Hodierne, demoiselle de Montlhéry et ses descendants (2)

Chronique du Vieux Marcoussy --Marcoussis--------------- _----------------------------------_--Mars 2012

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C. Julien

 

 

Cette chronique est la seconde partie de l'histoire des seigneurs de Saint-Valéry descendants d'Hodierne de Montlhéry. Après avoir suivi les ancêtres de Gautier«  Walterius  », seigneur de Saint-Valéry-sur-Somme «  Sancto-Waleriaco ou Sancto Walarico  », mari d'Hodierne «  Hodierna  », nous allons rencontrer ce seigneur en Terre Sainte puis ses enfants, tous vaillants chevaliers, parfois même, grands querelleurs avec leurs voisins (1).

 

 

La première Croisade

Dans l' Esprit des Croisades (t. III, 1780) nous lisons : «  Ce fut avec ces princes que le comte de Flandres prit au mois de septembre [1096] la route d'Italie, suivi d'une foule de chevaliers dont les plus distingués étoient … Gautier de Saint-Valéry, Roger de Barneville, Fergant et Conan deux illustres Bretons, Guido Trusselle, Miles de Braïes…  ». Georges-Bernard Depping décrit le départ de Robert-Courteheuse, duc de Normandie, tandis que son frère Guillaume le Roux, roi d'Angleterre mettait à contribution les prélats et les barons pour fournir l'argent nécessaire. «  Ayant ramassé 10.000 marcs d'argent, il les donna à son frère pour son départ, et moyennant ce prix il devait garder la Normandie pendant cinq ans. Aussitôt que Robert eut reçu la somme, il fit ses préparatifs, et au mois de septembre 1096, il se mit en route pour l'Italie, emmenant avec lui son oncle Eudes, évêque de Bayeux et plusieurs nobles dont… le comte Gautier de Saint-Valéry… . ». ( Hist. de la Normandie , t. I, Rouen, 1835).

«  Les quatre chefs de la croisade étaient accompagnés d'une foule de chevaliers et seigneurs, parmi lesquels… Gauthier de Saint-Valéry… la plupart des comtes et des barons emmenaient avec eux leurs femmes et leurs enfans, et tous leurs équipages de guerre…  » dit Joseph-François Michaud. Nous ignorons ce que devint Hodierne de Montlhéry pendant cette période. Il ne semble pas qu'elle prit part à cette aventure (2).

« Les chroniques des guerres saintes parlent de la vaillance du comte Robert de Flandre avec qui marchaient Gauthier et Bernard, sires de Saint-Valéry en Ponthieu et un grand nombre de barons venus du duché de Normandie… » ( Noblesse de Fr. aux Croisades , P.-A. Roger, 1845). C'est ce qui ressort d'Albert d'Aix, de Baudri de Bourgueil et des différents états de la Chanson d'Antioche . Dans une charte délivrée par les croisés sur le chemin du départ, Bernard de Saint-Valéry est cité en compagnie du comte Enguerran de Saint-Pol.

Orderic Vital, au livre IX de son Histoire de Normandie , raconte qu'au nombre des seigneurs qui suivirent le duc Robert à la croisade, en 1096, était «  Gauthier, comte de Saint-Valéry-sur-Somme, petit-fils de Richard le jeune, duc de Normandie, issu de sa fille nommée Papie  ». Son fils Bernard, IIIe du nom, se croisa avec lui, et Orderic Vital dit plus loin qu'après le siège de Nicée, l'armée chrétienne s'étant séparée pendant la nuit, Gauthier de Saint-Valéry et Bernard son fils s'attachèrent aux pas de Bohémond. Raoul de Caen, auteur des Gestes de Tancrède, raconte que Bernard de Saint-Valéry monta l'un des premiers sur les remparts de la ville sainte. André Duchesne, dans l'Histoire de la maison de Dreux, cite encore Renaud de Saint-Valéry, auquel le roi Baudouin III confia la garde du château d'Arènes en Palestine, en 1159. Enfin Rigord, dans l'Histoire de Philippe-Auguste, et Roger de Hoveden, dans ses Annales, nomment un autre Bernard de Saint-Valéry qui se croisa en 1190, et mourut au siège d'Acre. Selon André Duchesne, ils portaient d'azur, fretté d'or, semé de fleurs de lis de même. ( Galeries Hist. du Palais de Versailles , t. VI, 1840).

Plusieurs autres auteurs ont décrits le second assaut et la prise de Jérusalem le vendredi 15 juillet 1099 : «  Les premiers de tous, les deux frères de Tournay, accompagnés de Bernard de Saint-Valéry, mettent le pied sur le rempart avec les hommes qui les entourent. Ils sont aussitôt suivis de Guicher, le même qui à lui seul avait terrassé un lion  ». ( Hist de la pr. Croisade  ; J.-F. Peyré). Jean-François Peyré donne la liste des premiers croisés où sont nommés Bernard de Saint-Valéry et son père Gauthier. On y voit également leur cousins, seigneurs de Montlhéry : Gui de Troussel, neveu de Gui comte de Châteaufort et Milon de Braies son père.

Dans son Mémoire pour l'histoire de Saint-Valéry-sur-Somme , Charles Blondin écrit : «  Gautier, seigneur de Saint-Vallery, d'Ault, de Bonin, Dommart, Bernardeville, accompagna Guillaume de Normandie à la conqueste d'Angleterre l'an 1066 ; depuis il fit le voiage de Jérusalem avec Robert, duc de Normandie, duquel il étoit parent proche  ». Ce document annoté par Alcius Ledieu mentionne «  Il fut tué dans un combat, donné après la prise d'Antioche en 1098  » (3). Cette assertion est contradictoire avec bien d'autres écrits qui mentionnent le retour du père et du fils ensemble sur leurs terres picardes.

 

 

Les invraisemblances historiques

Quelques auteurs mentionnent que Bernard II de Saint-Valéry, fils de Gulbert et de Papie de Normandie serait née vers 1005 aurait épousé Eleanor de Dammartin et serait mort lors de la bataille d'Hastings le 14 octobre 1066. On comprend notre désarroi devant un tel charabia. Papie étant née vers 1015 ne pouvait enfanté dix ans plus tôt. Eléanor de Dammartin qui vivait au XIIIe siècle fut la femme de Bernard V.

Une généalogie en langue anglaise donne d'étranges localisations pour Gauthier de Saint-Valéry, né en 1035 à Caux (Allier, Auvergne, France), mort en 1097 à l'âge de 62 ans à Tetbury (Gloucestershire, England) marié à Elizabeth Isabel de Montlhéry [Hodierne], née en 1040 à Montlhéry (Essonne, Ile-de-France, France), morte en 1113 ?à l'âge de 73 ans en Lot-et-Garonne (Aquitaine, France). Seule le lieu de naissance d'Hodierne est vraisemblable. Le même généalogiste mentionne leur mariage en 1064 à Isleworth en Angleterre (?) et leur attribue un fils nommé Ithier III de Toucy (?). Peut-on parler de fantaisie ?

Dans son article «  Gamaches et ses seigneurs  » publié dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie (t. XIII, ch. V, les sires de Saint-Valéry , 1854) M. Darsy mentionne : « … de Bernard de Saint-Valéry et Papie de Normandie naquit Gaultier de Saint-Valéry qui épousa l'une des filles de Milès-le-Grand, seigneur de Montlhéry et de Bray, vicomte de Troyes…  » ce qui n'est pas exact puisqu'Hodierne n'est que la sœur cadette de Milon.

Aristide Guilbert, Histoire des villes de France (Furne, Paris, 1845) dit qu'au XIIe siècle, Gauthier, seigneur de Saint-Valéry, et Bernard, son fils, de retour de la croisade, établirent sur leurs terres deux nouveaux châteaux, l'un à Domart, l'autre dans un certain endroit de la contrée qui depuis porta le nom de Bernarville. Jean de Ponthieu s'étant alarmé de ces préparatifs militaires, fit augmenter à son tour les fortifications du Crotoy. Il est notoire que la terre de Bernarville « Bernardi villam » doit son nom à Bernard II et que le château fut construit par ce même seigneur. Quand M. Lefils écrit : «  Gauthier, seigneur de Saint-Valéry, et Bernard, son fils, de retour de la croisade, établirent sur leurs terres deux nouveaux châteaux, l'un à Domart, l'autre dans un certain endroit de la contrée qui depuis porte le nom de Bernarville  », il faut comprendre que ces deux châteaux furent fortifiés. D'ailleurs, Potin de la Mairie mentionne que Gautier de Saint-Valéry et Etienne d'Aumale ont fortifié leurs châteaux avec l'or de l'Angleterre ( Rech. Hist. sur la ville de Gournay , 1842).

Quand ce même médiéviste mentionne: «  Deux enfants de Gaultier de Saint-Valéry, Bernard et Renaut, accompagnèrent Guillaume dans la descente qu'il fit en Angleterre en 1066…  », il faut entendre qu'il s'agit des enfants de Guibert (parfois nommé Gauthier 1er). Une fois encore, il faut distinguer les générations de la maison de Saint-Valéry car il y aurait incompatibilité totale pour la présence des fils de Gauthier de Saint-Valéry qui ne pouvaient être nés en 1066. Hodierne de Montlhéry étant née peu avant 1050, implique le mariage avec Gauthier vers 1064, peu de temps avant la bataille d'Hastings. D'ailleurs, la naissance de Bernard III donnée «  aux environs de 1065 » semble logique dans cette vérification des dates. Il faut donc chercher d'autres personnages de la famille : Bernard et Renaut ne sont rien d'autres que le père et l'oncle de Gautier, mari d'Hodierne.

 

 

Bernard III de Saint-Valéry

Bernard III, fils aîné de Gautier et d'Hodierne, fut le quatrième seigneur de Saint-Valéry, d'Ault, de Gamaches et de Bernaville, de 1111 à 1158. Nommé entre les seigneurs qui «  firent mesme le voiage de Hiérusalem l'an 1096  », il succéda à son père vers l'an 1111. Nous ignorons le nom de sa femme, mais connaissons deux de ses enfants : 1° Bernard, IVe du nom qui suit, et 2° Renaud. C'est à ce dernier que le roi de Jérusalem commit la garde du château d'Aresnes, en Palestine, l'an 1159.

Une charte de 1096 qui nous apprend que Walerand, chevalier, seigneur de Gamaches, qui prétendoit tenir cette terre eu franc aleu, associa Bernard, seigneur de Saint-Valéry, en la seigneurie de la moitié de la même terre et la prit en fief de Bernard à condition d'en faire le service au comte de Ponthieu et obtint la permission du comte d'y pouvoir élever et fortifier un château. Il fut encore convenu que le comte de Ponthieu ne luy pourroit faire aucun dommage en ses terres à l'occasion de Gamaches, mais que s'il passoit par ailleurs et qu'il fut obligé d'y passer au retour, Bernard seroit tenu de l'y recevoir et toute sa suite dans Gamaches, en sorte toutefois que le comte de Ponthieu n'enlèveroit aucune chose des terres du comte Henri 1er d'Eu son parent, et que s'il en enlevoit aucunes, Bernard seroit obligé de les restituer audit comte. Bernard fit un même traité avec le comte de Ponthieu contre le comte d'Eu. Il fut accordé que s'il y avoit ouverture de guerre entre les comtes d'Eu et de Ponthieu, le comte d'Eu devoit avoir en otage l'héritier apparent de celui à qui la terre de Gamaches appartiendrait pour sûreté de ces conventions (4).

 

Le Vimeu sur la carte de Cassini.

 

Bernard III de Saint-Valéry était vassal du comte de Ponthieu. Les mouvances principales en étaient : Airaines, Boubers, Bouillancourt-en Sery, Cayeux-sur-mer, Friville, Lambercourt. L'histoire des monastères d'Angleterre rapporte plusieurs donations qu'il a faites à diverses églises de ce royaume qui sont autant de marques de sa piété et qui justifient en même temps qu'il y posséda de grands biens.

 

 

Les seigneurs de Saint-Valéry en Terre Sainte

Nous avons appris que Gautier de Saint Valéry et son fils s'étaient croisés en 1096 « … déjà Gautier et Bernard de Saint-Valéry, fils et petit-fils de celui qui se trouva à Hastings, avaient pris part à la première croisade…  ». Leurs descendants les suivirent dans la reconquête des lieux saints.

La seconde croisade eut lieu de 1145 à 1188, commencée sous le pontificat d'Eugène III. L'éloquence de saint-Bernard détermina la participation du roi Louis VII le jeune qui fut accompagné par de nombreux chevaliers de Picardie dont : Evrard de Breteuil, Manassès de Bulles, Hugues Tyrel, Gui II comte de Ponthieu, Renaud de Saint-Valéry et Gilles de Trasigniers.

En 1162, des lettres de Guillaume de Mers confirme une concession faite à l'église d'Eu «  concessit ecclesie beate Marie de Augo  » touchant Saint-Quentin en Vimeu «  apud Saunctum Quintinum in Vimiaco  » au dehors d'Eu. Ces lettres débutent par une homélie, et font intervenir le comte Jean de Ponthieu, suzerain, qui appose son sceau au bas de l'acte avec le seigneur Jean d'Eu et le seigneur Renaud de Saint-Valéry « sigillis comitum domini Johannis de Pontivo et domini Johannis de Augo et domini Ranoldi de Sancto Wallarico  ». Bertrand, fils de Renaud est également cité avec Ingerran le sénéchal de Ponthieu (charte V, cartulaire du Ponthieu) (5).

La troisième croisade de 1188 à 1195, commencée sous le pontificat de Clément III, fut placée sous le commandement de Richard-Cœur-de-Lion et de Philippe-Auguste. Bernard de Saint-Valéry se distingua par ses exploits mais trouva la mort au siège de Saint-Jean d'Acre en 1191. Dans l' Itenerarium Peregrinorum et Gesta Regis Ricardi (chap. XLII) relatant les exploits du roi Richard lors de la troisième croisade en compagnie de Philippe-Auguste, roi de France et de l'empereur Frédéric pour reconquérir la Palestine envahie par l'immense armée de Saladin. En 1197, Henri, comte de Champagne arrive en Palestine avec un puissant contingent de chevaliers dont Thibaud, comte de Blois, qui meurt trois mois après son arrivée ; puis viennent le comte Etienne, le comte de Clairmont, le comte de Scalons, Manserius de Garland, Bernard de Saint-Waleri , Jean comte de Ponthieu, Erard de Castiny, Robert de Buon, Adaunius de Fontaines, Louis de Ascla, Walter d'Arzillières, Guy de Castellan, avec son frère Lovel, Guy de Meisieres, Jean de Montmirail, John d'Arcy et beaucoup d'autres.

 

 

Bernard IV de Saint-Valéry

Le cinquième seigneur de Saint-Valéry, Bernard, IVe du nom, mari d'Aénor, laissa entr'autres enfants, Bernard V qui lui succéda en la seigneurie de Saint-Valéry et quelques filles. L'une nommée Mathilde , était mariée avant l'an 1188 avec Guillaume Breuse, seigneur de Duelth, de Breton et de Gouvon, en Angleterre, qui se retira en France à cause de la persécution du roi Jean, qui fit arrêter Mathilde sa femme et la mit en prison où elle mourut. L'autre fut Laurette de Saint-Valéry , épouse d'Aleaume, seigneur de Fontaines-sur-Somme, dans un titre duquel, l'an 1190, elle est qualifiée «  Generosa inclyti principis filia Bernardi de S. Valerico  » . Bernard IV de Saint-Valéry serait mort en 1168.

Dans son livre Picquigny et ses seigneurs, vidame d'Amiens (Impr. Briez, Abbeville, 1860), François-Irénée Darcy nous dit « Il n'était pas rare, en ces temps de barbarie, de voir le même personnage mettre en contradiction sa conduite du jour avec celle du lendemain, faire ici des œuvres de piété, les détruire là-bas, selon les besoins de sa politique, ses impressions religieuses et le jeu de ses passions. En l'année 1154, Gérard de Picquigny, Gautier Tyrel et Bernard de Saint-Valéry avaient, nous ne savons pour quelle cause, pillé quelque censive appartenant à l'abbaye de Saint-Pierre de Selincourt et emmené les bestiaux. Le pape Alexandre III écrivit le 4 des calendes d'avril de ladite année aux archevêques de Reims et de Rouen, qu'ils eussent à forcer les coupables à réparer les torts faits à l'abbaye, sous peine d'excommunication de leurs personnes. Il ajouta que si ce moyen n'était pas efficace, la mesure devrait être étendue à leurs domaines, où l'office divin serait interdit: le baptême seulement serait donné aux enfants et l'extrême onction aux mourants. Il est probable qu'on n'en vint pas à cette extrémité ».

 

La baie de la Somme (carte du XVIIIe s.).

 

 

Bernard V de Saint-Valéry

Bernard V de Saint-Valéry fut marié deux fois: la première avec une dame nommée Mabile, citée dans un titre par lequel il fit quelques donations de certain nombre de terres aux religieuses de Notre-Dame de Stodley, de l'ordre de Saint-Benoît, au comté d'Oyford en Angleterre; en 1165 il épousa Anora ou Alanor de Dammartin. Par un autre acte de l'an 1185, il confirme le don fait à l'abbaye de Saint-Acheul près d'Amiens, par Pierre Gerniers et ses frères, de la sixième partie de la dîme de Gorges, ce qu'il fit pour le salut des âmes de son père, de sa femme Aanor, de Renaud son fils et de tous ses prédécesseurs, où sa femme Aanor souscrit avec Bernard son fils, Gérard Vidame de. Picquigny, Robert d'Ailly, Hugues de Maisnières, Bernard Mulere, Herbert, vicomte de Saint-Ricquier, et autres. Il est incertain si Renaud fut issu du premier lit, tant y a qu'il n'était pas vivant en cette année-là, étant décédé du vivant de son père qui l'avait accordé en mariage à Adèle, fille de Jean, comte de Ponthieu, en 1178.

Il eut encore un autre fils nommé Bernard comme lui et surnommé le jeune par Roger de Houeden, qui mourut au siège d'Acre, l'an 1190. Dans un mémoire de la collection de Dom Grenier , nous lisons que Renaud de Saint-Valéry commis en 1188 par Beaudoin, roi de Jérusalem, à la garde des terres conquises par les Sarrasins. On lit encore à propos de Renaud «  Reinaldus de sancto Walerieo Ardenses infestavit  ».

Bernard V céda la seigneurie de Wulgaricot avec ses dépendances à Henry II, roi d'Angleterre, qui la donna aux religieuses de Saint-Jean-Baptiste de Godestow, ce qui fait voir que son père était décédé avant l'an 1170 qui est l'année du décès de Henry. Ce Bernard est nommé avec Aleaume de Fontaine en une charte de l'an 1184. Depuis il reconnut tenir en fief du roi Philippe-Auguste, Saint-Valéry, l'advouerie des terres de l'abbaye de Saint-Valéry, le château d'Ault, Domart et Bernadeville ( Mémoire de la collect. de dom Grenier, paquet 4, art. 4.).

Ainsi c'est ce Bernard de Saint-Valéry qui souscrivit une charte de Mathieu, comte de Bologne en cette même année, par laquelle le comte fait quelques donations à l'abbaye de Saint-Josse avec Anseau comte de Saint-Paul, Pharamond de Tingry, Guillaume de Montreuil, Beaudouin d'Engoudessens, Enguerrand de Fiennes, Elie de Dudeville, Enguerrand de Hestons, Isaac son oncle, Arnoul de Cayeu, Raoul de Lens, Guy de Ailes, Anseau de Hosdeng, Henry de Caumont, Guillaume Châtelain de Saint-Omer, Philippe Fordins, Anscher, abbé de Saint-Josse-des-Bois, Pierre, abbé de Saint-Vulmer et H. abbé de Saint-Sauve. Mais il n'est pas certain si c'est ce même Bernard ou son père qui exempta cette abbaye de péage pour tout ce qui servait au vêtement des moines, le titre n'ayant aucune date et étant souscrit de Barthélemy de Courteville, d'Arnoul de Créquy, de Bernard de Mosle et d'Eulard de Villers.

Il souscrivit la patente pour la commune que Jean, comte de Ponthieu, accorda aux habitants d'Abbeville l'an 1184. Il se trouva encore à la suite de Philippe, comte de Flandres et de Vermandois, lorsque le comte moyenna un accord entre l'abbaye de Corbie et Rorgon de Roye, au sujet du village de Enons, entre les châteaux de Cosdun et de Gournay, de la dixme de Roquencourt et autres biens dépendans de l'abbaye qui avoient été portés en mariage à Rorgon par sa femme, fille de Raoul de Cosdun avec Hugues, abbé de Saint-Quentin, Robert de Boves, Aleaume d'Amiens, Gérard Vidame de Picquigny, Bernard de Moreuil, Raoul de la Tournelle, Adam de La Rage de Montdidier, Nevelon de Villers, Raoul de Troncoy, Wermond de Roye, Hugues son fils, Simon de Celles, Robert son frère, Aubert de Framerville, Eudes, seigneur de Haun, Jean Danel, Rorgues de Fayel, Simon son père, Jacques de Guise et Fouques de Quemier.

Il suivit le parti d'Henry III, roi d'Angleterre, dans les guerres qu'il eut avec Philippe-Auguste, roi de France ; et même le roi, ayant dessein de les terminer par une paix, envoya, en l'an 1186, vers Philippe, ses ambassadeurs, savoir: Ranulfe, justicier d'Angleterre, Gillebert évêque de Roffe, Bernard, seigneur de Saint-Valéry, et Roger, aumônier du roi, qui le vinrent trouver en la ville de Noyon. L'année suivante, Philippe et Henry, ayant enfin terminé leurs différends à leur entrevue qui se fit entre Triel et Gisors, ils y résolurent le secours de la Terre-Sainte et prirent la croix comme aussi la plupart des barons qui étaient à leur suite, entre lesquels, fut Bernard, seigneur de Saint-Valéry. Nous ne lisons pas s'il accomplit le voyage, mais bien que l'un de ses enfants, nommé Bernard comme lui, s'y trouva.

À l'exemple du comte de Ponthieu Guillaume III, Bernard de Saint-Valéry et ses vassaux décidèrent, en 1191, l'abolition du cruel droit de lagan , qui consistait à piller les cargaisons des navires que la tempête jetait sur les rivages de leur domaine et de réduire les malheureux naufragés en esclavage. Philippe-Auguste et Guillaume, archevêque de Reims, confirmèrent cette abolition. L'archevêque prononça même excommunication contre tous ceux qui enfreindraient la défense : « In nomme sancte et individus Trinitatis amen. Philippus Dei gratta Francorum rex. Noverint universi presentes pariter et futuri quoniam nos amore Dei et pro remedio anime nostre et genitoris nostri et antecessorum nostrorum quittamus et remittimus in perpetuum libere le ligan mari per porticum et per totam terram nostram et Philippus comes quondam Flandrie illud quittavit et comitissa Balouie et comes Pontivi et Bernardus de sancto Walerico et Willelmus de Caeu omnes similiter quittaterunt le lagan. - — Registre aux chartes de l'hôtel-de-ville d'Amiens, fol. 107 verso, Dom Grenier, paquet 9, art, 3. A .

Vers l'an 1174, Bernard de Saint-Valéry eut un différend avec le comte de Ponthieu qui avait fortifié le château du Crotoy situé sur l'autre rive de la Somme «  controversia et guerra inter nobiles viros, scilicet Joannem, comitem Pontivi et Bernardum de S. Walerico, eo quod dictus comes firmabat quoddam castrum in portu maris quod dicitur Crotois ex advertus portus S. Walerico qui erat dicti Bernardi. Dictus etiam Bernardus firmabat quadam castra apud Domeart et Bernuez et Bernavillam et scietur… ». D'après cet exposé, il est bien certain que la querelle venait de ce que tous deux édifiaient et avaient la prétention d'avoir le droit d'édifier des forteresses, et que ce n'était pas de la part du comte de Ponthieu pour protéger la navigation sur la Somme, mais simplement pour se rendre puissant dans ses terres. Le comte de Ponthieu accusait le seigneur de Saint-Valéry, d'héberger pillards et incendiaires. La guerre allait s'en suivre lorsque, cédant à la médiation de leurs amis, les deux seigneurs conviennent de s'en rapporter au sort d'un combat judiciaire qu'on propose de livrer dans l'abbaye de Corbie. Le roi Louis le Jeune ordonna que les parties s'accordent devant son conseil. Les champions étant prêts et le jour fixé, l'abbé Hugues de Péronne propose un traité qui fut accepté ; les parties se mirent finalement d'accord en mai 1150 : Bernard, seigneur de Saint-Valery , conserva les châteaux de Domart, Berneuil «  Bernoldiacum  » et Bernaville, qu'il avait élevés et qui causaient en partie la querelle; Jean, comte de Ponthieu, garda les fortifications du Crotoy.

En 1181, Bernard de Saint-Valéry fit une donation à l'abbaye de Fontevrault, en présence de Raoul de Bavincourt et de Bernard Cacheleu. Aléonor, femme de Bernard et leurs fils Renaud et Bernard, tous concoururent à cette charte ( Cartul. de Fontevrault , t.II, p. 257).

Nous ne lisons pas l'année de la mort de Bernard; ainsi il n'est pas aisé de déterminer si ce fut de son temps que Richard 1 er du nom, roi d'Angleterre, durant les guerres qu'il eut avec Philippe-Auguste, vint à Saint-Valéry où il brûla la ville et le monastère, et en enleva la châsse de saint Valéry qu'il envoya en Normandie et se saisit de tous les vaisseaux qui étoient au port, ce qui arriva au mois d'avril l'an 1197.

 

 

Le contrôle des ports de la Somme

a ville de Saint-Valéry avait grandi en importance et en étendue; son port qui était à cette époque un des meilleurs et des plus surs de la Manche trafiquait avec toutes les contrées maritimes. On y voyait aborder les navires de toutes les parties du monde avec lesquelles on pouvait commercer. C'était là qu'arrivaient tous les vins du Poitou, tous les sels du Brouage, tous les cuivres d'Angleterre. L'Espagne y envoyait ses laines, la Hollande ses fils de lin; tous les produits du Levant lui arrivaient par les navires de la Méditerranée. Une grande partie de ces marchandises étaient transbordées sur des gribannes ou sur des charrois qui les transportaient dans plusieurs villes du Nord de la France.

Le premier seigneur de Berneuil, Bernard de Saint-Valéry, baron de Domart, non content d'occuper le château fort de Domart, fit construire d'autres château à Berneuil et à Bernaville (autrefois Bernardville ) ; cela se passait vers l'an 1175. Le comte Jean de Ponthieu faisait, de son côté, fortifier Le Crotoy, en face de Saint-Valéry, de sorte qu'il y eut jalousie entre les deux seigneurs qui entrèrent en discorde et commençaient à se faire la guerre quand le roi Louis VII le Jeune interposa son autorité pour apaiser et terminer le différend susceptible d'ensanglanter une partie de la Picardie. Bernard de Saint-Valéry et le comte de Ponthieu comparurent en la présence du roi pour justifier de leurs droits respectifs. Le monarque, ne pouvant les accorder, jugea que la querelle serait terminée par un duel ; tel était alors l'usage admis.

Comme Domart, Bernaville et Berneuil ( Bernoldiacum dans les textes anciens) relevaient de l'abbaye de Corbie qui avait été propriétaire de toute la région d'après une charte de Clotaire III, du VIIe siècle, l'abbé de Corbie, Hugues de Péronne, demanda que le duel entre les deux seigneurs eut lieu à Corbie .

Jean de Ponthieu et Bernard de Saint-Valéry, ce dernier seigneur de Domart, Berneuil et Bernaville, comparurent au jour qui leur fut assigné, accompagnés tous deux d'un grand nombre de seigneurs de leurs amis. Mais, avant qu'ils ne descendissent au champ clos où devait avoir lieu le duel, des amis communs s'interposèrent et firent tant par leurs sollicitations qu'ils réconcilièrent les deux antagonistes.

 

 

Laurette de Saint-Valéry

Laure «  Laura  » de Saint-Valéry, fille de Bernard IV, naît vers 1145. Elle fut mariée en premières noces, après 1162, à Jean 1er comte de Ponthieu «  Johannis comes Pontivii  » qui la répudia peu après 1170, ce qui lui valut une menace d'excommunication . Elle est aussi connue sous le nom de Laurette ou Lorette . Laure se remaria à Alleaume de Fontaines , seigneur de La Neuville-aux-Bois, dont on lui connaît six fils et trois filles. Laurette mourut en 1206 et fut inhumée dans l'église de Longpré. Un historien dit en parlant d'elle : «  Sicut animi virtule non erat inferior viro, sic barbato facie seipsam exhibuit virum  ». Elle avait toutes les vertus des chevaliers et la charité de son sexe. Elle avait appris la médecine pour secourir les pauvres.

Alleaume de Fontaines se distingua en Palestine lors de la troisième croisade (1189-1192), où il partit avec Philippe Auguste et Jean II comte de Ponthieu. Bernard de Saint-Valéry aurait dit à sa fille Laurette : «  Vous voyez votre mari prendre le vol du jeune aigle sortant du nid, mais serait-il resté, si vous vous fussiez obstinée à la garder dans votre gyron ?  ». Il commanda l'armée Française conjointement avec Hugues III, duc de Bourgogne et le sire de Joinville, son cousin et resta en Orient. Il avait fondé la collégiale de Longpré-lès-Corps-Saints, ainsi nommée à cause des nombreuses reliques qu'il avait envoyé de Terre Sainte par son chapelain Wibert. Aléaume mourut de la peste en Terre Sainte en 1205.

Le chevalier Aléaume de Fontaines est nommé comme témoin avec Bernard IV, seigneur de Saint-Valéry, son beau-frère, dans les lettres patentes données à Abbeville le 5 des Ides de juin 1184, par Jean II comte de Ponthieu, portant établissement de la commune en faveur des bourgeois d'Abbeville. Avant son départ pour la Terre Sainte, il avait fondé et fait bâtir la collégiale de Longpré, ladite fondation confirmée en 1191, par Thibault évêque d'Amiens. Voici ce que porte le titre : «  anno incarnati Verbi mille CLXXXX°, regnante puissimo Francorum Rege Philippo… claruit apud Longum vir bonus catholicus, miles egregius, genere nobilis fed pietate nobilior, praestanti corpore, jucundo aspectu et eleganti facie, statura procerus, in militaribus negotiis prudens et strenuus Alelmus de Fontanis, … uxor ejus admodum generosa inclini Principis filia Bernardi de sancto Walerico, loreta suit conjux laudabilis, …  ».

Le fils aîné, Hugues de Fontaines (mort en 1238) se signala à Bouvines (27 juillet 1214) soutenu par le contingent des Communes tandis que son cousin Bernard IV de Saint-Valéry perdit la vie sur le champ de bataille. Il fut marié en 1183 à Eléonor de Bailleul qui lui donna neuf enfants dont Pierre de Fontaines, confident de Saint-Louis vers 1266.

Selon Louandre ( Hist. d'Abbeville et du comté de Ponthieu , t. I, p. 139), Laurette de Saint-Valéry avait toutes les vertus des chevaliers et la charité de son sexe. Un historien dit en parlant d'elle «  Sicut animi virtute non erat inferior viro, sic barbato facie seipsam exhibuit virum  ». Elle avait appris la médecine pour secourir les pauvres.

À suivre…

 

 

Notes

(1) E. Prarond, Histoire de Saint-Valéry et ses cantons voisins , t. I (chez Grave Libr. Abbeville, 1863).

(2) M. Michaud, Histoire de la première Croisade (chez L.-G. Michaud, Paris 1825).

(3) C. Blondin, Mémoire pour l'histoire de Saint-Valéry-sur-Somme (Impr. Delattre-Lenoel, Amiens, 1882). [Publié, annoté et précédé d'une notice sur l'auteur, par Alcius Ledieu].

(4) F. Lefils, Histoire civile, politique et religieuse de Saint-Valéry et du comté du Vimeu (chez René Housse, Abbeville, 1858).

5) Ernest Prarond, Cartulaire du comté de Ponthieu , in Mémoires de la Société d'Emulation d'Abbeville, t. II (Impr. Fourdrinier, Abbeville, 1897).

 

 

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