Le marché de Montlhéry (2) (1680-1795)

Chronique du Vieux Marcoussy --Marcoussis--------------- _----------------------- ----- ----- Janvier 2009

JP. Dagnot

C. Julien

 

 

Cette chronique termine l'histoire du marché de Montlhéry qui, au XVIIIe siècle, fut le théâtre d'évènements ; ceux-ci ne furent pas sans conséquence pour la fin de l'Ancien régime. On y a même vu des émeutes en avril 1789 qui annoncèrent la Révolution française.

 

 

La place du marché de Montlhéry

Dans la chronique précédente nous avons vu que le marché aux grains s'était déplacé depuis la place de la Souche à la place du marché où une halle avait été construite. De ce fait des greniers à grains avaient été organisés dans des maisons qui appartenaient à des congrégations religieuses. Le prieuré de Longpont en possédait plusieurs, comme l'abbaye des Vaux de Cernay qui avait également une taverne. En décembre 1618, Barbe Beart, femme séparée de corps et biens de Guillaume Desveu, procureur de Montlhéry passe «  reconnaissance de 25 sols tournois de rente annuelle et perpétuelle payable le jour Saint Mathias, à prendre sur une maison et lieu, contenant deux espaces ou environ, cave, cour et jardin, assis à Montlhéry sur la place du marché. Au profit de la cure de Saint Barthélemy de Longpont, à la charge d'un obit  ».

Dans le relevé des rentes et cens dus à l'abbaye de Porrois à la fin du XIIIe siècle, on trouve la redevance féodale due par un habitant de Montlhéry, Arnoul surnommé le Bourreau «  Item apud Montemlethericum C sols par annui redditus duobus therminis persolvendos scilicet ad Natale Domini L sols, ad festum sancti Johannis Baptiste quiquaginta quamdiu Arnulphus dictus Carnifex et Flora uxor ejus vixerint  ». Dans la charte CCLIV de mai 1249, nous apprenons que ce même Arnoul de Montlhéry avait donné 3 arpents de vigne à Boissy-sous-Saint-Yon «  in censiva domini de Merevilla  » et une maison à Montlhéry. Cette maison est située sur la place du marché dans la censive royale «  apud Montem Lethericum, in mercato, in censiva domini regis ad sex denarios censuales  ». Quelque temps plus tard, en tant que seigneur éminent, le roi Louis IX approuva la donation d'Arnoul (charte CCCXXVIII).

 

 

La crise frumentaire du XVIIe siècle

Les récoltes des dernières décennies du XVIIe siècle sont catastrophiques. Dans les campagnes, des pseudo-pains de glands, de racines de fougères, de farine de lentilles sont consommés. Selon certains chroniqueurs, des hommes en sont réduits à brouter de l'herbe. Des hordes de pauvres affamés affluent vers les villes d'où ils sont repoussés violemment. À Paris, le roi fait importer des grains d'Italie et de Pologne pour éviter les émeutes. Il fait même construire des fours dans la cour du Louvre et fait procéder à des distributions de pain aux parisiens.

En mai 1691, après les gelées du printemps, le délégué de l'intendant écrit «  j'ay trouvé plus de misère icy que je croyois. Outre toutes les nouveautés qui ont esté établies, que vous savez mieux que moy, et la gelée de la plus grande partie des vignes, les blés le sont aussy dans beaucoup d'endroits ; et ce qui m'a extrêmement scandalisé, c'est que dans tous les villages de la route que j'ay faite, je n'ay pas vu un seul habitant qui ne m'ayt demandé l'aumosne  ». Suite aux gelées des vignes de l'Orléanais, la taille a été reportée sur la Beauce et le prix du blé augmenta considérablement sur le marché de Montlhéry.

En 1689, le pain de 24 onces , entre bis et blanc, valait 18 derniers, le blé qui ne coûtait l'année précédente que 6 livres le sac de 200 livres , était payé de 9 à 10 livres 10 sous.

En 1698, alors que la récolte a été abondante en Gascogne, il y eut disette de blé au nord comme en 1694. L'avoine et le gros millet remplacent le blé pour faire le pain. Le blé augmente sur tous les marchés «  ce qui valoit, il y a six mois, 9 ou 10 sols le boisseau, en vaut 20, ce qui alarme beaucoup le menu peuple et les troupes qui sont en quartier  ». Le subdélégué de Montlhéry craint les troubles sur le marché du lundi, de toute part on crie à l'accaparement des grains par les spéculateurs et les gros fermiers. Dans une lettre de l'intendant, on peut lire «  il commence d'y avoir une furieuse quantité de pauvres, si vous aviez la bonté de vouloir bien ordonner aux fermiers de les traiter avec la mesme humanité que par le passé  ».

 

Evolution du prix du froment (en sols par boisseau -12,7 litres).

 

L'interdiction pour les boulangers de Paris

Les marchés ont toujours été sévèrement réglementés par les prévôts royaux. En 1478, le roi accorde aux habitants d'Etampes ce qu'ils demandent, et un arrêt du Parlement «interdit aux habitants de Notre-Dame et de Saint-Basile d'acheter ou de vendre du blé, du bétail, en dehors du jeudi place Saint-Gilles» . En 1575, une disette survenue, le chancelier de L'Hôpital fit faire un règlement sur le commerce des grains.

Dès le XVIIe siècle, deux thèses s'affrontaient quant au commerce et à la circulation des céréales et farines. Les uns défendaient la libre circulation et c'est Turgot qui mit cette mesure en pratique alors que les autres voulant s'opposer aux «  spéculateurs et accapareurs  » prônaient un sévère contrôle et la restriction des échanges. En fait, tout commença en cette fin de XVIe siècle, à une époque de grande pénurie causée par les mauvaises récoltes «  du petit âge glaciaire  » amplifiée par la guerre civile.

«  L'on a de tout tems invectivé contre ceux qui font des amas de bleds ; nos Règlements même leur imputent la chereté des grains, plutôt qu'à l'intempérie des saisons  », voilà ce qui est écrit dans le préambule des Ordonnances générales sur la police des grains. La première fut publiée le 4 février 1567 sous Charles IX, l'autre sous le règne d'Henri III, du 27 novembre 1577, et la déclaration de Louis XIV du 31 août 1699. Ecoutons cette dernière « " Les soins que nous avons pris pour faire fournir les bleds à nos peuples dans quelques Provinces où il en manquoient, nous ont fait connoître que ce qui avoit le plus contribué à augmenter leurs besoins, n'avoit pas tant été la disette des récoltes, que l'avidité de certains particuliers, qui bien qu'ils ne fussent pas Marchands de Bled par leur profession, se sont néanmoins ingérés à en faire le commerce, &c. " (1). Tous ces règlements limitaient la circulation des grains et farines pour réguler le marché.

Dès juillet 1643, les lettres patentes du Roy données en faveur de Mr le duc d'Orléans, seigneur engagiste de Montlhéry, confirment les foires et marché dans le comté de Limours avec permission aux boulangers de Paris «  d'y aller acheter des bleds  ». Une sentence du Châtelet de Paris en date du 30 mars 1677 «  laquelle requeste d'intervention ou demande que les boulangers de Päris ayan la liberté d'aller acheter des bleds dans les marchés de Lagny-Dammartin, Montlhéry, Chevreuse, Enghein et autres au-dessous de huit lieues de Paris  ».

Le 30 novembre 1686, l'arrêt du Grand Conseil porte règlement pour « l 'achat des bleds qui fait deffense aux boulangers de Paris d'acheter des bleds ailleurs qu'aux portes et halle de ladite ville et casse et annule l'arrest du Parlement du 8 may 1680  ». Une requête des boulangers est de nouveau adressée le 7 septembre 1693 «  pour être rétablis dans leur ancienne liberté de pouvoir aller acheter des bleds  ». En 1692, Mr de Creil, l'intendant d'Orléans se plaint de la cherté du blé ; le pain bis vaut près de 20 deniers la livre.

Le 13 juillet 1693, Mr de La Reynie, lieutenant général de police de Paris écrit au Contrôleur Général pour justifier l'interdiction aux boulangers d'acheter sur le marché de Montlhéry «  C'est de cette application à l'exécution des ordonnances et des règlemens dont on se plaint cependant par la resquste, et de ce que, par ce moyen, les boulangers de Paris ont cessé depuis les festes de Pasques, de venir acheter des blés au marché de Montlhéry, ce qui fait, à ce qu'on prétend, un tel préjudice aux fermiers, laboureurs, meuniers, hosteliers, mercenaires et habitans de la ville et comté de Montlhéry, qu'ils sont dans une impuissance visible de payer leurs maistres et leurs autres dettes, ni mesme les sommes auxquelles ils ont esté taxés aux roles des tailles et de la capitation, qu'ils ne seront point en estat de payer, si on ne leur donne le moyen de gangner de quoy subvenir à tous leurs besoins par le rétablissement du marché de Montlhéry …  ». Le lieutenant justifie sa décision et refuse d'être à l'origine de troubles économiques et sociaux «  Les laboureurs, les fermiers, les meuniers et les propriétaires des terres du comté de Montlhéry ont intérest sans doute d'obtenir ce qu'ils demandent, parce que l'augmentation du prix des grains augmentera à proportion le revenu de leurs fermes et de leurs moulins ; les laboureurs feront un plus grand profit à vendre leurs blés chez eux 20 à 25 et 30 lt le setier, nonobstant l'abondance, qu'à le vendre comme ils font à cause de cette mesme abondance, en observant les règles, 10 et 12 lt seulement, …, les boulangers y trouveront encore mieux leur compte ; mais ce n'est pas à cet intérest particulier qu'on doit uniquement penser…  ». Le graphique montre bien que le prix du froment était passé à plus de 50 lt en 1693. Le rapport au Contrôleur général mentionne «  une seule année abondante que Dieu a donnée à la France, avec l'exécution des ordonnances y a réduit le prix du blé de 54 lt à 12 lt le setier  ».

 

Prix du pain sur le marché de Montlhéry 1786-1790.

 

Dans son rapport du 20 novembre 1698, Mr d'Agenson écrit encore «  les magasins d'entrepôt établis auprès des principaux marchés, comme Gonesse ou Montlhéry, donnent aux blatiers toute facilité pour mettre leurs blés en réserve, quand le cours ne les satisfait pas  ». Le bon froment atteint 28 lt le setier. Le 23 décembre 1736, un mémoire est écrit par les habitants de Montlhéry « à l'effet d'obtenir la liberté du commerce des grains dans leur marché pour les boulangers de Paris ».

 

 

Les manifestations paysannes

Au printemps 1775, la vague d'émeutes, plus connue sous la dénomination " guerre des farines ", survient en région parisienne. Elle fait suite à la hausse des prix des grains du fait des mauvaises récoltes. Les accapareurs et monopolisateurs sont désignés par la rumeur. Le prévôt de la maréchaussée et des chasses du Roy, Mr de Prioreau reçoit plusieurs lettres lui donnant l'ordre et tenir les marchés de Chevreuse et de Montlhéry «  pour que le calme y règne  ». La lettre du 2 août 1775 demande que les brigades «  empêchent tout attroupement qui annoncerait quelques séditions de la part du peuple  ». Sous la menace d'être pillés les propriétaires des entrepôts et les gros fermiers vendent leurs stocks sur le marché de Montlhéry «  à juste prix  ».

Des manifestations recommencent en 1782 et le prévôt reçoit l'ordre du ministre de la guerre «l'intention du Roy étoit, Monsieur, que la brigade de Maréchaussée de votre Compagnie à Sontenay soit transferée à Montlhéry, …, après que Monsieur l'Intendant de la Généralité de Paris, à qui j'écris, auroit fait préparer le casernement que doit occuper cette brigade  » (2). Finalement, faute de place à Montlhéry, deux brigades de gendarmerie seront installées, l'une à Linas, l'autre à Sainte-Geneviève-des-Bois.

La hausse des prix des denrées de première nécessité se fait de nouveau sentir en cette année 1788. Les conditions climatiques sont défavorables, l'été et l'hiver 1788 sont désastreux pour les récoltes. C'est la disette. Mais c'est au printemps 1789 que " la colère sociale gronde ". La pénurie des céréales, la vie chère, le problème des subsistances et les esprits échauffés par la convocation des Etats Généraux produisent leur effet sur le marché de Montlhéry (3). La miche de pain commun de 9 livres coûte 19 sols 6 deniers sur le marché de Montlhéry du 30 juin 1788 pour atteindre 34 sols le 15 avril 1789, soit une inflation de 74%.

 

 

L'émeute de 1789

Dès mars 1789, le marché de Montlhéry n'est plus régulièrement approvisionné en grains. Le marché du 6 avril devient tumultueux «  il paraît que ce jour là il y avait une émeute méditée  » malgré la présence de 100 setiers de blé remis par la direction générale au prix de 38 livres (4). Celui des fermiers et des marchands vaut 40 livres. L'intendance de Paris envoie encore 200 setiers de blé sur le marché du 14 avril et «  pris des dispositions pour poster plusieurs brigades  ».

 

 

La situation sur le marché du 14 avril 1789 devient insurrectionnelle . Vers 10 heures du matin, un grand nombre de paysans arrivent à Montlhéry. La place du marché est " noire de monde ". Le subdélégué, Mr Lorgery, écrit « il y avait plus de 8.000 paysans sur la place, beaucoup étaient venus avec de mauvaises intentions ». Les autorités ont dépêché sept brigades de maréchaussée. Le carreau de la halle n'offrant que 24 muids de blé, les prix s'envolent. D'abord offert à 36 livres le setier, les grains de première qualité se vendent à plus de 40 livres. Dans un premier temps, les acheteurs discutent les prix, puis «  le peuple s'est échauffé et a voulu ne le payer qu'un louis  » (5).

Le procès-verbal du subdélégué de Montlhéry à l'intendant Berthier dépeint la situation «  La Révolution du peuple est étonnante, le mouvement sérieux et exige la plus grande réflexion. J'ai été sur le marché sans le quitter depuis 10 heures du matin jusqu'à 6 heures 30 du soir. Je suis effrayé de tout ce que j'ai vu et entendu  ». Le lendemain les mêmes évènements ont lieu sur le marché de Chevreuse, où les fermiers furent obligés de baisser leur prix. L'intendant de la Généralité tente des mesures d'apaisement par l'approvisionnement des marchés. Dans sa lettre du 22 avril, il ordonne «  Vous voudrez bien vous transporter sur le champ, chez tous ceux de votre arrondissement, à l'effet de visiter les granges, greniers, ou resserres, constater aussi précisément que possible la quantité de bled qui y est renfermé, …, vous les sommerez de ma part de fournir le marché auxquelles ils ont continué de porter et vous prendrez leur soumission de le faire. Vous veillerez, je vous prie, avec le plus grand soin à ce que ils se présentent exactement sur le carreau avec une quantité convenable de grain,… , je vous recommande le plus grand zèle dans l'exécution de ces mesures dont vous sentez toute l'importance » (6).

Le 27 avril, l'intendant général des armées envoie 100 hommes du régiment Colonel général Dragons pour renforcer les brigades de maréchaussée sur le marché de Montlhéry et «  fera amener sur les différents marchés 100 septiers de bleds  ». Dans sa lettre à Necker, l'intendant Berthier précise « … malheureusement mes idées noires se sont réalisées. Déjà on n'apporte plus au marché de Choisy ; j'y envoie de Paris des grains, le marché de Montlhéry ne conserve sa tranquilité qu'au moyen de 100 cavaliers qui contiennent le peuple, et d'une grande quantité de grains que j'y envoie chaque semaine  ».

Evolution du prix du boisseau de froment pendant la Révolution (1789-1794).

 

La récolte de 1789 fut bonne. Mais, la Révolution française était commencée, plus rien ne pouvait l'arrêter. L'on retrouve dans les cahiers, souvent les mêmes doléances, notamment « qu'il n'y ait aucune entrave dans les marchés, les foires ... tous droits qui portent obstacle à la liberté publique et au commerce principalement des grains et des bestiaux sont dans le cas d'être supprimés et anéantis à jamais ».

De nouveaux évènements surviennent sur le marché de Montlhéry le 22 mars 1790. Une fois encore, le problème des prix du froment et du seigle. Les heurs furent violents entre les manifestants et la maréchaussée qui dut encore une fois battue et fut expulsée de son cantonnement de Linas. Le nommé Hetvin fut arrêté plus tard comme meneur «  dans les troubles arrivés au marché de Montlhéry  ».

Les magasins de graines situés autour du marché de Montlhéry sont tenus par le sieur Jean Thibault, la demoiselle Brenet, le sieur Petit qui loue une chambre à Thomas Lamy, le sieur Cadier. Le sieur Sallin, marchand de grains à Ris possède un entrepôt sur la place du marché de Montlhéry. Un autre entrepôt appartenant à Denis Blavet est loué par Charles Gillet, cultivateur de la ferme du Vivier à Orsay.

 

 

Le marché de Montlhéry dans la Révolution

Désormais le maire de Montlhéry est responsable de l'ordre public. Lors de la réunion extraordinaire du conseil municipal du 25 décembre 1791, il est décidé « que Monsieur le Commandant de la Garde Nationale sera requis de convoquer 12 hommes pour mardi matin 27 décembre, jour du marché, à 5 heures du matin, pour assister les officiers municipaux et leur porter mains fortes si nécessaire. .. » (16)

Extrait des délibérations du conseil général de Seine-&-Oise sur la livraison des grains sur les marchés.

 

Le marché du 27 décembre fut très agité du côté des clients à cause des hausses, et du côté des commerçants ceux-ci refusant les places qui leur étaient attribuées. Le maire de Montlhéry, Pierre Aufray, décide de faire appel à la Garde nationale pour faire face à cette situation. Suite au «  refus des soldats d'obtempérer à leur chef », le maire écrit au district de Corbeil pour demander aux administrateurs d'intervenir contre les meneurs. Les frères Louis et Pierre Huchery de Linas sont désignés.

Le prix des grains ne cesse d'augmenter. Nous arrivons sur le marché de Montlhéry en janvier 1792 quand le setier de blé est proposé à 37 livres et la miche de pain commun de 9 livres à 25 sous. Les clients y voient une provocation et le chahut est organisé sur le carreau. On parle des fermiers et des meuniers comme " des accapareurs, de profiteurs et de spéculateurs ". Le marché du 6 février est encore tumultueux. Le laboureur Piard venant de Villabé est pris à parti pour avoir osé vendre du blé à 30 livres le setier. Les autres fermiers comme Josse et Molet venant de Leudeville et de Massy ont baissé leur prix à 22 livres.

L'Assemblée Législative décida la taxation des grains. C'est à cette époque que Jacques Simonneau, maire d'Etampes, fut massacré le 3 mars 1792 dans une émeute à propos de la taxation du blé. Ce meurtre fit beaucoup de bruit à l'époque. L'Assemblée Nationale décréta que l'on ferait à la victime des honneurs spéciaux. À Paris, le 3 juin 1792, on célébra à sa mémoire une grande fête dite « Fête de la Loi ».

À Montlhéry, le 13 février 1792, c'est le sieur Jean Thibault, marchand de graines, qui est victime de la fureur populaire. Dans son rapport envoyé au district de Corbeil, le maire écrit : «  le carreau ne se trouvait pas fourni suffisamment pour la fourniture des environs 4.000 âmes qui se sont présentées cependant la paix régnait … au même moment, un autre rassemblement de différents endroits se sont portés dans une maison où demeurait Melle Durand, grande rue de ladite ville, pour y faire des perquisitions en disant qu'il y avait du blé dans cette maison. Ensuite, ils se sont portés en plus grand nombre dans une autre maison où demeurait le sieur Thibault …. à l'instant une nouvelle émeute s'est fait entendre jusqu'à nous … nous avons trouvé ledit Thibault par terre et tout couvert de sang, cependant avait encore un peu de mouvement , …  sur ce, nous avons fait lever ledit Thibault et fait mettre sur son lit et nous avons établi une garde de sécurité, chez lui et devant sa maison et éviter le danger ». Ce blatier était soupçonné de fraude et spéculation. L'enquête de police s'enlisa pour finalement inculper cinq hommes et quatre femmes tous absents le jour de l'arrestation sauf la femme Verrier qui fut emprisonnée.

La semaine suivante, le 20 février, ce sont quelques 2.500 personnes qui viennent armées de bâtons sur le marché de Montlhéry et qui imposent le cours du setier de blé à 24 livres. Le 27 février, le marché est le lieu du même scénario, les 300 sacs de blé sont vendus à raison de 20 à 24 livres le setier.

Un arrêté sur la livraison et l'achat des grains sur les marchés est pris le 30 octobre 1792 par le Conseil Général du département de Seine-&-Oise. Les articles suivants organisent la livraison des subsistances «  considérant qu'il importe de surveiller et connaître les mauvais citoyens  » :
• art. III. Tous fermiers & propriétaires, sont dès ce moment requis en vertu de la loi du 16 septembre dernier, de fournir ladite quantité de grains ou farines par marché… 
• art. V. Nul ne pourra se présenter au Marché, pour y acheter des grains ou farines, que muni d'un certificat de sa municipalité signé au moins de 2 officiers municipaux, qui constatera qu'il n'a point chez lui de grains …
• art. VI. Les boulangers des villes & des campagnes, seront tenus aussi de se munir d'un pareil certificat de leur municipalité …
• art. VIII. Après la secon
de heure, les fariniers, meuniers & autres faisant le commerce des grains, seront admis dans le Marché, en concurrence avec les citoyens & les boulangers.

Finalement, le corps municipal de Montlhéry décide la taxation du blé. Sur le marché du 3 juin 1793, la prix du quintal de blé est affiche à l'ouverture «  le prix du quintal de bled froment de 1ère qualité, criblé et nettoyé, est fixé à 11 livres 14 sols  » (7).

Le 9 septembre 1793, avec l'accord du district, le maire de Montlhéry écrit à ses collègues pour pourvoir le marché en grains «  sont requis directement de faire mener, chaque semaine sur le marché de Montlhéry, 3 septiers de bled, et autant d'orge, par chaque charrue, à peine d'être arrêté comme suspect et ennemi du bien et de la tranquillité publique  ». C'est ainsi que, sur ordre du représentant du peuple pour la Seine-&-Oise Crassous, le maire de Longpont, Jean-Baptiste Peuvrier «  prévenu d'avoir entravé par leur coupable négligence, les réquisitions faites en vertu de la loi pour les subsistances  » est incarcéré. Après la livraison des grains par Longpont, le maire est relâché mais révoqué de ses responsabilités.

Finalement, la Convention Nationale prend le décret du " maximun des grains " le 11 septembre 1793. La lutte pour l'approvisionnement des marchés reprend de plus belle. Deux commissaires sont nommés pour effectuer le recensement des grains dans le canton de Montlhéry. Ce sont Jean-Charles Mizard, maire de Savigny et Juvet, cultivateur à Ris qui se sont assistés par les officiers municipaux désignés dans chaque commune.

La situation n'est pas meilleure après la suppression du maximum le 4 nivôse an III (24 décembre 1794), bien au contraire. Le marché de Montlhéry du 4 vendémiaire an III (25 septembre 1794) est désert, les grains manquent cruellement. Le District de Corbeil en est averti «  la situation à Montlhéry est déplorable, si l'administration ne vient à son secours, que les citoyens agités par besoin sont prêts à se soulever et à se porter chez les fermiers  ». Le directoire du District dégage du blé et de la farine et autorise les municipalités à traiter directement avec les producteurs.

Les prix s'envolent !! Reprenons notre référence, la miche de 9 livres. On la paie 34 sols, soit une augmentation de 75%.

Les marchés de 1795 sont encore perturbés. Une manifestation de femmes menée par Simon Payen a lieu sur le marché du 14 vendémiaire (5 octobre). La semaine suivante le marché est perturbé par un groupe d'individus menés par Jacques Blin. Après une enquête rapide, la municipalité fait arrêté l'un et l'autre qui seront accusés de " terroristes ".

 

 

Notes

(1) C.-J. Herbert, Essai sur la Police Générale des Grains (Londres, 1753).

(2) Archives Départementales de l'Essonne.

(3) Les archives météorologiques indiquent une grande sècheresse à l'automne 1788 et la pluie continuelle du début de l'année 1789 jusqu'à Pâques. L'hiver 1788-1789 est comparable à celui de 1709. Le froid excessif «  fait descendre le mercure à 20 degrés Celcius en dessous de la glace  ». Le 22 mars un gros orage éclate avec une violence mémorable. Puis, une chaleur torride en juin se termine par le célèbre orage du 13 juillet qui dévaste toute la région. Le curé de Brétigny écrit «  l'orage furieux du 13 de ce mois, avec la grêle prodigieusement grosse qui dévasta presque totalement notre territoire pour tous les grains et semence presque bonnes à couper …  ».

(4) Les unités de capacités des matières sèches étaient très fluctuantes sous l'Ancien régime, évoluant dans l'espace, dans le temps et avec la matière mesurée. À Montlhéry on utilisait les mesures de l'élection de Paris. L'unité de mesure des grains était le boisseau (1,2695 décalitre). Il y avait 12 boisseaux par setier et 12 setiers par muid. Le muid de 18,281 hectolitres contenait donc 144 boisseaux. Le minot contenait 3 boisseaux.

(5) Le louis est une monnaie du XVIIe siècle. Le louis d'or et ses multiples ont été fabriqués en vertu de l'édit du 31 mars 1640. La valeur du louis , primitivement de 20 livres, a beaucoup varié depuis Louis XV jusqu'à la Révolution pour valoir 24 livres par l'édit du 30 octobre 1785.

(6) Archives Départementales de l'Essonne.

(7) Correspond à 29 livres 5 sols le septier de 240 livres.

 

 

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