Dominique de Vic, un enfant devenu prieur de Longpont

Chronique du Vieux Marcoussy --Marcoussis--------------- _------------------------------_----- Mars 2009

Foy et hommage du prieur Dominique de Vic au pape Clément VIII.

C. Julien

 

 

 

Cette chronique relate la vie d'un prieur commendataire de Longpont, qui reçut le bénéfice du couvent Notre-Dame à la fin du XVIe siècle. Aussi surprenant que cela puisse être, le prieur était un enfant âgé de onze ans lors de la prise de possession du monastère.

 

 

Le prieuré Notre-Dame de Longpont

Nous ne rappellerons pas l'histoire du prieuré de Longpont qui est donnée par Jules Marion dans son introduction au Cartulaire de Longpont, et plus récemment par Michel Réale dans son ouvrage sur la Basilique (1). Etant placé dans l'obédience clunisienne, le prieuré de Longpont n'a jamais été électif; c'est bien le contenu de la bulle accordée à la congrégation de Cluny par le pape Alexandre IV reprise dans un vidimus de 1320 «  conventualis non tamen electimus existit  ». La nomination du prieur était réservée par l'abbé de Cluny sur proposition de la Diète Générale. Depuis le XVe siècle, la commende a été introduite à Longpont par la réforme conduite par le prieur Guillaume de Condac, faisant suite aux désastres de la guerre de Cent ans. Dès lors, l'administration du bénéfice prieural a été donnée à un ecclésiastique ou à un laïc.

Rappelons avant de continuer que le régime commendataire qui était d'usage depuis des siècles fut définitivement réglé en France par le concordat de Bologne de 1516 entre le pape Léon X et le roi François 1er . En supprimant les élections canoniques, le roi nommait à la tête des couvents des personnages, qui bien souvent, ne résidaient pas dans leur monastère mais en prenaient la plus grande part des revenus. À partir de 1534, date d'entrée en fonction de Guillaume Raguyer, des évènements extérieurs vont troubler le prieuré de Longpont. C'est le saccage du prieuré par les troupes huguenotes du prince de Condé, en 1562. Les moines se sont réfugiés alors dans leur succursale de Paris, le prieuré de Saint-Julien-le-Pauvre, emportant une petite partie des reliques et des titres du prieuré.

Le désastre est énorme après le passage des huguenots et des reîtres de Louis de Condé. Refusant les images pieuses, les réformés décapitent toutes les statues du portail, incendient en partie les bâtiments conventuels, ravagent et dispersent la ferme de Longpont, la bibliothèque et les archives du couvent. En fonction lors de ces évènements, le prieur Guillaume Raguyer renonce à son priorat en 1565. On ne compte pas moins de huit prieurs commendataires dans la décennie suivante (2).

 

 

La famille de Vic

Avant d'être une famille parisienne influente de la noblesse de robe, les sieurs de Vic (orthographié quelquefois " de Vicq ") étaient installés dans le sud de la France. Nous trouvons Pierre de Vic marié à Marie Duèze, beau-frère du pape Jean XXII. Deux de leurs fils, Jacques et Arnaud coiffèrent le chapeau de cardinal. Au XVe siècle, les de Vic sont des magistrats et conseillers du Roi dans différentes juridictions.

Nous connaissons un des membres de cette illustre famille qui fut seigneur de Villiers-sur-Orge. Ayant acheté la seigneurie de Villiers à Charles Postet, écuyer, Guillaume de Vic devient vassal du sire de Guillerville dont la terre de Villiers est dans la mouvance «  dame Marie de Montauban a aussy reçu à foy et hommage Messire Guillaume de Vic pour raison du fief qui fut à Charles Postet, écuyer assis à Villiers sur Orge tenu et mouvant de ladite seigneurie de Guillerville par acte du 19 octobre 1457  ». Guillaume de Vic était un magistrat, conseiller au Parlement de Paris sous Charles VII «  tam in camera Parlamenti nostri Parisius  ». Il avait été élu le 26 janvier 1434 au siège de feu Guillaume Lailler et reçu officiellement le 20 février suivant. Nous trouvons un de ses descendants, Guillaume de Vic nommé archiprêtre de Doazit qui consentit à Roger de Laborde de Péboué le droit de banc et de sépulture dans l'église du Mus, le 14 septembre 1587.

Le père Anselme nous renseigne sur la famille de Vic qui se rapporte à Longpont. Raymond de Vic , seigneur de Camarde et de Tavers est le patriarche de la famille. Il épousa une citoyenne romaine nommée Julie de Marcadantis dont on lui connaît un fils unique prénommé François, homme d'armes des ordonnances du roi. De son second mariage avec la comtesse de Sarred, Raymond eut trois enfants :

•  Merry 1 er de Vic , chevalier, seigneur d'Ermenonville était maître des requêtes sous les Valois, président du Parlement de Toulouse et conseiller du roi sous Henri IV, et enfin garde des sceaux de Louis XIII en 1621.

•  Dominique de Vic, dit le capitaine Sarred fut un illustre soldat qui accompagna Henri de Navarre pendant les guerres contre la Ligue. En 1562, Dominique de Vic-Sarred servait le duc d'Anjou, futur Henri III, comme écuyer tranchant et devenait l'un des neuf Gentilshommes de la maison de Monsieur . Le " fidèle cavalier à la jambe de bois " d'Henri IV reçut successivement la charge de vice-amiral de France, gouverneur de Saint-Denis (1591) et d'Amiens (1594), ambassadeur en Suisse (1604) et conseiller d'Etat (1610) . La paix de Vervins ayant rendu le Calaisis à la France , le roi Henri IV en donna le gouvernement à son fidèle et vaillant «  capitaine Sarred  », l'oncle de notre prieur. Il mourut sans enfants à Calais le 14 août 1610, âgé de 59 ans, laissant sa veuve Jeanne de Morainvilliers, héritière des barons de Maule (3).

•  Denise de Vic épousa Antoine Chaudet, seigneur de Lassenay, secrétaire du chancelier de Cheverny.

Les deux frères de Vic étaient devenus des serviteurs très influents du roi Henri IV. En confiant le gouvernement de Calais à Dominique de Vic, le roi trouva chez cet officier déjà éprouvé l'actif concours qu'il pouvait attendre de ses plus dévoués et zélés serviteurs. Dans les premières années du XVIIe siècle, de Vic-Sarred reconstruit les fortifications de Calais pour éviter les invasions étrangères par la mer en rétablissant la digue de Sangatte, en couvrant la porte de la citadelle et travaillant au quai par où les Espagnols avaient pénétré (4). Merry de Vic, le frère aîné était moins intrépide et fit carrière dans la magistrature.

 

 

Merry de Vic prieur de Longpont

Ainsi, nous voyons Merry 1er de Vic devenir maître des requêtes du roi Henri III lorsque ce prince n'était encore que duc d'Anjou. La charge lui est attribuée par lettres du 26 novembre 1581 en remplacement de Jean Vetus. C'est un diplomate apprécié qui négocie avec les Ligueurs et est envoyé en ambassade auprès des Cantons helvétiques. Puis, en 1578, il est mis en possession du prieuré Notre-Dame de Longpont en tant que prieur commendataire. Il est le quarante-sixième prieur depuis la fondation du prieuré en 1061. Merry de Vic fut fait président du Parlement de Toulouse le 23 juin 1582 et quitta cette fonction en 1597 pour devenir intendant de justice en Guyenne.

À cette époque, une quinzaine d'année après la destruction de Longpont par les Huguenots du prince de Condé, il fallait reconstruire et rétablir le temporel du prieuré. Malgré tous les désordres, il semble que les revenus aient été importants pour faire vivre six moines se partageant le tiers-lot du temporel «  pour la nécessité et le proffit du prieuré, ses revenus & esmoluments, après avoir traité avec les religieux, ensemble ». Toutefois, l'économie de Longpont ne semble pas très florissante puisque neuf prieurs commendataires étaient passés en l'espace de 16 ans. Quand le nouveau prélat «  Louis Dannet, prieur commandataire du prieuré de Longpont, seigneur temporel dudit lieu  » prend possession de Longpont en 1565, il constate le désastre «  iceulx lieulx en ruyne et désolation, même le moulin de la Chaussée avec ses appartenances tellement que n'étoit en état pour mouldre ni habitable, estoit inutile et de nul proffit et par conséquent lesdits quatre muys de grain ne pourroit estre pris. Le prieur avec une ordonnance du prévost de Montlhéry a fait visité icelluy moulin par massons & charpentiers et trouvé utile de faire pour le rétablissement d'icelluy moulin jusqu'à la somme de 600 livres , faire aussi curer la rivière, tant au dessus qu'au dessous sur une lieu, pour plus de 800 livres , la rivière estoit comblée assablée et n'avoit son cours et vidange faisant un moyen en grand abandon et la roue n'a pas de vannes et vannage dudit moulin inondées engorgées et empeschant icelluy de mouldre...  ».

En ce temps, l'affermage des prairies de l'Orge était une source de revenus importants. Bien évidemment Merry de Vic ne vient que très rarement à Longpont; il emploie un procureur, son fondé de pouvoir qui tient les affaires en mains. Ainsi, Henry Gardien, laboureur demeurant à Villiers loue 5 quartiers de pré pour 6 ans moyennant une redevance annuelle de 15 livres 10 sols. Le bail à ferme de la tierce partie des dixmes de la chapelle de Champlan revient à 16 septiers de grains, 2/3 de bled, 1/3 aveyne . Le 31 mai 1578, le fondé de procuration du prieur Merry de Vic passe un bail à ferme à André Ferré, curé de Saint-André d'Auffargis pour la perception «  des dixmes de la paroisse dudit Auffargis pour une année seulement moyennant 23 écus un tiers d'or sol  ». À maintes reprises, pour la raison de partage des lots du couvent, un second acte est passé le même jour par la communauté des religieux et le prieur conventuel du prieuré.

Le prieur commendataire continue la gestion de ses prédécesseurs et n'hésite pas à poursuivre les censitaires mauvais payeurs. Le 4 juin 1578 une sentence de la justice de Longpont est donnée au profit de Mery de Vic, prieur commendataire de Notre-Dame de Longpont contre Jean Ruelle, dit Barbier, qui condamne ce dernier à payer audit prieur 8 sols 3 deniers parisis de cens à prendre sur 5 quartiers de vigne audit terroir et lieu-dit les Prés Neufs, plus 14 sols 3 deniers parisis et un quart de chapon de cens sur un quartier de terre au chantier des Trois Noyers et à passer titre nouvel.

Le 27 mai 1578, un bail à ferme est passé devant Boisneuf, notaire, par Messire Mery de Vic, prieur commendataire du prieuré N.-D. de Longpont à Denise Hubert, veuve de feu Nicolas Berthoys, et Jean Secourge, demeurant à Charcoix de 62 arpents de terre en une pièce assis au terroir de Bondoufle à la réserve de 2 arpents à choisir sur ladite pièce, le bail pendant 9 ans moyennant 2 muids de grain 2/3 bled meteil 1/3 avoine et 6 chapons par chacun an.

Depuis 1568, le moulin de Grotteau appartenant au lot du prieur est en pleine exploitation. L'année précédente de l'installation de notre jeune prieur, son prédécesseur Nicolas Legay baillait à titre de ferme et moison de grain jusqu'à troys ans à Jacques Couleau, musnier de Linois, le moulin de Grouteau. Outre le loyer versé au prieur, le preneur est tenu de moudre franchement audit moulin, les grains qu'il conviendra pour «  la provision & aumosne des religieux & maison audit prieuré de Longpont, iceux grains aller quérir et ramener au prieuré & outre moyennant troys muids huit septiers de grains deux tiers bled mestail, un tiers mousture  ».

Merry 1er de Vic ne garda pas longtemps le bénéfice de Longpont. Il fut remplacé par Lucien de La Fontaine , clerc du diocèse de Rouen, par la bulle du pape Grégoire XIII datée du 11 des calendes d'août 1581. La prise de possession fut exécutée par Dom Lambert, fondé de procuration du nouveau prieur. Finalement, Merry de Vic se maria quelque temps plus tard et ne put plus prétendre tenir une charge ecclésiastique. Ainsi la famille de Vic perdait le bénéfice de Longpont, une rente appréciable qu'elle n'allait pas tarder à recouvrer !

Merry épousa Marie Bourdineau, fille de Jacques Bourdineau, seigneur de Baronville et d'Anne Gartaut par contrat passé à Orléans le 2 février 1588. Il mourut le 2 septembre 1622 à Pignan, au cours d'un voyage en Languedoc. De son union avec Marie Bourdineau, Merry de Vic eut neuf enfants (selon le père Anselme) qui sont par ordre de naissance :

•  Dominique l'aîné est né à Paris en 1588. C'est l'enfant qui devint prieur commendataire de Longpont. Selon l'usage qui avait cours dans la famille, l'aîné des garçons ne poursuit pas une carrière militaire mais entre dans les ordres ecclésiastiques.

•  Gédéon , maréchal des camps et armées du roi, cornette de la compagnie des deux cents chevaux légers de la Garde ordinaire, devient seigneur d'Ermenonville à la mort de son père. Il mourut le 26 février 1636. Il avait épousé Catherine de Boulainvilliers par contrat du 29 avril 1621 et eut cinq enfants dont le fils aîné Dominique III de Vic héritier d'Ermenonville. Nous donnons un extrait du contrat de mariage de celui-ci «  Entre Dominique de Vicq comte d'Armenonville, fils de feu Gédéon de Vicq, écuyer, cornette des chevau-légers du Roi, et de Catherine de Courtenay, avec Marie, fille de Gabriel de Bard, écuyer, sieur de Silly, et d'Antoinette de Buronnet, avantagée d'une dot de 20.000 livres , dont moitié entrera dans la communauté; l'autre sortant nature de propres à la future. En cas de prédécès du futur, celle-ci aura pour gain outre ses habits robes bagues et joyaux et les habits, armes, chevaux, carrosse et bagues du futur, lesdites bagues estimées 3.000 livres , qu'elle pourra à son gré prendre en argent  ».

•  Charles fut abbé de N.-D. de Gourdon, dite la Nouvelle et de Froimont. Il mourut le 10 septembre 1650.

•  Merry II mena plusieurs carrières. Il suivit d'abord les traces de son frère Dominique en recevant des bénéfices ecclésiastiques dans le diocèse d'Auch. Puis fut promis, le 13 décembre 1625, en mariage à Louise de Lorraine, dame de Romorantin, mais le contrat n'eut pas d'effet. Il devient seigneur d'Ermenonville à la mort de son frère. Finalement, il épousa Madelène Aubert et mourut le 18 février 1682.

•  Denise-Claire , née en Italie fut mariée deux fois, en premières noces à Pierre Gamain, maître des requêtes et en secondes noces à Jean Sevin, conseiller au Parlement, seigneur de La Grange et de Bizay.

•  Eléonore fut prieure de Saint-Michel de Crespy-en-Valois, morte en 1676.

•  Charlotte épousa Léonard Le Genevois, baron de Bleigny.

•  Denise a été mariée à François de Grené, seigneur de Courcelles-en-Brie, morte le 16 décembre 1676.

L'église Saint-Nicolas-des-Champs à Paris a été construite en même temps que l'église de Montainville. Une chapelle y est édifiée en 1617 pour honorer la famille de Vic. Frans Pourbus le jeune peindra «  La Vierge de la famille de Vic  » splendide toile où l'on voit le portrait des donateurs, Dominique et Merry de Vic (5). Un roi, sans doute Charlemagne, entouré de saints est agenouillé devant la Vierge. Le donateur, Dominique de Vic, se trouverait à gauche tandis que son frère, Merry, occuperait l'extrémité droite. Il se peut donc que ce tableau ait été commandé par la famille de Vic pour l'église d'Ermenonville, bien que le maître-autel de l'église soit décoré d'une toile de Finsonius commandée à la même époque.

Généalogie simplifiée de la famille de Vic au XVIIe siècle.

 

 

Le prieur-enfant à Longpont

Le père et l'oncle de Vic, les hommes du premier cercle du roi, œuvrèrent à la Cour d'Henri IV pour obtenir un bénéfice ecclésiastique à la famille sur la tête du jeune Dominique. Désirant gratifier les sieurs de Vic, le roi approuve une telle décision «  en considération des grands et recommandables services qu'ilz font deslong temps à sa Magesté  ».

Le 13 septembre 1597, une bulle du pape Clément VIII fait don audit Dominique de Vic, des provisions de ladite abbaye du Bec-Hellouin. Un parchemin donne la formule du serment que devra prêter Dominique de Vic, abbé commendataire du Bec-Hellouin au diocèse de Rouen. L'original est envoyé par la cour de Rome et scellé de la bulle du pape. L'enregistrement du serment signé est fait le 13 février 1598. Le même jour, nous trouvons un procès verbal du serment et de la prise de possession de ladite abbaye au nom de Dominique de Vic.

Ce bénéfice n'était pas suffisant pour les intérêts de la famille; il fallait recouvrer le priorat commendataire de Longpont perdu par le père au temps de son mariage. Le prieur Nicolas III Le Gay, clerc de Paris entré en possession de Longpont par la bulle du papale de 1592, avait été relevé de ses fonctions au début de l'année 1597. Dans sa bulle datée du 6 des calendes de mars 1597, le pape Clément VIII, accorde à Messire Dominique de Vic, clerc du diocèse de Paris, les droits à l'effet de prendre possession du prieuré de Longpont «  Venerabilitus & Deo notra viria priori claustrali & religiosa prioratua conventualis non tamen electrini de Longo Ponte alias Longpont Cluniacensis ordinia Parisencia diocesia… delecto Dominico de Vic clerico parisien…  ». L'édit pontifical précise donc que le bénéfice n'est pas électif.

Le 13 mars 1599, Messire Dominique de Vic, résignataire de Messire Nicolas Le Gay, donne procuration à Messire François Vatonne, à l'effet de prendre possession du prieuré de Notre-Dame de Longpont. La réception de Messire Dominique de Vic au prieuré N.-D. de Longpont est donnée par Claude Lecourt, official de Paris, le 7 avril 1599 «  Prioratus de Longo Ponte alias Longpont cluniacensis ordinia parisensia diocesia  … ». La prise de possession du prieuré est donnée à Messire Claude Courtin, prêtre et vicaire perpétuel de la paroisse de Longpont, «  fondé de pouvoir de Messire Dominique de Vic pourvu dudit prieuré par lettres obtenue en Cour de Rome  ». L'acte est établi par maître Lecousturier, notaire au Châtelet de Paris, le 1er mai 1599.

Finalement, le nouveau prieur rend foy et hommage au pape Clément VIII au mois de juillet suivant «  Ego, Domineus de Vic, perpuns commandatarius Prioratus de Longo Ponte alias Longpont, Cluniaco ordinis parisien dicto abbae Becca mantea fidelis et obediens ero beato Petro sancte Roman ecclesie et duo nostro domino Clementi p.p. VIII fuit successoribus canonice intrantibus in consilio aut consensu vel facto et vitam pervat …  ». Le nouveau prieur de Longpont présenta ses devoirs devant le légat pontifical.

Un enfant de 11 ans était devenu le 51ème prieur de N.-D. de Longpont !!! Plusieurs exemples peuvent être donnés concernant de bénéfices ecclésiastiques occupés par des enfants. Louis, fils aîné de Charles de Valois, devint en 1608, à l'âge de 13 ans, abbé commendataire de la Chaise-Dieu. De même, en 1611, le marquis de Villeroy obtint de la reine, pour son petit-fils Camille de Neufville, né à Rome le 22 août 1606, la prestigieuse et riche abbaye d'Ainay à Lyon lui faisant également accorder par le pape un bref pour qu'il puisse jouir de ce bénéfice avant l'âge canonique. Après la résignation d'Antoine de Nérestang, abbé de l'Isle-Barbe, Camille prit cette charge en 1618, alors qu'il venait de fêter son douzième anniversaire. Filleul de Camille Borghèse, pape sous le nom de Paul V, il fut archevêque et comte de Lyon, primat des Gaules de 1653 à 1693 (6). C'est son père le marquis d'Halincourt qui se charge des affaires courantes des abbayes, entreprenant des travaux d'aménagement et des réparations nécessaires pour remédier aux désordres des guerres de religion et du passage des Huguenots en 1562.

Un troisième «  tres hault et tres puissant seigneur  » reçut des lettres d'accession au siège épiscopal de Metz et, âgé de dix ans et demi en 1612, devint évêque de cette ville à la mort d'Anne de Péruse d'Escars, cardinal de Givry. Il s'agit de Gaston-Henri de Bourbon-Verneuil, fils légitimé du roi Henri IV et d'Henriette de Balsac d'Entragues, celui que le futur Louis XIII appelait « féfé Verneuil  » par affection. Non sans arrière-pensée politique, Henri IV avait proposé le chapeau de cardinal pour son fils sortant à peine du berceau. Le pape Paul V refusa de nommer l'enfant, qu'il trouvait, avec raison, beaucoup trop jeune; mais, lui offrit l'épiscopat de Metz à titre de dédommagement (7).

Nous n'avons que peu d'éléments concernant l'éducation du jeune prélat. Dans un premier temps, il suivit le Chancelier son père à son ambassade en Suisse dont les instructions lui avaient été baillées le 29 juillet 1600. Le 16 décembre 1601, Merry de Vic était chargé avec le maréchal de Biron et le marquis Nicolas de Sillery de procéder au renouvellement de l'alliance avec les Suisses.

Nous avons l'indication que Dominique fut étudiant à Orléans puisque, dans un acte du 15 septembre 1607, Denys Boucher, docteur en théologie et en droit, chancelier de l'université d'Orléans, atteste la qualité de bachelier en droit dudit Dominique de Vic. Une seconde expédition du même acte est faite le même jour. Le 31 octobre 1610, les lettres de Louis XIII portent que pour rester en possession de ladite abbaye du Bec-Hellouin, qui lui venait de son père, le conseiller d'État, et de son oncle, l'amiral gouverneur de Calais, «  ledit Dominique de Vic sera tenu de payer pension à Merry de Vic son frère  ».

Plusieurs autres lettres indiquent des relations difficiles entre le père et le fils :

  • 19 avril 1611 - Lettre de Merry de Vic à Dominique de Vic, abbé du Bec, son fils, le tançant vertement et lui ordonnant de rentrer à Paris pour y continuer ses études ; Fontainebleau.
  • 20 avril 1611 - Lettre de Frère Jacques Suares de Sainte-Marie (1552-1614) à l'abbé du Bec, le grondant affectueusement sur sa conduite ; Paris.
  • 3 mai 1611 - Lettre de Marie de Médicis à Dominique de Vic, lui ordonnant de venir à Paris sur-le-champ ; Fontainebleau.
  • 29 juin 1611 - Lettre de Jean de Bonzi, évêque de Béziers, à Dominique de Vic, abbé du Bec, l'exhortant à se réconcilier avec son père ; Paris.
  • 19 décembre 1611 - Lettre de Méry de Vic à son fils Dominique, abbé du Bec, touchant leurs affaires de famille ; Chizé.
  • 6 juillet 1614 - Lettre des prieur et religieux de l'abbaye Notre-Dame du Bec (Le Bec-Hellouin, Eure) à Dominique de Vic, leur abbé commendataire, sur les affaires de l'abbaye.
  • 22 juillet 1615 - Lettre du prieur du Bec à l'abbé Dominique de Vic, touchant les affaires de l'abbaye ; Le Bec.
  • 2 avril 1622 - Lettre de Luillier à Dominique de Vic, abbé du Bec, sur les affaires personnelles de ce dernier ; château de Moran.

Toutefois en 1619, Dominique est toujours sous la tutelle de son père. Une promesse d'Omer Talon est faite le 8 octobre 1619 à Merry de Vic afin de servir, à telle personne qu'il lui plaira de désigner, une pension sur les revenus de la cure de Saint-Germain, dont l'abbé du Bec, fils dudit M. de Vic, a gratifié ledit Talon.

 

 

Le priorat de Dominique de Vic à Longpont

L'abbé du Bec et prieur de Longpont accumule charges et fonctions. Un brevet de conseiller d'État est accordé le 3 février 1622 par Louis XIII, audit Dominique de Vic, abbé du Bec-Hellouin, avec attestation de sa prestation de serment. Depuis sa nomination, de nombreux actes concernent le priorat de Dominique de Vic à Longpont.

Il semble que le père du jeune prieur agisse comme tuteur avant une émancipation éventuelle. Le 1er juin 1598, un bail à ferme est passé par messire Merry de Vic, au nom de Dominique de Vic, prieur de Longpont à Louis Delarne, prêtre et More Ruesse, marchand demeurant à Longpont de 6 arpents de pré assis près le Perray, moyennant 86 livres et 2 chapons par an. Le même jour un bail à ferme est passé par le prieur comandataire du prieuré à Albert Asselin, marchand à Montlhéry, de 7 quartiers de pré assis au bas des Buttes en la prairie de Longpont, ledit bail pour 3 ans moyennant 4 écus et 1 chapon par an.

Un bail à cens et rente est passé le 16 juillet 1600 par le fondé de pouvoir de messire Dominique de Vic, prieur dudit Longpont, à Pierre Gouffier, jardinier, demeurant à Longpont, de 5 quartiers et demy de vigne en deux pièces, assis audit vignoble et chantier des Tuyaux, moyennant 2 sols 9 deniers parisis de cens et 45 sols de rente payable chaque an le jour Saint-Rémy. Le 10 août, Pierre Hanias, vigneron demeurant au Mesnil, paroisse de Longpont déclare «  un demy arpent de terre de friche de vigne, assis au dit vignoble, chantier des Trois Noyers, chargé de 18 deniers de cens et 60 sols de rente payable le jour Saint-Rémy  ». Le même jour, un bail à cens et rente est passé «  par ledit seigneur prieur à Jacques Coquillard, vigneron demeurant à Longpont d'un quartier de friche de vigne sans aucun échalas, assis au vignoble de Longpont, chantier des Tuyaux, moyennant 12 deniers de cens et un écu sol de rente payable le jour Saint-Rémy  ». Le 13 décembre 1601, le même vigneron déclare 3 quartiers de vigne en friche en trois pièces joignantes l'une l'autre assis audit terroir, lieudit les Trois-Noyers moyennant 18 deniers parisis de cens et 30 sols tournois de rente foncière.

Le 21 janvier 1605, une commission pour messire Dominique de Vic, prieur comandataire de Longpont est faite contre le seigneur de Plessis-Pâté, pour être payé de 20 écus de rente que ce dernier lui doit en conséquence d'un échange fait entre eux (8). Le 9 juin 1608. Pierre Gouffier, Jacques Coquillard, vignerons demeurant à Longpont, prennent un bail à ferme d'une pièce de pré appelée les Buttes sçise en la prairie de Longpont , contenant 10 arpents, moyennant 18 livres par an.

Le 30 juin 1608, une sentence de la prévôté de Montlhéry obtenue par lesdits Religieux de Longpont condamne Fiacre Le Fort à payer auxdits Religieux la somme de 9 livres tournois d'une part et 4 sols 6 deniers parisis d'autre part pour trois années d'arrérages de cens et rente dues auxdits Religieux à cause de 60 sols tournois de rente et 18 deniers parisis de cens qu'ils auroient droits de prendre et percevoir chacun an le jour de Saint-Martin d'hyver, sur 3 quartes de vignes au terroir de Longpont lieudit la Rangée.

La vente d'un quartier et demi de vignes en friche assis au vignoble de Longpont, chantier des Thuaux en la censive du prieuré est faite le 10 mai 1610 par Jacques Dubois, huissier demeurant au château de Villebouzin à Messire Dominique de Vic, prieur de Longpont pour ses successeurs audit prieuré, la vente faite moyennant 6 ecus d'or sol payés audit Dubois.

Le 1er janvier 1612, Mathieu Bligny, notaire royal à Montlhéry, procureur de messire Dominique de Vic, prieur de Longpont, reprend «  les cahiers des anciens baux à ferme des droits et biens du prieuré de Longpont par de différents particuliers  ». Le 3 août 1615, un bail à ferme est passé par messire Dominique de Vic, prieur de Longpont, à Pasquier Peuvrier et Jacques Goix, vignerons demeurant à Longpont, pour 10 arpents de pré ou environ appelés les Buttes. Ledit bail pour huit ans, moyennant 40 livres par an.

Le 28 mai 1612, un bail à ferme est passé par le fondé de procuration de messire Dominique de Vic, prieur de Longpont à Denis Berthaut, vigneron demeurant à Longjumeau. Ledit bail pour six ans, à charge de payer le gros du curé de Champlan et au prieur 42 livres et un chapon gras. Le 1er mai 1626, le même Denis Berthaut renouvelle le bail à ferme des dîmes de la paroisse de Champlan. « ledit bail pour six ans, moyennant 4 septiers de grains au curé dudit lieu [Champlan] et audit prieur 48 livres par an ».

En 1620, «  vénérable personne messire Hillaire Masnet, aumosnier ordinaire de messire Dominique de Vic et aumosnier ordinaire du Roy, abbé Aubert, prieur et seigneur de Luynes lequel se portant fort du seigneur de Vic baille le moulin de Grouteau à Michel Gripon, musnier demeurant au Breuil  ». À cette époque, le moulin est dans la mense prieurale. Le bail d'affermage est passé en 1624, 1626 et 1628 à Mischel Tamponnet ; musnier au moullin de Grousteau, puis en 1629, Michel Tamponnet «  cedde et transporte le bail à Gervais Rayer meunier de Savigny, le moulin de Grousteau, à la charge de payer au prieur de Longpont, propriétaire dudit moulin, la somme de 360 livres et six chappons gras pour Noël  ».

Le 12 janvier 1621, un bail à ferme est passé devant Bligny, notaire, par l'aumônier de messire Dominique de Vic, prieur commendataire du prieuré de Longpont, à Jérémie Martin, vigneron demeurant au Mesnil, paroisse de Longpont de 7 quartiers de pré assis en la prairie dudit Longpont, ledit bail pour 6 ans moyennant 27 livres par an. Deux jours plus tard, c'est Jacques Goix, marchand demeurant à Longpont qui prend le bail d'une pièce de pré contenant 10 arpents sçis en la prairie dudit Longpont. Le bail est fait pour six ans, moyennant 90 livres par an.

 

 

Le concordat de 1621

Il faut croire que la famille de Vic était pugnace en affaire, puisque dès la réception de la provision du pape, un traité est passé entre le prieur commendataire et les religieux de Longpont pour partager les revenus du temporel et définir les lots de chacun. Ce concordat et celui accepté en 1621 seront les références pour le futur «  Concordat passé entre Messire Dominique de Vic, abbé du Bec, prieur commendataire du prieuré N.-D. de Longpont et lesdits Religieux composant la communauté dudit prieuré portant règlement de ce qui sera fourni et payé chaque année par ledit prieur auxdits Religieux pour leur subsistance…  ».

Le 22 mai 1621, un nouveau concordat est passé entre Messire de Vic, abbé du Bec, prieur comandataire du prieuré de Notre-Dame de Longpont, et les six religieux composant la communauté du prieuré de Longpont, portant règlement de ce qui sera payé et fourni chaque année par ledit prieur aux dits religieux pour leurs subsistances et leur tenir lieu de partage. «  Monseigneur de Vic réduisit les le nombre de Religieux à six, et il y en avoit quatre titulaires comme ils étoient avant luy et comme ils sont encore aprésent, sçavoir l'aumosnier, le chambrier, le chantre et le sacristain avec deux mensionaires, non compris le curé, qui n'a que son gros, ses petites rentes pour les fondations et point de mense  ». Par un traité qu'il fit avec lesdits religieux, il donna pour chaque mense une somme en argent et des parties de récoltes. «  Dans ladite somme de 2.705 lt n'est pas compris huit septiers de bled pour les aumosnes généralles et particulières et les Religieux n'avoient point d'autres charges. Outre cette somme de 2.705 lt, ils avoient environ trente arpens de prez aussy des censives et des petites rentes pour acquitter les charges de leur couvent  ».

Sous les priorats suivant le problème du partage du temporel revient de façon récurrente, chaque nouveau prieur essayant d'arracher quelques avantages des mains des moines de Longpont. Le contentieux avec les moines recommence le 9 avril 1629 par la sentence de la prévôté de Montlhéry obtenue par les Vénérables Religieux du couvent de Notre-Dame de Longpont contre Claude de Saint-Bonnet de Thouaras. Le successeur du prieur commendataire est condamné à payer aux dits religieux un demi muid de grains pour faire l'aumône accoutumée le jour du Jeudi Saint. Un nouveau concordat sera signé entre les protagonistes quelques mois plus tard.

Un arrêt au Grand Conseil du 21 juillet 1643 condamne le prieur Michel Le Masle et ordonne que la communauté et le nombre de religieux du prieuré de Longpont seront réglés conformément au traité fait en 1621 entre Messire de Vic, abbé du Bec et prieur de Longpont et les Religieux de ce temps et cependant Dom Charles Lenoir rentrera au prieuré de Longpont comme religieux profès et sera payé par provision de sa pension de 300 livres tournois par an.

Tableau donnant les articles de chaque mense moniale du traité du 22 mai 1621.

 

Le 2 janvier 1622, une procuration est donnée par les habitants de Longpont pour les dixmes contre ledit Sieur de Vic, prieur de Longpont et abbé du Bec. Le prélèvement de la dîme de vin pose des problèmes récurrents car l'assiette du droit variait d'un chantier à un autre avec un droit de pressoir (cf. la chronique " Les pressoirs seigneuriaux à Longpont ").

Selon Jules Marion, Dominique de Vic abandonna le bénéfice prieural de Longpont en 1628. C'est le temps où, devenu coadjuteur de l'archevêque d'Auch, il était titulaire de nombreux bénéfices.

 

 

Monseigneur le coadjuteur d'Auch

Dominique de Vic eut une brillante carrière au sein de l'Église. Outre les titres d'abbé du Bec, de prieur de Longpont, la charge de conseiller d'Etat et de membre du Conseil Privé du roi en 1621, il fut nommé évêque coadjuteur de l'archevêché d'Auch dont il eut les bulles adressées par le pape Urbain VIII le 27 janvier 1624. Dominique de Vic ne résigna pas le priorat du Bec et en tint la commende jusqu'à sa mort. Les religieux eurent beaucoup à lutter pour obtenir de lui un partage équitable des revenus de l'abbaye. L'homme était connu pour son âpreté en toute affaire.

La première reçue par Dominique de Vic, comme archevêque de Corinthe, lui confère la coadjutorerie de l'archevêché d'Auch. Une seconde adressée au clergé du diocèse d'Auch pour lui signifier ladite nomination de Dominique de Vic comme coadjuteur. Une autre adressée à l'archevêque d'Auch, Léonard [Tryspes], et aux évêques ses suffragants, pour leur signifier de recevoir ledit Dominique de Vic comme coadjuteur. Une quatrième adressée audit Dominique de Vic, pour lui accorder les provisions de son abbaye du Bec-Hellouin avec une lettre portant absolution de toute peine ou censure ecclésiastique qu'il pourrait avoir encourue. D'autres bulles sont envoyées à tous vassaux de l'archevêque d'Auch, pour leur signifier de reconnaître ledit Dominique de Vic comme son coadjuteur, aux officiaux de Paris et d'Auch, pour leur mander de faire prêter serment audit Dominique de Vic comme coadjuteur de l'archevêque d'Auch, aux fidèles du diocèse d'Auch, pour leur mander de reconnaître ledit Dominique de Vic comme coadjuteur, enfin audit Dominique de Vic, pour lui donner les provisions de son archevêché de Corinthe. La formule du serment que celui-ci devra prêter fut envoyée le 28 janvier 1624.

Le 6 février 1625, les lettres des cardinaux inquisiteurs romains portent pouvoir pour cinq ans, audit Dominique de Vic, coadjuteur d'Auch, d'absoudre toutes personnes ecclésiastiques ou laïques du crime d'hérésie dans le ressort de son archevêché.

Le 27 janvier 1624, une bulle du pape Urbain VIII est adressée au chapitre d'Auch pour lui mander la nomination qu'il a faite dudit Dominique de Vic comme coadjuteur de l'archevêque. Le 10 février 1626, un procès-verbal en la maison commune d'Auch de la lecture et de l'enregistrement de la bulle du dit Pape, porte la nomination de Dominique de Vic comme coadjuteur de l'archevêque et son successeur.

Un conflit éclata le 14 février 1626 entre Dominique de Vic et Pierre Huc, vicaire général de l'archevêque d'Auch qui produisit un acte d'opposition à la prise de possession de la coadjutorerie d'Auch par ledit Dominique de Vic, introduit en la maison abbatiale de Saramon. La requête au Parlement fut faite par le chapitre d'Auch pour que Dominique de Vic soit admis à prendre possession de sa coadjutorerie en dépit de l'opposition dudit vicaire général. L'acte de prise de possession de ladite coadjutorerie par ledit Dominique de Vic fut délivré le 16 février 1626 et la formule de serment que devra prêter ledit Dominique de Vic comme coadjuteur et futur archevêque d'Auch, envoyée de Rome, signée et scellée de la bulle du Pape.

 

 

Monseigneur l'abbé de Saramon

Plusieurs pièces sont relatives à Dominique de Vic, abbé du Bec-Hellouin, et à son frère Merri de Vic, abbé de Saramon. Le 13 mars 1620 un certificat de confirmation et tonsure fut reçu par Merri de Vic, des mains du trésorier de la cour épiscopale de Paris. La bulle du pape Grégoire XV du 10 mars 1622 porte nomination dudit Merri de Vic, clerc du diocèse de Paris, comme abbé commendataire de Saramon, au diocèse d'Auch. Le procès verbal daté du 11 juin 1624. de la prise de possession de l'abbaye de Saramon, au nom de Merri de Vic, abbé commendataire nommé, par Godefroy de Rochefort, vicaire général d'Auch. La formule du serment, que devra prêter ledit Dominique de Vic comme abbé commendataire perpétuel de l'abbaye de Saramon, est envoyée de Rome et scellé de la bulle du pape Urbain VIII en 1625.

La formule du serment que devra prononcer Merri de Vic, comme abbé commendataire de l'abbaye de Saramon, est envoyée de Rome, signée et scellée. Le 21 mars 1624, les lettres adressées aux religieux et aux vassaux de l'abbaye de Saramon, par Denis Le Blanc, vicaire général de l'archevêque de Paris, commissaire nommé par le pape Grégoire XV, leur signifient les droits dudit Merri de Vic à prendre possession de ladite abbaye (9). La bulle du pape Urbain VIII adressée le 27 mai 1626 audit Dominique de Vic, porte provisions de l'abbaye de Saramon.

 

 

Monseigneur l'Archevêque d'Auch

Depuis 1597, le titulaire de l'archevêché d'Auch était Léonard de Trappes, «  un saint archevêque qui, bien différent des prélats de son temps, s'occupait activement de son diocèse et résidait toujours au milieu de son troupeau  ». L'archevêque mourut au début de l'année 1629 et son coadjuteur lui succéda. «  Illustrissime et Révérendissime Père en Dieu, Messire Dominique de Vic, archevesque d'Auch à tous ceux que ces présentes Lettres verront, Salut en notre Seigneur … ». Une bulle du pape fut adressée le 13 février 1629 à Dominique de Vic, comme archevêque d'Auch, pour lui mander de recevoir le pallium des mains des archevêques de Toulouse et de Paris et de l'évêque de Comminges.

Le 15 mai 1629, un acte de procuration de Dominique de Vic fut donné à Jacques Prunier, clerc du diocèse de Cahors, pour prêter serment entre les mains de l'archevêque de Rouen, comme abbé commendataire de l'abbaye du Bec-Hellouin. Un autre acte de procuration fut donné le 23 mars 1630 à Robert d'Arcy, clerc du diocèse d'Autun, pour recevoir en son nom le pallium, comme archevêque d'Auch, des mains du cardinal Aldobrandini, commissaire du pape, et lui prêter serment. Un reçu de 270 livres est délivré le 8 avril 1630 par Catherine-Alphonsine des Ursins, abbesse du monastère de Notre-Dame d'Hyères, à Dominique de Vic, archevêque d'Auch, pour prix de la pension d'une sœur de ce dernier.

À son arrivée à Auch, en 1629, l'archevêque Dominique de Vic donne un nouvel élan à la construction de la cathédrale, quasiment à l'arrêt depuis 1548, notamment dans les nefs, en partie du fait de l'hypothèque représentée par le cimetière situé en cet endroit. Il faudra bien des tractations, pour arriver à y faire cesser la pratique des sépultures. L'archevêque Dominique de Vic est présent et actif sur le chantier. Il fait venir un architecte parisien, Jean Cailhon et lui commande un travail considérable : le triforium, les voûtes des chapelles, du déambulatoire et de la nef, les meneaux et remplissages des vitraux, le pavement tout entier, le mur de façade ouest, et la tribune d'orgue. Les archives de la ville possèdent d'ailleurs le contrat daté du 16 juin 1629, qui impose à l'architecte d'achever en sept ans la charpente et les voûtes de la nef. Quoique le travail ne soit pas encore terminé en 1641, il reprend, malgré une certaine sécheresse, le modèle exact de l'élévation établie à la fin du XVIe siècle, modèle que les chanoines imposent dans leurs contrats. Les travaux s'accélérèrent donc, à tel point que le gros œuvre était pratiquement achevé, à l'intérieur, à la mort de ce prélat. Vers 1672, les architectes Pierre Mercier et Pierre Miressus édifièrent les tours. L'ensemble fut terminé vers 1680.

Grâce à l'énergie de Dominique de Vic, cette cathédrale est une œuvre impressionnante par ses dimensions : une nef de 104,80 m de long et de 37,20 m de large, des voûtes de 14 m et de 26 m de haut, des tours de 44 m de hauteurs encadrant une façade Renaissance. Malgré l'étalement dans le temps de sa construction, l'unité architecturale a été respectée, et nous avons là une belle cathédrale gothique de style flamboyant pur.

Le 25 septembre 1648, l'archevêque d'Auch signe au bas du contrat de mariage de sont neveu " Dominicque de Vicq, compte d'Armenonville, proche la ville de Cenlis, natif de la ville de Paris, filz de deffunct Gedeon de Vicq, vivant escuyer, compte dudict d'Armenonville, cornette de la compagnie des chevaulx legers du roy et de dame Catherine de Courtenay de Boinvilliers, ledict Dominicque de Vicq aagé et majeur de vingt cinq ans ".

L'ex-plus jeune prieur de Longpont, devenu un des plus influents prélats de France, meurt en 1661 à l'âge de 72 ans.

 

 

Notes

(1) J. Marion, Cartulaire du Prieuré N.-D. de Longpont de l'Ordre de Cluny (Impr. Lyon, 1879) ; M. Réale, La Basilique de Longpont (Ed. Soleil Natal, Etréchy, 1988).

(2) Suite aux destructions et ravages causés par la guerre civile dite «  guerres de Religions  » les revenus du prieuré de Longpont étant réduits à néant, les prieurs commendataires ne gardèrent pas longtemps leur bénéfice. Il fallut attendre la paix civile instaurée par Henri IV pour retrouver une reprise de l'activité économique du Hurepoix.

(3) Dominique de Vic avait perdu une jambe au siège de Sainte-Bazeille-sur-Garonne. Le capitaine Sarred est un bel exemple d'officier royal qui vivait en ces temps troublés de la fin du XVIe siècle. Il passa facilement du service de catholiques comme le duc de Mayenne et le roi Henri III à celui des huguenots en la personne d'Henri de Navarre en devenant lui-même protestant alors que toute sa famille était restée dans le camp de la Ligue.

(4) A. Poirson, Histoire du règne d'Henri IV (Louis. Colas Ed, Paris 1856).

(5) Œuvre classée au titre d'objet MH le 20 février 1905, visible au 254 rue Saint-Martin, quartier du Châtelet les Halles. Au 77 rue du Temple existe l'ancien hôtel de Vic. Le vice-amiral Dominique, de Vic a sans doute habité l'hôtel il aimait beaucoup Henri IV et mourut trois mois après lui, le 15 août 1610, des suites du saisissement qu'il avait éprouvé la veille en passant rue de la Féronnerie. Seulement on est beaucoup plus sûr du séjour de Merri de Vic, garde des sceaux, dans cette propriété, dont il renouvela l'édifice, postérieurement restauré pour Nicolas Chopin, trésorier du marc-d'or, et occupé en 1752 par l'agent de change Papillon.

(6) Camille de Neufville était un dignitaire de l'Eglise. Il est né à Rome le 22 août 1606, second des cinq fils de Charles de Neufville, marquis de Villeroy et d'Alincout, conseiller d'Etat du roi Henri IV et de Jacqueline de Harlay et petit-fils de Nicolas V de Neufville de Villeroy, ancien ministre des rois de France. Il fut archevêque et comte de Lyon, commandeur du Saint Esprit en 1161, abbé de Saint-Martin d'Ainay (ou Esnay), de Lislebarbe et de Foigny, lieutenant général du gouvernement de Lyon et du Lyonnais, Forez et Beaujolais. Il fut sacré dans l'église cathédrale de Saint-Jean de Lyon le 29 juin 1654 et mourut à Lyon le 3 juin 1693 (âgé de 87 ans selon la Gazette de France). Son petit-neveu, François-Paul de Neufville, lui succéda sur le siège de primat des Gaules de 1715-1731.

(7) Gaston-Henri de Verneuil était né 27 octobre 1601, légitimé en 1603, créé duc et pair de Feance En 1652, il se démit de son évêché et de ses bénéfices. Il ne conserva que l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, dont il se démit également en 1668. Lorsque, las de son célibat, il épousa à soixante-sept ans, Charlotte Séguier, veuve du second duc de Sully, l'amie de Mme de Sévigné. II mourut en 1682, sans enfant. Il était, depuis 1666, gouverneur du Languedoc. Sa veuve lui survécut jusqu'en 1704.

(8) Un procès entre Nicolas Le Guay, prieur commendataire résignataire, et Louis de Montbron, seigneur du Plessis-Pâté se poursuivit plusieurs années. Le 17 février 1598, Louis de Montbron est débouté de ses exceptions et défenses. La sentence des requêtes du Palais, du 30 avril 1599 condamne le seigneur des Fontaines et du Plessis-Pâté à payer 20 écus de rente par rapport à la cession de droits seigneuriaux dans la paroisse de Brétigny, Plessis-Pâté, etc. et 5 muids 2 septiers de grains, de 4 chapons par an de bail de 99 années de la ferme des Fontaines et dépendances; lesdites rentes dues de plusieurs années. Le 22 décembre 1601, un arrêt confirmatif de la sentence du 30 avril 1599 est rendu pour messire Nicolas Le Guay, prieur de Longpont contre Louis de Montbron, seigneur de Fontaines et du Plessis-Pâté.

(9) Un abbé a le même rang qu'un évêque.

 

 

 

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