Les chicanes entre les communes de Montlhéry, Longpont et Linas

Chronique du Vieux Marcoussy --Marcoussis--------------- _------------------------------_----- Avril 2009

 

Plan d'intendance de Longpont (1787). La zone rouge est celle qui fut détachée de Montlhéry au profit de Longpont.

C. Julien

 

 

 

Cette chronique retrace l'histoire des contentieux qui prirent naissance en 1790 entre la commune de Montlhéry et ses voisines, Longpont et Linas à propos de la délimitation de leurs leurs territoires (1).

Les lois de la division administrative de la France avaient été votées par l'Assemblée constituante dès l'automne 1789 et les décrets d'application avaient été publiés les 20, 22 et 23 novembre. Désormais, les généralités, élections et paroisses étaient remplacées par les départements, districts et communes. La nouvelle division n'était pas le fruit du hasard, elle s'inspirait fortement de la réforme administrative de 1787 (2).

Jusqu'au début 1790, année où les premières élections municipales eurent lieu, la paroisse était la cellule de base ecclésiastique dont l'étendue n'avait pas varié depuis le plus haut Moyen Âge, contrairement à l'étendue des seigneuries. Celles-ci étaient le fait des intérêts particuliers de la noblesse et évoluaient sans cesse avec le droit privé : successions, échanges, inféodations, ventes. Le morcellement de la seigneurie était constant bien que la coutume réservait le préciput aux aînés.

 

 

Les documents

Pour cette chronique, nous avons utilisé des documents écrits et graphiques. Ce sont les délibérations du conseil municipal de Montlhéry de l'année 1791 qui relate l'élaboration du plan cadastral et la matrice cadastrale associée. Les documents graphiques sont les plans d'intendance dressés dans la décennie précédente et les plans napoléoniens dressés plus tard, sous l'administration préfectorale.

Faute de documents donnant la description précise des terrains qui furent échangés ou abandonnés, nous avons utilisée la méthode de superposition, dite "du calque" qui, par comparaison de plans dressés à deux époques différentes, nous permet d'établir les variations cadastrales. L'observation croisée du plan d'intendance et du plan napoléonien cadre bien la solution intervenue en 1791.

 

 

La circonscription du territoire de Montlhéry

Répondant aux instructions du gouvernement, le conseil municipal de Montlhéry se réunit le 19 février 1791 à sept heures du matin. On disait à l'époque «  l'assemblée du conseil général de la commune » ou « l'assemblée municipale  ». L'ordre du jour est simple : il s'agit de délibérer sur l'étendue et les limites du territoire de Montlhéry «  l'assemblée convoquée au billet et tenue en la salle des assemblées de la commune, il a été fait lecture du décret de l'Assemblée nationale des 20, 22 et 23 novembre dernier et de l'instruction y jointe des jours 22 et 23 de novembre le tout présenté le 1er décembre suivant  ».

La tâche, qui semble simple à priori, présente quelques complications. En effet, la plus grande partie du territoire était celle qui avait été définie moins de dix ans plus tôt quand l'intendant de la Généralité de Paris, «  haut et puissant seigneur messire Berthier de Sauvigny  », avait décidé d'élaborer le plan cadastral de chaque paroisse pour pouvoir lever aisément les impôts et dans le but d'établir une répartition plus équitable de la taille. Ainsi chaque parcelle avait été déclarée et l'on connaissait très précisément les superficie des terres qui avaient été classées en quatre catégories, en fonction du revenu escompté.

La nouvelle loi concernait la mise en place des contributions foncière assise sur les valeurs de terres, vignes, bois, bâtiments, jardins, etc. Il était donc évident que chaque commune avait un intérêt immédiat à pousser ses limites au détriment des voisins. Ce qui engendra des conflits.

Le procureur prenant la parole expose «  Ensuite l'assemblée ayant délibéré sur la nécessité de procéder pour l'expédition dudit décret a été unanimement arresté qu'il soit d'abord procédé en la présente assemblée à la circonscription du territoire de cette ville conformément à la possession et aux protections qui ont fait l'objet d'une contestation demeurée pendante et induite au Parlement de Paris entre la commune et les cy-devant prieur et MM. du prieuré de Notre-Dame de Longpont, et de fait procédant à la circonscription, il a été déclaré et mettre aussi unanimement que le territoire de cette ville tant de l'ancienne paroisse de Saint-Pierre du Château unie à celle de Sainte-Trinité que de la paroisse de Sainte-Trinité considérée avant cette dernière doit être et demeurant circonscrite de la manière suivante  ».

On image que cette contestation fut produite au temps de l'Ancien régime quand les moines clunisiens avaient tout pouvoir dans leur seigneurie de Longpont, et sans doute quand le plan d'intendance fut dressé en 1787.

Laissons maintenant le secrétaire greffier de Montlhéry nous apprendre les limites du territoire. «  À partir du côté du nord, est du poinct de la jonction du chemin de la Croix du Ménil à la grande route d'Orléans menant, et le Pont au Pain, ledit chemin de la Croix du Ménil et ensuite la voie du Ménil jusqu'au chemin de la Croix de Rouge-Fer à Biron servant de limite du couchant au levant entre le territoire de cette ville et celui de la paroisse de Longpont, plus tournant à droite vers le midy le dit chemin de la Croix de Rouge Fer à Biron jusqu'à celui de l'église de Saint-Pierre et Saint-Laurent du Château et ce dernier chemin étant vers le nord jusqu'à celui de Saint-Méri servant aussi de limite entre le territoire de cette ville et celui de Longpont  ». C'est ici qu'une première difficulté réside. Il faut y voir la complexité féodale car le hameau du Mesnil appartenait à la seigneurie de Villebouzin, mais était compris dans la paroisse de Longpont. La contestation prend sa source dans les terrains au-delà du chemin Croix-Rouge-Fer à Biron; lesquels étaient en partie en censive de Longpont.

Poursuivons par les limites avec la commune de Linas. «  Ensuite ledit chemin de Saint-Méry allant sur le couchant jusqu'au sentier des Louis Blancs puis ledit sentier tournant à droite jusqu'au susdit chemin de ladite église Saint-Pierre et Saint-Laurent, ensuite le susdit chemin dans l'allongement de quinze perches allant vers le nord jusqu'à un autre sentier, puis ce dernier sentier tournant et cy autre laissant à droite le tertre du château de cette ville, ensuite le rideau de l'ancienne clôture dudit tertre jusqu'aux fossés de la ville près la porte de Linas, puis les fossés de ladite ville tournant à gauche et ensuite à droite depuis ce poinct de jonction dudit rideau jusqu'à la porte du Montoire, puis l'ancien chemin de ladite porte à Marcoussis tournant à gauche vers le couchant jusqu'au chemin tournant à gauche et conduisant à Guillerville par l'entrée du côté de Linas, ensuite la rüe dudit Guillerville tournant à droite jusqu'au chemin de cette ville à Marcoussis vis-à-vis l'ancien chemin des Pichots puis le dit chemin de Montlhéry à Marcoussis jusqu'au parc de Bellejame servant de limite entre le territoire de cette ville et celui de Linas  ». Voilà à nouveau une source de contentieux avec la commune de Linas, car les limites diffèrent de celles du plan d'intendance au profit de Montlhéry.

Enfin, les limites avec Marcoussis, Nozay et la Ville-du -Bois (3) sont : «  Ensuite ledit chemin de Mont-Lhéry à Marcoussis jusqu'au bois de Leuville y compris une longueur de trente six perches traversant plusieurs pièces de terre, bois, vignes et friches servant de limite entre le territoire de cette ville et celui de Marcoussis. Ensuite tirant vers orient le long du bois dit Monsieur dépendant de la terre de Marcoussis et de celui de la Ferme du Ménil-Forget jusqu'à la naissance du Moru et au chemin de Mont-Lhéry à Nozay. Cette ligne sert de limite au territoire de cette ville et à ceux de Marcoussis et de Nozay. Ensuite, partant dudit chemin de Mont-Lhéry à Nozay et suivant le ruisseau dudit Mauru et appelé ensuite le ruisseau du saut Gorgette jusqu'au ravin proprement dit Le Couget, puis ledit Mauru descendant à droite du couchant au levant jusqu'à ladite grande route d'Orléans vis-à-vis ledit chemin de la Croix du Ménil et ledit Pont-au-Pain servant aussi de limite entre le territoire de cette ville et ceux de Nozay et La Ville-du -Bois  ».

Il a été arrêté que le territoire de cette ville sera et demeurera divisé en cinq sections. « La première, écrit " Ville ", sera cotée A et comprendra la totalité de la ville intra-muros. La seconde sera cottée B et comprendra la partie du territoire à partir de la rüe Luisant suivant le chemin de Mont-Lhéry à Nozay sur la gauche et portera la nom de " Luisant ". La troisième sera cottée C et comprendra la partie du territoire à partir de la cotte B suivant la grande route royalle jusqu'au pont au Pain et limitrophe aux terroirs de Nozay et La Ville-du -Bois, elle portera le nom de " Mauru ". La quatrième sera cottée D et comprendra la partie du territoire à partir de la cotte C jusqu'au grand chemin de Corbeil et limitrophe aux terroirs du Ménil et Longpont, elle portera le nom de " Champ de Bataille ". Et la cinquième sera cottée E et comprendra la partie du territoire à partir de la cotte D , limitrophe aux terroirs de Longpont et Linas, elle portera le nom du " Château " (4).

Enfin il a été arrêté que la présente délibération sera incessamment envoyée au directoire du district comme aussi affiché à la porte de l'hôtel, à celle de l'église paroissiale, dans les places du marché et publiée au prône ; comme aussi qu'il sera envoyé copie à chacune des municipalités de Longpont et de Linas qui ont élevé des protestations sur quelque portion de territoire afin d'éviter les doubles employs qui pourroient en résulter ou parvenir à un règlement provisoire sur les limites des territoires respectifs. Arresté en ladite assemblée ledit jour, et ont les officiers municipaux, procureur de la commune et secrétaire greffier signé. Sanner, maire ; Collet ; Bachellier ; D. Blavet ; D. Le Gourd ; Loyal ; Chabonneau.

 

 

Nomination de commissaires

Moins de deux semaines plus tard, le 28 février 1791, il fut procédé à la nomination de commissaires pour régler le différend avec la commune de Longpont. «  L'an mil sept cent quatre vingt onze, le vingt-huit février, sept heures du soir de relevée, en l'assemblée du conseil général de la commune et des commissaires nommés en l'assemblée d'hier, la dite assemblée convoquée extraordinairement et tenüe en la salle des assemblées, le procureur de la commune a observé qu'en conséquence de la délibération du 19 du présent mois, il a envoyé copie de cette délibération à MM. les officiers municipaux de la paroisse de Longpont et vu une lettre du 25 par laquelle les a engagé à faire connaître le plus promptement possible les protestations que leur commune pourrait avoir à des portions de territoire renfermés dans la circonscription contenue en ladite délibération et à consentir qu'il fut nommé des commissaires respectifs pour régler les cas communs sur les poinct de difficultés qui pourraient les diviser et déterminer, du moins provisoirement, les limites de leur territoire  ».

 

Modifications des limites communales sur le plan d'intendance de Longpont.

 

Puis, Monsieur Jean-Paul Loyal, notaire à Montlhéry, procureur de la commune dit «  Qu'en réponse à cet envoy, il a reçu ce jourd'huy un acte de délibération de la municipalité et de la commune et de la paroisse de Longpont en date du jour, par laquelle en entrant dans les veüe de pacification qui leur ont été proposées de la part de cette commune, ils ont nommé des commissaires au nombre de trois pour conjointement avec ceux qui seraient nommés de la part de cette ville commune appèrent sur l'objet des prétentions respectives auxdits portions de territoire dont celles de la commune de Longpont est insérée en leur dite délibération même arrêtés provisoirement seulement les limites desdits territoires respectifs  ». L'ancien notaire royal, en homme très avisé requiert en conséquence «  à l'assemblée de procéder à la nomination d'un pareil nombre de commissaires pour conjointement avec ceux dudit Longpont procéder sans retard aux opérations dont il s'agit et se concilier avec eux s'il est possible sur la détermination provisoire des limites respectives des deux territoires ».

Sur quoi, la matière est mise en délibération et l'assemblée ayant unanimement égard au réquisitoire du procureur de la commune, il a été procédé à l'instant à la nomination des huit commissaires à haute et intelligible voix qui seront trouvés réunis pour les personnes : Sanner, maire ; Denis Legourd père ; M. Collet père ; Aufray ; Charbonneau ; Jacques Cassard ; Houet et Thomas Gaillard. Et ont les susnommés accepté la ditte commission et l'assemblée leur a donné et leur donne tout pouvoir requis au maire à l'effet de procéder conjointement avec ceux de la paroisse de Longpont aux appréciations dont il s'agit et de faire les dites réquisitions et observations qu'ils jugeront à propos au procès-verbal qui sera dressé et se concilier avec eux s'il est possible sur la détermination provisoire des deux territoires. Fait et arrêté en ladite assemblée

 

 

Division du territoire de Montlhéry et de Linas

En mars 1791, l'assemblée municipale de Montlhéry est réunie pour délibérer sur la division du territoire de Montlhéry et de Linas. C'est le dimanche 6 mars, «  issue de la messe paroissiale, l'assemblée municipale tenante en la salle ordinaire et à laquelle ont assisté MM. les commissaires nommés par le délibération précédente  ». On remarquera que les réunions ont lieu en dehors des jours ouvrables et que, sans doute les membres ont tous assisté la messe. Il en sera autrement peu de temps plus tard avec un durcissement à partir de 1793.

Il a été fait lecture par le secrétaire greffier :
1° d'une lettre adressée à MM. les officiers municipaux par M. le procureur de la commune de Linas en date du 1er du présent mois,
2° de l'expédition d'une délibération prise par le conseil général de la commune dudit Linois le 27 février précédent,
3° et d'un tab
leau contenant la circonscription du territoire de Linas relevé par le secrétaire greffier.

D'après laquelle lecture, l'assemblée considérant que MM. les officiers municipaux de Linas ont coupés dans ledit tableau le terrain composant le chantier des Pichots, Hauts Poutils et du Pressoir enclavé entre le chemin des Bas-Pichots et celui de la Croix-Rouge à Marcoussis, régnants au dessus et au long du Clos de Guillerville, lesquels chantiers sont également compris dans la circonscription et tableau du territoire dudit Montlhéry. Ainsi que ceux du Clos et terrains qui se trouvent encerclés derrière le chemin et la rue de Guillerville à parti du ravin qui reçoit les eaux de la grande route jusqu'à la rencontre de la dite rue de Guillerville à l'ancien chemin de Marcoussis, et qu'il convient de lever des difficultés considérant pareillement qu'aux terme de l'instruction sur la loy concernant la contribution foncière, les limites qu'il convient fixer entre les territoires respectifs ne peuvent préjudicier aux droits et pâturage appartenant à chaque communauté et dont elles doivent jouir comme par le passé, que par conséquent les limites ne peuvent être que provisoires.

L'assemblée unanimement arrête qu'il sera nommé des commissaires lesquels demeureront autorisé à fixer provisoirement lesdites limites conjointement avec MM. Les officiers municipaux de Linois ou les commissaires qu'ils jugeront à propos de nommer à cet effet et dans le cas où MM. les commissaires ne pourroient s'accorder sur un objet, l'assemblée a arrêté qu'il en seroit référé à MM. les membres composants le Directoire du district de Corbeil. En conséquence l'assemblée a nommé pour commissaires à l'effet dit ci-dessus MM. Blavet, Aufray, Jubien, et Susane, lesquels ont accepté ladite charge. Arrêté en l'assemblée les jour, an et

 

Occupation du sol à Montlhéry à la fin du XVIIIe siècle.

 

 

Nouvelle division à faire du territoire de Montlhéry et de celui de Longpont

Le 12 avril 1791 le conseil municipal de Montlhéry délibère sur la nouvelle division à faire du territoire de Montlhéry et de celui de Longpont. Sont présents : MM. Sanner, maire, Blavet, Bachellier, Legourd, Collet, Sarda, officiers municipaux, Loyal, procureur de la commune et les notables Aufray, Millon, Soumagniat, Rondel, Huchery, Moulin, Blin, Enard, Michelet, Gaillard et Susane.

MM. Sanner Maire, Denis Legourd père, Jean Collet père, Denis Blavet, officiers municipaux, Pierre Aufray et Thomas Gaillard notables, tous membres de commission nommés par la délibération de la municipalité du 28 février dernier, «  à l'effet de conjointement avec les commissaires nommés par la municipalité, paroisse et commune de Longpont le même jour, fixé provisoirement et conformément au désir de l'assemblée nationale du 23 septembre dernier sur la contribution foncière et à l'instruction sur ledit décret, les limites des territoires respectifs des paroisses de cette ville et Longpont pour parvenir à la répartition et imposition de la contribution foncière, ont rapporté et mis sur le bureau le procès-verbal de ce jourd'huy matin par eux encommencé avec lesdits commissaires de la paroisse de Longpont et clos par eux seuls après la retraite des premiers, contenant la disposition des limites provisoires des territoires  ». La rencontre avait été houleuse car un individu ne faisant pas partie des commissaires s'était introduit «  les dispositions avoient été accordées entre lesdits sieurs commissaires respectifs et révisionées de la conduite du sieur Dubourg concierge de madame de Maillé en sa terre de Lormoy paroisse dudit Longpont de laquelle il est résulté du trouble et la dissolution de l'assemblée desdits sieurs commissaires par la retraite de ceux de Longpont  » (5).

Et lecture faite dudit procès-verbal, la matière mise en délibération, l'assemblée a déclaré qu'elle approuve la conduite desdits sieurs commissaires de cette ville, relativement à ce qui a été nécessité par celle du sieur Dubourg, qui n'étant pas membre de ceux de la paroisse de Longpont et ne paraissant pas même par sa place de concierge capable des droits de citoyen actif, n'aurait pas du être introduit ou s'introduire lui-même dans l'assemblée commune desdits commissaires respectifs et encore moins savoir des objets qui s'y traitaient, en conséquence d'arrêté que la municipalité témoignera à celle de Longpont le regret qu'elle a que l'introduction illégale dudit sieur Dubourg dans l'assemblée des commissaires respectifs patience insidieuse qui les fit prendre, en ayant troublé l'ordre et occasionné la dissolution et à l'égard des limites provisoires qui avaient été arrêtées par les commissaires respectifs.

L'assemblée considérant que les sacrifices que ceux de cette ville avaient ou devoir faire par annonce de la paix d'une partie de territoire à laquelle cette commune a droit par titre de possessions consistant dans la totalité du chantier de la Mare Gaudron et de celui du Château Clair, la moitié ou environ de celuy du Champ de Bataille, les deux tiers ou environ de celui de la Croix Jean de Brétigny, la totalité de ceux des Hauts Champs Familieux, du Gros Noyer ou Lefondrée et du Plateau ; aurait du prouver aux commissaires de la paroisse de Longpont leur de l'accepter et les disposer à ne pas se livrer à la difficulté de forme de pure chicane élevé par le sieur Dubourg sur un objet indifférent au fond mais d'ordre et nécessaire dans la rédaction et qui ne pouvait en rien préjudicier à leur commune.

 

Territoire de Montlhéry après le contentieux de 1791. Le tracé montre les terres qui ne retournèrent pas dans le giron de Linas.

 

Considérant d'ailleurs que cette nouvelle démarcation aurait pu occasionner des évènements factieux par la connaissance qu'elle a acquise de l'intention où étaient plusieurs citoyens de la paroisse de Longpont de ne pas souffrir que ceux de cette ville continuant tant de faire pâturer leurs bestiaux au-delà des nouvelles limites quoiqu'ils soient en possession de le faire sur la totalité de tout les chantiers cy-devant désignés.

A arrêté que la municipalité se pourvoit instamment par devant MM. les commissaires aux fonctions directoriales du district de Corbeil à l'effet de demander l'initiative de l'un de MM. les membres ou adjoint du directoire qui se transportera sur les lieux si besoin et pour concilier si faire ce peut les deux communes sur leur limites provisoire et en tout cas dresser procès-verbal de leurs devis respectifs hors duquel la municipalité insistera pour que ces limites soient portées au chemin de la Croix-Rouge -Fer à Biron fera valoir les titres et la possession sur lesquels cette prétention est fondée et en représentant d'ailleurs la nécessité pour prévenir les accidents qui pourraient être l'effet des menées de quelques citoyens de la paroisse de Longpont. Fait et arrêté en ladite assemblée les jour et an susdits et ont les officiers municipaux, notables, procureur de la commune, commissaires et secrétaire greffier signé.

 

 

Les rectifications de territoire

Nous connaissons le dénouement du contentieux qui se solda par le transfert des terrains réclamés par la commune de Longpont. La limite fut repoussée au-delà du chemin Croix-Rouge-Fer sur les chantiers de la Mare Gaudron et de celui du Château Clair, la moitié ou environ de celuy du Champ de Bataille. Des modifications sont aussi intervenues sur les deux tiers ou environ du chantier de la Croix Jean de Brétigny, la totalité de ceux des Hauts Champs Familieux, du Gros Noyer ou l'Effondrée et du Plateau. Des rectifications eurent lieu du côté de la route d'Orléans par des échanges entre Longpont et La Ville-du-Bois.

En ce qui concerne le différend entre Montlhéry et Linas, les conclusions sont autres. Les administrateurs du district ont, sans doute, considéré l'étendue considérable de la commune de Linas du côté du plateau de Saint-Eutrope. Les chantiers des Bas-Pischots et des Poutils en deçà de la route d'Arpajon à Versailles ne sont pas rentrés dans le giron de la commune de Linas.

Le 22 avril suivant, Monsieur Jubien, géomètre de la ville, commissaire de section pour l'assiette de la contribution foncière, et qui a fait le plan des différentes sections «  est intervenu et a présenté à l'assemblée un projet de cadastre pour former les état et sections et matrice du rôle de la contribution foncière et pour établir par la suite les changements et mutations de propriété et possessions, et l'assemblée en a examiné ledit projet et l'ayant comparé au plan modèle qui avait été envoyé par l'administration, considérant d'un côté que le plan préparé par ledit sieur Jubien et dont la distribution paroit parfaitement conforme aux dispositions du décret et à l'instruction de l'Assemblée nationale sur la contribution foncière est préférable à ces modèles, et d'un autre côté qu'il offre le double avantage d'établir les mutations et les changements en propriété et possession dans la même forme des états et section à ce pour plusieurs années  ». Le conseil municipal adopte le projet et «  autorise ledit sieur Jubien à faire imprimer au nombre de sept mais pour les états de sections et de pareille nombre pour la matrice du rôle quantité qui ont été jugé convenables pour les opérations de la présente année et a avancé les deniers nécessaires qui lui seront remboursé par le thrésorier de la municipalité  ».

Nul différend ne se s'est déclaré avec les communes de Marcoussis, Nozay et La Ville-du -Bois. Seul une procédure eut lieu entre particuliers pour le droit de libre pâture. L'ancien maire de Nozay, Jean Nicolas Finet, fermier du Mesnil-Forget avait intenté un procès devant le juge de paix de Palaiseau contre le sieur Chevance, boucher à Montlhéry. Celui-ci était accusé de laisser paître son troupeau sur des terres incluses dans le bail du fermier. Le conseil municipal de Montlhéry déclara à l'unanimité des suffrages «  qu'il est de l'intérêt de la commune qu'elle se pourvoye contre cette sentence par la voye de la tierce opposition par devant dudit juge de paix de Palaiseau prenne le fait et cause dudit sieur Chevance et demande le renvoy de la contestation par devant les juges qu'en doivent connaître sur le fond  » pour la raison que la pièce de friche était sur le territoire de Montlhéry qui ne pouvait pas aliéner le droit de vaine pâture.

Dès l'été 1791, les chicanes avec les communes voisines étaient considérés comme éteintes. En réalité, il n'en était rien. La ville de Montlhéry devra abandonner plus tard, en 1823, sous la Restauration , des terrains qui, formant le parc du château de la Source , étaient considérés hors-les-murs par la municipalité de Linas.

 

 

Notes

(1) L'administration royale avait été mise en place sous François 1er. La France était alors divisée en 23 généralités, chacune gouvernée par un intendant et subdivisées en élections, circonscriptions qui correspondaient aux arrondissements.

(2) Dans une carte dressée en 1790 par M. Bonne, ingénieur hydrographique de la marine, on peut voir un essai qui proposait la mise en place du département de l'Île-de-France divisé en 10 districts. Montlhéry appartenait au district de Dourdan qui englobait l'ancienne élection de Paris. On sait que ce découpage ne vit jamais le jour puisque c'est le département de La Seine et de l'Oise qui fut créé le 27 janvier 1790 et devint, par simplification la Seine-et-Oise , quelques mois plus tard.

(3) On se souvient que les communes de Nozay et la Ville-du -Bois faisaient partie d'une seule seigneurie dans la mouvance de Marcoussis, tout en comprenant de nombreux arrière-fiefs.

(4) On notera les variantes orthographiques : Pont au Pain (Pont-aux-Pins), Mauru (Mort-Ru), Linois (Linas), Lefrondrée (l'Effondrée), etc.

(5) Nous dirons que le sieur Jean-Baptiste Dominique Bournizien-Dubourg était un personnage haut en couleur pour rester politiquement correct. Concierge et fondé de pouvoir de la marquise de Maillé au pire moment de la Terreur, ce personnage eut un ascension sociale accélérée par la Révolution. Intriguant incontournable, il réussit par la suite à être élu le 1er fructidor an IV (18 août 1796) agent communal représentant Longpont à la municipalité cantonale de Montlhéry, puis, en 1802, sous le Consulat, à se faire nommer maire de Longpont par le préfet de Seine-et-Oise. En 1808, Dubourg est nommé percepteur à Montlhéry. Il devient maire de Montlhéry de 1811 à 1814.

 

 

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