à leur rang, commençant par les jeunes. Tout prêtre confesseur sera approuvé par le père visiteur. Il y aura toujours deux prêtres logés au dehors du monastère, afin que les messe se puissent célébrer règlement et avec décence. Le sacristain pourra aussi être un prêtre pour plus grande commodité. Le chapelain aura le pouvoir pour suppléer dans la nécessité au confesseur. Il doit confesser les domestiques, leur faire le catéchisme les fêtes et dimanches, et veiller sur leur conduite, pour soulager le premier confesseur. Les ecclésiastiques n'iront point au parloir, et n'entretiendront point de commerce avec les religieuses, ni au tour, ni à la sacristie.

Du rang dans la communauté . L'abbesse et les anciennes appelleront les jeunes leur sœurs, et les jeunes appelleront les anciennes leurs mères, par une révérence maternelle qu'elles leur doivent. Celle qui sera professe de six ans devant une autre sera appelée mère par elle, et son ancienne de six ans l'appellera sa sœur. Quant à l'abbesse on l'appellera Madame puisque saint Jérôme dit qu'elle est épouse de Notre Seigneur Jésus-Christ. La sous-prieure aura son rang immédiatement après la mère prieure et sera appelée mère par toutes les sœurs. Les deux premières chantres tiendront le milieu de chaque côté du chœur. Quand on rencontrera la mère abbesse on lui fera une révérence plus profonde, et on s'arrêtera tout à fait jusqu'à ce qu'elle soit passée.

De la portière du couvent . L'on ordonnera à la porte du monastère quelque sage ancienne qui gardera votre clôture soigneusement. Toutes les sœurs éviteront de procurer l'entrée de quelque personne du dehors que ce puisse être, sans une véritable nécessité dans le monastère, comme elles ne doivent jamais désirer d'en sortir.

De la chambrière . Elle aura la charge de régler le travail des sœurs et fournira à chacune ce qui est nécessaire pour son obéissance. Elle aura la garde des nappes, linges, voiles, vêtements tant vieux que neufs, et de toutes les autres choses qui sont nécessaires aux sœurs et aux hôtes pour les lits et les tables.

De la mesure des viandes . Nous croyons que pour la nourriture ordinaire, soit à la sixième heure ou à la neuvième, il suffit d'avoir à chaque repas deux sortes de mets ou portions cuites, en considération de l'infirmité de plusieurs, afin que si quelqu'un ne peut s'accommoder de l'un, il puisse manger de l'autre. Une livre de pain à bon poids sera suffisante pour tout le jour, soit qu'il n'y ait qu'un repas, ou qu'on dîne et qu'on soupe. Quant à la qualité des viandes, nous permettons l'usage de la chair trois fois par semaine, sçavoir le dimanche, mardi et jeudi. On s'abstiendra de la viande depuis le dimanche de la septuagésime inclusivement jusqu'à Pâques, depuis l'Ascension jusqu'à la Pentecôte, et pendant tout l'Avent. L'Observance entière de la règle de saint Benoist ayant été établie dans l'abbaye du Val de Gif, on y gardera l'abstinence perpétuelle, comme elle y est ordonnée .

De la mesure du boire . Ayant égard à la faiblesse des infirmes, nous estimons qu'une hemine de vin peut suffire à chacun par jour.

Des vêtements et des chaussures . Chaque sœur aura deux robes noires et deux scapulaires, une pour l'été, et une pour l'hyver, deux tuniques brunes, une plus grosse pour l'hyver, et une plus légère pour l'été, une tunique pour la nuit et une jupe pour les grands froids. Les voiles seront séparés de la guimpe : on en portera toujours un de grandeur proportionné à la taille de chacune, qui sera de toile un peu épaisse.

Enfin, les sœurs de l'abbaye Notre-Dame du Val de Gif observeront la règle de saint Benoît, qui suivent :
- L'heure à laquelle les sœurs doivent prendre leur repas : depuis le saint jour de Pâques jusqu'à la Pentecôte les sœurs prendront leur repas à la sixième heure du jour, et souperont au soir. Mais depuis le 14 septembre jusqu'au commencement du carême, que les sœurs prennent toujours leur repas à la neuvièmes heure. Les jours de Crarême vous dînerez après Vêpres qui seront dites à midi.
- Après Complies, vous ferez un quart d'heure d'examen, puis monterez au dortoir pour être couchées à huit heures et continuerez le silence jusqu'au lendemain le Pretiosa de Prime .
- Celle qui vient tard à l'office ou à table devra dire à la sœur qui préside la raison qui l'a empêchée de venir et se mettra la dernière de son côté.
- Les sœurs reconnaîtront et diront leurs coulpes en Chapitre devant la supérieure, ordinairement les vendredis, en mémoire de la Passion de Notre Seigneur.
- La première sacristine aura la charge de sonner l'office divin et toutes les observances durant le jour.
- Les sœurs ne recevront jamais pour elles-mêmes ou pour d'autres aucunes lettres sans la permission de la mère abbesse.
- Les sœurs converses se lèveront vers les quatre heures du matin, et feront une demie heure au moins de prières dans l'église devant d'aller au travail. Elles seront dispensées des jeûnes réguliers et de porter les chemises de serge, selon la qualité de leur travail.

Réception des sœurs en religion . Les visiteurs de l'abbaye de Gif ayant examiné les revenus et l'état du temporel, ayant égard au temps présent, ont jugé qu'on ne devait point recevoir de fille surnuméraire, qui ne donne cent écus de rente viagère, ou l'équivalent. On ne recevra point de personnes endettées, de femmes ni de filles qui auraient fait quelque action scandaleuse, sans des raisons extraordinaires. Les postulantes auront au moins quinze ans pour entrer au noviciat.

L'an mil six cent soixante-six Madame Françoise de Courtils, abbesse de ce monastère, et les religieuses représentèrent par une requête à Monseigneur Hardoüin de Pérefixe, archevêque de Paris, la grande difficulté qu'elles avoient à trouver dans les congrégations réformées des religieux propres à exercer la charge de visiteur de leur monastère, et demandèrent qu'il leur fût permis d'étendre leur droit d'élection aux ecclésiastiques séculiers. Ce privilège leur fut accordé par une ordonnance dudit archevêque, en datte du 12 mars de l'année susdite, dans laquelle il fut réglé qu'à l'avenir l'abbesse proposeroit toujours deux prêtres séculiers de bonnes mœurs et d'expérience, et deux réguliers, et qu'on pourroit élire également l'un d'entr'eux. Ladite ordonnance a été confirmé par Monseigneur François de Harlay, archevêque de Paris, le 20 juin 1672.

À suivre…

 

 

Notes

(1) La règle de Saint-Benoist, abbé, les statuts d'Estienne Poncher, evesque de Paris, et les reglemens particuliers de l'abbaye Nôtre-Dame du Val de Gif , recüeillis cy joints ensemble pour l'usage des religieuses de ladite abbaye (chez L. Sevestre, Paris, 1709).

(2) Un des visiteurs des couvents bénédictins fut le révérend père Gabriel de Sainte-Marie, docteur en la sainte théologie, évêque d'Archidal, suffragant et vicaire général de Monseigneur l'Illustrissime cardinal de Guise, archevêque de Reims.

(3) Étienne Poncher (1446-1524) est un prélat respectable qui fut évêque de Paris (1503) et archevêque de Sens (1513). Il fut président aux enquêtes (1498) et garde des sceaux de Louis XII (1512-1514). On lui confia la charge de négociateur dans des actions diplomatiques sous les règnes de Louis XII et François 1er. Il tâcha d'exécuter le dessein de son prédécesseur, Jean Simon sur le siège épiscopal, l'introduction de la réforme dans les monastères bénédictins.