L'église Sainte-Marie-Madeleine de Marcoussis (8) (1793)

Chronique du Vieux Marcoussy ----------------------------- ---- _------------------------------- Octobre 2010

Croquis de l'église fin XIXe siècle

JP. Dagnot

C. Julien

 

 

Nous présentons le huitième volet de l'histoire de l'église Sainte-Marie-Madeleine de Marcoussis. Cette fois, nous consacrons cette chronique aux évènements survenus en la seule année 1793, «  l'an 5 de la Liberté  ». (1).

 

 

Mémoires des travaux exécutés à l'église

Le 16 janvier 1793, un mémoire est donné par Michel Legendre, menuisier «  pour le maire et officiers municipaux de la paroisse de Marcoussis pour des journées faites dans l'église dudit Marcoussis  » (sur papier timbré de la République Française à 6 sols la feuille). Savoir :

•  du 16 octobre une journée pour porter les planches de retable, pour 4 lt. 10s.

•  plus du 18 octobre une demi journée d'un compagnon, pour 2 lt. 5 s.

•  plus du même temps avoir fourni 14 sacq de plastre pour faire ledit ouvrage, pour 8 lt. 8 s.

•  plus du 23 octobre, une journée d'un compagnon pour avoir démoli la banquette à côté de la porte du clocher et avoir pausé des lambourdes pour le planché devant à droite, pour 4 lt. 10 s.

•  plus du 24 octobre, une journée d'un compagnon et d'un garçon pour le même ouvrage, pour 4 lt. 10 s.

•  plus du même temps avoir fourni 14 sacq de plastre pour faire ledit ouvrage, pour 8 lt. 8 s.

•  plus le 30 octobre une journée d'un compagnon et d'un garçon pour avoir fait plusieurs scellements de paterre et une banquette à cotté de la porte du clocher à droite, pour 4 lt. 10 s.

•  plus du même temps avoir fourni 5 sacq de plastre pour faire ledit ouvrage, pour 3 lt.

•  plus du 6 novembre une journée d'un compagnon et d'un garçon avoir fait plusieurs scellements de pattes et tasceaux pour soutenir les partis de lambris, pour 4 lt. 10 s.

•  plus du même temps avoir fourni 5 sacq de plastre pour faire ledit ouvrage, pour 3 lt.

•  plus du 14 novembre une journée d'un compagnon et d'un garçon avoir fait plusieurs scellements de pattes et tasceaux pour soutenir les corniches sur les partis de lambris et autres ouvrages, pour 4 lt. 10 s.

•  plus du même temps avoir fourni 6 sacq de plastre pour faire ledit ouvrage, pour 3 lt. 12 s. (12 sous le sac de plâtre).

•  plus une journée d'un compagnon et d'un garçon avoir fait plusieurs scellements pour soutenir la boiserie du côté de la chapelle et autres ouvrages, pour 4 lt. 10 s.

•  plus du même temps avoir fourni 6 sacq de plastre pour faire ledit ouvrage, pour 3 lt. 12 s.

•  plus du 7 décembre une journée d'un compagnon et d'un garçon pour avoir fait une partit de carelage à la place de l'œuvre et plusieurs partis de crépis, pour 4 lt. 10 s.

•  plus du même temps avoir fourni 15 sacq de plastre pour faire ledit ouvrage, pour 3 lt. 12 s

Total, pour 84 lt. 19 s. Je soussigné reconnois avoir reçu de la municipalité de Marcoussis la somme de 80 livres à laquelle a été réduit le présent mémoire des ouvrages ci-dessus détaillé de laquelle je quitte la commune. Fait à Marcoussis le 16 janvier 1793, l'an deuxième de la République. Signé  : Michel Legendre menuisier de Marcoussis.

Ces travaux concernent l'intérieur de l'église et les quelques bois trestannt de l'église des Célestins servent à terminer la transformation du lieu de culte en lieu de réunion.

 

 

La gestion du citoyen Maitrejean

Jean Maitrejean était devenu un homme très influant au sein de la municipalité de Marcoussis. Âgé de trente cinq ans, il exerçait le métier de bourrelier à Marcoussis. Ainsi, on peut dire qu'il était un artisan relativement aisé ayant tous les cultivateurs comme clients venant se fournir en harnachements pour leurs chevaux de trait. C'est au cours de l'été 1793 que nous trouvons Maitrejean, élu officier municipal, prenant les fonctions d'officier de l'état-civil remplaçant Sébastien Le Noble, ancien curé, homme débonnaire, s'il en est, qui au vu du climat régnant à Marcoussis, se réfugie à Versailles. Une politique anti-religieuse est mise en place (2).

Maitrejean avait été chargé de «  liquider la fabrique de Marcoussis  » dont les biens avaient été mis sous séquestre après l'abolition des droits féodaux. En effet, l'œuvre de chaque paroisse avait les titres et gérait les biens donc le droit de percevoir des revenus tels que rentes des fondations, loyers de biens immobiliers, etc.

Nous donnons quelques quittances de la gestion du citoyen Maitrejean au cours de l'année 1793 :

  • Quittance du 20 avril 1793. «  Je soussigné reconnois que le citoyen Maîtrejean m'a remis le bail des terres de l'œuvre et fabrique Sainte Marie Magdeleine de Marcoussis que j'occupe et que je promet luy remettre, à Marcoussis, le vingt avril mil sept cent quatre vingt treize  ». Signé Arnoul Aranger.
  • Quittance du 23 avril 1793. «  Je soussigné reconnois avoir reçu du citoyen Maîtrejean sequestre de l'œuvre et fabrique Sainte Marie Magdeleine de Marcoussis, la somme de sept livres pour le racommodage d'un batant de cloche, dont quittance, à Marcoussis, ce vingt trois avril mil sept cent quatre vingt treize, l'an deuxième de la République française  ». Signé Galimard.
  • Quittance du 28 avril 1793. «  Je soussigné reconnois avoir reçu du citoyen Maîtrejean comme sequestre de l'œuvre et fabrique Sainte Marie Magdeleine de Marcoussis, la somme de quatre livres pour une bierre des pauvres que j'ay fournie à l'église, dont quittance, à Marcoussis, ce vingt huit avril mil sept cent quatre vingt treize, l'an deuxième de la République française  ». Signé Pierre Dunand.
  • Quittance du citoyen Dupin du 12 décembre 1793. «  Je soussigné reconnois avoir reçu de Maîtrejean, officier municipal de Marcoussis la somme de six livres pour un devidoit pour la lampe de l'église de Marcoussis que j'ay fourni dans le courant du mois de may même année 1793, dont quittance faitte à Marcoussis le douze décembre mil sept cent quatre vingt treize, l'an deuxième de la liberté  ». Signé Dupin.
  • Quittance du citoyen Courbois du 29 juin 1793. «  Je soussigné reconnois avoir reçu du citoyen Maîtrejean, receveur de l'œuvre et fabrique Sainte Marie Magdeleine de Marcoussis la somme de dix-neuf livres pour la dépense faite pour les chantres pour les Rogations, dont quittance ce vingt neuf juin mil sept cent quatre vingt treize, l'an deuxième de la République française  ». Signé Louis Courbois.
  • Quittance du 18 frimaire an II (8 décembre 1793). «  Je soussigné reconnois avoir reçu du citoyen Jean Maîtrejean, comme séquestre de l'œuvre et fabrique Sainte Marie-Magdeleine de Marcoussis la somme de vingt cinq livres pour mes appointements de maître chantre à moy accordés par le conseil général de ladite commune en datte du six juin mil sept cent quatre vingt treize jusqu'au six décembre même année, dont quittance, fait à Marcoussis ce dix huit frimaire, l'an second de la République  ». Signé : Brizard, a prouvez le criture sy desüs.
  • Quittance pour solde du 16 décembre 1793 de Ferret, bedeau. «  Je soussigné reconnois avoir reçu du citoyen Jean Maîtrejean, comme séquestre de l'œuvre et fabrique Sainte Marie-Magdeleine de Marcoussis la somme de cent quatre livres, y compris quinze jours de plus par l'année, pour ces honoraires de bedeau à luy accordés par le conseil général de la commune de Marcoussis à raison de cent livres par an et quinze jours qui fait cent quatre livres forment la somme portée ci dessus, dont quittance pour l'année mil sept cent quatre vingt treize vieux style, à Marcoussis ce vingt six frimaire, l'an second de la République française, une et indivisible  ». Signé : Ferret, aprouvé le criture ci süe.

Un état des marchandises fourny au citoyen Metrejean pour la fabrique de Marcoussis par Hacot le jeune, épicier audit Marcoussis est envoyé le 10 nivôse an II (28 décembre 1793). Le reçu de la somme de 44 livres 19 sols, montant du mémoire est signé par l'épicière avec mention «  fame Hacot  ».

 

 

 

Réparations au clocher et à la toiture de l'église

Le 1er septembre 1793, le citoyen Coispeaux adresse sa facture pour les travaux effectués au clocher de l'église. «  Mémoire d'ouvrage de charpente fait et fourny par moy Coispeaux pour le cloché de Marcoussis année 1793 au mois de aoust et septembre  ».
Premièrement, pour avoir resserré les écroux des quatre cloches et resserré les demi croix avec des coings en bois de chêne, pour ce 5 lt.
Plus avoir fourny une livre ett demie de clous et avoir refait une torse pour soutenir les deux petites cloches, pour ce 3 lt.
Ensuite avoir fourny une demy croix et un lien et fourny des clous, pour ce 9 lt.
Tot
al 17 lt. J'ai reçu le montant du présent mémoire cy dessus. Signé Coispeaux.

Un autre mémoire concerne la réparation de la toiture de l'église faite par Michel Legendre du 1er octobre 1793. «  Mémoire pour l'officier publique pour racomodé plusieurs partit couvertur sur église cidevant diférants endroit au mois octobre vieux style au mois frimaire l'an deuxième de la République française  ». Sçavoir.
• plus, du premier octobre, une journée de trois compagnons et deux garçons pour avoir racomodé plusieurs partit couvertur sur église, sur la noue autour du cloché et sur ledit cloché et autre ouvrage, pour ce 16 lt.
• plus, du 2 octobre, une journée de trois compagnons et deux garçons, pour ce 16 lt.
• plus, du 3, une journée de trois compagnons et deux garçons, pour ce 16 lt.
• plus, du 4, une journée de trois compagnons et deux garçons pour le mesme ouvrage, pour ce 16 lt.
• plus pour avoir fourni la tuille, les clous et lattes et plastre pour faire ledit ouvrage, pour ce 102 lt.
Totalle 166 lt. Reçu au présent mémoire cy dessus la somme de cent vingt livres acompte, à Marcoussis, ce vingt six pluviôse l'an second de la République française. Michel Legendre.
Reçu le m
ontant cy dessus, à Marcoussis, ce vingt huit pluviôse l'an second de la République française une et indivisible. Michel Legendre, masson.

 

Signature du conseil général de Marcoussis (Hacot maire) le 23 germinal an III (après la terreur).

 

 

Calomnie et fanatisme révolutionnaire

Il est évident que des affrontements eurent lieu à Marcoussis entre les catholiques et les républicains. Un document de police générale (No. 886) nous informe les motifs relatés sous le titre «  Extrait du registre des délibérations du conseil général de la commune de Marcoussis séance publique du seize juin 1793, l'an II de la République française  »:

Sur ce qui a été représenté au conseil général par le citoyen procureur de la commune, que les membres de cette municipalité sont journellement calomniés par les citoyens Louis Courbois et Jean Boutry, tous deux domiciliés en cette commune, pour avoir, au terme de la loi du 2 septembre dernier portés les ustensilles en or et argent servant de calice dans l'église paroissiale de ce lieu, au district de Versailles, avoir dit publiquement dans plusieurs endroits que la municipalité a reçu quinze cents livres du district pour cette argenterie, que les municipalités voisines n'ont pas fait comme celle-ci, qu'ils ont gardé l'argenterie de leur église, et que si la municipalité de Marcoussis n'avait pas reçu de l'argent, ils n'auroient pas porté l'argenterie sans en référer à toute la commune.

De pareilles calomnies étant tentatives à l'exécution des lois, et par la récidive qu'ils font, la municipalité a à craindre une fermentation qui commence à prendre naissance. Pourquoi il requiert que le conseil général prenne des mesures de salut pour faire réparer les injures faites à la municipalité.

Ouï le citoyen procureur de la commune,
Le conseil général considérant qu'une municipalité qui a fait exécuter la loi suivant sa forme et teneur ne doit pas être calomniée ; qu'elle ne peut remplir ses fonctions si elle n'a pas la confiance de tous ses concitoyens,
Arrête que le présent sera porté sans délai par le citoyen procureur de la commune, au comité de salut public du district de Versailles, l'invitant de dire au conseil général la marche qu'il doit prendre pour réprimer les calomnies faites à ses membres, par les citoyens Courbois et Boutry ; qui sûrement ont tiré la calomnie de ce que la loi du 2 septembre n'est pas exécutée dans les environs de cette commune, et notamment par la municipalité de Palaiseau, chef-lieu du canton. Signés Boulanger maire, Manon, Buisson, Lambert officiers municipaux, Delorme, H. Boutry, J. Retourné, Brizard notables, Lhomme procureur de la commune, Arranger secrétaire greffier. Pour expédition, Arranger secrétaire greffier.

Page 114 du registre des délibérations, nous constatons que le fanatisme révolutionnaire a gagné Marcoussis. Il s'agit d'un «  Extrait du registre des délibérations des citoyens de la commune de Marcoussis séance publique et ordinaire  ». L'an deux de la République française le quatre frimaire sur la proposition du procureur de la commune:
- l'assemblée générale a arrêté que vu le grand service qu'a rendu le citoyen François Ferret, ancien bedeau, sa robe qui jusqu'à ce jour la couvert pour les cérémonies, lui est donnée comme étant un sans-culotte de notre commune, et assez indigent pour mériter cet égard.
- Deuxièmement, que toutes les aubes, surplis et généralement tous les linges de notre église seront portés à la Convention nationale pour subvenir aux besoins de nos frères de la patrie.
- Troisiè
mement, que tout métail fait en or, argent, cuivre, étain, et tout ce qui peut contribuer au bien de la République sera porté à la Convention nationale pour être employés les dits effets à meilleur employ.
- Quatrièmement, arrête en outre que pour la sépulture de nos frères et sœurs défunts, ils seront enterrés publiquement en présence d'un membre du conseil général qui les assistera pour témoignage au lieu de la sépulture couvert d'un bonnet rouge et d'après la manière ordinaire
- Cinquièmement, arrêtent que tous les livres qui servoient au culte fanatique seront brûlés ce jourd'huy avec toutes les marques et effigies des despotes.
- Sixièmement, que toutes les effigies des saints qui existent encore dans notre église seront enterrés afin qu'ils ne peuvent scandaliser aucun citoyen.
- Septièmement, il a été arrêté par le conseil général et tous les citoyens de la commune que tous les bancs qui existaient dans la ci-devant église appartiennent en général à la commune, qu'ils seront déplacés, mis d'un tas, pour d'après être replacés suivant que le conseil le décidera pour servir aux besoins des citoyens en assistant aux séances, fera que personne puisse s'en attirer comme propriétaire, et que les arrérages que doivent les propriétaires de ses mêmes bancs sont annulés, quittent de ce qu'ils doivent.
- Huitièmement, l'assemblée générale arrête que tous les ornements de l'église qui ne sont pas enrichis d'or, ny d'argent et qui ne peuvent être d'aucune utilité à la République seront partagés entre toutes les parties indigentes de notre commune, sur quoi il est procédé sur le champ à la nomination de quatre commissaires qui seront pris, deux entre les membres du conseil et deux dans l'assemblée de la commune pour d'après le tableau des indigents de notre commune qui par leur patriotisme ont mérité ses secours. Pour quoi il a été nommé par le conseil, les citoyens Jacques Retourné et Louis Jacques Petit pour notre conseil, et pour la commune, les citoyens Louis Petit et Pierre Manon citoyens bien connu par leur patriotisme.
Est arrêté que toutes les dépouilles d'or, d'argent, cuivre et étain seront portés jeudy huit du présent mois frimaire pour quoi il a été nommé pour commissaires, les citoyens Jean Boulanger, Jean Maîtrejean, Buisson, Jean Pierre Manon, Pierre Lambert, Etienne Mouton, officier municipaux, Cristophe Hebert, François Coispeaux, Pierre Peuvrier le fils, Jacques Retourné, Louis Jacques Petit, Crisostome Arranger, Honoré Boutry, Adrien Hacot, tous notables membres de notre conseil ; à l'Assemblée nationale pour en déposer suivant qu'elle le trouvera bon et suivant qu'il est porté en notre procès-verbal du trente brumaire dernier et avons arrêté le présent à Marcoussis ce quatre frimaire heure de midy et avons signés, est signé au registre Boulanger, maire, Maîtrejean, Buisson, Manon, Lambert, officier municipaux, Lhomme procureur de la commune, Hebert, Arranger, Pierre Peuvrier, L.H. Boutry, Delorme, Retourné, Petit, Petit, Coispeaux, notables, Allieu, Arranger, Richer, Pierre Cornu, Louis Petit, Retourné, Clément Arranger, Jacques Manon, Courbois, François Dauphin, Dupin, Joly, Poutonne, Roux, tous citoyen de cette commune et Boudier, secrétaire greffier.

Une correspondance de l'agent national de la commune de Marcoussy est adressée aux citoyens administrateurs du district de Versailles, le 30 pluviôse de l'an deux républicain (18 février 1794). En voici le contenu :
« 
Citoyens, il reste encore des signes de féodalité et du fanatisme sur les tours du ci devant château et sur la flèche des ci devant Célestins. Les frais qui vont exiger l'échafaudage pour monter à cette flèche deviendront considérables, en conséquence je vous demande que la municipalité soit autorisée à vendre cette flèche au plus offrant à la charge de la démolition, quant à ce qui se trouve sur les tours du château nous ferons tout descendre avec toute l'économie possible  ». Signé : Lhomme agent national.

À la même époque tous les actes notariés, terriers, baux et rentes sont remis au notaire de Montlhéry. Ce sont des pièces qui concernent les Célestins et la seigneurie de Marcoussis qui ont été retirées des minutes notariales de Marcoussis.

Le 2 germinal an II (22 mars 1794), le citoyen Boulanger, président de la Société Populaire de la commune de Marcoussis écrit aux représentants du peuple à la Convention nationale. Après avoir entendu le discours du 15 pluviôse, les citoyens de Marcoussis reconnaissent «  que sans société populaire, point de gouvernement populaire, que sans gouvernement populaire des fersqu'il étoit utile que les sociétés populaires réchauffassent dans leurs âmes timides et engourdies, leur amour pour la Patrie  ». Elle a pour devise apparente dans le lieu des ses séances « … Guerre perpétuelle aux émigrés, guerre perpétuelle aux prêtres sans exception…  » (3).

 

 

Le mémoire du citoyen Le Noble

Au début de la terreur notre curé s'est réfugié à Versailles. Un mémoire du citoyen Sébastien Le Noble agissant comme «  ci-devant curé de Marcoussis  » domicilié à Versailles, rue du commerce n°18, est adressé au district de Versailles. «  Ledit citoyen réclame la somme de trois cents soixante quatre livres un sol qui lui est due par la ci-devant fabrique de Marcoussis  ».

Preuve de la dite dette. Sous la gestion du marguillier Blaise Petit, laquelle a fini à la Saint-Martin d'hiver 1792 (vieux style) la dite fabrique a dû audit citoyen Le Noble :
• premièrement, pour acquit des fondations la somme de 289 lt. 10 s.,
• plus pour fourniture du poids de 39 livres de cire à 1 lt 10 s. la livre, la somme de 58 lt 10 s.,
• plus pour avance de l'aumône fondée par Magdeleine Cuperty déboursée à l'acquit du marguillier, la somme de 15 lt.,
• plus pour fourniture du vin des messes, la somme de 30 lt.,
• plus pour une livre d'encens, la somme de 3 lt.,
• plus pour le bref du lutrin, 8 sols.
Total 396 lt. 8 s.

Ledit citoyen Le Noble a reçu acompte de la dite somme :
 premièrement, des mains dudit citoyen Blaise Petit, en quatre payements la somme de 257 lt.,
• plus de la rente de l'école pour 1791 sur laquelle il a été retenu 12 lt., la somme 88 lt.,
• plus pour les droits de la fabrique sur les ornements des convois la somme de 14 lt. ( s.,
• plus du produit des quêtes, la somme de 6 lt.,
• plus par la retenu du loyer d'un banc dans l'église, la somme de 2 lt.
Total 367 lt. 5 sols. Reste en arrérage : 29 lt. 3 sols.

Pour l'année du citoyen Maitrejean, percepteur et sequestre des dîmes de la fabrique de Marcoussis et dont la gestion a commencé à la Saint-Martin d'hiver 1792 (vieux style) la dite fabrique doit audit citoyen Le Noble :
• premièrement, pour acquit des fondations, la somme de 289 lt. 10 s.,
• plus pour avance de l'aumône fondée par Magdeleine Cuperty déboursée à l'acquit de la fabrique, la somme de 15 lt.,
• plus pour fourniture du vin des messes, la somme de 30 lt.,
• plus pour le bref du lutrin, 8 sols.
• Plus les arrérages de l'autre part, 29 lt. 3 s.
Rest
e à payer la somme de 361 lt. 1 s.

En réclamant le payement des fondations acquittées sous la gestion du citoyen Maitrejean, le citoyen Le Noble suppose qu'aucune loi n'y met empêchement outre qu'il n'en connoit aucune de ce genre, il sçait qu'un arrêté pris par le directoire du district de Corbeil et enregistré par celui du département de Seine-et-Oise, déclare formellement que le payement des fondations est dû à celui qui les a acquittées à la décharge de la fabrique qui étoit grevée de cette obligation, et qui est en payant l'honoraire ne fait que donner une partie des revenus des fonds qu'elle n'a reçu que cette fin.

Au reste, s'il existe quelque décret qui soit contraire à la réclamation du citoyen Le Noble, il proteste qu'il n'entend pas y contrevenir, ni demander aucun salaire qui ne lui soit dû selon les règles de la plus étoite justice. Je soussigné, certifie la vérité de ce qui est contenu au présent mémoire à Versailles le 28 ventôse de l'an second de la république française une et indivisible (18 mars 1794). Signé Le Noble.

 

 

Vente des meubles et effets de l'église

Nous savons que le décret du 14 mai 1790 fixait les modalités de vente des biens nationaux. Les ventes aux particuliers ont lieu par des enchères tenues dans les chefs-lieux de districts. Le prix de vente est payable en 12 ans. Le morcellement des biens est préconisé. Plus tard, un décret autorisait la vente des biens mobiliers des églises, il s'agit de faire disparaître toutes les traces du despotisme et de la tyrannie. La loi du 8 nivôse an II (28 décembre 1793) mettait à disposition de la Nation les biens mobiliers et immobiliers confisqués aux individus considérés comme ennemis de la Révolution.

L'an deux de la République française une et indivisible, le décady trente germinal, trois heures de relevée, nous membres composant le conseil général de la commune de Marcoussis en vertu de la lettre de l'agent national du district de Versailles en date du 17 germinal présent mois et suivant l'affiche judicatile qui annonce que l'on procédera les jour et heure susdite à la vente des objets composant le mobilier du vicariat de notre commune, il a été annoncé qu'on allait procéder à la vente desdits effets en la manière accoutumée.
1°) un mauvais lit de plume rempli de plume, estimé à 30 livres après plusieurs enchères, crié et adjugé pour la somme de 42 livres au citoyen Maitrejean demeurant cette commune pour la ditte somme de 42 lt.
2°) un traversin rempli de plume, estimé 5 livres, enchère par Lhomme, à 6 lt, par le citoyen Vavasseur à 7 lt, par le citoyen Maitrejean à 7 lt 10 s., et par Antoine Charpentier à 7 lt 18 s. et par Maitrejean à 7 lt. 19 s. à lui adjugé comme plus offrant et dernier enchérisseur.
3°) un matelas rempli de laine, estimé 30 lt., par Fauve à 36 livres, par la citoyenne Lhomme à 42 livres 19 sols.
4°) un sommier de crin, estimé par Fauve à 6 livres et poursuivi par le citoyen Maitrejean, bourelier, à la somme de 16 lt.
5°) une paillasse, mise à prix à 50 sols par le citoyen Fauve et poursuivy par le citoyen Maitrejean à 6 lt. un sol et par le citoyen Fauve à 6 lt. 2 s.
6°) une couchette à ban, mise à prix par le citoyen Fauve à la somme de 10 lt., poursuivi par le citoyen Denis Duval demeurant notre commune, à la somme de 20 lt.
7°) huit morceaux de serge, estimés par le citoyen Boulanger à la somme de 12 lt., poursuivi par le citoyen Jean Maitrejean à la somme de 27 lt. 1 s.
8°) une commode garny de ses tiroirs fermant à clefs, estimée par Cristophe Hébert à la somme de 36 lt., poursuivi par le citoyen Jacques Payen demeurant notre commune à la somme de 45 lt. 6 s.
9°) un bas d'armoire garny d'un tiroir dessous rayé, estimé par le citoyen Cristophe Hébert, charron en notre commune, à 7 lt., poursuivi par le citoyen Charles Payen fils à 26 lt. 10 s., à lui adjugé comme plus offrant et dernier enchérisseur pour la susditte somme.
10°) un autre bas d'armoire très mauvais, estimé par le citoyen Boulanger, à la somme de 6 lt., poursuivi par la citoyenne femme de Jean Nicolas Devillier, à la somme de 6 lt. 1 s.
11°) une table très mauvaise, estimée et mise à prix par le citoyen Jacques Boit, 3 lt. 10 lt., poursuivi par le citoyen Léonard Auchimbeau, à 3 lt. 11 s. 12°) une autre table garny d'un petit tiroir, estimée par le citoyen Lhomme, à 6 lt., poursuivi par le citoyen Jacques Boit, à 9 lt. 19 s.
13°) trois chaises de paille et une de tapisserie, estimées par Lhomme, à 2 lt., poursuivi par le citoyen Michel Legendre dit Michaut, à 4 lt. 1 s
14°) un petit meuble, estimé par Jean-Louis Petit, à 40 s., poursuivi par le citoyen Jean François Legourd demeurant en cette commune, à la somme de 40 lt. 5 s.
15°) deux chenets, une pelle et une pincette, estimés par le citoyen Machelard, à 8 lt., poursuivi par le citoyen Michel Legendre, à 9 lt.
16°) deux mauvais soufflets, estimés à 40 s. par François Charpentier, poursuivi par le citoyen Lubin Lemaire, à la somme de 52 s.
17°) un mauvais lot de poteries, estimé par Lhomme, à 4 lt., poursuivi par le citoyen Jean François Legourd, à 6 lt. 19 s.
18°) un lot de bouteilles de verre de plusieurs calibres, estimé par Boulanger, à 2 lt., poursuivi par le citoyen Jean Mouton, à la somme de 2 lt. 3 s.
19°) un petit lot de fayance, estimé par le citoyen Lhomme, à 9 lt., poursuivi par le citoyen Charles Payen fils, à la somme de 16 lt.
20°) un chaudron de cuivre, estimé par le citoyen Hébert, maçon audit lieu, à la somme de 10 lt., poursuivi par le citoyen Jacques Manon, vigneron demeurant à Marcoussis, à la somme de 15 lt. 2 s.
21°) un poilon de cuivre jaune, estimé par le citoyen Jacques Payen, à 7 lt., poursuivi par le citoyen François Cornu, à la somme de 19 lt. 7 s.
22°) un chandelier de cuivre, des fourchettes de fer et trois cuilleres d'étain, estimés à 5 lt. par le citoyen Murphy, poursuivi par le citoyen Cornu, à 7 lt. 7 s.
23°) une poêle, un poêlon et un grès, estimés par le citoyen Chimbeau, à 8 lt., poursuivi par le citoyen François Charpentier fils, à la somme de 10 lt. et à lui adjugé pour ladite somme.
24°) une casserole de cuivre, une de fer blanc et une passoire, estimées par le citoyen Chimbeau, à 6 lt., poursuivi par le citoyen Charles Cornu dit Danton, à la somme de 10 lt. 3 s. et à lui adjugé pour ladite somme.
25°) une marmite de fonte garny de son couvercle, estimée par le citoyen Auchimbeau à 3 lt., poursuivi par le citoyen François Pierre Manon, à la somme de 4 lt. 10 s.
26°) un fourneau de fonte et un trépied, estimés par le citoyen François Pierre Manon, à 4 lt., poursuivi par le citoyen Lhomme, à 5 lt.
27°) une cuisinière de fer blanc, estimée par le citoyen Maitrejean, à 4 lt., poursuivi par le citoyen Cristophe Hébert, à 5 lt.
28°) trois cruches de terre, un sceau ferré à eau, estimés par le citoyen Lhomme, à 3 lt., poursuivi par le citoyen Noël Durub, à la somme de 5 lt. 11 s. et à lui adjugé pour ladite somme.
29°) un tas de poterie de terre, estimé par le citoyen Maitrejean, à 3 lt., poursuivi par le citoyen François Pierre Manon pour la somme de 3 lt. 14 s.
30°) une lanterne de fer blanc, estimée par Charles Joly, à 3 lt., poursuivi par le citoyen Lubin Lemaire, à 4 lt. 1 s.
31°) deux tringles de fer, estimées 5 s. par le citoyen Louis Lambert, poursuivi par le citoyen Pierre Gille le jeune vigneron demeurant en cette commune, à la somme de 6 lt. 16 s.
32°) un dressoir, une bibliothèque, un porte-manteau et une terrine, estimés par le citoyen Maitrejean, à la somme de 10 lt., par le citoyen Charles Payen fils à la somme de 13 lt. 10 s.
33° et dernier, une table de bois de poirrier et son chat ployant, estimée par Perdrigeon, à 4 lt., poursuivi par le citoyen Charles Cornu, vigneron demeurant en cette commune, à la somme de 6 lt. 1 s.
Total 399 livres 5 sols. Signé : Boulanger maire, Maitrejean officier, Delorme officier et Boudier secrétaire-greffier.

De cette vente, il apparaît que les radicaux sont les premiers acheteurs mais également certains modérés font leurs emplettes.

À suivre….

 

 

Notes

(1) Pendant la révolution on parlait de «  l'an X de la Liberté  » en commençant par l'année 1789 et «  l'an X de la République  » en commençant au 21 septembre 1792, jour de la proclamation de la Première République.

(2) Dans plusieurs provinces, comme en Bretagne la majorité des prêtres avaient refusé de prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé et devinrent des réfractaires. La résistance s'organisa parmi les fervents catholiques. Pendant cette période troublée, les prêtres disaient la messe dans les seuls endroits libres : la mer et la forêt (un tableau de Louis Duveau intitulé «  Une messe en mer, 1793  » est conservé au musée des Beaux-Arts de Rennes).

 

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