La terre et seigneurie de Versailles (3) (1572-1634)

Chronique du Vieux Marcoussy ------------------------------------------ _------------------ -------- avril 2011

La famille Lomenie au XVIe siècle

JP. Dagnot

 

 

 

 

Cette troisième partie va décrire l'adjudication de la terre de Versailles à la famille de Gondy, le paiement des créanciers et enfin l'acquisition de la seigneurie par le roy et de divers biens pour créer son premier château .

 

 

L'acquisition réelle de la seigneurie

Sans discréditer Pierre de l'Estoile, qui nous fournit souvent des informations intéressantes, cette fois nous allons mettre à mal son analyse envers Catherine de Médicis et Albert de Gondy. Nous ne parlerons pas des nombreuses versions fantaisistes sur Versailles, très bien mises en page.

Ce récit reprend donc au lendemain de la Saint-Barthélemy. Le défunt laisse alors cinq enfants mineurs. Après le décès du seigneur de Versailles, la famille se réunit, ce conseil nous a permis de connaître les enseignements suivants :
- les enfants vivants issus
du premier mariage avec Jacquette Pinault sont: Loyse agée de 18 ans, Jehan 16 ans, Anthoine 15 ans, Marie 13 ans et Nicolas 14 ans.
- pour le biens des mineurs la famille nomm
e François de Loménie tuteur et curateur des mineurs. Il doit tomber sous le charme de sa nièce, on le retrouve marié à Loyse en 1573.
- le douaire d'Anne Lemercier, seconde femme Martial de Loménie se monte
à 4.000 livres
- la branche limousine, est d'avis de vendre la terre de Versailles, deux maisons à Versailles, une à Saint-Germain-en-Laye, une à Saint-Maur non parachevée,
- Innocent Auberon, secrétaire des affaires de la princesse douairière de Condé, à cause de sa femme, déclare que pour les grandes debtes laissées par lesdits de Loménie et Pinault, montant environ à 24.000 livres, et compris le douaire de 400 livres laissée à Anne Lemercier sa seconde femme, il est nécessaire de procceder à la vente des biens meubles et immeubles cy après ..., et emploier les deniers au paiement desdites debtes.
- du côté Pinault à Blois, Jehanne Pinault veufve d'un marchand orfèvre, et ses enfants déclarent qu'en raison des debtes passives et actives, les revenus de Versailles et Grange Lessart ne peuvent monter plus haut que 12.000 lt, les rentes 1.700 lt et les debtes non compris le douaire, montent à 23.000 lt, trouvent que ladite succession est plus onéreuse que profitable, outre le procès qui est intenté aux enfants délaissé par le deffunt encore pendant, apporteroient la ruyne audits enffans ... vendre les biens, ... et le surplus auxdits enfans, que lesdits enfans se portent héritiers pur et simple mais sous bénéfice d'inventaire de leur père et tous ensembles héritiers pur et simple de leur mère.

L'analyse faite par la famille montre apparemment que les charges que possédait Martial de Loménie avant l'édit de novembre 1569 par Catherine de Médicis, ne sont pas mentionnées, et que cet édit, par la suppression des offices, lui a été fatal, supprimant les revenus nécessaires au paiement par rente de ses biens. Nous verrons que ce raisonnement est erroné en retrouvant trace de ces charges dans le paiement des créanciers.

Nous sommes en novembre 1572, Albert de Gondy dont les activités l'envoient fréquemment en province, constitue son frère Pierre, évêque de Paris, pour acquérir d'une ou plusieurs personnes, terres et seigneuries que bon lui semblera.

Trois mois après, le prélat a dû rencontrer les Loménie. Nous retrouvons l'évêque et le tuteur des mineurs procédant à la transaction suivante :
Noble homme François de Loménie, à présent demeurant à Paris, tuteur de damoiselle Loyse de Loménie sa femme, Jehan, Anthoine, Nicolas et Marie de Loménie ses frères et soeurs, tous enfants myneurs de defunt Marcial de Lomenye en son vivant, secrétaire du roy et greffier en son Grand Conseil, sieur de Versailles et la Grange Lessard, et de feue Jacquette Pinault sa première femme, lesdits enfants héritiers simple de ladite Pinault et ledit Anthoine l'un diceux seul héritier par bénéfice d'inventaire seullement dudit défunt Martial de Loménie...
Lequel confesse avoir vendu à hault et puissant Albert de Gondi, baron de Retz, marquis des Iles d'Or, seigneur de Noisy, Bailly en Craye, chatellain de Marly, Villepreux, chevalier de l'ordre du roy, premier gentilhomme de sa chambre, conseiller du roy en son conseil privé, cappitaine de 100 gentilhommes de l'ancienne bande de sa maison, gouverneur et lieutenant général de Metz, représenté par son frère Révérend Père en Dieu Pierre de Gondy, évêque de Paris, c'est assavoir la totalité du lieu terre et seigneurie de Versailles assis au val de Gallye,..., acquise pendant le mariage de luy et icelle Pinault, consistant en:
- hostel, maison, deux courts dans l'une desquelles est un petit corps dhostel, que iceluy Loménie a fait bastir de neuf, grange, estable, bergerie, colombied à pied ... contenant 3 arpents,
- une maison assise à Versailles qui dépend de ladite seigneurie appelée la Guérinière,
- item une grande grange, trois estables environné de murailles, séparés dudit hostel seigneurial, près le carrefour, tenant à lestang viel...
- item ung moulin à vent...
- 173 arpents...,
- 2 arpens de jeunes boys près la justice dudit Versailles,
- item 42 livres parisis de menus cens rentes, droits de haute moyenne et basse justice, fourches patibullaires, bailly, greffier, tabellion, sergent, prison, amendes, foire ....
- item tout ce qui a appartenu à damoiselles Roberte et Marguerite de Soisy eschu par le trépas d'Anthoinette Postel leur mère, acquis par Loménie devant le tabellion de Saint-Germain-en-Laye ...,
- item le lieu et place ou ledit Loménie avoit commencé à bastir et construire les halles dudit Versailles,
- item 2 maisons en roture, l'une la Poictourie, l'autre l'image Saincte Barbe ...
- item la totalité du fief terre et seigneurie de la Grange Lessart...
Le tout mouvant des Célestins de Paris et chargé envers eulx des devoirs seigneuriaulx à cause de leur seigneurie de Montalle...
... la vente faicte moyennant le prix et somme de 36.000 lt, que ledit vendeur confesse avoir reçu, est accordé que pour nettoyer les hypothèques, lesdites choses adjugées par décret dedans ung an, le dit comte ne paiera pas plus de 36.000 livres. Ce néanmoings, la vérité seroit et est telle de ladite somme de 36.000 livres, icelluy sieur révérend audit nom n'a baillé ny payé audit François de Lomenie que la somme de 3.000 livres ...dont il se tient pour content qu'il devra rendre s'il se trouva que les hypothèques feussent à plus haulte somme que 33.000 livres...

De cet acte, Martial de Lomenie ne paraît pas avoir été destitué de ses charges de son vivant. Les enfants sont déclarés héritiers simples de leur mère Jacquette Pinault, et Anthoine l'aîné, seul héritier par bénéfice d'inventaire seulement du deffunt Martial de Loménie. Quelle est la raison? Seul ce personnage sera connu au XVIIe siècle. Notons néanmoins que la principale partie des rentes destinées au règlement est constituée le même jour par le prévost des Marchands...

L'examen des titres d'Albert de Gondy : Noisy, Bailly, Villepreux, Marly, montre à l'évidence que cette acquisition complète de manière harmonieuse son domaine dans la région, d'où les rumeurs de l'époque. Retenons également Noisy qui va devenir la résidence d'été des Gondi.

Les dettes n'ont toujours pas été réglées, le 27 juin, un des créanciers Bunault envoie un huissier chez le tuteur pour lui faire commandement de payer 875 livres venant des arrérages d'une rente de 250 livres... Ledit de Loménie lui a répondu qu'il n'avoit aucuns meubles, ni deniers contant, appartenant auxdits mineurs... De cette réponse le sergent lui a répondu que ledit Bunault se pourvoirait par voyes de saysies et criées des héritages appartenant auxdits enfans ... Et le 31 juillet 1573, le sergent s'est transporté au dedans dudit village de Versailles assis au val de Galie a fait constat des biens desdits enfans (détaillés dans la saisie ci-dessous) ... Suivent des criées à Versailles, puis à Montreuil, puis à Buc, selon la coutume et répétées quatre fois.

Ce qui était prévu dans le contrat se déroule, saisie en juillet, mise en criée par Simon de France, sergent à verge du Châtelet. Apparemment un vice de forme a dû intervenir, la même saisie recommence en mars 1574 de manière analogue.

 

 

Le déclencheur de la saisie, toujours le procureur d'Alexandre Bunault, marchand et bourgeois de Paris, poursuivant les criées des héritages cy-après déclarés, que l'on dit comme appartenant et achetés à Mr François de Lomenye, tuteur et curateur par justice aux fruits et biens des enffans myneurs de feu Mr Martial de Lomenye, en son vivant secrétaire du roy et greffier de son Grand Conseil, seigneur de Versailles, la Grange Lessard et de feue damoiselle Jacquette Pinault sa femme, héritiers du deffunt de Lomenye...
Toutes lesq
uelles seigneuries, terres, fiefs, héritages, appartenant audits mineurs saysis et mise en criées par Simon de France sergent à verge le 31 juillet 1573
. La liste représente 10 pages d'un grand registre et représente environ 560 arpents. Les biens vont être vendus et adjugés par décret au parc civil du Châtelet. L'huissier, vu l'importance des biens, fait toutes les lectures en présence de nombreux témoins, à Versailles le boulanger, l'hostelier, le tabellion ... pour que ledit Loménie ne puisse prétendre cause d'ignorance, criées par les quatre quatorzaines accoustumées ...

Sont ensuite enregistrées les oppositions des créanciers qui commencent en mars 1574 et se terminent en mars 1575. Le 19 mars enfin, les enchères sont portées par plusieurs procureurs; elles débutent à 19.000 livres pour se terminer à 35.000 livres. Guilloire, le dernier enchérisseur déclare qu'il a agi pour Mre Albert de Gondy, mareschal de France... Le nouveau seigneur de Versailles est dorénavant Albert de Gondy. Nous sommes bien loin de tout ce qui a été colporté!

Il va falloir maintenant régler les créanciers. Un commissaire du Châtelet, Jehan Poucet, va distribuer la somme de 28.069 livres représentant les créances, dommages et intérêts. Le résumé préambule à la distribution est intéressant en ce sens que l'on continue à dire que: vivant Martial de Loménie était conseiller du roy secrétaire de ses finances et greffier de son Grand Conseil et que le bénéficiciaire de l'adjudication est Anthoyne de Loménie seul à s'être déclaré, fils et héritier par bénéfice d'inventaire dicelluy deffunt. Nous n'extrairons de ce document de 240 pages que les créanciers significatifs:
- les représentants des trois rentes de 250 lt échues aux trois filles de Philippe Colas après son décès,
- les Bénédictins de Paris, détenteurs de la rente de Roberte de Soisy,
- le couple Leroy-Dupuys, héritier d'une rente venant des Lemaignen,
- le créancier le plus important, Jehan de la Barde représentant ses enfants, à cause de sa feu femme, héritière du côté Poart des 625 lt de rente de la Grange Lessart. Ce créancier, comme le mentionne le texte le concernant, a également fait saisir les offices du défunt. Cette saisie doit être retrouvée, car elle met à mal les soi-disant spoliations dues par Catherine de Médicis, en raison de son édit de 1569 qui ne s'est apparemment pas appliqué! A lui seul ce personnage récupèrera le tiers de la somme allouée aux créanciers.
- Enfin, les Célestins de Paris pour une somme seulement de 300 livres, mais qui nous apprend que le feu Loménie n'avoit pas fait
ses devoirs, également lors du décès de sa femme Jacquette Pinault, ni pour son fils aîné Cosme.

 

 

Les Gondi, seigneurs de Versailles

 

Albert de Gondy

Nous ne reprendrons pas l'histoire d'Albert de Gondi, dont on peut voir un résumé sur Wikipédia. Voyons plutôt les faits trouvés au cours de notre recherche, durant cette période, dans l'entourage des Gondi. Les origines communes entre les Gondi et Catherine de Médicis favorisent les affaires entre italiens. On trouvera ci-dessous la liste chronologique des biens acquis par Albert de Gondi:
- En 1563, le florentin déjà monté à Paris depuis 15 ans s'est fait connaître comme militaire et cette année il s'est fait donné par le roi un navire appelé la Sallamende, à présent au havre de Saint Valéry en Caux ...
- En 1566, marié depuis un an, il porte désormais le titre de baron de Retz et de Dampierre. Il est logé au château du Louvre et possède la seigneurie d'Armentières.
- En 1570, il fait refaire plancher et plafond de la chambre du roi au château de Saint-Germain-en-Laye. Son frère Charles a pris sa place de maître de la garde robe du roy.
- En 1572, on apprend qu'il possède deux moulins au marché aux Pourceaux. En juillet, il achète 15 arpents à Marly. En novembre, il est adjudicataire des seigneuries de Messigny-le-bois et Messigny-la-chaussée.
- L'année suivante , c'est l'achat aux enfants du sieur de Loménie de la seigneurie de Versailles. En août, il est qualifié de maréchal de France.
- En 1575, il revend une galère au port de Marseille.
- En 1585, il refait la menuiserie du château de Saint-Germain.

Peu avant son décès, le couple Gondi transmet à leur fils Philippe Emmanuel, général des galères, la charge qu'Albert possède de cappitaine, concierge du pallais et jardin des Thuilleries, également la baronnie et terres du Plessis Escouys, Le Bec, Mussys Gros, moulin de Touffieux et Orcher au baillage de Gisors en Normandie. A la fin de l'acte le duc de Raiz a déclaré ne pouvoir quant à présent escrire ny signer à l'occasion de son vieil aage et tremblement à luy en son bras droit. L'harmonie ne devait pas règner avec l'aîné, pour recueillir les signatures, le notaire se rend en l'hôtel du fils, puis en celui des parents.

 

Généalogie simplifiée de la famille de Gondi.

Albert de Gondi décède le 21 avril 1602, en son hôtel de Retz, vis-à-vis le château du Louvre, . Sa veuve prend le gouvernement des biens de ses enfants mineurs, ainsi que celui de son petit fils Henry. Notons en juin: Claude Catherine de Clermont baille à loyer jusqu'à neuf ans, à Jehan Prieur l'aîné et Jehan Prieur le jeune, laboureurs de Chambourcy, la terre et seigneurie de Versailles avec la grange Lessart, tous les revenus de la seigneurie, à la réservation du moulin à vent et du droit de chasse, moyennant 330 escus et 12 chappons gras. La même année elle loue un hôtel parisien représentant un loyer trois fois plus élevé que celui de Versailles. Elle est tutrice de son petit fils Henry.

 Fin 1602, la veuve rejoint son mari au tombeau et son inventaire après décès confirme la résidence secondaire des Gondi à Noisy, ils ne mentionnent pas Versailles. Le partage entre Henry et Jean François se fait l'année suivante, la seigneurie de Versailles échoit à Henry de Gondy.

Notons en 1605, le bail par l'évêque de Paris à Denis Mercier, moyennant 1050 livres, moyennant réserves détaillées au bail suivant de 1610: Henry de Gondi, évêque de Paris,... maitre de l'oratoire de sa majesté, seigneur de Noisy , demeurant en l'hostel épiscopal de Paris, confesse avoir baillé à titre de loyer & prix d'argent jusqu'à six ans, à Denis Mercier, marchand et laboureur demeurant à Versailles, la terre et seigneurie de Versailles avec la grange Lessart consistant en hostels et chasteau seigneurial, terres .... moulin à vent, estangs, à la réserve du droit de chasse, ledit preneur ne puisse prendre aulcune bestes, ... moyennant la somme de 1.250 lt de loier, payable en son hostel de Paris ou en son château de Noisy ... et pour le regard du moulin de ladite seigneurie pourra en disposer que bon lui semblera sans augmentation du loier à la charge de l'entretien par lesdits preneurs, harnois tournans travaillans et ustancilles... Ce bail nous confirme s'il était nécessaire que d'une part, Versailles n'est pas la résidence secondaire des Gondy, qu'il ne s'agit que d'un lieu de rapport, que le château est à la disposition du fermier, et qu'enfin le moulin existe toujours malgré la tempête mémorable de 1602.

De nouveau en 1617, le bail de la seigneurie est renouvelé à Lemercier par le receveur du duc de Retz. Il agit pour le compte d'Henry de Gondy qui est demeurant à Noisy. Le bail est prévu pour six ans, les termes sont analogues, le moulin à vent est en place, les terres cultivées par solles, la justice rendue et ses officiers payés, les procès criminels en appel à Paris (Loménie avait tenu bon jusqu'au bout)... mesme ledit moulin sera entretenu, comme ses harnois tournans travaillans et ustancilles et affermer ledit mouli à qui bon lui semblera ... Le bail faict pour le prix et somme de 1.500 livres. D'après les termes, le duc de Retz est Henry fils de feu Charles époux de Jehanne de Scepeaux, cette dernière apparaissant dans des actes de la même liasse.

Le dernier bail est rédigé en 1627 par devant Pierre Leclerc tabellion à Noisy: Messire François de Gondy, achevêque de Paris, baille à Etienne et Claude Martin, la terre et seigneurie de Versailles avec la grange Lessart, moyennant 1800 lt par an, avec quelques réserves. Il s'agit d'un intitulé et il serait intéressant de voir ce qu'on dit au sujet du moulin s'il existe encore... Apparemment Versailles est passé des mains d'Henry à celles de Jean-François l'archevêque.

 

 

 

Localisation des biens vendus au roi

L'analyse des plans à différentes époques ainsi que les locations des biens aux XVIe et XVIIe siècles montre à l'évidence que les bâtiments et chemins de cette époque ont tous disparu et qu'une nouvelle ville a été conçue se calquant sur la géométrie orthogonale des allées et parterres du parc du château. Le plan ci-dessus a permis de localiser trois lieux:
- l'estang neuf,
- le vieil estang,
- l'ancien chemin de Paris qui probablem
ent devait aboutir à l'église Saint-Julien.

 

 

Voyons les biens de feu Loménie:

- Lhostel seigneurial grange estable bergeries avec 3 arpents de jardin plantés en fruitiers tous joignant tenant à la rue qui va de l'église au carrefour dudit lieu, d'autre part à la grange et jardins du prieuré, d'autre bout aux terres de Claude Gontier et d'autre à la maison court estable où pend l'enseigne l'escu de France appartenant à Nicolas Dubreuil, à la maison cour où pend l'enseigne l'image ste Barbe et à la maison et jardin de Jehan Crestot curé de Versailles. Les autres biens sont délimités par le périmètre défini par les étangs et le chemin de Paris.
- La maison à l'image Sainte Barbe tient à la grande rue de Versailles à Paris aux Lebrun.
- La grande pièce sous le moulin à vent.
- La Poictourie, tenant au chemin de Versailles à Glatigny, à la maison du curé, au cimetière dudit lieu, au chemin tendant à la Bretonnière. Cette maison tient d'un bout au cimetière et est la seule localisable dans un secteur de 270°. Elle remettrait en question la localisation habituelle du lieu seigneurial!
- La corne de cerf
maison, tenant à la grande rue de Paris, au seigneur aux Lebrun.

Les biens de Marguerite Lebrun, deuxième plus important vendeur au roi, décrits dans un arpentage non retrouvé de 1624 représentent 42 arpents. La vente est purement financière. Puisque les anciens chemins ont été supprimés, cet essai de localisation est irréaliste.

 

 

Les moulins à vent de Versailles

Parlons d'abord du moulin banal du seigneur. Le premier document en 1438, à la sortie de la guerre de Cent ans cite: la place ou soulloit ung moulin à vent iceux habitant mouldre...

En 1454, ce moulin n'est toujours pas reconstruit. Il faut attendre 1529 pour voir un moulin travaillant.

En 1530, la déclaration de Jehan Gandois meusnier et sa femme demeurans à Versailles pour le moulin à vend et motte dicelluy avec un arpen et demy de terre joignant tenant d'une part et d'autre bout ladite motte, au prieur de Versailles et aux hoirs de Jehan Crestot. L'arpent et demy tenant audit moulin à la ruelle qui mène dudit moulin, à la vigne de Florent Cheminard, d'autre bout à la ruelle du moulin à lestang... chargé de 12 dp de cens et de la quantité 6 septiers de bled mousture, lequel moulin est bannier et sont tenus lesdits habitans dudit Versailles d'y venir moudre sous peine de 60 sols parisis damande. Et est ledit Gandois tenu d'y faire bastir dedans deux ans une petite maison de deux travées après la prise de sondit bail... Il semblerait d'après cette déclaration que le moulin ait fait l'objet d'un bail à rente.

Ce fait est confirmé en 1544 ... que doit chacun an Jehan Gaulde musnier à cause du moulin à vent qu'il tient assis audit Versailles et tous les droits que ledit LeFresnoy et sa femme à cause d'elle ont et peuvent avoir audit moulin en la pièce de terre contenant cinq quartiers près et joignant ledit moulin, tenant d'une part ledit moulin au prieur de Versailles d'autre à ladite pièce de 5 quartiers et les dits 5 quartiers tenant aux hoirs de Paul Maillard.

Après l'achat de la seigneurie par Loménie on note une prisée en 1564, un bail à ferme fait à Anthoine Chaulmont par le sieur de Loménie avec une maison cour jardin, et 5 quartiers de terre le tout joignant en 1566. Le bail est faict jusqu'à neuf ans par Jacques de St Liger stipullant pour le seigneur absent, le moulin à vent dudit Versailles audit sieur appartenant oultre moyennant la quantité de six septiers de bled mousture bon loyal marchand mesure de Paris, et la somme de 18 livres d'argent et deulx chappons bons avec 8 deniers parisis de cens que de ferme que ledit preneur promert de payer au sieur en son hostel seigneurial par moitié égale tant du bled que de ladite somme, les deux chappons et les cens à Noel.

Dans le détail de la saisie de 1574, une phrase extraite des biens de Nicolas Chastelain et Jehanne Poitou sa femme apporte une seconde interrogation: le moulin à vend de ladite maison de la Poictevye estant en la censive du prieur de Versailles, tenant d'un bout au cimetière dudit lieu... Il y aurait donc deux moulins à vent. La chose est possible le prieur ayant droit de justice sur ses terres. Néanmoins le cimetière et ce moulin se trouvent sans ambiguïté au sud du château actuel (300 mètres au moins).

Citons en 1576, la cession du bail du moulin par Chaulmont à Nicolas Luquet. En 1580, une autre prisée du moulin. Finalement en 1586, un bail du moulin à Luquet par les Gondy.

Le moulin dans les baux de la seigneurie, de 1602 à 1617, existe et d'après les déclarations de certains habitants se trouve à l'emplacement du château actuel. De tous ces éléments, il est clair que si le roi a fait sa première construction à l'emplacement du moulin, il a dû demander la permission aux Gondy.

 

 

Les rois à Versailles

Henri IV vint chasser quelquefois sur Versailles, il prit ce plaisir en 1604 et y vint dîner chez Henri de Gondy, évêque de Paris, ce qui porte à croire que ce qui est colporté est encore entaché d'erreur, les Gondy résident à Noisy qui est proche de Versailles lieu du dîner!

En 1607, Louis XIII étant dauphin et âgé de six ans y vint également et " de Noisy, il donna ses ordres à M de Ventelet son maître d'hôtel en lui disant : " Tetay, faites atteler le carosse, je veux aller à la chasse; Taine (capitaine), faites tenir prêts les oiseaux." Le moulin cité à cette occasion n'est pas celui de Versailles.

Notons en 1617, que le roi va en carrosse à Notre-Dame pour donner le bonnet de cardinal à Henry de Gondy, évêque de Paris. Ces personnages se connaissent déjà depuis longtemps, Henri IV, puis Louis XIII se rencontrant à Noisy lors de parties de chasse. Donc il ne faut pas s'étonner que le roi n'a pas besoin d'écrit pour commencer à bâtir sa demeure sur un lieu qui ne lui appartient pas encore.

Revenons aux notes du médecin de Louis XIII, et analysons les faits sur Versailles de l'année 1624:
- en mars, il va à la chasse plusieurs fois, le 9, il y dîne et couche dans sa chambre, dans le lit qu'il avait fait quérir à Paris.
- en juin, il retourne chasser, diner et coucher, le lendemain il se rend à la messe, puis après dîner il monte à cheval pour aller au laisse-courre d'un cerf puis d'un renard. Le dimanche 30 juin après dîner il fait faire l'exercice à ses mousquetaires. Il mandate Nicolas Bautru, gentilhomme ordinaire de la maison du roi, pour le représenter comme parrain d'une fille de François Mongey, concierge du château de Versailles.
- le lundi premier juillet, à Versailles il chasse le renard puis va courir le cerf qui le mène aux estangs de Marcoussy, et revient à Versailles fort las.
- le mardi 2, à Versailles, il va à la messe, va faire donner la curée à ses chiens, revient au château, va faire faire l'exercice à ses mousquetaires, puis à tracé la basse-cour de sa maison de Versailles. Il y restera encore quelques jours ...
- En août, de nouvelles parties de chasse; relevons le 2, le roi s'amuse à voir toutes les sortes d'ameublement que le sieur de Blainville, premier gentihomme de la chambre, avoit fait acheter, jusqu'à la batterie de cuisine.
- en octobre, pass
age pour la chasse...

Un trou dans les notes d'Héroard, nous sommes en septembre 1626, parties de chasse, relevons le mardi 3, à Versailles: Il fait un excellent festin aux reines et princesses, où il porta le premier plat, puis s'assied auprès de la reine. Il y fit garder un ordre merveilleux , puis leur donna le plaisir de la chasse. Un lièvre poursuivi se vint rendre dans leur troupe...

L'année 1627, le journal se fait plus concis, les voyages à Versailles plus fréquents. Malheureusement pour nous le rédacteur décède. Il est évident qu'à cette époque un bâtiment appelé château existe, peut-être non achevé mais suffisamment spacieux pour s'y rendre fréquemment.

Le plus drôle dans cette histoire c'est que le roi construit sur des terres qui ne lui appartiennent pas! Les deux principaux propriétaires concernés sont l'archevêque de Paris et Jehan Martin.

Nous arrivons en 1632, il faut régulariser la situation, de nombreux petits propriétaires voient leurs biens enfermés dans le parc environnant le château... Citons les principaux vendeurs:
- Le 8 a
vril 1632, le roi Louis XIII acheta la totalité de la seigneurie de Versailles à Jean-François de Gondi archevêque de Paris : « le 8 avril 1632, fut présent l'illustrissime et révérendissime Jean-François de Gondi, archevêque de paris, seigneur de Versailles, reconnaît avoir vendu, cédé et transporté…à Louis XIII, acceptant pour Sa Majesté, messire Charles de l'Aubespine, garde des sceaux et chancelier des ordres du roi, et messire Antoine Rusé, marquis d'Effiat, surintendant des finances, etc.., la terre et seigneurie de Versailles, consistant en vieil château en ruine et une ferme de plusieurs édifices ; consistant ladite ferme en terres labourables, en prés, bois, châtaigneraies, étangs et autres dépendances ; haute, moyenne et basse justice…avec l'annexe de la grange Lessart, appartenances et dépendances d'icelle, sans aucune chose excepter, retenir, ni réserver par ledit sieur archevêque, de ce qu'il a possédé audit lieu de Versailles, et annexe de la grange Lessart, jouir par Sa dite Majesté et ses successeurs rois, comme de choses appartenantes. Cette vente, cession et transports faits, aux charges et devoirs féodaux seulement, moyennant la somme de soixante-six mille livres, que ledit sieur archevêque reconnoît avoir reçues de Sa dite Majesté, par les mains de…, en pièces de seize sous, de laquelle somme il se tient content, en quitte Sa dite majesté et tout autre, etc.» (3). Une version mentionne en marge un ancien château comprenant cinq grandes travées de logis , trois autres à côté, deux tournelles, sur le portail un colombier, deux cours et un enclos le tout contenant 4 arpents. Cette annotation est la seule décrivant les bâtiments.
- La vente par Marg
uerite Lebrun, agissant pour Jean Martin d'une maison proche le chasteau, mais non située, plus 42 arpens sur parties desquelles le roi a fait bastir son chasteau ou fait faire son jardin et parc. La description se trouve dans un arpentage de 1624, malheureusement non retrouvé. La vente faite moyennant 16.000 livres, y compris les dommages et intérêts et la non jouissance de cette maison et héritages depuis huit ans . Cette phrase résume bien la phase où le roi s'est dispensé d'achats pour construire sa résidence. Le sieur Martin est contrôleur au service du frère du roy!

La suite a fait l'objet d'une littérature abondante, et là, s'arrêtent nos chroniques sur Versailles.

 

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