Louis Malet de Graville, seigneur de Marcoussis

(XX) L'épouse, Marie de Balsac

Chronique du Vieux Marcoussy ------------------------------------- _--------------------- --------- Août 2010

Marie de Balsac et deux de ses filles (Coll. Gaignière, BnF, Paris).

 

C. Julien

JP. Dagnot

 

 

 

Dans le vingtième volet de l'histoire de l'amiral Louis Malet de Graville, nous arrivons à la description de sa famille. D'abord, nous allons rencontrer la demoiselle Marie de Balsac, son épouse, qui lui donna cinq enfants. Nous aborderons également, par une brève évocation, les membres de cette famille auvergnate et réparerons un oubli.

 

 

La famille de Balsac

Plusieurs historiens ont fait des fautes en donnant la généalogie de la maison de Balsac. Citons, par exemple, l 'auteur de la Notice sur la ville et le château de Malesherbes qui nous explique la descendance de Louis Malet de Graville «… Il avait épousé Marie de Balsac, fille de Robert de Balsac, seigneur d'Entragues. Il en eut Louis et Joachim, morts jeunes ; Louise, dame de Graville, mariée à Jacques de Vendôme, vidame de Chartres, grand-maître des eaux et forêts de France ; Jeanne, dame de Marcoussis, mariée à Charles d'Amboise, deuxième du nom, sieur de Chaumont, maréchal et amiral de France, et Anne, dame de Montaigu et de Malesherbes, qui se laissa enlever par son cousin, Pierre de Balsac, et l'épousa ensuite  » (1). Cet auteur fait une confusion sur les membres de la famille de Balsac et se contredit lui-même dans le paragraphe suivant en parlant du cousin germain et futur gendre de la dame de Marcoussis : «  Pierre de Balsac était fils de Roffec de Balsac, gouverneur de l'Agenois, fils de Jeanne de Chabannes et de Jean de Balsac, qui s'était distingué sous Charles VII, dans la guerre contre les Anglais, et avait été chambellan du roi et sénéchal d'Agenois ; par conséquent Roffec de Balsac était frère de Robert, qui avait marié sa seconde fille, Marie, avec Louis de Graville  ».

 

Écussons Balsac-Albon, Graville-Balsac et Graville-Montauban.

 

Utilisons la généalogie donnée par Guillaume Pijart dans sa Chronique de la descendance de Roffec de Balsac (2) – que certains nomment Roffet, Rauffet, Ruffec ou Rossec – pour décrire la belle-famille de Louis de Graville. Balsac, petite ville à deux lieues de Brioude en Auvergne, a donné le nom à la maison de Balsac, dont nous ne rapportons ici la postérité que depuis Jean de Balsac, seigneur d'Entragues, lequel aida le roi Charles VII de tous ses biens contre les Anglais. Il épousa Jeanne de Chabannes, fille de Jacques de Chabannes qui lui donna huit enfants, sept fils et une fille, dont Roffec et Robert qui continuèrent la postérité en formant les branches Balsac-Castelnau et Balsac-Albon.

I. Roffec II de Balsac était le frère de Rodolphe, fils aîné de Jean. L'énumération des terres possédées par Roffec de Balzac forme une longue liste. Tous les actes lui donnent le titre de seigneur de Glisenove, Bensac, Saint-Amand, Prelat, Paulhac, Rioumartin, Seveirac, Rosières, Cussel, Montmorillon et Saint-Clément. C'est à toutes ces possessions qu'il ajouta encore la seigneurie de Châtillon d'Azergues et de Bagnols, par son mariage avec Jeanne d'Albon, et celles de Marsillac et de Cassaignes, confisquées sur Jean, comte d'Armagnac, et dont le roi Louis XI lui fit don en 1472. Il fut sénéchal de Nîmes et de Beaucaire, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, capitaine de 100 hommes d'armes et de 4.000 francs-Archers, conseiller et chambellan du roi. Sa mort survint le 25 octobre 1473 et fut inhumé dans l'église Saint-Julien de Brioude.

Léonard Boitel établit, en 1843, la généalogie succincte des sires de Châtillon d'Azergue dont Jeanne la fille d'Antoine d'Albon, seigneur de Baigneul, avait été mariée par contrat du 17 février 1453 avec Roffec de Balzac. Selon Pijart, ils eurent les enfants suivants :

1. Roffec III de Balsac, conseiller et chambellan du roi, sénéchal de Beaucaire, et capitaine de trente lances, l'an 1489, mort sans postérité et ses biens furent substitués à son frère Geoffroy.

2. Geoffroy de Balsac, seigneur de Montmorillon et de Châtillon après la mort de son frère, conseiller et chambellan du roi, on disait «  varlet de chambre du roi  ». Il fut marié à Claude le Viste, fille de Jean le Viste président en la Cour des Aides et de Geneviève de Nanterre, aussi mort sans postérité en 1509.

3. Anne de Balzac, l'aînée, qui épousa, en 1472, Guillaume vicomte de Joyeuse, d'où est descendue toute la maison de Joyeuse, jusqu'à Henriette Catherine de Joyeuse, femme d'Henri de Bourbon, duc de Montpensier, aïeule de la grande Mademoiselle.

4. Marguerite de Balsac, femme de Philippe d'Espinasse, seigneur de Mauleuvrier.

5. Marie de Balsac , mariée à Louis Malet de Graville.

6. Antoinette qui prit le voile de religieuse de l'ordre de Fontevrault à Varinville.

Certains auteurs, dont le père Anselme, donnent une autre fille à Ruffec : Philippine ou Philippe de Balzac mariée à Louis II de Maubec de Montlaur Se conformant à Pijart qui consulta les documents originaux, et notamment les testaments, nous rejetons cette assertion. Notre moine Célestins place cette personne comme appartenant à la branche Balsac-Castenau.

 

Les enfants de Roffec II de Balsac selon Guillaume Pijart.

 

II. Robert de Balsac , fils puîné de Jean, seigneur de Paulhac, baron d'Entragues, de Saint-Amans (Saint-Chamant), Dunes, Joüy, et de Clermont, fut chevalier de l'ordre du roi, capitaine de 50 hommes d'armes, chambellan de Sa Majesté, sénéchal d'Agenois et gouverneur de la citadelle de Pise pour le roi Charles VIII qu'il suivit lors de la conquête du royaume de Naples. Il a hérité de Geoffroy de Balsac, fils de Rauffet II, les terres seigneuriales de Paulhac et de Senyrat par contrat du 20 novembre 1499. Il épousa par contrat de mariage du 30 octobre 1474 devant Pierre Dubois notaire, Antoinette de Castelnau, fille d'Antoine, seigneur de Castelnau et de Bretenoux, et de Catherine de Chauvigni, dont il eut, selon Pijart six enfants légitimes et deux enfants naturels (d'après son testament du 3 mai 1503) :

1. Pierre de Balsac (1475-1531) , seigneur d'Entragues et de Dunes, chevalier de l'ordre du roi, gouverneur de la Haute et Basse Marche, épousa sa cousine Anne Malet de Graville.

2. Robert, protonotaire apostolique.

3. Jeanne, épousa Amaury, seigneur de Montal, baron de Roquebron, duquel elle eut Dieudonné de Montal, baron de Charbonnière morte en 1559.

4. Louise, femme de Charles de Brillac, seigneur d'Argy-en-Berry.

5. Philippine ou Philippe de Balzac, qui épousa, en 1497, Louis IV de Maubec de Montlaur, chevalier, seigneur et baron de Maubec et de Montlaur. Ils n'ont eu qu'une fille, Fleury de Maubec, marquise de Montlaur, qui s'est mariée, en l'an 1526, avec Jean de Vesc, baron de Grimaud.

6. Antoinette de Balsac, épouse de Gabriel seigneur de Nozières, bailly des montagnes d'Auvergne.

7 et 8. Enfants naturels de Robert de Balsac : Jean, bâtard de Balsac et Jeanne, femme de François Rigaud, seigneur de la Vaysière.

 

Les enfants de Robert de Balsac selon Guillaume Pijart.

 

Dans son chapitre «  Enfans de Ruffec de Balsac et de Jeanne de la maison d'Albon  », Pijart donne une brève biographie des deux frères et quatre sœurs de Marie de Balsac.

  • L'aîné Roffec III de Balsac «  est habile par testament de toutes les terres qu'avoit son père au Lyonnois, Forest, Auvergne, etc. Il mourut sans enfans et ses biens substitués furent à Geoffroy son puisné  ».
  • Geoffroy de Balsac frère de Ruffec hérita par le susdit testament de Montmorillon et Saint-Amand et par le décès de son aisné de tous les biens substitués, premier valet de chambre du Roy ce qui est à présent Maître de la Garde robe du Roy, espousa Claude le Viste, fille de Jean le Viste, fils d'Aimé conseiller au Parlement de Paris l'an 1461, conseiller au même Parlement puis président à la Cour des Aydes, lequel mourut l'an 1500  ». Pijart décrit un accident survenu à Geoffroy «  pris d'estre noyé dans le Rhosne à Lyon le 4 février 1495, fut sauvé par le secours de la Vierge Marie , duquel miracle se voit encore un grand tableau dans l'église des Célestins de la mesme ville ou la dite Vierge est particulièrement invoquée sous le nom de Notre-Dame de Bonne nouvelle. Ce dit par le père Matthieu de Goussancourt, célestin, dans son martyrologe des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem  ».
  • Anne de Balsac, sœur de Geoffroy a espousé Guillaume vicomte de Joyeuse, ayeul de [Henri de] Joyeuse, mareschal de France duquel elle a eu Thibaud de Joyeuse, chevalier de Rhodes.
  • Marguerite de Blasac, sœur d'Anne a espousé Philippe de l'Espinasse, seigneur de Mauleuvrier.
  • Marie de Balsac, sœur de Marguerite a espousé Louis de Graville, admiral de France.

 

 

Le mariage de l'amiral

La rencontre des deux familles Graville et Balsac s'est vraisemblablement faite à la Cour de Louis XI. Roffec de Balsac et Jean VI Malet étaient tous deux conseillers et chambellans du roi. Le premier de ces gentilshommes était fonctionnaire royal en Languedoc et le second venait de sortir des geôles anglaises par le paiement d'une rançon de 10.000 écus d'or, après y être resté près de dix-sept ans. Étant libre, le sire de Graville pensa immédiatement à marier son fils aîné qui approchait les 30 ans, âge plus que raisonnable pour prendre femme. La demoiselle fut choisie dans l'entourage immédiat de l'époux. L'alliance avec Marie de Balsac, issue d'une ancienne famille d'Auvergne fut décidée en 1477.

Alors que plusieurs auteurs ont donné des dates plutôt fantaisistes pour les épousailles de Louis de Graville et de Marie de Balsac, un acte notarié nous donne la preuve que leurs consentements mutuels furent échangés au mois de juin 1477. Il semble qu'il s'agisse de la constitution du douaire de mademoiselle de Balsac . Si l'on s'en tient à la démonstration de Michel Perret, Louis Malet, alors sire de Montaigu était âgé d'une trentaine d'année, âge avancé pour l'époque quand on sait que l'espérance de vie, en 1500, était inférieure à 30 ans pour les hommes.

Le 15 juin 1477, Graville avait autorisé Marie de Balzac, sa femme, à tester ; il lui donnait en effet, 1.500 livres qui, avec 500 livres qu'elle fournissait, étaient destinées à l'acquisition des fiefs du Pavillon, paroisse de Chalost-Saint-Mars, près d'Etampes, du Petit Bouville, paroisse de Chalost-Saint-Mars, près d'Etampes, de Fraville el du Rouage de Saint-Martin d'Etampes : l'achat de ces fiefs à Jean de Godainville, écuyer, fut réalisé le 8 juin 1498, et Marie de Balzac les donna aux Célestins de Marcoussis, à la condition que leur revenu serait employé, à la fondation d'une messe perpétuelle et quotidienne pour le repos de son âme. Marie de Balzac voulut augmenter cette fondation, et par devant Jean Rousseau, tabellion juré de Montlhéry, le 24 octobre 1499, Graville l'autorisait de nouveau à faire un autre testament, jusqu'à concurrence de 2.793 livres 15 sols, y compris les 1.500 livres qu'elle avait déjà reçues de lui. En effet, on lit dans une autre pièce non datée que Marie de Balzac avait fondé dans le monastère des Célestins de Marcoussis, outre la messe quotidienne dont il a été question, un obit et une grand'messe solennelle et annuelle.

De cette union sont nés successivement Louis, Joachim, Louise, Jeanne et Anne. Seules les trois filles atteignirent l'âge adulte et eurent des fortunes diverses. En 1516, elles héritèrent de l'immense fortune de leur père l'amiral.

 

 

Les demoiselles de Graville

L'objet de ce paragraphe est une brève introduction sur les demoiselles de Graville. Dans son ouvrage intitulé La vie d'Anne de Bretagne, femme des rois de France , Le Roux de Lincy consacre un chapitre entier, sur l'histoire des filles de l'amiral de Graville (3). «  Entre les dames d'honneur les plus recommandables de la cour de Charles VIII et de Louis XII, nous voyons figurer les trois damoiselles de Graville  » nous dit le biographe. Elles étaient filles du ministre favori de ces deux rois.

Ce n'était pas seulement sous le rapport des biens temporels que le seigneur de Graville avait pris soin d'assurer l'avenir de ses filles, il avait organisé des mariages avec les maisons les plus prestigieuses du royaume, il voulut aussi qu'une éducation brillante vînt ajouter aux dispositions naturelles de leur esprit; elles excellaient dans ces menus ouvrages qui font «  l'occupation des personnes de leur sexe  ». Le sanctuaire de l'église de Marcoussis en a longtemps possédé un magnifique échantillon : c'était un ciel de velours violet, garni d'une crépine d'or, sur lequel les filles de l'amiral avaient brodé, avec des perles fines et en caractères assez grands «  O salutaris hoslia  ». L'amiral de Graville aimait les lettres, ainsi que le prouvent plusieurs manuscrits des poètes français ou italiens, copiés par son ordre et pour son usage, ornés de belles miniatures et décorés de ses armoiries. C'est donc dans une atmosphère d'érudition extrême pour l'époque que les demoiselles Malet de Graville firent leurs premiers pas dans les connaissances du monde. Marcoussis étant la demeure ordinaire de l'amiral, «  un des plus remarquables chasteaux de l'Isle-de-France  », les trois sœurs eurent une éducation religieuse très poussée par la présence d'un chapelain attitré à l'amiral et par le voisinage des moines Célestins.

 

Généalogie simplifiée de la famille de Balsac selon Guillaume Pijart, montrant le degré de parenté entre Anne de Graville et Pierre de Balsac.

 

Une seule représentation de Marie de Balsac, accompagnée par deux de ses filles nous est donnée par la collection Gaignière. Il s'agit d'un vitrail des Célestins de Rouen sur lequel sont représentés trois dames agenouillées. Les armes de la dame de Marcoussis sont posées sur la nappe du guéridon : parti de Malet, qui est de gueules à trois fermaux d'or , et de Balzac, qui est d'azur à trois sautoirs d'or, au chef d'or chargé de trois sautoirs d'azur .

 

 

La disparition de Marie de Balsac

Les documents narrant la vie de Marie de Balsac sont inexistants. Cette dame vivait dans l'ombre de son mari, le «  grand homme  » qui servait la France. Elle résidait à Marcoussis ou à Bois-Malesherbes, les deux résidences préférées de l'amiral. Sa santé devait être précaire.

Dans un dictionnaire biographique, nous avons trouvé qu'un médecin italien, nommé Jérôme vint à Paris en 1495. Marie de Balsac était malade et l'amiral de Graville sollicita le célèbre carabin pour que sa femme ait recours à ses soins. Jalouse de ses prérogatives, la Faculté de médecine autorisa deux de ses membres à se rencontrer au chevet de la malade avec leur confrère étranger (4).

 

 

Sur la gravure montrant la tombe de Marie de Balsac, femme de l'Amiral de Graville, appartenant à la collection Gaignière, on lit «  Tombe de cuivre jaune au pied du candelabre au milieu du chœur de l'église des Célestins de Marcoussy. Elle est de Marie de Balsac, femme de l'Admiral de Graville  ». La défunte est représentée debout avec une robe tombante dans l'embrassure d'un portail gothique, les mains jointes avec une coiffe. Autour est écrit : «  Soubs ceste tumbe gist le corps de Mademoiselle Marie de Balsac digne de recors Pour la sainteté de sa vie quy fut de ce monde ravie, Par mort en douloureuse des troys en mars lan mil cinq cens et troys. Priez Dieu pour lame dele  ». Les armes Graville-Balsac sont placées aux quatre coins et reproduites sur la robe. Au pied de la dame, le graveur a placé son fils, Joachim de Graville et un chien, symbole de la fidélité.

Selon Pijart, Marie de Balsac «  ordonna par son testament costé dans nostre dépost que l'année de son trespas l'on donna aux Religieux Célestins de Marcoussis du drap blanc et gris pour faire une robe à chacun des frères et oblats tous jusqu'à la somme de 80 livres tournois. Elle est inhumée dans, etc…  » (5).

 

 

Simon de la Motte

Voici ce qu'écrivit Simon de la Motte , frère Célestin, sur la femme de puissant et noble seigneur messire Louis Malet de Graville : «  Il devint premier chambellan de sa majesté et s'allia par mariage avec demoiselle Marie de Balsac, fille de Messire Leuffroy de Balsac, seigneur audit lieu d'Entragues et plusieurs autres terres et seigneuries tant en Auvergne qu'en Gascogne laquelle le fit père de deux garçons et trois filles qui comme nous apprendrons ensuite furent mariées avec des partis les plus considérables de ce royaume .

«  Dieu qui dans le dessein voulait couronner les vertus et couronner les mérites de Madame sa femme qui à l'exemple de Monsieur son mari et de son consentement honora le monastère des Pères Célestins de Marcoussis de la fondation d'une messe quotidienne et le gratifia d'une lampe d'argent doré, d'une riche coupe d'argent vermeil doré d'une façon très exquise pour le temps qui a servi à réserver le Très Saint Sacrement de l'eucharistie lorsqu'il était exposé et suspendu au bout d'une crosse de cuivre sur le maître autel, il l'appela à soi ayant été exercé par quantité de douleur et de maladies le 23 de mars 1503 au château de Marcoussis. Ce brave seigneur son mary fit déposer son corps suivant sa volonté dernière avec le corps de Joachim de Graville son fils dans le même monastère sous une riche lame de cuivre sur laquelle sont représentés et autour de laquelle est écrit : Sous cette tombe Gît le corps de Mademoiselle Marie de Balsac, digne de ressort pour la sainteté de sa vie, qui fut de ce monde ravie, par mort douloureuse en l'an 1503, priez Dieu pour elle à côté on lit Joachim de Graville  ».

 

 

Les joies et les malheurs de l'amiral

Pour avoir vécu jusqu'à 78 ans, Louis de Graville fut marqué par les joies des naissances et des mariages (il aimait à marier les gens), mais aussi marqué par les décès. Les fortunes politiques de Louis Malet furent traversées par de grands malheurs, principalement par ceux qu'il éprouva dans sa famille, car il perdit ses deux fils, Louis et Joachim de Graville, espérances de sa maison. Marie de Balzac, accablée par la douleur de morts aussi cruelles, ne tarda pas à succomber; elle expira le 23 mars 1503. Ses funérailles, selon ses derniers vœux, eurent lieu à Marcoussis où elle fut inhumée.

L'amiral fut aussi peiné par les décès de ceux qu'il servait : les rois Louis XI (1483), Charles VIII (1498) et Louis XII (1515). Ses plus grands chagrins furent, nous venons de le dire, la disparition de ses deux fils Louis et Joachim morts jeunes. Le premier fut inhumé à Malesherbes avec son père, le cadet à Marcoussis avec sa mère. Le décès des fils n'assurait plus la succession en ligne directe, ce qui était une vraie catastrophe. Le seigneur de Marcoussis reporta toute son affection paternelle sur ses deux gendres, Jacques de Vendôme, époux de l'aînée de ses filles, et Charles d'Amboise, époux de Jeanne. L'un était l'un des plus riches seigneurs de France, le second un jeune homme, brillant militaire qui participa à l'expédition de Louis XII en Italie.

Nous savons que Charles reçut, de son beau-père, l'office d'amiral de France en 1508. Sa mort de maladie à Corrège en 1511 plongea Louis de Graville dans le désespoir. En 1508, mourait Jacques de Vendôme, mari de Louise de Graville, en laissant trois orphelins, Louis, Charles et Louise qui sont placés sous la tutelle de Louis de Graville, leur aïeul.

Un autre chagrin fut la fugue et le mariage clandestin d'Anne de Graville avec son cousin Pierre de Balsac, sa fille bien-aimée qu'il espérait garder auprès de lui à Marcoussis. D'abord fâché au point de réécrire son testament, l'amiral revint à des sentiments plus doux. Des naissances émaillèrent les derniers jours de l'amiral. Pijart nous dit «  Louise de Balsac, fille de Pierre et d'Anne de Graville nasquit l'an 1511, le mercredy 7 avril entre 5 et 6 heures du matin au chasteau de Marcoussis…  », puis «  Estienne de Balsac frère de Louise nasquit l'an 1513 le 10 e jour d'octobre à Malesherbes et est mort incontinu après le baptesme et inhumé dans l'église des Cordeliers de ce lieu…  », encore «  Jeanne de Balsac sœur d'Estienne nasquit au chasteau de Corbeil l'an 1514 le samedy 29 juillet entre 4 et 5 heures après midy…  » et «  Antoinette de Balsac, sœur de Jeanne nasquit l'an 1515 le 10 juillet à Corbeil et a esté religieuse…  ». Un autre garçon, Jean naquit à Marcoussis le samedi 14 novembre 1516, mort le même mois. Enfin, notons que le jeune couple eut d'autres enfants dont Thomas et Guillaume, lequel naquit à Marcoussis le lundi 14 décembre l'an 1517 entre 5 et 6 heures après midi.

À suivre…

 

 

Notes

(1) Notice sur la ville et le château de Malesherbes, in : Bulletin de la Société Archéologique de l'Orléanais , vol. 3, No. 32-39 (Impr. Jacob, Orléans, 1862).

(2) Bien que n'étant pas contrôlé par des professionnels, le site Internet «  geneawiki.com  » est en accord avec la généalogie donnée par Guillaume Pijart au XVIIe siècle, avec quelques petites variantes.

(3) Le Roux de Lincy, La vie d'Anne de Bretagne, femme des rois de France , vol. 2 (L. Curmer, Paris, 1860), liv. IV, chap. 3, p. 114.

(4) E. Wickersheimer, Dictionnaire biographique des médecins du Moyen Âge , vol. 1 (Libr. Droz, Genève, 1979).

(5) Encore une fois, nous donnons la fameuse plaisanterie, vue dans plusieurs textes «  La première femme de Louis Malet de Graville décède le 23 mai 1503 ( ?). Louis Malet de Graville se remarie ( ?) avec Jeanne de Garlande, petite-fille de Charles d'Allonville, qui lui apporte en dot, le fief de La Roue ( ?). Elle est la fille d'Amanieu, riche seigneur  ».

 

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