La léproserie Saint-Lazare de Linas

Chronique du Vieux Marcoussy --Marcous--____----------sis--------Ajout octobre 2015- Octobre 2008

Carte de l'Archevêché de Paris dressée par Besson en 1706.

C. Julien

JP. Dagnot

Cette chronique retrace l'histoire d'un lieu totalement disparu et oublié de nos jours : c'est la léproserie Saint-Lazare de Linas dite aussi la Maladrie , lieu qui apparaît sur la carte de l'Archevêché de Paris dressée en 1706 sur l'ordre de son Éminence le cardinal de Noailles. Sur la carte de Malte-Brun, nous lisons : " Croix de Saint-Lazare " et " Ancienne maladrerie pour 16 paroisses des environs ".

 

Emplacement de la maladrerie d'après Malte-Brun.

 

Les anciens documents

Dès le haut Moyen Âge, des fondations charitables avaient été créées dans le monde chrétien, sous forme d'hospices pour soulager et apporter nourriture et gîtes aux malades. Outre les infirmeries des monastères, des hôpitaux ou maisons-Dieu se sont ouverts pour prendre soin des pèlerins et des infirmes (1). La règle de Saint-Benoît est formelle « … on prendra soin des malades avant tout et par-dessus tout, de telle sorte qu'on les serve vraiment comme notre Seigneur le Christ …  ».

Le premier diplôme faisant apparaître l'existence de la léproserie de Linas «  Leprosis de Lynais  » est consacré au cimetière de la maladrerie. C'est Renaud, évêque de Meaux, qui interdit que les défunts autres que les lépreux soient inhumés dans la sépulture réservée à ces derniers (2). Sachant que le prélat ne resta que trois ans à Meaux, cet acte nous confirme que la léproserie fut créée antérieurement à 1161.

Ainsi, l'origine de la maladrerie de Linas nous est inconnue. Toutefois, nous pourrions avoir des indices, sachant que, dès 756, le concile de Compiègne regarde la lèpre comme une cause suffisante de dissolution de mariage et déclare «  que la partie saine pourra se remarier  ». Le roi Louis VII fut actif dans ses libéralités octroyées aux hôpitaux. Par sa lettre de février 1147, Louis VII accorda à la ladrerie d'Etampes deux muids de froment et dix muids de vin à prendre chaque année dans les greniers et dans les celliers qu'il possédait dans cette ville. Par deux autres lettres, il accorde une foire franche durant huit jours, à la Saint-Michel «  feriam octo dierum ad festivitatem S. Michaëlis  », en s'y réservant le droit de punir les voleurs et y ajoute des terres labourables près de Boissy, un muid de blé, deux muids de vin et le bois mort dans la forêt de Montbardon. À son retour de la seconde croisade, vers 1149, Louis VII fonda dans le bourg de Montlhéry la maladrerie de Saint-Pierre, pour les pauvres malades appelée aussi Hôtel-Dieu, et à côté de cet établissement il fit construire la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel qui, plus tard agrandie, devint l'église paroissiale, sous le vocable de la Trinité.

Sous le règne de Philippe Auguste, la rédaction des droits féodaux à Montlhéry fut l'objet de plaintes de la part des chevaliers dont celle «  que les chemins pour aborder Montlehéry étoient devenus moins larges que de coutume du côté de Saint-Lazare  ». Il s'agit bien du pavé royal aux environs de la léproserie de Linas.

Résidant à Châteaufort «  apud Castrum Forte  », en novembre 1184, le roi Philippe Auguste concède aux lépreux de Linas l'usage, dans la forêt d'Iveline, du bois mort nécessaire au chauffage. «concessimus in perpetuum Leprosis de Lynais mortuum nemus in foresta nostra Aquiline quantm ipsis opus fuerit ad ardendum ». Le roi fait cette concession à perpétuité pour son salut et celui de son père Louis VII «  remedium anime nostre et anime patris nostri regis Ludocici  ». L'acte, rédigé par le chancelier Hugues, est signé par les quatre officiers royaux : le sénéchal Thibaud, le bouteiller Gui, le chambrier Mathieu et le connétable Raoul. Il faut dire que ce roi était attentif quant aux revenus des léproseries de son royaume, puisqu'en mars de la même année, il avait permis aux lépreux de Survilliers de prendre du bois mort dans son bois de Montméliant «  in nemore nostro de Monte Melianti  ». Le diplôme de Linas a été repris par un vidimus du roi Jean, en 1351, avec le droit de prendre du bois pour confectionner des clôtures.

Les lettres du roi Philippe Auguste, datées de Paris en mai 1218, accordent aux lépreux de Linas de tenir une foire le jour de la saint Luc. Un siècle plus tard, le roi Philippe V le long autorisa la tenue de cette foire pendant trois jours successifs. Cette concession fut d'une grande importance pour la vie de la léproserie puisqu'elle augmentait les revenus qui se situaient entre 10 et 12 livres tournois.

Pendant tout le Moyen Âge la jurisprudence avait admis comme règle l'axiome «  Leprosi ab homonibus excluduntur quasi mortui  », ce qui constituait un état voisin de ce que nous appelons de nos jours la mort civile . On interdisait aux lépreux «  de converser et repparer avec les personnes saines, pour doubte des inconvénients  », et, au surplus, «  en signe qu'il estoit jà mort et mis hors le monde, lui amenoit deux petits bastons à efficher en la chimentière de la chapelle  ».

 

 

Les chicanes sur le cimetière des lépreux

Nous avons esquissé qu'une chicane avait éclaté à propos des inhumations à Linas. En ces temps féodaux, chaque église paroissiale possédait son cimetière «  atrium et sepultura  », son «  enclos  » qui faisait partie de son temporel. Les prêtres gardaient jalousement leurs prérogatives : messes funéraires, redevance sur les cérémonies d'obsèques, sur les inhumations et fondation d'anniversaires faisaient partie du casuel.

Les lettres du pape Alexandre III, datées de 1164, confirmèrent la sentence rendue par Estienne, évêque de Meaux, et Odo, abbé de Saint-Denis, pour éteindre la contestation qui était entre les religieux de Longpont et les prêtres de Linois, au sujet du cimetière des lépreux. Les administrateurs de la léproserie furent condamnés à inhumer seulement les lépreux à l'exclusion de toute autre défunt, y compris les frères convers. Le jugement ajoutait qu'on devait exhumer certains corps pour les rendre aux églises dont ils dépendaient.

Il semble que la chicane ne fut pas complètement éteinte car, les moines de Longpont étant très attentifs et pointilleux reprirent, un peu plus tard, les hostilités. Le cartulaire de Longpont nous indique, en 1204, un nouveau contentieux entre les religieux de Longpont et les chanoines de Linois «  touchant la sépulture des lépreux de Linois  ». Deux ans plus tard, une autre sentence est rendue, puis en 1240, sous le règne de Saint-Louis, nous trouvons un acte similaire «  touchant le cimetière des lépreux de Lynais  ».

Une querelle identique s'était élevée, vers 1098, entre les religieux de Longpont et les chanoines de la collégiale de Montlhéry. Les moines de leur côté réclamaient le droit de sépulture dans le bourg, mais l'arbitrage du seigneur Milon 1er donna ce droit aux chanoines de la porte Baudry à la porte de Paris, y compris les remparts, à moins que le défunt soit un clerc, un chevalier ou un sergent, ou encore ceux qui habitaient au-delà des remparts, et que les religieux continueraient d'avoir les sépultures de tout le château. Vers 1100, encore une fois, il fallut que Guillaume, évêque de Paris, statue sur le cimetière noble «  nobis cimeterium  » en menaçant du châtiment divin ceux qui s'attaqueraient à son jugement « contra hoc decretum, … a Deo se dampnandum sciat  ».

Pendant l'été 1226, le roi Louis VIII légua par son testament 100 sols à chacune des léproseries qui se trouvaient dans ses États. Ainsi, il est facile d'établir que le royaume de France était couvert de maladreries au début du XIIIe siècle, puisque le dénombrement indiquait deux mille léproseries.

 

 

Les léproseries de la région

On trouvait généralement les établissements au bord des grandes voies de communication et leurs chapelles étaient souvent dédiées à Saint-Lazare ou à Marie-Madeleine. En ce qui concerne le sud parisien, c'est la route royale Paris-Orléans qui fut l'axe privilégié des maladreries du Moyen Âge. La politique hospitalière du Moyen Âge consiste en la multiplication de petits établissements construits dans les plus petits villages de façon à favoriser la proximité des soins apportés aux malheureux.

Nous venons de voir que Louis VII dota généreusement la maladrerie d'Étampes. En 1120, son père, Louis VI le Gros avait concédé aux malades et lépreux, une terre à cultiver d'une surface qui puisse suffire à une charrue dans le domaine de Boissy et un muid parisien de blé à prendre au moulin Darnatal à la fête de saint Rémy «  remedio infirmis Stampensibus videlicet Leprosis, donavimus terram arabilem quantum sufficere uni carrucae in villa Bussiaci…  ».

Plus au nord, sur le territoire de la paroisse Saint-Clément de Châtres, était située une léproserie au titre de Saint-Blaise, comme un écart à quelque distance de la ville au-delà de la Porte d'Étampes. Voilà ce qu'en dit l'abbé Lebeuf «  Le grand chemin qui passoit autrefois derrière la Chapelle , a été transporté un peu plus loin sur le devant. Il ne reste plus de cette Chapelle que le fond du sanctuaire et une petite maison auprès : les biens ont été réunis à l'Hôtel-Dieu de la Ville en vertu de Lettres-Patentes du mois de juillet 1701. Elle est toutefois comprise au Rôle des Décimes sous le titre de Maladerie Saint-Blaise-lez-Châtres. C'est sans doute de cette Chapelle qu'a été transportée dans l'Eglise de Saint-Clément une ancienne tombe sur laquelle on lit: Cy gist Monseigneur Jean Bonirace, Prêtre, Maître de la Maladerie des Ladres de Châtres sous Montlhéry, qui trespassa l'an de grâce mil… Le Cardinal de Noailles avoit permis le 17 juillet 1709 à un Hermite de s'établir en ce lieu  ».

Selon Pinard, Longjumeau «  Nogemellum  » a eu aussi sa maladrerie. Les seigneurs du lieu, ses fondateurs au XIIIe siècle, en restèrent constamment les patrons. Cet hôpital était hors des murs du bourg, sur la rive gauche de l'Yvette, au lieudit le Champtier Saint-Laurent , nom sous lequel il était connu. Une relique de cet apôtre était conservée dans la chapelle. Les biens et revenus de la maladrerie furent réunis à ceux du prieuré Saint-Éloi en 1745. Il semble que la léproserie de Longjumeau possédait des terres d'une étendue supérieure à 120 arpents ( 40 hectares ).

Au XIVe siècle, peut-être même avant, une léproserie avait été établie à Saint-Yon sous l'invocation de Madeleine. À cette époque , la léproserie accueille les malades de Boissy-sous-Saint-Yon, Saint-Sulpice-de-Favière et Saint-Yon. Au XVIIe siècle, dix-sept paroisses sont autorisées à y envoyer leurs malades. Les bâtiments actuels datent du XVIIe siècle ; les murs de moellons enduits, les bordures et les corniches en brique courant sous les toits pentus sont caractéristiques de cette époque. La chapelle se distingue encore dans l'un des quatre pavillons.

 

 

Une maladrerie ou léproserie existait à Juvisy «  Gevisiacum  » dès le XIIe siècle. Nous trouvons Robert, prieur de la léproserie de Juvisy, qui vendent, en 1182, lui et son couvent, la dîme qu'ils avaient à Morsang, à l'abbé de Saint-Magloire, du consentement de Maurice de Sully, évêque de Paris. Au XIVe siècle, elle fut visitée par Pierre de La Forest , évêque de Paris. En 1351, ce prélat reconnut que la maison était l'une des plus riches du royaume. On y recevait des lépreux pris sur dix autres paroisses dont Viry, Grigny, Morsang-sur-Orge, Villemoisson, Orly, Plessis-le-Comte, Orangy et Epinay-sur-Orge. Cet hôpital avait des biens «  apud Loserram prope Polatium  ». La léproserie devait certainement être voisine du cimetière Saint-Martin, lieu de sépulture des moines.

 

 

La léproserie de Linas du XIIIe au XVe siècle

En juillet 1230, une vente est faite par Philippe de La Tour , chanoine de Saint-Vincent de Linas, à Robert, chapelain de ladite église, pour sa chapellenie, d'une vigne «  apud Busun  », en la censive de la Léproserie.

Une autre vente de vigne faite le 4 juin 1264 mentionne également que le bien est situé dans la censive de la léproserie de Linais «  in censiva ejusdem domus Sancti Lazari  ». Au cours de cette même année, un amortissement par Philippe, prieur de Saint-Pierre de Montlhéry, en faveur du chapitre de Linas, d'une pièce de vigne située entre la ville de Saint-Merry et la léproserie de Linas, et tenue en censive dudit prieuré.

Une donation est faite en 1285 par Nicolas dit Cochet et «  Auburgis dicta La Cochète  », sa femme, après le décès du survivant, d'un demi-arpent de vigne, acquis de Jean de Chèvremont, au curé de Linas, de l'autre moitié dudit arpent au Chapitre, pour l'anniversaire des donateurs, d'un demi-arpent de vigne à Chèvremont à la léproserie de Linas, et d'un demi-arpent de terre, au lieudit «  Chanqueille  », aux enfants de feu Jean Couturier «  de fonte de Bretigniaco  ».

En 1300, une vente est réalisée au profit du chapitre de Linas, pour subvenir à la chapellenie de A. de Lagny, «  de Latiniaco  », de 7 quartiers de vigne «  in territorio de Bissone  », tenant en partie «  cruci de Bissone et vie per quam itur de Bissone apud Longum Pontem  », en la censive de la léproserie de Linas, et ayant été légués par Pierre «  de Bisson  », en son vivant chanoine de Saint-Merry et curé de Saint-Michel près Longpont. L'amortissement de cette vente est consentie le 13 avril 1300 par Pierre de Forges, maître de la maison des lépreux «  de Forgiis, magister et provisor domus leprosarie de Linais  », moyennant 10 livres et un cens annuel de 6 sous. Cet amortissement est approuvé par Simon de Bucy, évêque de Paris.

La même année, les lettres du prieur Jean et du couvent de Notre-Dame de Longpont, portent que, pour mettre fin à une discussion entre le chapitre de Linas, d'une part, et Jean «de Berziaco», prieur de Saint-Pierre de Montlhéry, d'autre, au sujet d'un arpent de vigne, «situm in ex altera parte posticti Sancti Lazari de Linays», en censive dudit prieur, il est convenu que ladite vigne sera tenue par le Chapitre aux mêmes conditions qu'auparavant, mais sans obligation de l'aliéner.

Les archives sont muettes sur les évènements survenus au cours de la guerre de Cent ans. Toutefois, nous pouvons imaginer les ravages et destructions causés par les passages successifs des armées des Anglais, Bourguignons, et Armagnacs, sans oublier l'armée royale qui ne se privait pas de piller et rançonner tous les individus rencontrés. La léproserie étant en rase campagne, il était facile d'attaquer de pauvres malheureux sans défense.

Au cours du XVe siècle quelques noms d'administrateurs apparaissent. Jean Lemaistre et Pierre Bailleur sont en charge de la léproserie en juin 1458. À la fin de l'été de l'année suivante, la léproserie est transportée à Henry de Villelande. Puis, en décembre 1464, quand ce dernier décède, c'est Gui Maréchal qui devient administrateur. Dix ans plus tard, la charge est de nouveau vacante et attribuée à Pierre Pete.

 

 

Le temporel de la léproserie

La léproserie Saint-Lazare est une communauté avec rang de seigneurie ecclésiastique dont l'administration générale est confiée à un maître «  magister, mandatus ejus  » qui exécute les décisions du collège des frères et des sœurs « fratres et sorores » ; Dans certaines maisons, on trouve un prieur à leur tête secondé par un vicaire «  vicarus ou socius  », et un dispensateur ou proviseur «  dispensator  ».

En tant que seigneurie ecclésiastique la maladrerie de Linas était sous l'autorité épiscopale par l'intermédiaire d'un vicaire de l'archidiacre. Des visites d'inspection régulière étaient donc organisées par ce dernier. C'est grâce aux procès-verbaux des visiteurs diocésains et aux déclarations d'aveu et dénombrement faites à la Chambre des Comptes que nous connaissons le temporel de la léproserie Saint-Lazare de Linas «  possessiones et immobilia, licet in veteri libro contineatur quod circiter dictam domum sessent arpenta terre …  ». Cet établissement était doté d'une manière satisfaisante avec un patrimoine foncier important qui le classe en tête des maisons les mieux pourvues.

Voici un extrait d'aveu et dénombrement, donné par frère Yvon, qui fournit l'état du foncier de la léproserie de Linas au commencement du XIVe siècle, outre les droits de marché déjà cités, il y a :
- un hostel, et dépendances avec chapelle sis à Linois, avec 7 quartiers d'aunoie, 7 arpents et un quartier de vigne et 7 arpents et demi de pré,
- 16 arpents environ de terres à Linois,
- la grange de Blanchard avec 7 arpents de terre et un quartier environ de bois,
- la grange des Plâtières vers Corvol avec 3 arpents de terre, 7 arpents de prés et 4 arpents de vignes,
- 1 arpent de pré et un arpent de terre à Lymous,
- une maison et 6 arpents un quarti
er de terre «  apud Vadum Petrosum  » Guiperreux,
- 6 arpents de terre près de Leudeville,
- une part de dîme à Lisses qui rend neuf septiers de blé et deux septiers de vin,
- des droits de censive pour 11 sols environ,
- une part de dîme de vin à Chèvremont qui vaut 4 septiers, d'avoine pour 3 livres et des droitures pour 7 livres 19 sols,
- un arpent et demi de pré à Savigny-sur-Orge «  Savignacum  »,
- un revenu de 5 muids et 7 septiers de vin,
- un revenu de 3 setiers et une mine de froment.

 

Carte indiquant les paroisses de la prise de la léproserie de Linas.

 

L'assiette foncière de la léproserie de Linas était de quelques 60 arpents, ce que les historiens considèrent comme un patrimoine "confortable" pour la gestion de « la maison-Dieu  ». Saint-Lazare de Linas était estimée comme un des établissements les plus favorisés. On considère généralement qu'à partir de la fin du XIIIe siècle, la fragilité des communautés est due au faible niveau des ressources et la qualité de la gestion. Située sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, la léproserie de Linas est l'objet d'une forte demande ; selon Guy Fourquin, en plein XIIIe siècle un hectare produisait 333 kg de grain (3,3 quintaux à l'hectare ce qui forme une mesure très basse aisément triplable dans le cadre de l'exploitation seigneuriale) serait nécessaire à l'alimentation d'une personne vivant dans une petite agglomération.

Les granges de la léproserie ainsi mentionnées dans les actes de gestion «  leprosorum in granchiis domus…  » sont des centres d'exploitation, dont le savoir-faire est adapté à la céréaliculture et la viticulture du Hurepoix. Les lépreux avaient des domestiques à leur service. À Corbeil au milieu du XIIIe siècle ; ils disposent de plusieurs «  famuli ou servientes  » qu'ils emploient aux travaux agricoles. La léproserie de Linas avait sa propre chapelle avec une prébende pour le chapelain qui assurait le service divin aux malades. Dès sa fondation, la maison Saint-Lazare était soutenue par le pouvoir épiscopal et aristocratique bénéficiant de dotations laïques et du secours spirituel de l'évêque de Paris.

La présentation de la maladrerie de Linas étant à l'évêque de Paris, celui-ci nomma, en 1344, messire Mathieu Rous. Ce dernier entra en conflit avec messire Christophe Le Drouais à qui le procureur du roi avait donné des lettres de provisions. Finalement, sous l'autorité épiscopale, le vénérable Bernard Franco, notaire royal, reçut le bénéfice de maître de la maladrerie Saint-Lazare, assisté par le chapelain Dom Simon Blondel.

Lors de la visite de 1351, le vicaire fit l'inventaire des maisons-Dieu et compta 24 couettes «  pulvinaria  » dans celle de Châtres-sous-Montlhéry ou à Longjumeau. La maladrerie de Linas contenait 9 matelas «  culcitrae  » et 10 couvertures. Ceci montre que la capacité modeste de ces communautés.

 

 

La léproserie de Linas au XVIe siècle

En 1522, le terrier de la commanderie du Déluge mentionne la veuve de Nicolas Masson pour «  ung arpent sis près la Maladerye tenant d'une part aux chapellains de la Roue et d'autre au maistre Nicolle Crozon d'un bout et d'autre au chemin qui tend de la Maladerye à Leuville  ». Le même registre cite les chappelains de la Roue pour demy arpent de terre assis près la Maladerye , tenant d'une part aux terres de la chapelle de la Roue , d'autre aux hoirs de Nicolas Masson, d'un bout ..., d'autre au chemin qui tend de la Maladerye à Leuville.

La déclaration rendue le 11 janvier 1552 précise « le lieu consistait en un petit hostel, contenant trois espaces, dans lequel logent les lépreux, la chapelle, masures et jardins, avec un petit bois, le tout servant de pastilz aux dicts lépreux … ».

Dans un acte datant de 1577, Didier Hersant, laboureur de vignes, demeurant à Linois, est qualifié gouverneur et administrateur de la maladrerie de Montlhéry et Linois, lequel constitue son procureur honorable homme Jehan Duruy, marchand de Montlhéry pour plaider, se substituer, recevoir les deniers dus à ladite maladrerie, tant en rentes qu'en droits seigneuriaux appartenant à ladite Maladrerie.

Le 9 janvier 1581, une assemblée d'habitants de Montlhéry est convoquée en l'auditoire au son de la cloche pour «  eslire deux gouverneurs  ». Dans un document de 1584, on peut lire «  supplie humblement que Didier Hersant demeurant à Lynois disant que par lettres patentes du roy nostre seigneur données à Paris le 27 juillet 1576, luy auroit donné et octroyé le gouvernement de la Maladrerie , Allain et Catherine, ses enffans aveugles et qui auroient perdu la vue, le régime gouvernement et administration de la Malladerie dudit Montlhéry, size à Lynois pour à reprendre entretien la chapelle et maison des mallades nourritures habitz vestemens et choses nécessaires  ».

En 1584, une reprise du document ci-dessus concerne les lettres de pension de 1576, données à Paris «  par sequestres et pour ses causes sa Majesté auroit donné et octroyé à Didier Hersan, vigneron demeurant à Lynois, faubourg de Montlhéry à Alain et Catherine Hersan ses enffans aveugles, la gestion gouvernement et administration de l'hospital et maladrerie dudit Montlhéry et Lynois vacant par le décès du dernier administrateur pour d'icelluy hospital et maladrerie ses appartenances et dependances droitz profits et revenus  ».

 

 

La léproserie de Linas au XVIIe siècle

Dans l'acte du 31 janvier 1607, on y voit que sa Majesté nomme par lettres de la chancellerie, Guillaume Gratien, laïc, pour administrer et gérer les biens de la maladrerie Saint-Marc de Linois. Ici, il est surprenant de voir le changement du titre, une erreur du greffier, semble-t-il.

L'ordre des chevaliers de Saint-Lazare ou Lazaristes était un ordre hospitalier créé à l'époque des Croisades pour prendre soin des lépreux. Rentrés en France en 1291, ils s'étaient installés dans les possessions données par Saint-Louis qui leur avait confié de nombreuses léproseries en 1253. En 1608, le roi Henri IV réunit les Lazaristes au nouvel ordre militaire, l'Ordre de Notre-Dame du Mont Carmel depuis sous l'autorité du grand maître en la personne du marquis Philibert de Nérestang.

Une assemblée de notables habitant Montlhéry se réunit en 1609, «  lesquels ont dit attesté et pour vérité affirmée qu'ils ont bonne congnoissance que au dedans de l'enclos de Montlhéry, ni proche d'icelluy, il n'y a jamais eu aucune maladrerie fondée et que la maladrerie fondée de Saint-Lazare se trouve entre Linois et Chastres, sur le grand chemin royal quelque peu séparé dudit Montlhéry, où il y a une chapelle bastie  ». Les notables semblent très inquiets sur l'état présent de l'établissement de Linas et le procès-verbal précise «  en laquelle malladrerie depuis quinze ans, ils n'ont vu aucun titulaire sinon Nicolas Sauvageot, prestre, doien et curé dudit Montlhéry, nommé par le Grand Aumosnier et que l'on voit encore.... En 1601, une concession icelle maladrerie estoit délaissée sans aucun administrateur hormis les fermiers  ».

L'année suivante, des déclarations censuelles mentionnent la maladrerie au terrier fait par la commanderie du Déluge et les chapelains de la Roue. En l'an 1618, une transaction a lieu entre Guillaume Gratien, administrateur de l'Hôtel-Dieu de Montlhéry et Malladerye de Linoys, demeurant à Montlhéry, d'une part, et Anthoine Cardon, laboureur de Linoys, d'autre part, «  lesquelles parties estoient en procès devant le prévost de Montlhéry, tant pour le désollement des terres de la malladerie que des dommages et interests  ». Pour terminer le procès, Cardon promet 400 bottes de foin «  lyé à trois lyannes, et demy cent de fagots de boys  ».

Deux mois plus tard, le même Guillaume Gratien, administrateur de l'Hôtel-Dieu de Montlhéry « y demeurant, advoue tenir à titre de cens annuel et perpétuel, de Monsieur Hiérosme Lemaistre, seigneur de Guillerville, cinq quartier de terre au lieudit Lescluze... ». En marge, le texte raturé est remplacé par l'Hôtel-Dieu de Montlhéry. Ledit Gratien déclare qu'il ne possède aucun titre. Il s'agit, semble-t-il, de ratures faites au moment du transport de la maladrerie.

Nous trouvons en 1620, un malade de la lèpre qui ne pouvant plus sortir, donne procuration à sa servante pour la gestion de ses biens «  fut présent en sa personne, Nicolas Groullon, malade de lèpre, demeurant à la Maladrerie de Lynois, a faict procuration à Thoinette Bertrand sa servante.. . ».

Depuis la fin du XVIe siècle, le recul de la lèpre entraîna le déclin des léproseries et maladreries au profit des Hôtels-Dieu, établissements situés en ville. La Maladrerie voit son rôle devenir caduque ; seule subsiste une chapelle.

Une supplique est adressée sous la forme d'un mémoire datant de 1633, à nos seigneurs de la Grande Réformation des Hospitaux et Maladreries de France : «  Supplie humblement Guillaume Gratian, admininstrateur de la maladrerie de Lynois, de tous remonstre que à présent, il y a quantité de bois et thuilles provenant des desmolitions et ruines des bastimens de ladite malladrerie quy durant la foire et après sera en danger d'estre pris ou rompu par les marchands et autres personnes qui y abordent, de sorte qu'une telle quantité de desmolition deviendra à rien mesme du temps de Michel Boutin ou bien sera dérobé... demande a nos seigneurs de mettre deux personnes pour y prendre garde durant la foire et de vendre au plus offrant et dernier enchérisseur par devant les curés de Montlhéry et Lynois  ».

 

« Il est traditionnel de centrer la représentation sur le banquet du riche, Lazare étant rejeté dans la composition comme dans la vie ».

 

En 1660, un administrateur déclare une usurpation sur la maladrerie. Un bail des revenus est établi où il est mentionné que le preneur devra «  faire faire le service divin en la chapelle de la Maladrerie ». Cinq ans après, Jean Divry, notaire royal, gardenotte en la châtellenie de Montlhéry, résidant à Linois pour Messire Claude Bodin, bourgeois de Paris, «  pourvu par lettres patentes du Roy en date du quatorzième jour du mois dernier de l'administration des fermes et revenus de la Maladrerie Saint-Lazare de Linois, en raison de la résignation qui a été faite entre les mains de Monseigneur le Grand Aumosnier de France, .. a pris et appréhendé la vray réelle actuelle et corporelle possession de ladite maladrerie et des fermes et profits par la libre entrée en l'église dudit st Lazare de Linois, prise d'eau bénite, faite à genoux, derrière le grand autel, baiser et toucher dudit autel, lecture dans le livre posé sur iceluy, son de la cloche et ostentation, exibition des provisions, etc.  ». Cette prise de possession de la chapelle est suivie d'un autre acte destiné au prévôt par Louis Juillet, administrateur de la Maladrerie de Linois disant «  qu'en raison de la nomination dudit Bodien faite à son préjudice, [il accepte] en le payant des frais raisonnables et fixés bien  ».

Un acte de 1668 précise «  la chapelle est située à l'extrémité du bourg sur le grand chemin dans laquelle un hermite se retire,... la chapelle n'est point entretenue  ». Donc, depuis longtemps, il semble que la maladrerie soit désertée, et que, tout tombe en ruines. Seuls les revenus des biens fonciers sont conservés dans les mains d'un administrateur. Un bail des revenus est encore passé le 15 septembre 1674.

Un an plus tard, nous trouvons, Anne Pétrimoux, veuve de Pierre Gohel, fermière ordinaire du revenu de la maladrerie de Linois, «  laquelle confesse avoir baillé à titre de loyer et prix d'argent pour la présente année seulement, à Jean Bouillet, marchand charcutier, les droits de la foire Saint-Lazare dudit Linois qui a lieu le jour de la Saint-Mathieu avec les droits de place de bled, avoine, orge, fait moyennant quarante livres  ». Une quittance d'un locataire est établie le 20 janvier 1677.

Un autre acte de gestion des biens de Linas est dressé en 1683. Il est important car nous avons la confirmation que la maladrerie est placée sous l'autorité des chevaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel «  Messire Jean de Borely, chevalier de l'ordre Notre-Dame du Mont-Carmel et commandeur de la commanderye de Montlhéry, demeurant à Paris lequel baille pour six ans à Jean Mathurin 28 arpens dépendants de la maladrerie de Linois et sept arpens et demi de prez, comme aussi tous les droits de l'assemblée et foire proche la chapelle et qui fait le principal manoir et terre de la commanderye de Montlhéry, vulgairement appelée la Maladrerye de Linois  ». Le bail est accordé moyennant la somme de 360 livres pour six ans. Le preneur est tenu de faire célébrer une messe basse tous les vendredis de chaque semaine .

 

 

Le transport de la Maladrerie de Linas

Sous le règne de Louis XIV, avec l'impulsion du ministre Louvois, la structure hospitalière fut reformée. Plusieurs édits et lettres patentes furent publiés dont celui du 27 avril 1656 créant l'Hôpital Général «  pour dispenser des soins aux pauvres, aux filles-mères mais aussi bien servir de lieu d'enfermement pour les mendiants  » (4). Par l'édit de décembre 1672, les léproseries avaient été incorporées et réunies à l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare.

Suite à des usurpations de la part des chevaliers de Saint-Lazare, les édits de mars, avril et août 1693 déclarent l'incorporation de la léproserie de Linas à l'hôpital de la ville de Montlhéry « … nous avons joint, réunis et incorporé, et par ces présentes joignons, réunissons et incorporons audit hôpital de la ville de Montlhéry les biens et revenus de ladite maladrerie de Linois pour en jouir du 1er juillet 1695 … ». Bien évidemment le caractère religieux de l'établissement demeure « … à la charge de satisfaire aux prières et services de fondations dont peuvent être tenus ledit hôpital et ladite maladrerie … ».

Finalement, par l'arrêt du conseil d'État du 31 août 1697 et lettres patentes, les biens et revenus de la maladrerie de Linas sont unis à l'hôtel-Dieu de Montlhéry, et les revenus des deux établissements sont désormais affectés à la nourriture et à l'entretien des malades démunis reçus dans l'hôpital. Les titres et papiers de la maladrerie sont en la possession de maître Jean-Baptiste Macé, ancien greffier de la Chambre Royale aux archives de Saint-Lazare et «  entre les mains des commis et préposés par le sieur Intendant de la Généralité de Paris  » (5).

Laissons l'abbé Lebeuf nous narrer la situation en 1757. «  Au sortir du bourg, du côté qui conduit à Châtres, se voient à main droite les restes d'une chapelle de Saint Lazare et d'une Maladrerie ou Léproserie. Cet établissement n'avoit gueres moins d'antiquité que la chapelle de la Roüe ; puisqu'on lit dans les mémoriaux de la Chambre des Comptes, qu'au mois de janvier 1351, les Foires de cette Léproserie furent confirmées telles qu'elles étoient,…. Le registre des visites des Léproseries du diocèse, faites la même année 1351, marque parmi les biens une ferme appellée Blanchert, une masion et six arpens d'héritages à Guéperreux : mais étoit-elle pour seize Paroisses des environs outre celle de Linais ; sçavoir Montlhéry, Longpont, Saint-Michel, Sainte-Geneviève, Lyciae, Escharcon, Ver magnum, Ver parvum, Saint-Pierre et Saint-Philibert de Bretigny, Boys, Marcoucies , Molières, Lymous, Janveries et Forges. Cette Maladrerie est encore au rôle des décimes : mais il y a quelques années, qu'en élargissant le chemin de Châtres on fut obligé d'en abattre les restes, et depuis ce temps-là les voitures passent par-dessus  » .

Une déclaration censuelle de " la charité de Linois " est faite le 20 août 1788, par Messire Charles François Lhuillier, prêtre chanoine et curé de l'église Saint-Méry, supérieur, né de la charité des pauvres établie en la paroisse de Linois, par demoiselle Marie-Louise Glasson de la Chataigneraie , supérieure et demoiselle Elisabeth Cantienne, épouse Divry, trésorière. L'acte donne plusieurs petites pièces de terre.

 

 

Le jubilé(6) ou l'ancienne maladrerie

L'abbé Lebeuf écrit: Au sortir du bourg du coté qui conduit à Chastres, se voient à main droite les reste d'une chapelle de Saint Lazare et d'une maladrerie ou léproserie... En élargissant le chemin de Châstres, on fut obligé d'abattre les restes, et depuis ce temps les voitures passent dessus.

Ce lieu a continué d'être habité au XVIIIe siècle comme le montre le plan d'intendance de Linas.

 

Extrait du plan d'intendance.

 

L'analyse des recensements montre un hameau du Jubilé:
- en 1817, Jacques Godet, maréchal avec son épouse et ses deiux enfants,
- en 1846 Jacques Perrot rentier 51 ans, Adélaïde Marchon aubergiste,
- en 1856, Auguste Petit aubergiste, Jean Martin maréchal et des rentiers,
- en 1876, François Ducarouge maréchal ferrand,
- en 1886 relevons un menuisier un maréchal ferrand, un cultivateur,
- en 1891, un marchand forain et des journaliers,
- en 1896, Almyre Pavée fruitier,
- en 1901, un fruitier, Almyre Pavé marchand de chevaux 45 ans,
- en 1926, des journaliers,
- pour terminer en 1931, Aurélie Lebrun 56 ans marchande de vins.

 

Extrait de plan napoléonien de 1823.

 

 
Notes

(1) Le premier hôpital traitant la lèpre ( ladrerie ) a été fondé dans le monde musulman, vers 700, à Damas par le calife Abd al-Malik. Pour approfondir la question, le lecteur pourra consulter : L.-A. Labourt, Recherches sur l'origine des Ladreries, Maladreries et Léposeries (Libr. De Guillaumin & Cie, Paris, 1854). Un livre plus récent en langue anglaise est également très documenté : Medieval Science, Technology, and Medecine , édité par T. Glick ; S.J. Livesey et F. Wallis (chez Routledge, 2005).

(2) Renaud a possédé le siège épiscopal de Meaux de 1158 à 1161. Son successeur, l'évêque Hugues ne resta que quelques mois, suivi par Étienne de La Chapelle qui conserva la mitre de 1162 à 1171.

(3) F.-O. Touati, Maladie et société au Moyen âge, la lèpre les lépreux et les léproseries dans la province ecclésiastique de Sens jusqu'au milieu du XIVe siècle (De Boeck, Ed., 1998).

(4) À cette époque à Paris, on évalue le nombre de pauvres à 40 000 pour une population de 300 000 personnes.

(5) Cette mesure n'est pas spécifique à Linas et Montlhéry, puisque nous la trouvons partout en France. Ainsi, à Breteuil-sur-Iton, par lettre du roi, en 1697, la Maladrerie et l'Hôtel-Dieu sont réunis en un seul établissement. C'est la fin officielle de la Maladrerie , qui a vécu 600 ans. L'Hôtel-Dieu comportait huit lits.

(6) Depuis le XIIIe s. un "jubilé" désignait une période de pardon pour répondre aux grandes épidémies comme la grande peste ou la lèpre. Ce mot est devenu par extension un lieu consacré à la rémission par la pénitence des peines temporelles. Ce lieu a été bien souvent associé à des maisons comme les Hôtels-Dieu ou les Léproseries. Suite aux édits de 1693, la léproserie Saint-Lazarre de Linas fut incorporée à l'hôpital de la ville de Montlhéry; dès lors le lieu-dit devint "Le Jubilé" comme indiqué sur les plans du XVIIIe siècle.

 

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