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L'abbaye Notre-Dame du Val de Gif (18) (1654-1686)

 

Cette chronique est le dix-huitième volet de l'histoire de l'abbaye de Notre-Dame du Val de Gif de l'ordre de Saint-Benoît (1). Après avoir rencontré les abbesses qui ont gouverné au XVIIe siècle, présenté les intrigues de la maison de Leuville et ses alliés pour garder la direction du couvent par une demoiselle de la famille, nous étions arrivés, suite à la démission de Catherine de Morant, à la prise de possession de mère Françoise de Courtilz au mois de juillet 1654. Elle porta la crosse pendant quinze ans et une maladie qui ne fut pas de longue durée, l'enleva le 1er novembre 1669, à l'âge de 63 ans.

 

C. Julien, J.P Dagnot - Novembre 2013

 

 

 

Un nouvel essor

La place de prieure étant libérée par la nouvelle abbesse, on procéda à une élection, qui donna cette charge à la Mère Hurault de Cheverny, l'une des plus anciennes religieuses de la maison, où elle était entrée en 1619. La présence de cette sœur à Gif fut de grande importance car elle attira bientôt près d'elle une de ses nièces, qui jouera un rôle important dans l'histoire de la communauté en devenant abbesse après Madame de Courtilz .

L'abbé Alliot prétend que la prélature de Françoise de Courtilz fut une période faste. Une multitude de jeunes filles se pressaient à la porte du noviciat. «  Les unes venaient de la petite école monastique alors très florissante ; les autres arrivaient du dehors et sortaient de tous les rangs de la société. Elles étaient si nombreuses que l'abbesse se trouva bientôt supérieure d'un couvent de plus de 50 religieuses professes : chiffre qui n'avait pas encore été atteint depuis la réforme. En y joignant les novices et les pensionnaires petites et grandes, ainsi que les domestiques qui s'entassaient dans les bâtiments de service, nous voyons Françoise de Courtilz à la tète d'une importante maison de 120 personnes environ, qui malgré la profession de recluses, jettent la vie, le mouvement et l'animation dans la solitaire vallée de l'Yvette  ». Parmi les recrues, on trouve Marie Mérault, dont le père, conseiller à la cour de Rouen, deviendra bientôt seigneur de Gif.

 

 

La jeune Victoire de Clermont de Monglat

Parmi les nouvelles venues que reçut Mme de Courtilz, signalons encore l'arrivée d'une jeune fille sortant directement de Port-Royal celle-là. Elle se nommait Anne Victoire de Clermont de Monglat, était fille de François de Clermont et d'Elisabeth de Cheverny. Par sa mère elle se trouvait être la propre nièce de notre prieure claustrale. Placée dès l'âge de deux ans à Port-Royal des Champs, où l'une de ses tantes, Mme d'Aumont, s'était retirée, elle avait vécu et grandi près des solitaires. Instruite dès son bas âge dans toutes les connaissances humaines, elle apprit la langue latine dès six ans et y devint en peu de temps fort habile.

L'abbé Alliot décrit la jeune novice en ces termes. « Madame d'Aumont sa tante mourut lorsqu'elle n'avait encore que 12 ans. La peine qu'elle en ressenti et le surmenage intellectuel, dont elle était la victime, la firent tomber dans une grave maladie. Elle n'en guérit que par miracle, lorsqu'on lui appliqua un reliquaire contenant une épine de la sainte couronne de Notre-Seigneur, que la communauté avait le bonheur de posséder. C'est du moins ce qu'affirmèrent toutes les voix de Port-Royal, et le grand Arnault lui-même dans une de ses lettres. Encore la jeune Victoire de Clermont ne fut-elle qu'imparfaitement guérie, puisqu'elle resta boiteuse, contrefaite, et ne grandit plus depuis cette épreuve. Dans ces conditions le monde ne pouvait guère lui sourire, aussi demanda-t-elle l'habit religieux, qui lui fut accordé par faveur à l'âge de 14 ans. Mais quelques mois plus tard elle dut quitter Port-Royal agité par les querelles religieuses. L'ordre était impérieux, elle fut rendue à sa famille. Toutefois comme elle n'avait pas voulu quitter ses vêtements monastiques, et qu'on ne put vaincre là-dessus ses répugnances, elle entra à Gif auprès de son autre tante, et y demeura comme grande pensionnaire. Bientôt son père vint l'en arracher, espérant qu'elle pourrait rentrer à Port-Royal, qui pourtant ne devait plus se rouvrir devant elle. Après trois ans passés dans sa famille, elle rentra de nouveau à Gif le 1er octobre 1665, et fit profession le 17 février 1667. Nous ne saurions dire que ce fut pour le plus grand bonheur de l'abbaye ; mais nous la retrouverons un peu plus tard ».

 

 

L'abbé Alliot nous décrit encore une fois l'abbesse de Gif sous les traits suivants. «  Victoire de Clermont de Monglat Victoire de Clermont de Monglat était toute petite, presque naine, car elle n'avait pas grandi depuis l'âge de douze ans. En outre, elle était bossue et contrefaite, avait une figure disgracieuse, mais dans laquelle brillaient deux yeux intelligents. Dans ce corps difforme habitait une âme forte, servie par une volonté de fer. Ayant appris le latin à Port-Royal, dès l'âge de cinq ans, elle parlait couramment la langue de Cicéron, et connaissait admirablement ses classiques. Elle était de beaucoup la plus instruite de toutes les religieuses ses compagnes, et sa parole vive et ornée était pleine de chaleur et d'entraînement, comme celle de toutes les âmes enthousiastes et passionnées  ». Quand elle prit la crosse, elle avait vingt-neuf ans d'âge et neuf de profession. Sous le gouvernement de sa tante, elle avait rempli successivement les charges de seconde et de première maîtresse des novices, puis celle de sous-prieure, elle se trouvait de la sorte toute préparée au gouvernement de la communauté.

 

 

Les procureurs de l'abbaye

En introduisant la règle de Poncher, l'abbesse de Madeleine de Villarceaux changea le titulaire de la charge de procureur, de temps immémorial tenue par un ecclésiastique, pour la donner à un laïque. Pierre Boulay, ancien commis du tabellion de Châteaufort fut le premier procureur laïque. Nous trouvons sa signature sur une lettre « … coppie papier collationnée à son original d'une sentence d'adjudication pardevant Raidue au baillaige de Lymours le 19 juillet 1611 faisant mention de 6 arpens de boys thailliz, ladite collation du 24 janvier 1640. Signé Boullay, commis  ». Il s'installa à l'abbaye, devint tout a la fois l'agent d'affaires et l'économe des religieuses, fit pour elles beaucoup de voyages et de déplacements, rendit les foys et hommages à tous les suzerains dont le monastère était vassal à cause de ses propriétés. Fonctionnaire intègre et appliqué, Pierre Boulay s'acquitta toujours de sa charge à la satisfaction des moniales. Celles-ci l'employèrent durant de longues années ; et sous la direction de plusieurs abbesses, il géra habilement le temporel et concourut à la paix et au développement de la communauté. Il mourut au début des années 1660.

Le terrier de l'abbaye mentionne à plusieurs reprises le nom de Pierre Boulay, comme par exemple à propos de «  deux arpens de terre assiz au champtier de Damiette - inventorié six– donnez en eschange à Messire Jean Soreau par les lettres comme il est escrit par Messire Boulay qui a pris soin des affaires de l'abbaye durant plus de vingt-sept ans sur la grosse du contrat  ». Les moniales de Gif avaient acheté cinq quartiers de terre scize proche ladite abbaye et soubz les boys dudit sieur d'Orsay en datte du 1er octobre 1579, -inventorié huict - en la censive du seigneur d'Orsay et chargé à raison de sept sols tournois de cens pour arpent à cause de sa terre du Mesnil suivant ce qui a esté escrit par Monsieur Boulay sur la déclaration passé par l'abbaye à Monsieur d'Orsay le 13 janvier 1635.

Le terrier de l'abbaye mentionne la présentation de foy et hommage aux Révérends Pères Mathurins de Paris pour leur fief du moulin de Bièvre. «  Une transaction en papier passée pardevant Guillard et Ricordeau, notaires au Chastelet de Paris le 9 juing 1647 par laquelle appert le révérend père général et grand ministre de tout l'ordre de la Sainte-Trinité et Rédemption des Captifs, procureur des Mathurins de Paris de tous les religieux dudit couvent avoit receu desdites dames abbesse et couvent dudit Gif des mains de messire Pierre Boulay, leur procureur au spirituel et fondé de procuration la somme de 105 livres tournoys à laquelle ilz auroient composé pour le droit de relief, quint et autres droitz féodaux que ledit religieux général ministre des religieux et couvent des Mathurin de Paris prétendoient qu'elle leur étoit deub à cause de la tenue féodale qu'elles faisoient du moullin de Byèvre avecq quelque terre et prez, le tout relevant dudit révérend Père général et religieux avec leur fief des Damoiseaux sciz audit Byèvre et la remise que ledit Boulay rendit au nom de procureur auroit faictes par lesdites dames abbesse religieuses et couvent dudit Gif auxdits religieux Mathurins une rente de 10 livres tournoys une mine de poix et de febvre qu'elles avoient droit de prendre chacun an sur ledit moullin et déppendances d'iceluy ainsy qu'il est plus au long porté par ladite transaction. En fin de laquelle est la ratiffication que lesdites dames abbesse religieuses en auroient faict comme aussy la susdite procuration et l'acte portant recognoissance d'avoir faict lesdits révérend père général ministre et religieux receu les tiltres et papiers que ledit Boulay audit nom estoit obligé de leur bailler par la susdite transaction. Laquelle transaction portant ladite requeste a esté faicte après une ample consultation d'advocats qu'ilz conseilloient de la faire pour se libérer des droictz féodaux que l'on estoit obligé de payer après ledit des personnes baillées pour homme vivant et mourant qui invicteoient à beaucoup davantaige que ladite rente de 10 livres une mine de poix et de febvre que l'on en recevoit chacun an, ladicte transaction inventoriée au dos  ».

Dans le dossier des six arpents de boys tailliz assis au lieu-dit le Fonceau du Grand Ragonnan, Pierre Boulay est clairement identifié. «  La septième pièce est un contrat en parchemein passé soubz le scel de Chevreuse par lesquels appert ledit Pasquet Langloys et Suzanne Fay sa femme et Jean Langloys thailleur d'habits demeurant audit Chevreuse leur frère avoient receu dudit Martin Gallard par les mains de Messire Pierre Boullay procureur des dames abbesse et religieuse la somme de 586 livres 1 sol 8 deniers tournoys, assavoir 436 lt. 6 s. 5 d. pour le rachapt et admortissement des deux thiers restants de 44 lt. 8 s. 6 d. de la susdite rente cy devant constituée par le contrat cy devant datté passé pardevant lesdits Galloys et Bergeron notaires, et la somme de 14 lt. 15 s. restant des arréraiges de la susdite rente, ainsy qu'il est plain au long déclaré par ladite quittance. Signé dudit Pellé  ».

 

 

Pierre Boulay fut remplacé par un certain Pierre Godin, laïque lui aussi, qui semble s'être acquitté de sa mission avec exactitude et ponctualité. C'est lui qui rend les foys et hommages au nom des religieuses et traite de tous les intérêts matériels: fermages, pensions viagères, ventes, achats, échanges, tout lui est dévolu. Les moniales et les prêtres de l'abbaye n'ont plus, selon les tendances de l'esprit moderne, que des occupations toutes spirituelles, religieuses et monacales. Le temps n'est plus où toute la communauté se rassemblait pour accueillir les vassaux en grand apparat. Une seule fois nous voyons Mme de Courtilz recevoir presque seule l'hommage féodal de dame Anne Suzanne de Cardaillac, veuve de Henri de Mainville, seigneur de Montguichet et bailli de Meaux. Cette grande dame possède la moitié du fief d'Invilliers du chef de sa mère, Madeleine du Tixier, épouse en premières noces de Christophe de Cardaillac, et en secondes d'Antoine de Cugnac. À cet hommage fut présent Pierre Doublard, prêtre du diocèse du Mans, confesseur et chapelain de nos religieuses. Durant plusieurs années cet ecclésiastique semble avoir fait seul le service religieux du monastère. Toutefois il avait de temps en temps près de lui quelques confrères, qui disaient la messe dans l'église abbatiale, pour les besoins delà communauté.

 

 

Les chicanes du curé de Saclay

La décennie 1660-1670 donna des années terribles pour la France du roi Soleil. La guerre, la famine, la disette et les maladies multipliaient le nombre des malheureux aux portes de Paris. «  Dans ces douloureuses circonstances, Françoise de Courtilz se souvient que les monastères bénédictins se sont toujours montrés secourables aux indigents. C'est une véritable armée de pauvres qui se pressent chaque matin à la porte de l'abbaye, pendant un hiver rigoureux. Ils sont plus de cinq cents qui demandent l'aumône, et malgré ce nombre, pas un n'est renvoyé les mains vides  », nous dit l'abbé Alliot.

Malgré son amour de la paix, l'abbesse de Gif n'hésita pas à engager des procès en revendication de pensions et des redevances seigneuriales. Elle réclama énergiquement aux curés de Saclay les droits séculaires que sa maison avait dans cette paroisse. «  Hélas! ces droits n'étaient pas mieux acquittés par les successeurs des Hospitaliers que par les Hospitaliers de Saclay eux-mêmes  ». En 1668, un sieur Jean Dubois, simple sous-diacre, fut pourvu de la cure de Saclay et de celle de Vauhallan, son annexe. Il croyait entrer dans un riche bénéfice, et voilà qu'à peine installé, il se trouve en butte à une multitude de réclamations, de la part des ayants droit de François Prieur, son prédécesseur immédiat, d'un sieur Lefébure, qui avait desservi la cure pendant quelque temps, des marguillers de la paroisse et des Bénédictines de Notre-Dame de Gif.

Le jeune curé, vif et ardent n'hésite point à faire intervenir Thémis et à en appeler aux procureurs et avocats. «  Le malheureux! il ignorait la route épineuse, étroite et longue, dans laquelle il s'engageait  ». Il rédige un interminable mémoire : les religieuses ont leur part dans cette guerre de plume. Il a bien étudié leur question ; il est au courant des droits de l'abbaye et des difficultés qu'ils ont soulevé au cours des siècles; il sait les condamnations qui ont atteint ses prédécesseurs, réguliers et séculiers; mais lorsqu'il voit des dates comme celles de 1218. 1285, 1512 et 1630, tout cela lui paraît trop vieux pour qu'on en tienne compte. Et comme les religieuses, après la récolte de 1668, ont fait enlever leurs redevances malgré ses protestations, le curé Dubois les somme de restituer les grains emportés, ou de lui en payer la valeur. Le tribunal du Châtelet calma un peu son ardeur batailleuse, et lui apprit, moyennant finances, — car il fut condamné, — que les dettes séculaires mêmes doivent être acquittées quelquefois. Il s'amenda d'ailleurs et paya sans protestation à l'avenir. «  Toutefois ce procès affecta vivement Mme de Courtilz, qui souffrit de ces différends avec un ecclésiastique du voisinage  ».

 

 

Prélature de Victoire de Clermont de Monglat

Dès 1674, tiraillée d'un côté par sa nièce et les jeunes religieuses qui la trouvaient trop timide, de l'autre par sa conscience et ses vieilles compagnes qui la trouvaient trop entreprenante, Madeleine Hurault de Cheverny songea à donner sa démission. Elle démissionnera le 20 avril 1675. Toutefois les pourparlers et les démarches nécessaires pour assurer la crosse abbatiale à sa nièce, la contraignirent de garder le gouvernement du monastère durant plus d'une année encore, et elle ne l'abandonna réellement que le 1er Mai 1676, jour de l'installation d'Anne Victoire de Clermont de Monglat. Une lettre évoque cet évènement : « … elle supplia le roy d'agréer sa démission, et qu'il luy plut mettre en sa place Mme Anne Victoire de Clermont Monglat, non parce qu'elle était sa niesse, mais parce qu'elle était persuadée de sa dignité et de sa capacité pour cette charge… ».

Pendant son abbatiat Madame de Clermont ne connut pas seulement des difficultés d'ordre moral mais aussi les embarras temporels, apanage inévitable de toutes les prélatures. La rigidité de l'abbesse de Gif avait amené diverses conséquences fâcheuses. L'une d'entre elles qui la trouva fort sensible, n'allait à rien moins qu'au dépeuplement de l'abbaye. L'année même où sa réforme fut introduite, plusieurs novices quittèrent le cloître, soit d'elles-mêmes, soit par la volonté de leurs parents, effrayés pour leurs filles des rigueurs de la nouvelle discipline et de l'enseignement grandissant du Jansénisme. Elle eut également d'autres difficultés avec Monseigneur de Harlay, archevêque de Paris touchant la doctrine.

Le temporel de l'abbaye fut toujours l'objet des soins les plus assidus de Madame de Clermont. On la voit à chaque instant réunir le conseil des religieuses, étudier le travail des officières, des procureurs et des agents d'affaires de la maison. Elle discute, étudie, se fait rendre compte de toutes les causes importantes, veille en un mot à l'administration d'intérêts fort compliqués. Cette femme, qu'on croirait perdue dans les nuageuses spéculations du Jansénisme , se montre à ses heures très capable d'entendre les questions de l'ordre temporel et financier.

Pendant sa prélature, le monastère acquit, pour la somme 3.000 livres , une maison à Gif, nommée l'Image Saint-Jean, avec des terres, des prés et des bois. On constitua ainsi une nouvelle ferme dépendante de l'abbaye. Mais ce contrat, passé en 1683, créa aux religieuses de nombreux embarras dans la suite. Le différend se prolongea pendant toute la durée du XVIIIe siècle, et ne cessa même que par l'entière suppression du monastère. Cette vigilance relative à la conservation et à l'augmentation du temporel, se manifesta encore dans les soins que Madame de Clermont déploya pour régler tous les procès que l'abbaye avait avec les propriétaires voisins des terres du couvent, notamment avec les Bénédictins des Blancs-Manteaux à Paris, qui possédaient des héritages a Mitry et à Compans.

Enfin comme les abbesses ses devancières, elle ne laissait à personne le soin de recevoir la foi et hommage qu'on rendait encore de temps en temps à son abbaye. C'est ainsi qu'elle reçut l'hommage de Monsieur La Moignon pour le fief d'Invilliers, que des acquisitions successives avaient réuni tout entier dans sa main. Bien que l'abbesse rassemblât pour la circonstance toutes les religieuses de la maison dans une vaste pièce, ces sortes de cérémonies n'avaient plus à la fin du XVIIe siècle le même caractère de solennité qu'autrefois. D'abord le vassal n'était plus tenu de venir lui-même et en personne accomplir cet acte un peu humiliant. Pour Monsieur de La Moignon, ce fut même Nicolas Vadureau, son receveur qui vint rendre foi et hommage aux religieuses. On ne lui voit plus faire les salutations et les baisements des portes comme jadis. Les moeurs ont supprimé tous ces détails devenus puérils et ridicules; l'abbesse dispense même Vadureau de certaines prostrations, réglées par le droit, et accepte qu'il lui récite debout la formule de l'hommage, dans le parloir, d'où la communauté, réunie derrière la grille, l'aperçoit et l'entend.

Dès 1683, l'abbesse de Gif avait rédigé un acte de démission. Mais elle réfléchit bientôt qu'une abdication pure et simple aurait de sérieux inconvénients. Il fallait placer à la tête de l'abbaye une personne qui continuât l'oeuvre commencée. «  Malgré la semence jetée à pleines mains depuis plusieurs années, on ne trouvait, paraît-il, personne dans la communauté, composée de 50 religieuses, capable d'une telle tâche  », dit l'abbé Alliot. On frappa à bien des portes et les années 1684 et 1685 se passèrent en démarches multipliées, mais infructueuses; car il ne s'agissait pas seulement de trouver une abbesse idoine, il fallait encore la faire agréer au roi. Enfin après bien des recherches on découvrit une moniale qui sembla réunir toutes les qualités requises, et pour laquelle on obtint l'agrément de la cour. Madame de Clermont rédigea, alors un dernier acte de démission en forme, devant Achille Vallet, notaire à Chevreuse. On y lit : « Dame Anne Victoire de Clermont de Monglat, étant présentement au parloir de saint Paul de la dite abbaye, laquelle a dit et déclaré qu'elle révoquait, comme par ces présentes révoque toutes les démissions qu'elle peut avoir cy devant fait de sa dite abbaye, circonstances et dépendances dicelle, notamment celle du troisième du présent mois, ne voullant ny entendant qu'elles ayent aucun lien ni effet, en quelque façon que ce soit, jurant et affirmant qu'en la présente révoquation, n'est intervenu ne interviendra aucun dol fraude, simonie, ne autre paction illicite ». Cette démission signée le 20 avril 1686, — c'était la septième depuis trois ans, — fut remise à un procureur et à un huissier du Châtelet qui remportèrent à Paris, et elle fut suivie de son effet.

Victoire de Clermont de Monglat vécut encore quinze ans dans le cloître. Elle avait tenu la crosse dix ans, avait modifié la règle et les usages du monastère, mais en avait gouverné le temporel avec prudence et sagesse. Dans les dernières années de son abbatiat, la mère Marie de Champ-Huon remplaça la mère Perrot dans la charge de prieure et l'abbé François Desloges devint confesseur des religieuses. C'était le dixième au moins, de ceux que Mme de Clermont avait appelé à la direction de ses filles.

À suivre…

 

 

Note

(1) Abbé J.-M. Alliot, Histoire de l'abbaye et des religieuses bénédictines de N.-D. du Val de Gif (chez A. Picard, Paris, 1892).