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Les sources de la Hacquinière dites Fontaines Saint-Clair

Cette chronique présente le mémoire d'Antoine Marcel Ghio, qui sous le pseudonyme Doctor Magicus publia, en 1931, un article dans le journal Le Seine-et-Oisien , intitulé : «  Les sources merveilleuses et médicinales de la Hacquinière ou Aquinière dites Fontaines Saint-Clair (1). Dans ce petit fascicule de 15 pages vendu 3 francs, l'auteur donne également comme annoncé dans le titre «  quelques recherches historiques sur le pays de Saint-Clair, les deux Gometz, Bures-sur-Yvette, Gif, Montjay-Orsay  ».

C.Julien Mars 2013

 

 

La fontaine Saint-Clair collecte les eaux de onze sources à la limite de Bures, de Gif et de Gometz-le-Châtel, village dénommé Saint-Clair jusqu'en 1792. Cette fontaine est encore visible ne nos jours, elle est située rue de la Hacquinière à Bures-sur-Yvette. Ces sources médicinales furent célèbres aux XVIIe et XVIIIe siècles, donnant l'occasion de processions chaque lundi de Pentecôte.

 

 

Les sources de la Hacquinière ou Aquinière, dites Fontaines Saint-Clair

Un médecin de la faculté de Paris fit paraître chez l'éditeur Isaac Mesnier une longue étude moitié scientifique, moitié religieuse, selon l'usage du temps, sur la valeur thérapeutique et miraculeuse de la source pérenne de la Hacquinière qu'il nomme fontaine Saint-Clair. Le petit ouvrage paru en 1620, que l'on peut consulter à la Bibliothèque Nationale, porte comme titre: Les Miraculeux effets de là fontaine nouvellement descouverte au mois d'avril 1620, proche Saint-Clair à six lieues, de Paris, fontaine de la Hacquinière, laquelle opère journellement des miracles sur les malades (2).

Selon l'auteur, les aveugles y ont recouvré la vue, les impotents y ont été fortifiés; et les enflures, la pierre, la gravelle, la teigne ont guéri, soit en buvant de cette eau, soit en s'en frottant. On vit également les fièvres disparaître, elles tremblements. Du corps guéris en trois jours. De tous les pays, même éloignés, d'Orléans, de Blois, de Tours, du Perche et de la Normandie, on accourait vers cette nouvelle fontaine de Jouvence. Elle eut même les honneurs de la critique... déjà ! pour défendre les eaux de Sègray prés Pluvier.

Mais en 1621, un autre médecin (3) Antoine Charpentier, prit pour sujet de sa thèse le titre : Si les eaux de la fontaine Saint-Clair sont médicinales . Il conclut qu'il' y a grande différence entre ces eaux et celles de Spa et de Forges, et qu'elles sont merveilleusement médicamenteuses. L'Académie de Médecine accorda son approbation la même année. Le commencement de cette thèse situe la source, un peu vaguement : elle surgit dans le sol de la Hacquinière, exposée aux rayons du levant, et fermée de tous côtés par les collines environnantes, etc.

«  Il serait curieux et utile, pour l'histoire, de Gometz-le-Châtel et de Bures-sur-Yvette, de pouvoir bien déterminer l'endroit précis de la miraculeuse fontaine  » écrit le docteur Magicus. Il est certain qu'il y a corrélation entre le patronyme de Saint-Clair et l'effet spécifique produit sur les yeux : Saint-Clair était tenu de faire honneur à son nom. Il se pourrait même que la fonction soit antérieure au patronyme... Toutefois, les témoignages sont nombreux et catégoriques ; des personnes âgées de la contrée se souviennent que l'on venait s'approvisionner encore de cette eaux, il y a quelques années, et que l'on y faisait une procession solennelle avec grand'messe à l'église de Saint-Clair: l'usage chrétien étant presque toujours la continuation d'une tradition plus ancienne, druidique peut-être.

À notre époque, d'autre part, il a été prouvé que la valeur thérapeutique de bien des eaux minérales était due à la radioactivité . Qui nous dit que l'eau de Saint-Clair n'aurait pas les mêmes vertus radioactives et médicinales, sinon miraculeuses ? Pourquoi pas ! Cela serait très intéressant pour le pays de Saint-Clair, les deux Gometz, Bures-sur-Yvette et ses environs ; car les grandes fêtes des Fontaines, réorganisées, pourraient attirer certes, comme autrefois, quantité de visiteurs et curieux, «  ad majorem gloriam populi alque felicilatem ei ... » avec, en plus, la joie des yeux, tant au point de vue thérapeutique qu'à celui artistique.

 

 

Histoires renouvelées

Dans ce chapitre, le docteur Magicus relate l'épisode feuilletonesque dont «  cet excellent Hugues, fils de Guy-le-Rouge; grand sénéchal de France, seigneur de Châteaufort et de Gomets-le-Châtel, mieux connu sous le nom de Hugues de Crécy, légitime époux de dame Luciane de Montfort, fille d'Amaury III  » fut l'acteur. Nous ne donnerons pas les détails de l'histoire mille fois rapportée de ce chevalier dont le chroniqueur de Morigny décrit le caractère : « Vir audax et manu promptus, simulator ac dissimulator, opressor pauoerum et agricolarum cupidus interemptor … », c'est-à-dire "homme hardi et de main prompte, hypocrite et dissimulateur, oppresseur des pauvres, cupide détrousseur des cultivateurs…" portrait donné par Suger.

La morale de tout cela est que Châteaufort fut pris par les forces royales, ainsi que Gometz-le-Châtel; les deux seigneuries n'ayant plus leurs seigneurs, furent délicatement annexées aux domaines de la Couronne, par le roi de France. « Je les prends, dit-il, sans doute, et la raison c'est que je prendrai aussi Montlhéry ; jamais deux sans trois !». Et le docteur Magicus de conclure « … c'est ainsi que les petits faits de l'Histoire s'apparentent aux grands faits : ils obéissent aux mêmes lois éternelles, qui sont celles de la Providence.. . ». La légende rapporte en outre qu'un Gomezien eut la hardiesse de dire au Roy : « Sire, vous n'avez pas froid aux yeux ! » mais que le roi de France lui répliqua : «Mon amy et féal, si mes yeux auront à souffrir du froid, je les soignerai avec les eaux miraculeuses de la Fontaine Saint-Clair... ». Quelle belle réplique construire une légende !

«  Ainsi comprise, la figure de Luciane, noble dame de Gometz, acceptant toutes les amertumes et les humiliations, acceptant même de voir son époux revêtu de l'habit monacal, pour le conserver vivant avec toutes espérances : ainsi comprise, elle sort de l'histoire... officielle, singulièrement grandie et embellie  », nous dit le docteur Magicus en évoquant l'entré en religion d'Hugues de Crécy.

La tradition nous dit qu'à cette occasion Luciane de Montfort, eut, la première, ce mot célèbre dont la fortune fut si grande : «Est-ce que l'habit fait le moine ?». Le bon Saint-Clair, lui, devait la protéger, car il était sentimental et fort bien placé pour voir clair, et qu'il n'était pas historien pour un liard... Une autre tradition charmante veut que du haut du Royaume des Cieux, il pleura tendrement sur les nobles sentiments de la belle Luciane de Gomez, et que ses saintes larmes, en coulant dans la vallée, communiquèrent aux eaux, de la fontaine Saint-Clair leurs vertus miraculeuses...

 

 

Étymologie et caractères de Gometz

L'éminent docteur Magicus discute le nom de Gometz, écrit dans l'ancien temps de différentes manières. Le premier seigneur dont parle le nobiliaire des Gaules, est nommé Guillaume de Gumetho, en 1068 ; et en 1070, Gomethiaco. Dans les documents suivants du XIIe et du XIIIe siècles, le château-village porte le nom de Gombet , Gomes, Gomed . En 1125, nous trouvons, dans le Cartulaire de Longpont, désigné un Arnolfus Fromentum de Gomets.

Il y a donc dans toutes ces appellations différentes un point commun : la succession des consonnes g-mb-dt , c'est-à-dire l'ordre guthiral-labial-dental . On sait que les transformations des mots n'atteignent jamais les consonnes, qui peuvent être considérées comme squelette du mot lui-même. Or, dans la basse latinité qui est le haut Moyen-âge, et dans les dialectes populaires qui en sont encore aujourd'hui les représentants, on retrouve les mots Gombet, Gomet, pour indiquer le coude, qui s écrit en latin cubitus. On peut d'ailleurs consulter à ce sujet le Glossarium mediae latinatis , F° 1901, B. N. Il est donc probable qu'à l'origine, le mot Gometz a servi pour indiquer le coude du château, la partie essentielle de la forteresse, celle qui dominait la vallée. Ceci nous donnerait peut-être la raison de tous les ouvrages importants, murailles, restes de tours, qui subsistent encore seulement dans la partie nord-est du village de Gometz-le-Château.

L'appellation de Gometz-la-Ville indique dans l'agglomération générale le territoire où se tenaient les habitants qui n'étaient pas directement attachés au château, comme les seigneurs et leurs nobles dames et damoyselles, capitaines, gens d'armes, varlets, etc., ainsi que les ecclésiastiques desservant la chapelle. Du côté de Gometz-le-Château, toute une population jeune, ardente, vibrante, occupée aux armes, sans cesse prête à combattre n'importe qui, pour n'importe quoi, sous les couleurs du pavillon seigneurial.

De l'autre côté, à Gometz-le-Village, des gens paisibles, tranquilles ; occupés aux champs et aux vignes, aux travaux utiles, ne désirant que le calme et se l'accordant mutuellement. Tellement attachés aux traditions, qu'il est dit dans les mémoires de Philippe de Commines, seigneur d'Argenton, que « tous les mois un habitant de Gometz-la-Ville ou Gomer, descendoit avecques un gros barril chercher de l'eau de la fontaine Sainct-Clair et en faysoit luymême gratis pro Deo, bénévole distribuction aux aultres habitans qui accouraient la prendre  ». Un passage assez curieux, du Roman de la Rose F° 92, dit ceci : « à ung gomer puysoient l'eaue parfonde ». On sait que dans la région, on désigne Gometz-la-Ville sous le nom de Gomer ; ce mot signifie dans l'ancien français : amphore. Il y aurait-il un rapport quelconque avec la fontaine Saint-Clair et ses traditions ?...

 

Cadastre napoléonien de Bures-sur-Yvette (1808).

 

 

Accords diplomatiques

Les deux églises de Gometz-le-Château et de Gometz-Village firent d'abord l'objet d'un don à la fin du XIe siècle, à l'Abbaye de Saint-Florent de Saumur par messire Geoffroy, évêque de Paris. En ces temps heureux on faisait des cadeaux d'importance ; les immeubles étaient garnis, si l'on peut dire : édifices, terres, dépendances, dîmes et... personnel des deux sexes. Le pape Galixte II confirma les dons au début du XIIe siècle. En cette occasion, l'église de Gometz-ville ou Gomer, est nommée la première parce que, comme nous avons essayé de le prouver précédemment, l'agglomération environnante était plus importante que celle où il y avait le Château.

Au XIIIe siècle; les deux édifices sont toujours à l'abbaye de Saint-Florent de Saumur: mais une plus grande importance, cette fois, est donnée à Gometz-Château. Cela voudrait, dire qu'il y eut dès ce moment déplacement en ce lieu, et accroissement de la population. Toutefois, en ce qui concerne la dîme, Gometz-Ville est toujours privilégiée, l'honneur de nommer à la cure appartenant désormais au prieuré de Saint-Clair. Dans le procès-verbal de visite, inspection administrative, dirait-on aujourd'hui, que le prieur de Brières nommé René Louet fit aux deux églises, il releva en 1497, quelques usages intéressants. « Le prieur Saint-Clair doibt service à Gometz-ville quatre fois l'an, aux testes d'importance ».

Nous arrivons ainsi à l'an de grâce 1505, mémorable pour l'accord diplomatique signé entre messire Robert et Jean Raoul, prieur Saint-Clair, Duval, ambassadeur de messire Philippe Morin, curé de Gometz-ville; accord touchant selon les propres termes de l' Historia Monasterit Sancti Florentii . Il fut arrêté entre messires le prieur et le curé, que : 1° « il partageroit par moitié les grosses des territoires de la Folie, et des deux Ragonnant, avecques les mêmes dixmes de la Paroisse, et les revenus du dedans les églises », que 2° «  messire le Prieur comme Patron et curé primitif, diroit ou fairoit dire par chascun la Grand'messe le jour patronal de Sainct-Germain ». Et, troisième clause, la plus curieuse sinon la plus intéressante, il y dit que « auquel, jour Sainct Germain, messire le curé de Gometz-ville, donnera à dîner à messire le prieur Sainct-Clair, et à toute sa suitte, s'il daignera y venir en personne. À ceste fin devoit avoir ordinairement, bonne munition de jambon, abundanee d'andouilles, forces langues fumées, boeuf sallé à la moustarde et chappons de Cornuailles et le petit clayret es Touraine, quia anima spiritus est, et in sicco habitare non potest, selon Saint-Augustin...  ». Les rituels diplomatiques comportent toujours un rituel de ripailles, sans oublier la question capitale de la cave...

Dans le thesaurum anecdotarum aureum de H. Imago, on trouve mention d'un usage bizarre. « Un grand dyable de fol que suivoit son chien, apportoit en dançant unze flaccons de chrystallin vuides, et les posoit sur la table dans le plus grand silence », usage bizarre, en effet, et d'un symbolisme au moins étrange...

En ce qui concerne les accords, deux fiefs seulement ne faisaient pas partie de la combinaison, sauf l'hommage, ou reconnaissance. Le fief de Beaudreville et celui de Lambert. Dans un document daté de 1580, il est dit qu'un sieur Jean Miette, écuyer, en était le seigneur, ainsi que du fief de Neuville. Un autre acte daté bien plus tard, de 1747, porte que le Grand-Ragonnant seigneurie, avecques toutes justices, fait partie de la paroisse de Gometz-ville. Des lettres patentes de l'an 1661, signalent un contrat de vente faite pur un sieur Le Couturier à un sieur Sevin, maître des comptes de justice du roi, dans la même juridiction ecclésiastique, de Gometz-ville.

 

 

Saints, prieurs, seigneurs et dames de Gometz  

Il est assez curieux, pour un libre observateur, de constater que ce fut à la suite d'une mission au cours de laquelle il prêcha la bonne parole, que Saint-Clair s'établit définitivement à Gometz au VIIe siècle, y découvrit les sources qui portent son nom, et en devint le saint-patron... On l'a cru évêque de Cologne et martyr ; il est raconté, d'autre part, qu'il nous arrivait des provinces britanniques. A-t-il été, comme on l'a dit, un simple "corévêque" ou prédicateur évangélique ? Le catalogue hagiographique de la ville de Cologne sur le Rhin, ne fait aucune mention de lui.

Une attribution sympathique est celle qui en ferait l'humble prêtre de ces compagnies nomades dites Colons ou Colonges, formées d'hommes que l'on occupait à défricher les bois et y labourer et cultiver les terres. Brave type de solitaire, légèrement, sentimental, et doué d'une doulce philosophie. Vivant et aimant vivre humble parmi les humbles... Il devait être un peu musicien ; lui a-t-on fait des misères? Savoir...

Inhumé d'abord dans une chapelle solitaire et isolée dans la campagne, son corps fut par crainte des incursions normandes, au IXe siècle, transporté dans la grande tour du Guet qui dominait le château de Gometz et dont il reste quelques traces. Pour les mêmes raisons sans doute, il fut retransporté à Souppes-sur-Montargis, où il devint également saint tutélaire de l'église, L'usage et la bienséance voulait qu'en enlevant le corps d'un saint d'un lieu, on y laissât quelques ossements. Ce fût par bonheur un morceau de crâne qui resta... « Ossement considérable », aussi important que celui de Saint Marc, dont la Sérénissime République de Venise fit don à l'église de Limours à la fin du XIVe siècle.

Cette insigne relique donna l'occasion de bâtir l'ancienne église de Gometz-le-Châtel sous son invocation, comme on le voit encore écrit sur la porte actuelle : Sub invocatione Sancti Clari . Il est fait mention dans les chroniques de deux précieux reliquaires successifs. D'abord, un chef reliquaire en argent massif où il n'y a figure ni de mitre, ni de crosse; un autre, plus récent serait, «  quarré en cuivre avecques emmaïls  », supporté par un pied de même, sur lequel multitude de peuple est sculptée. Deux œuvres d'art sûrement précieuses, et extrêmement intéressantes pour le pays ; que sont-elles devenues ? Peut-être furent-elles enfouies dans la crypte, pendant la tourmente de 1793. Rappelons, toutefois, le décret de prairial an II ordonnant de transformer en monnaie et médailles tout objet du culte.

Au commencement du XIIIe siècle seulement, il est fait mention d'un Pierre, prieur de Gometz, sans doute le premier en date. Selon un registre d'officiers de Paris, un Pierre de Roony était prieur en 1386. Viennent, ensuite Zacarie Geoffroy en 1414. Frère Richard Presalle fut prieur des deux Gometz en 1479. L'an 1495, leur succéda un prêtre séculier : Noël David. Ensuite, le célèbre Robert Raoul, l'auteur de l'accord diplomatique avec Gometz-la-Ville... en 1505.

Puis, Guillaume de Mainemart, Jean Presteau, Guillaume Gillard... Bien entendu, aucun de ces deux noms ne s'est perpétué dans le pays, pour bien des raisons...

Le premier seigneur de Gometz fut Willelmus de Gomethiaco dont la fille dame Hodierne de Gometz, devint épouse de Guy seigneur de Montlhéry en lui apportant la terre et le château de Gometz. «  Haulte dame Hodierne estoit de grande et magnifique beaulté », dit la chronique. De leurs sept enfants, retenons les deux belles Méllissandes, la brune et la blonde, Isabeau et Guy le Rouge. Guillaume, deuxième seigneur de Gometz, mourut sans descendance, il est vrai, mais c'est à lui que nous devons une première mention de la fontaine Saint-Clair, ce qui en fait un personnage de haulte importance.

C'est donc par alliance que Hugues de Crécy en devint plus tard seigneur à son tour, car il était fils de Guy le Rouge et cousin germain de Guillaume. Nous avons vu qu'il fût un triste sire et n'honora point la seigneurie. Mais nous ne pouvons oublier ici la belle figure de Luciane de Monfort, son épouse, cette malheureuse princesse abandonnée, dont l'ombre doit venir parfois s'asseoir sur les marches de l'Eglise en rêvant tristement dans la nuit étoilée...

Heureusement, pour nous consoler, nous trouvons au commencent du XIIe siècle, d'après les chroniques de Simon de Montfort et plus tard d'après Christine de Pisan, une haulte et noble dame Agnès de Garlande, dame de Gometz. Mariée à Amaury III, seigneur de Rochefort, elle fit briller d'un vif éclat la vie du château, en y attirant un grand concours de troubadours, de jongleurs, de chevaliers errants, ménestrels, basteleurs, et en organisant des cours d'amour, des tournois et des luttes.

Il y eut à ce moment, à Gometz, jusqu'à treize salles de fêtes ! Aujourd'hui, nous nous contentons d'un palace, et d'une salle seulement : quelle modestie !... Mais la plus belle des treize salles, dit Christine de Pisan, «estoit celle où se donnoit le concert, pour très haulte dame Agnès de Garlande. Et c'estoit joye divine que d'entendre les doulces cornemuses et tendres flageolletz, les buccines, olifants, sacquebutes rebecs et vielles, accompagner la trompette marine si harmonieuse, et les deux petits violons, qui jouoient les ritournelles...».

 

 

La fontaine Saint-Clair

Nous avons sous les yeux un manuscrit précieux du début du XVe siècle, donnant la description d'un château fortifié au sommet d'une colline. Le plan du château dressé en perspective cavalière et colorié, sûrement antérieur au manuscrit descriptif, comporte la vue des terres environnantes, loin dans la vallée, usque ad Ecclesiam Sancti Mathaei de Buris . Le dessin est d'ailleurs un peu simplet, à l'usage populaire.

Sans aucun doute, c'est le village de Bures qui est ainsi désigné, et dont l'étymologie est donnée par les feux de bourrées que l'on faisait les premiers dimanches de carême, et qui s'appelaient les dimanches des bures. Vers le levant un château y est- indiqué sous le nom ajouté de Mont-toy . Il s'agit là du château de Montjay, lequel appartint plus tard à un sieur Berthold de Valles, puis à dame Colombe de Picard au XVIIe siècle. A gauche de l'Ecclesia de Buris, est représentée une colline avec le nom de Aquinière . Ainsi orthographié, le mot aquinière (aigue-minière) est une véritable révélation, car c'est là que se trouvaient quelques-unes des onze sources minérales, dont la principale, et la plus célèbre, dite Fontaine Saint-Clair, était dans les prés environnants.

On dirait, et cela est fort curieux, que c'est volontairement que l'ancien possesseur du document peut-être un juge général d'armes, ou un vieil artiste solitaire, a détruit et gratté soigneusement toutes inscriptions pouvant révéler le nom principal du château et n'a conservé que les désignations susdites de Ecclesia de Buris , Mont-Toy , et Aquinière , plus l'abréviation répétée en plusieurs endroits de Fons-Aq-med .

Toutes ces indications et l'aspect des lieux nous prouvent clairement qu'il s'agit du château de Gometz. Le dessin porte assez visiblement à gauche le blason formé d'un écu français, « tiercé et tymbré de couronne ducale formé de lambrequins et tenans » ; toute devise étant, effacée, il reste cependant trace « d'une clarine en chef de gueule, et massacre en champagne de mesme ». Armoirie à enquerre, s'il en fut !

 

 

 

La grande fête de Sainct-Clair

Selon Antoine Ghio «  Bien que la thèse d'Antoine Charpentier, médecin du Roy, sur la fontaine Saint-Clair, soit datée de 1621, nous sommes convaincus que les vertus miraculeuses et thérapeutiques de cette source étaient connues bien avant  ». Le mot de Aquinière , et les désignations abrégées de Fons aquae medicam le prouveraient, à moins que les documents cités soient apocryphes... Par contre, nous avons bien des raisons de penser que François Rabelais, médecin et curé de Meudon en 1550, la connut fort bien et qu'il la signala à ses ouailles. On sait qu'il était un sourcier très habile et très heureux.

Nous connaissons deux documents, extrêmement curieux et intéressants à étudier, et surtout à comparer, malheureusement incomplets. Le premier, daté du commencement du XVIe siècle, donne la description d'une grande fête patronale sans doute annuelle, en l'honneur et à l'avantage de la fontaine Saint-Clair, se déroulant sur les lieux mêmes des sources, avec une grande richesse de détails sur la procession, les costumes, les travestis symboliques, et les guérisons obtenues.

Le second manuscrit, daté de la période révolutionnaire, décrit pas à pas les mêmes cérémonies, sauf les costumes, avec une légère variante : Saint-Clair est remplacé par la Déesse Raison. Mais, hélas, le changement de patron n'obtint pas le résultat peut-être escompté... de changer l'eau miraculeuse en vin philosophique, ce qui eût rallié à la charmante Déesse Raison bien des suffrages… Une fête annuelle ne changerait d'ailleurs rien non plus en tant que résultat, sauf qu'elle engendrerait comme les autres un peu de joie à laquelle ont parfaitement droit tous les hommes de bonne volonté de tous les temps, et de tous les pays...

Pour revenir au manuscrit du XVIe siècle:.., nous constatons qu'il est bien du style et orthographe de l'époque. En cherchant dans les apocryphes du curé de Meudon, on pourrait en trouver la trace sinon le libellé... Peu importe d'ailleurs d'où vient l'évocation, si toutefois elle est vraisemblable. «  Cy avançoient, dit le manuscrit dont nous respectons l'orthographe, en grandes cérémonies quatre grands dyables de varletz portans la magnifique ymaige de Sainct-Clair, sans mytre ny crosse, de huict palmes pas moins ; le soubassement d'ycelle estoit de très lympide alabastre en figure heptagone formé d'agathes et sélénites, avecques subs la poictrine ung grand aigle esmaillé noir ; le sainct vestu de robbe courte de couleurs Roy avoyt pourpoinct de chammoys ».

Cette statue devait être en bois sûrement. Il y a lieu de penser que plus tard on s'en servit pour en tailler un philosophe... aussi éphémère que le Saint, d'ailleurs... « Puy venoient unze damoyselles en robbes vertes et blanches, portant chascune ung flaccon de chyrstalin remply de l'eau myraculeuse. Ces jeunes filles représentaient sans doute les sources miraculeuses et thérapeutiques qui sont au nombre de onze... pour ne faire de tort à personne... ».

« Et là je veids, dit notre auteur qui avait été spectateur, quatre cavalliers s'ensuivant, l'un tenant ung grand baston très fleury ; l'aultre une couppe d'ayrain... le troisième une grande espée, l'ultime un escu d'or et de flamme. Quatre Roys et quatre Roynes les suivoient avecques quatre varletzs de mesme... Et je veids ensuitte vingts et un personnaiges estranges, comme basteleurs, grand prestre mytré et empereur couronné avecques dames; une des deux Melissendes, la brune, et Luciane la fière accompagnaient Hugues vestu de pourpre et d'or, et derrière ung chariot de tryomphe... Après noble et grande Dame à l'espée, ung capucin lanterne tenant comme feust Dyogenes; dyables, angelotz, esquelette orryficque, maison-Dieu, lune et soleil ; puy grande et haulte Royne sous 1'ymaige d'Agnès de Guarlande assise sur une lictière parmy les fleurs, entre un taureau, un grand aigle et un lyon; et un homme de bien, que ne montroit que la teste avé un bouteille dessubz à la mode Gantalouze. Et là distribuoit bienfaicts myraculeux de par le Grand Sainct-Clair, et guarissoit d'aulcunes malladies comme scrophule, mal sacré, fiebvres quartes par seule appousition des mains mouillées d'ycelle eau bénéficque. Et les lépreux introduicts soubdain guaris ; et les impotents fortifiés, et les aveugles, sourdz et muetz guaris de mesme.

«Ce qui ravyssoll en contemplation extaticque sur les vertuz de ceste haulte et grande dame de par Sainct-Clair-la-Fontaine. Et neuf gentilzhommes feurent guaris ès mal Sainct-François, lequel est faulte d'escutz palaysis. Venoient ensuite les bourgeois ès Gometus-villa avecques leur barril pour la distribuction d'ycelle eauc saincte aulx habitans dudict pays. Puy les maistres ès arts, compaignons et apprentifs, gens escortz et endurcis au travail, avecques chief-d'oeuvre. Et suivoient les porteurs ès bonnes et maulvaises nouvelles escrites, portant flaccon vuide, car leur souëf est grande, non d'eaue...

«  Les souppers parfaicts, en présence de la Royne, et Sanctus Clarus ligneus, feust faict ung bal en mode de tournay digne de memoyre éternelle. Et cloches, de tonner ; et buccines d'esclater ; et là sur l'hierbe drue, dançarent au son des joyeulx flageollets, tendres cornemuses et doulces vielles, chantans à playsir de gorge, tant badaudement que c'estoit joye céleste les veoir ainsi soy rigouller ».

L'auteur nous dit que la fête continuait longtemps dans la nuit ; puis tous rentraient tranquillement sans ennuyer personne, sans rien casser en route, contents d'avoir fait le bien, et avoir glorifié le patron du pays, chacun emportant une bouteille d'eau de la fontaine Saint-Clair. Le manuscrit nous parle en outre d'un « estrange personnaige importun qui suivoit la feste, grand dyable de fol tenant bisace sur l'espanlle, un rêt à parpaillons en la main dextre, et un méchant chien qui luy mordoit les jambes, et conduisoit au dessubz luy un espouventable grand oyseaulx noir, les ayles desplouayées, tant grand qu'il empescheoit la doulce leumière du ciel de periestrer dans les esperitz et rendoit par succube les gens tristes et villains ». Nous avons cherché longtemps ce que pouvait bien signifier dans le cortège ce bizarre oiseau noir. Peut-être symbolisait-il dans l'idée des maîstres ès cérémonies l'ensemble de toute ces forces occultes et instinctivement contraires à fout effort de fraternité, de joie et d'allégresse bienséante et désintéressée...

 

 

La fête de la fontaine de la Claire-Régénération

C'est le vingt-six messidor an III seulement, dit l'auteur du manuscrit cité précédemment, que la fête annuelle à la ci-devant Fontaine Saint-Clair, fut reprise, avec l'adaptation philosophique nouvelle. Il faut noter que le vingt prairial an II, à la place de la Pentecôte, Robespierre, guidé par David, institua le nouveau culte de l'Être suprême dont la fête champêtre qui nous intéresse s'inspirait très visiblement.

« Nous avons eu la satisfaction, dit l'auteur, de constater que cette ridicule et pernicieuse manie du temps des tyrans, d'attribuer à un Saint les vertus thérapeutiques d'une source était bien morte et enterrée. Ces gens étaient bien coupables, qui donnaient au peuple les pitoyables idées de miracle, de sortilège, de grâce divine ; car rien n'existe, rien, sinon ce qui peut, être clairement et géométriquement raisonné.

«La tradition des Larmes de ce brave Saint-Clair, communiquant une vertu quelconque à l'eau, quelle plaisanterie ! Autant dire, comme eut la hardiesse de l'affirmer un physico pourtant ami du citoyen Diderot, que les vertus, de la fontaine étaient le fruit d'une sorte de radiation mystérieuse, qui donnait de l'activité à l'eau !...

« Ce physico-là aurait besoin d'un peu de géométrie, ainsi d'ailleurs que ces illuminés qui déclarent froidement que la machine électrique remplacera la chandelle !... »

Les organisateurs de la fête, véritables sages, avaient pensé à tout cela en mettant sous les yeux des citoyens les symboles géométriques qui sont la seule et véritable fontaine de Régénération. Tous les assistants portaient dans la main droite un petit bouquet composé d'une fleur, d'un épi et d'un fruit. Un philosophe, tête nue sous les traits de Jean-Jacques, ouvrait la marche du cortège. Il était suivi de « dix-sept » superbes jeunes filles couronnées de myrte, de chêne et de pampre, entourées par un immense ruban tricolore porté par des enfants également couronnés, et symbolisant les bienfaits des nouveaux droits déclarés aux hommes, comme l'expliquait fort bien le citoyen Nondurat. A la suite venaient plusieurs figures allégoriques représentant l'Athéisme, l'Ambition, la Cupidité, sous des vêtements autrefois luxueux, mais déchirés misérablement, en lesquels on reconnaissait la parure des anciens seigneurs et dames de Gometz, les Guy-le-Rouge, Hugues de Crécy, Hodierne, Luciane et Agnès de Garlande. Huit bœufs aux cornes dorées, traînaient un chariot avec dessus une grande magnifique bouteille triangulaire et sans culot, offerte par la ville dite «Rabelais» la ci-devant Meudon. Une jeune fille couronnée de roses était assise à côté, et représentait la vertu naturelle et bienfaisante de l'eau de la fontaine. Arrivés au milieu des prés, et devant la source même, le philosophe s'approcha du groupe des figures allégoriques, et prenant une torche allumée, mit le feu aux tristes haillons qui les couvraient. Les vices que représentaient ces témoins de tyrannie, furent vite consumés et dessous on vit apparaître parmi les flammes la statue de la Sagesse et de la Régénération sous l'aspect d'une fontaine».

Hélas ! c'était encore, la pauvre statue de Saint-Clair en bois, qui continuait ainsi le calvaire de ses tribulations et vicissitudes. Taillée une première fois en philosophe, la voilà changée en Sagesse et Régénération... Quelle destinée ! Heureusement que le sculpteur primitif avait eu la précaution de représenter le bon Saint-Clair de la fontaine, large d'épaules et la bedaine d'importance.

Les cérémonies ridicules des guérisons miraculeuses, qui avaient lieu dans les anciennes fêtes étaient heureusement supprimées, dit le manuscrit ; aussi la grande jeune fille qui symbolisait la source distribuait à tous les assistants des petites bouteilles triangulaires sans culot... à l'image de la grande, remplies d'eau médicinale, et cela avec une grâce charmante, vraiment fraternelle sans éveiller en nous aucune idée de charité avilissante. Cependant que l'assistance entière chantait un hymne qu'un jeune poète de la localité avait composé en s'inspirant largement de celui de Desorges :

Ô toi qui du néant, ainsi qu'une étincelle,
Fis jaillir dans nos prés l'eau fraîche et salutaire
Fais plus : verse en nos cœurs la sagesse immortelle.
Guéris-nous par ton philtre très clair (bis).

« A quand quo parlas de lou loup veses la couetto de lou sant », dirait le citoyen Nondurat, et en effet tout cela revint peu à peu... Directoire, Bonaparte, Restauration etc., etc. Mauvaise augure pour la pauvre statue qui allait recommencer ses promenades chez le sculpteur. En restera-t-il encore du bois de l'époque quand on la taillera en symbole de la radioactivité ?

Heureusement les fontaines qu'elles soient de Saint-Clair, de la Sagesse, de la Régénération, de la géométrie ou des miracles, heureusement elles sont toujours là fraîches, limpides et joyeuses ; et si les ancêtres s'en sont servis en y croyant, nous pouvons en faire autant sans crainte, car elles ont eu la bonne idée de jaillir au milieu des prés fleuris, parmi les grands peupliers qui se bercent doucement au vent frais de la vallée, au bas de ce petit pays si lumineux et si clair que tous aiment tendrement malgré bien des choses...

 

 

La fontaine Saint-Clair doit revivre !...

«Il est absolument certain, prouvé, archi-prouvé, géométriquement prouvé, cela est un article de foi et même un article d'exportation, que le 11 février 1855, Nostre-Dame, dans une éblouissante auréole, eut la divine bonté de daigner apparaître à la bonne Bernadette ! Cela est absolument sûr, et je vous défends bien de sourire quand j'ai l'honneur d'affirmer une vérité aussi première...».

C'est ainsi que s'exprimait un Lourdessois, qui était d'ailleurs un parfait mécréant, et il ne me serait certes pas venu à l'idée de le contredire le moins du monde, car nous songions aux effets prodigieux de cette bienveillante et illustre apparition. Le progrès social et moral dans la région et ailleurs, que cela a engendré ; le milliard d'affaires par an que cet événement mémorable a produit avec le bien-être de toute une population ; l'enthousiasme du monde entier et le prestige indéniable qu'il valut dans toute la planète, prestige tellement grand qu'il fit pâlir la fameuse devise inscrite sur la tranche des pièces de cent sous de doulce et bien heureuse mémoire... et les guérisons innombrables, les soulagements infinis, tout cela peut-il être mis en doute un seul instant ? C'est en vertu de cette même devise... qu'il nous a été donné, cela est sûr, de posséder à Saint-Clair et à Bures-sur-Yvette, les célèbres sources médicinales qui portent son nom. Des médecins illustres, l'inconnu de chez Isaac Mesnier, Antoine Charpentier entre autres, l'ont scientifiquement prouvé.

Des milliers de personnes, croyants, athées, philosophes, géomètres, sceptiques, s'en sont tout de même servi. Ils ont été soulagés dans leurs maux physiques, en améliorant leur moral, sinon leur clairvoyance... (4). Mais surtout, à travers la filière des générations, un résultat magnifique a été obtenu : celui d'engendrer la Grande Fête Saint-Clair. La fête qui donne la joie à tous, qui relie les gens dans une commune idée, au sens latin des mots « religio », «  religare »...

Comme la route, qui est une preuve tangible que beaucoup de gens ont été du même avis, la Fête, la cérémonie, la réjouissance en commun a créé une discipline, un rite qui, transmis aux générations successives, devient une tradition, parfois une œuvre d'art. Les sources de Saint-Clair sont excellentes. Elles ont eu la bonne idée de surgir dans un site magnifique ; le pays de Saint-Clair, ce Mont-Saint-Michel en pleines, terres, possède une histoire extraordinaire ; saint, prieurs, dames et seigneurs de haulte lignée ont passé par là avec gloire et fortune variable, et même avec un peu de drame et de poésie, ce qui satisfait tout le monde. Le grand souffle de 93 a laissé sa trace profonde également. Elles sont toujours là, les sources, prêtes à faire le bien et à relier les hommes de bonne volonté dans une commune pensée de joie et de paix. Ecoutons leurs voix mystérieuses qui nous appellent à l'amour de la nature, aux simples et doux plaisirs champêtres, à la bonne amitié et à la fraternité, et sit sanguis terræ sanguis hominum ...

La parole perdue doit être retrouvée, et la magnifique fête de la Fontaine Saint-Clair aura reconquis toute sa splendeur d'antan ; tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, pour donner satisfaction à toutes les Chapelles, en suivant les exemples illustres cités dans les documents anciens .Que ce soient les seigneurs de Crécy ou de Guarlande, que ce soit Jean-Jacques ou Robespierre, ou la science moderne, avec la toute nouvelle découverte de la radioactivité, qu'importe ?

Et l'on peut voir très bien les représentants de toutes ces diverses égides, patronages ou obédiences... réunis en une commune pensée au milieu des grands prés fleuris comme dans une belle image d'Epinal, attendant qu'il tombe des lèvres du chef vénéré de la communauté, les mots célèbres et bien connus : «Et maintenant, que la fête commence ! ».

Quant à 1'« espouvantable oiseaulx noir qui empeschoit par ses ayles desplouayées la doulce leumière de pénestrer dans les esperitz... » on pourra l'asperger avec un peu d'eau de la Fontaine Saint-Clair, et, sous cette miraculeuse influence, il sera guéri lui aussi ; repliera son grand parapluie noir et se mettra gentiment à chanter avec tout le monde, «  a diusias patrou, bebès du bin bou et sans aiguo  », car la musique adoucit les mœurs...

 

 

Notes

(1) Antoine Marcel Ghio, Les sources merveilleuses et médicinales de la Hacquinière ou Aquinière dites Fontaines Saint-Clair : avec quelques recherches historiques sur le pays de Saint-Clair, les deux Gometz, Bures-sur-Yvette, Gif, Montjay-Orsay  (Ed. du journal Le Seine-et-Oisien, Paris, s.d.).

(2) Carrière, Catalogue des ouvrages publiés sur les eaux minérales , 4° Paris 1785, B. de l'Ecole de Médecine.

3) A. Charpentier, Thèse sur l'eau Saint-Clair . Thèses anciennes in-f°, Paris 1621, IV B. de l'Ecole de Médecine.

(4) Dans l'ouvrage d'A. Charpentier nous avons retenu une indication précieuse et de haulte morale... : « Une femme qui avait essayé vendre de ceste eaue merveilleuse feust punie par la Justice divine ». Cela est parfaitement et clairement imprimé, en l'an de grâce 1621! Quelle leçon !...