Villeconin des origines à la guerre de Cent Ans

Chronique du Vieux Marcoussy ---------------------------------------- ajout novembre 2011 octobre 2011

Charte de l'acte d'acquisition des dîmes de Villeconin (1219)

JP. Dagnot

C. Julien

 

 

Le but des chroniques relatives à Villeconin et au fief de la Grange est d'apporter quelques nouveautés aux récits couramment rencontrés sur cette bourgade et de rectifier un certain nombre d'erreurs. le premier texte donne un bref aperçu de la présence des religieux, frères de l'ordre de chevalerie de l'Hôpital Saint-Jean de Jérusalem à Villeconin (cant. Étréchy, Essonne). Il inclut également les acquisitions faites par la famille de Montagu dans la région.

Pour ne pas entretenir la confusion, il faut différencier de tous temps la seigneurie de la Grange de Villeconin de celle de Villeconin. Ces ruines se trouvent en sortie du village.

Le récit qui va suivre mentionne un certain nombre de lieux qui sont soulignés en jaune dans le plan ci-dessous. Les seigneurs suzerains et les vassaux forment un enchevêtrement qui a concouru au fil des siècles aux descriptions erronées. Précisons que la famille de Montagu a accru ses richesses dans cette région depuis l'aïeul du seigneur de Marcoussis jusqu'à la décapitation de ce dernier.

 

 

L'implantation des Hospitaliers à Villeconin

Nous possédons trois documents, des chartes des XIIe et XIIIe siècles, qui décrivent l'implantation des frères de l'Hôpital Saint-Jean de Jérusalem à Villeconin. Il faut bien préciser que, malgré des inscriptions relatives au Temple, les biens possédés à Chauffour-les-Étréchy et dans les environs ont été de tout temps la propriété des Hospitaliers.

L'ordre Hospitalier de Saint-Jean-de-Jérusalem était structuré par langues. Chaque langue, avec les biens qui en dépendaient, était divisée en prieurés ; chaque prieuré en commanderies, et chaque commanderie en membres. Les plus anciens documents citent simplement la maison de l'Hôpital. Au XIVe siècle, elle devient l'Hôpital Ancien pour la différentier de la nouvelle maison qu'on venait d'établir au Temple. Elle s'appellera ensuite maison de Saint-Jean de Latran , puis au XVIIe siècle, le baillage de la Morée .

Au cours du temps, le Grand-Prieuré de France, chef-lieu Paris, perdit une grande partie de ses membres. En 1633, il ne restait plus qu'aux environs de Paris, les maisons des Loges, Saclay, le Déluge et Chauffour. Située dans l'élection de Dourdan à deux lieux d'Etampes, la commanderie de Chauffour se composait au XVe siècle, d'une maison avec 120 arpents de terre avec la haute, moyenne et basse justice.

Selon Eugène Mannier, le commandeur de Chauffour-lès-Étréchy avait la collation de la cure et la dîme de tout le territoire de Chauffour, d'une partie de celui d'Étréchy, jusqu'à la mare de Bretigny, ainsi que des terres de la seigneurie de Vaucelas (2). La dîme de Chauffour avait été vendue, en 1290, aux Hospitaliers de Paris par les religieux du couvent de Morigny, pour devoir se prendre, selon l'acte de cession, sur toutes les terres du couvent, entre Chauffour et Étréchy « inter Calidum Furnum et Attichiacum », et sur le territoire de Vaucelas « in territorio de Vauceloys ». La maison de Chauffour fut détruite au commencement du XVIe siècle ; on ne la rebâtit pas, et on afferma les terres à divers particuliers. La maison de Chauffour qui, avec les droits seigneuriaux, rapportait en 1495, 90 livres , produisait en 1757, 600 livres , et en 1783, 1.100 livres .

Plusieurs fiefs relevaient de cette maison. La liste semble impressionnante il ne s'agit que des droitures ou de biens limités : cens, rentes, fiefs et arrière-fiefs (2). Brièvement, ce sont :
- le fief de Fontaine-Lirault comprenait un petit ermitage appelé l'Hermitage de Saint-Martin-de-la-Roche,
- le fief de Sermaise, comprenant l'église et le cimetière du lieu, avec les maisons longeant la rivière;
- le fief de la Ménagerie et de la prairie de Guisseray à Breuillet,
- le fief de la Croix-de-Fer à Lardy, qui consistait en plusieurs maisons et pièces de terre,
- le fief de Vausalmon à Villeconin appartenant en 1372 à Jean de Prelle, écuyer,
- la collation de la cure de Villeconin avec toutes les dîmes,
- la chapel
le de Fourchainville « capella de Fulchevilla », dépendance de l'église de Villeconin donnée en 1215 avec des terres et des rentes.

 

 

Les chartes de fondation

Plusieurs vieux documents sont relatives à la donation de l'église de Villeconin aux frères de l'Hôpital Saint-Jean de Jérusalem dont les deux chartes signées par l'évêque sont contenues dans le cartulaire de l'église cathédrale Notre-Dame de Chartres (3). La première charte, datée de 1185, est la donation à la maison de l'Hôpital de Saint-Jehan-de-Jérusalem, de l'église de Villeconin " ecclesiam de villa Conani " par Renaud évêque de Chartes. Eugène de Lépinois et Lucien Merlet, les éditeurs, donnèrent le titre « De contentione facta inter Capitulum Carnotense et Hospitalares super capellam ».

« Frater Anselmus , Dei gratia, prior Hospitalis in Gallia , omnibus ad quos littere iste pervenerint, in Domino salutem. Notum facimus universis quod cum controversia verteretur inter nos et ecclesiam Carnotensem super capella et cimiterio que nos, auctoritate sedis apostolice, in Carnotensi civitate habere nitebamur, quod eadem ecclesia, eadem fulta auctoritate, contradicebat, amicis intervenientibus, amicabiliter est sopita in hunc modum : quod nos et fratres nostri renunciavimus capelle et oratorio et cimiterio et altari in civitate Carnotensi et ejus suburbiis numquam de cetero postulandis, et quod domus quedam quam edificaveramus Carnoti , in figuram et formam capelle, decapitaretur et reduceretur in formam quadratam, et ad alios usus transferretur. Preterea nos firmiter promisimus, sub obtentu religionis et obedientie qua astricti sumus hospitali Jerosolimitano , quod numquam contra Carnotensem ecclesiam questionem attemptaremus super hoc innovare.Vir vero venerabilis domnus R[aginaldus] , Carnotensis electus , de assensu et voluntate Ugonis archidiaconi et totius Capituli, pro bono pacis, concessit nobis ecclesiam de Villa-Conani perpetuo, quiete et libere, possidendam, retenta in omnibus ecclesiastica justicia, ita quod nos in eadem ecclesia per capellanum proprium divina facimus officia celebrari. Nos vero synodalia persolvemus archidiacono et episcopo qui pro tempore erunt, et recipientes crisma et oleum sanctum ab ecclesia Carnotensi , eidem ecclesie et episcopo et archidiacono et eorum officialibus in jure parrochiali in omnibus respondebimus.Quod ut firmum habeatur tam scripto quam sigillo nostro fecimus communiri »

Nous en donnons une traduction sommaire : « Le frère Anselme prieur de l'Hôpital Saint-Jean de Jérusalem pour la Gaule, fait savoir qu'un contentieux s'est élevé entre l'église de Chartres et lui-même au sujet d'une chapelle et du cimetière situés dans le diocèse et ville de Chartres. Pour soutenir l'autorité, susceptible de contradiction, sur l'intervention de nombreux amis, un arrangement amical est trouvé de la manière suivante. Que nos frères renoncent à la possession de la chapelle, l'oratoire, le cimetière et l'autel dans la cité de Chartres et que la maison que avait été édifiée pour servir de chapelle soit abandonnée et transformée pour d'autres usages. Nous affirmons que les religieux de l'Hôpital de Jérusalem n'ont aucune mauvaise intention contre l'Église de Chartres. Il est vrai que, pour établir une bonne paix, le vénérable seigneur Réginald, évêque élu de Chartres, avec l'assentiment et l'adhésion de l'archidiacre Hugues et de tout le Chapitre, nous concède, à perpétuité, l'église de Villeconin, pour la posséder librement en toute quiétude en retenant toute la justice ecclésiastique et pour célébrer le service divin selon nos rites. Le synode sera placé sous l'autorité de l'archidiacre et de l'évêque de Chartres. Et pour affermir les présentes nos avons apposé le scel de notre communauté ».

Les éditeurs mentionnent que l'église de Villeconin, au doyenné de Rochefort, avait en dernier lieu pour collateur le commandeur de Saint-Jean-de-Latran à Paris. Le pouillé du diocèse de Chartres donne, en 1738, cinq bénéfices à la nomination de l'Ordre Souverain de Malthe  : la cure d'Arville par le commandeur de Sours et d'Arville, les cures de Bonvilliers, de Champagne et de Saint-Victoer-sur-Avre par le commandeur de la Ville-Dieu en Drugezin et la cure de Villeconin (élection de Dourdan) par le commandeur de Saint-Jean-de-Latran à Paris. Ainsi, à Villeconin , le Commandeur avait la collation de la cure avec toutes les dîmes de la paroisse (4). Les frères hospitaliers tiendront la paroisse jusqu'à la Révolution française, sous le nom d'ordre de Malte.

Le même frère Anselme promet, par une autre charte, au Chapitre de Chartres, que, dans l'octave de la Pentecôte, il fournira des lettres de confirmation du Grand-Maître de l'Hôpital et du roi de France, et qu'avant la Chandeleur prochaine il fera approuver cette transaction par le Souverain-Pontife. En effet, les cartulaires contiennent la confirmation de Roger des Moulins, Grand-Maître de l'Hôpital. Les archives d'Eure-et-Loir (C. XI, 11) renferment deux chirographes originaux de l'évêque Renaud de Mouçon et une bulle du pape Lucius III, datée de Vérone, le 10 des calendes de septembre, tous actes confirmatifs de l'abandon consenti par le prieur des Hospitaliers.

La deuxième charte, conservée aux A.N. (série S), est désignée par le chambrier hospitalier en langue latine par «  Carta pro ecclesiam de Villeconan  », puis « 1185 – latin – Villeconan – Chartres – Cure ». Cette charte est la version latine de l'accord décrit ci-dessus écrite par Regnault, évêque de Chartres. Ainsi, cas rare, nous possédons l'ensemble des textes écrits par les deux parties : l'évêque de Chartres et le maistre de l'Hôpital. Le chambrier du XVe siècle écrivit «  Accord entre Monsieur l'Evesque de Chartres et Monsieur le Maistre de Lhospital de Hierusalem par lequel la cure de Villeconan est donnée audict seigneur Maistre et frères hospitaliers  ». La charte commence par la phrase classique «  Reginaldus Dei gratia Cartotensis episcopus omnibus ad quos littere iste inspecturis, in Domino salute…  ». Le prélat mentionne qu'une controverse s'était élevée entre l'Église de Chartres et les frères hospitaliers installés à Chauffour à propos de la chapelle et du cimetière «  super capella et cimeterio  » qui étaient placés sous l'autorité de l' Église chartraine. L'acte établissant la paix est signé par Regnault et Roger du Moulin, maître de l'Hôpital «  Rogerio de Molendinis magistro Hospitalis » qui accepte au nom de tous les frères de l'Ordre. Pour la bonne entente entre les parties, le scribe précise «  Ugonis archidiaconi et totius capituli pro bono pacis concesserunt fratribus Hospitalis ecclesiam de Villa Conani perpetuo quiete et libere possidendam  » c'est-à-dire l'archidiacre Hugues et tout le Chapitre, pour une bonne paix, concèdent l'église de Villeconin aux frères de l'Hôpital qu'il posséderont perpétuellement en toute quiétude et liberté. Toutefois, l'autel de Villeconin reste placé sous l'autorité du synode convoqué par l'évêque et l'archidiacre de Chartres «  ipsi vero sinodalia possesoluent nobis er archidiacono qui pro tempore erit…  ».

La charte de 1215, signée du monogramme du roi Philippe-Auguste, porte le titre «  Ville conan, Farcheville – Chapelle de Farcheville, fondation de ladicte chapelle à la collation de Messieurs de Lhospital de Hierusalem  ». Cette charte dictée sous la responsabilité de Guillaume bailli de la châtellenie d'Étampes, commence par la formule «  In nomine sancte et indivise Trinitis, amen. Philippus Dei gratia Francorum rex…  ». Pour résumer cette charte, il est écrit qu'en signe d'aumône Denis d'Étampes «  Denerius de Stampis  » fonde une rente pour l'entretien du desservant de la chapelle de Farcheville dépendance de l'église de Villeconin «  capelle de Furchenvilla fondavit tam de assensu ecclesie de Villa Conan » pour y dire la messe les dimanches et jours fériés, dont la nomination dudit et de la cure appartient aux frères de l'Hospital, la donation est faite contre une rente de quatre muids de blé d'hiver et un muid d'avoine mesure d'Étampes «  quator modius hybernagii et unum modium avene cumularum ad mensurum Satampis » à prendre dans la grange de Farcheville appartenant maintenant à Guillaume d'Estampes. Ledit Guillaume donne audit chappellain ung muid de vin de Fourchainville... Il est bien précisé que ladite chapelle appartient à la paroisse de Villeconin. Cette charte a été donnée au Palais à Paris, l'an de grâce 1215, la 37ème année du règne, signée par le chancelier Gui, le sénéchal étant absent.

 

Monogramme de Philippe-Auguste (1215).

 

La dernière charte, conservée aux A.N. est relative à l'acquisition des dîmes de Villeconin. En octobre 1219, les chevaliers Hospitaliers continuent de s'implanter dans le sud Hurepoix; ce sont les frères de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem de la commanderie de Chauffour qui achetèrent des droits dîmiers à Chauffour, Villeconin, Montachon, Vaucelas. Voici la transcription du parchemin en langue latine : «  Galterius Dei gratia Carnotensis ecclesie minister humilis universis presentes litteras inspecturis in Domino salutem. Novirint universis quod Ansellus miles de Villeconen et Mainerius de Valcelais in nostra presentia constituti recognonerunt quod fratribus hospitalis Jherosolimam de Chaufor vendiderant et concesserant in perpetuum obtinendam decimam de Villeconan et de Monte Tuchon et quicquid decime hebebant in terris et veneis prinetibus as Valcelais pro centus et octoginta libris parisiensem de quibus antecessores eoendem Ansellis et Mainerius centum et vigintis libris receptant quindo eandem decimam et quicquid viris habebant nemoratis fratribus obligarant et de sexaginta libris ipsis Ansello et Mainerio in present fatissecerant fratribus antedictis. Fidem quoquod in manu nostra Ansellus et Mainerius dederunt quod contra hec decetero usenirent Alexandes vero de Boccio miles de cujus feodo predicte decime movebant hoc laudant et concessit et se rectam garantitam latitum ( ?) fidem manu nostra prestira pro misit. In cujus rei memoram et confirmationem presentes litteras sigilli munumine decimus roborari. Actum anno gracie millesimo ducentesimo nonodecimo, mense octobro  ».

Une traduction succincte de cet acte de vente donne : Gautier, par la grâce de Dieu, vénérable et humble ministre de l'église de Chartres à tous ceux que ces lettres verront, au nom du Seigneur salut. Nous faisons savoir qu'en ma présence Anseau, chevalier de Villeconin et Mainier de Valcelais confessent et reconnaissent avoir vendu et concédé à perpétuité, aux frères de l'Hôpital de Jérusalem, les dîmes de Villeconin et de Montuchon qui sont des dîmes perçues sur le terres et les vignes situées à Vaucelas moyennant la somme de cent quatre vingt livres parisis qui avait été payée aux parents d'Anseau et cent vingt livres reçues par Mainier dont les frères se souviennent bien et soixante livres pour Anseau et Mainer en notre présence. Alexandre de Boccio, chevalier dont les susdites dîmes sont dans sa mouvance, dans son fief, approuve et concède cette chose. Et pour affermir ces présentes lettres nous apposons notre scel. Donné en l'an de grâce 1219 au mois d'octobre.

Finalement, la cinquième charte donnée en juin 1281, est l'acte de fondation et dotation par Guillaume de Saudreville, chevalier, d'une chapelle audit Sandreville. La chapelle de Sandreville était située dans la paroisse de Villeconin, laquelle, dans le principe, appartenait au Chapitre de Chartres. Celui-ci céda en 1185 l'église de ce lieu aux religieux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem à la condition qu'ils renonceraient à conserver dans la banlieue de Chartres, l'église, oratoire et cimetière qu'ils y possédaient déjà ; mais il se réserva la collation à la cure qu'il n'abandonna qu'en 1738.

Le seigneur Guillaume de Sandreville donne sa dîme grosse et menue dudit lieu ; sur laquelle dîme l'hôpital de Chauffour prend une année sept setiers et pleine mine, moitié blé et moitié avoine, et l'autre année quinze septiers de pareil blé et avoine, et l'église de Villeconin deux sols parisis de rente : icelle dîme, ce que dessus acquitté, peut rapporter quatre muids de grain, moitié blé moitié avoine, par chacun an. Item donne encore sa dîme grosse et menue du Val-Saint-Germain, qui peut valoir 4 livres parisis par chacun an ; item le quart de toutes dîmes grosses et menues, en deux ans une fois à prendre, proche la paroisse dudit Villeconin ; lequel quart de dîme ledit de Sandreville tient en fief de Jean d'Angervilliers, chevalier ; pour raison duquel quart le chapelain prendra deux muids de grain, moitié blé moitié avoine, en la grange dudit fondateur, jusqu'à ce que cette portion de dîme soit amortie ; et enfin le logement dudit chapelain. Le tout à la charge d'un service journellement et de trois anniversaires dans le cours de l'année, pour son père, sa mère, et lui fondateur et ses femmes.

 

 

Extrait de la carte de Cassini (XVIIIe s.).

 

 

Les Montagu dans la région de Villeconin

Voyons maintenant les acquisitions réalisées par cette famille. Pour faciliter le récit, nous avons adopté un ordre chronologique . Les origines de cette famille ont été décrites dans une chronique consacrée aux ancêtres de Jehan de Montagu.

1) Robert le Gros dit de Montagu

Généalogie de la famille de Montagu

 

Le premier document certain où nous rencontrons Robert le Gros, est un acte d'acquisition connu de 1340, de plusieurs pièces de vigne au terroir de Montfelis. «  lettre de vendition pour Robert le Gros par Nicolas le Bourrelier et Ysabel, sa femme tous les droits et héritages et possessions qu'ils avoient à cause de ladite Ysabel pour le prix de 48 livres  », sur lequel le notaire inscrivit «  Furent présents eu leurs personnes honorable homme Robert le Gros, dit de Montagu, bourgeois de Paris ».

2) Jehan I de Montagu

En 1355, il est fait mention dans une vente à Jehan de Montsablon, d'une pièce de vigne qui fut à Jehan de Montagu (fils de Robert)...

3) Girard de Montagu

L'autre frère, Gérard de Montagu, travailla sans cesse à augmenter la fortune de sa famille, ainsi il acheta vers l'an 1362, les terres et seigneuries de Malesherbes-sur-Yèvre et de Neufchâtel-en-Berry, et il continua à faire des acquisitions sur Villeconin :
-
En 1362, nous trouvons l'achat d'un arpen à Montflis: Thibault Lannois et Guiote sa feme confessent avoir vendu à honorable homme & saige maistre Girart de Montagu, clerc du roy, & à Biette sa feme ung arpen de terre séant à Montflis pour le prix et some de 8 livres tournois.
- Le même jour, par devant Pierre de la Neufville, prevost de Montlhéry, Ysabel feme de feu Gignau confesse avoir vendu à maistre Girard de Montagu, clerc du roy nostre sire, demy arpen et plusieurs aultres pièces pour le prix et somme de 64 livres parisis...
-
Quelques semaines plus tard, Jehan Berost, Jehan Benoist, Guillaume et Laurens Haalle, frères confessent avoir vendu à honorable et saige maistre Girard de Montagu, clerc du roy, un hostel ou manoir couvert de tuille avec la granche et les estables la cour ... assis à Souzy, faict pour le prix et some de 21 livres ».
-
En 1365, l'achat par honorable home et saige maistre Girard de Montagu, clerc du roy nostre sire, et à damoiselle Byete sa feme, à Martin de Ribertpré, chappelain perpétuel de la Sainte-Chapelle du palais royal à Paris, de lostel de Valsalmon assis en la ville de Valsalmon en la paroisse de Villeconin, qui fut à Jehan Bellefemme .... le tout tenu en fief à une foy et fommage de religieuse et honneste personne Monseigneur le grand prieur de France à un éperon dor pour le rachat, moyennant le prix et somme de 80 francs dor ». Ledit Rubertpré avait fait l'acquisition de la veuve Bellefemme six mois auparavant pour le prix et somme de 40 lt .
- En 1367, frère Hue de Laon, frère de lhostel Dieu de Paris, maistre du Neufchastel, advocat, maistre Girard de Bernin, licencié en théologie, et maistre Fratoy de Montagu, clerc du roy, tous exécuteurs testamentaires de Jehan Caron dit de Montablon, jadis chanoine de Saint Denis du Past, lesquels confessent avoir vendu à honorable homme Girard de Montagu, clerc, notaire du roy et à damoiselle Byette sa femme, tous les héritages rentes possessions et aultres choses qui furent à feu Jehan Caron, c'est assavoir:
- ung manoir avec le jardin et toute la teneur ainsi qu'il se comporte assis à un bout de la ville de Villeconin,
- item trois arpens et demye de vigne séans au terroir de ladite ville tenant dicelle maison,
- item plusieurs aultres pièces de pré et vignes tenant dicelle maison,
- item ung fief mouvant de messire Charles de Bouville...
Ceste présente vente faicte pour le prix et somme de 90 livres.
Cet acte semble être celui correspondant au fief de la Grange de Villeconin. Cependant, il n'aurait pas pu être donné en dot à sa fille après l'exécution de son père, ses biens propres ayant été saisis.
-
L'année suivante, Thibault Marchant et Colete sa feme, confess
ent avoir vendu à maistre Girard de Montagu de 66 sols de menus cens près de Souzy.
-
En 1370 les achats continuent, Jehan Marquet et Jehanne sa feme confessent avoir vendu à honororable et saige maistre Girard de Montagu environ neuf arpens et demy de pré assis au terouer de Souzy pour le prix et some de 14 livres tournois.
- En 1375, Estienne de Logne vend à Girard de Montagu, secrétaire du roy, une maison et jardin assis au Val Salmont pour le prix de 36 francs dor.
-
Le dernier acte, cité par Pijart, porte que Girard de Montagu, conseiller et secrétaire du Roy et demoiselle Biette sa femme, ont acheté de Jean et Nicolas Gnochet, frères, un hostel qu'ils se disoient avoir assis à Souzy pour le prix de 40 francs d'or, l'an de grâce 1388, le dimanche 7e jour du mois de février, pardevant Girard Acart et Jean Loque, notaires à Paris  ». Il décèdera six mois plus tard. Remarquons que le personnage ne sera jamais qualifié de "noble homme" .

Sans avoir pu retrouver l'origine du document , sur l'arbre généalogique de la famille de Montagu, une certaine Gérarde de Montagu est mariée à Yonnet de Maintenon, sa naissance vers 1351, son décès avant 1383. Cette information permet de comprendre d'une part, que Jehan de Montagu, seigneur de Marcoussis, ne cherche pas à acquérir la seigneurie de Villeconin qui est déjà dans la famille, Yon de Maintenon serait son beau-frère. Sur l'arbre provenant de Pijart, cette Girarde serait la fille sans prénom, dont il n'a pas retrouvé le prénom ni l'alliance.

 

Généalogie des Cassinel

4) Jehan II de Montagu

Le fils de Girard, futur seigneur de Marcoussis, continue l'action de son père. En 1384, noble homme Pierre Paviot, escuyer, lequel de son bon gré confesse avoir vendu à honorable homme et discrette personne Jehan de Montagu, secrétaire du roy, une maison avesques toutes les terres prés ... qu'il a en la ville et terroer de Souzy... pour le prix et some de 60 lt. Notons la qualité du personnage, l'honorable homme achète à un noble. Ces Paviot sont seigneurs de Boissy-le-Sec.

En 1388, Jehan et Nicolas de Cochet, frères, lesquels confessent avoir vendu à perpetuitté à honorable homme et saige maistre Jehan de Montagu, secrétaire du roy, la propriété d'un hostel, ainsi comme il se comporte, et extend de toutes parts et du petit jardin tenant à iceluy hostel qu'ils se disoient avoir à Souzy, item ung clos de pré contenant 2 arpens, item 109 sols parisis de menus cens avecques deux fiefs. Ce fut fait pour le prix et some de 60 francs dor du coing du roy.

La même année, un second achat : Nicolas de la Nolete recongnut et confessa avoir vendu à toujours perpétuellement à honorable homme et saige Jehan de Montagu, secrétaire du roy, les héritages cens rentes, possessions immeubles que ledit acheteur disoit tenir de son conquest, cest assavoir un hostel, granche, court, coulombier et bergerie, 2 arpens de vigne assis derrière ledit hostel et tenant à iceluy assis en ladite ville de Blanche Fouasse, tenant à la dame de Corbueil et de Blanche Fouasse, item 36 arpens de bois, item 3 arpens de pré avecques plusieurs autres pièces de terre. Ceste vente faicte pour le prix et somme de 650 francs dor du coing du roy.

En 1390, le procureur de noble dame Jehanne Leveneur, veuve de feu messire Thomas de Besu, jadis chevalier, confesse avoir vendu à honorable homme et saige Jehan de Montagu, secrétaire du roy, le quart de lostel & appartenances de Saudreville, ... le quart des dixmes de champarts de grain et de vin, le quart de la justice ... et 12 arpents. La vente dudit quart faite moyennant le prix et somme de 30 escus dor à la couronne du coing du roy.

En 1393, Jehan, Denis et Pierrot Prudome, lesquels confessent avoir pris à ferme et moison loyer ou pension, de Estienne Delacroix, procureur de Jehan de Montagu, deulx hébergements audit lieu de Souzy avec plusieurs aultes pièces de héritages. Ceste prinse faicte pour le prix de troys muys de grain, deux parts ble mestail le tiers advoine.

L'année suivante, Robin Segent, demeurant à Villeconin, lequel de son bon gré confesse avoir prins à ferme de Estienne Delacroix procureur de noble homme Jehan seigneur de Montagu, vidame de Laonnois, seigneur de Marcoussis et de Bonnes, jusquà deux ans la prévosté de Bonnes appartenant audit seigneur, ensemble totes les amandes, saisies ventes, jusquà 60 sols, ... que ledit seigneur avoit à moitié et le prieur l'autre moitié... Jehan de Montagu est devenu noble, ses acquisitions s'étendent sur Villeconin et ses environs. Son receveur, Estienne Delacroix, le remplace dans la plupart des transactions.

En 1398, Thomassin Priost, advoue tenir en fief à une foy et homage de noble homme Jehan, sire de Montagu, 4 arpens de terre séans sur le chemin par lequel on va de Villeconin à Paris à cause de son hostel dudit lieu de Souzy.

En 1400, devant le tabellion de l'escripture de Dourdan, damoiselle Katherine Dudrat, jadis femme de Roy, escuier, laquelle advoue tenir à une foy et hommage de noble et puissant seigneur, monseigneur le vidame de Laonnois (Jean de Montagu), chevalier, seigneur de Saudreville, une maison & appartenances en la ville des Granches ... Il faut donc admettre qu'en l'espace de dix ans Montagu a obtenu la totalité de Saudreville.

L'année suivante, il continue ses acquisitions à Villeconin en rachetant à Guiot de Saudreville escuyer, une part des héritages venant de sa tante Jehanne de Saudreville. Il procédera de même avec l'autre frère, Adam de Saudreville, pour le reste des biens en indivis:
- lostel court jardin assis à Vaucelas paroisse d'Etrechy,
- item le fief de Villeconin que tient de présent Jehan de Maintenon.

L'achat de Vaucelas n'est pas innocent, on voit ainsi Jehan de Maintenon, seigneur de Villeconin, chambellan du roy, rendre aveu des trois-quarts de l'hôtel de Villeconin, comme vassal de la seigneurie de Vaucelas au "souverain maistre dostel du Roy" . Dépend également du chambellan, la censive de Saudreville. Yvon de Maintenon dit le Borgne de la Queue, maistre dostel du Roy, déclare le quart restant.

Sans en avoir trouvé l'original, et d'après les notes du comte de Jouvencel, notons l'alliance de Alips de Montagu avec Jacques de Paviot, seigneur de Boissy-le-Sec en 1401. Par contre nous préférons affirmer qu'elle est la fille de Jehan I de Montagu.

La même année, Guiot de Saudreville demeurant à la Ferté Aleps, affirme qu'il possedoit son héritage à luy venu par la mort de Jehanne de Saudreville tante dudit Guiot, confesse avoir délaissé à noble homme monseigneur Jehan de Montagu, chevalier, vidame de Laonnois, grand maistre dhostel du roy..., 20 sols de menus cens à Vaucelas, un fief mouvant dudit Guiot à cause de lhostel de Vaucelas, assis à Villeconin et que tient Yon de Maintenon entre autres choses, lhostel dudit lieu de Villeconin... Ceste vente faicte pour le prix et som de 50 escus dor... L'ascension de Montagu se voit au fil des ans, il est devenu noble, chevalier, a obtenu le vidamé de Laon. Notons que le fief de la Grange de Villeconin n'apparaît pas et qu'en ville la maison seigneuriale n'est pas un château.

En 1402, son homme de confiance dans la région, Estienne Delacroix, procureur de Jehan de Montagu, ayant pouvoir entre autres choses de bailler à ferme les terres dixmes, granches, moulins rentes et revenus dudit seigneur, baille à Pierot Pillais lostel de Valsamon à ferme et moison de grain, jusquà neuf ans, avecques 58 arpens de terre labourable ... pour deux muids de grain ...

En 1405, notons l'aveu d'un fief aux Marchais, Guyot de Challo, escuier, seigneur de Marchais, demeurant à Challo Saint Mars, lequel avoue tenir à deux fois et deux hommages, de noble et très puissant seigneur, Messire Jehan de Montagu, ... son hostel de Marchais ... item plusieurs vassaux mouvant dudit lieu des Marchais, ...

L'année suivante, un autre aveu rendu par Jehan de Maintenon, seigneur de Villeconin, chevalier et chambellan du roy, confesse et advoue tenir de noble homme Jehan de Montagu ... souverain maistre d'hostel du roy à cause de sa terre & seigneurie de Vaucelas, ce qui ensuit, les trois parts de mon hostel de Villeconin, avecques ... Le même jour Yon de Maintenon , le fameux borgne de la Queue rend aveu pour l'autre quart en indivis.

À cette époque Montagu fait construire le château de Marcoussis. Le fief de la grange de Villeconin avec tours a-t-il servi jusqu'en 1408 de résidence d'été des Montagu? Compte tenu de toutes les acquisitions faites pendant 50 ans et si Ferry Cassinel n'avait pas obtenu Marcoussis, il est plus que probable que Jehan de Montagu et son épouse se seraient installés à Villeconin ou aux alentours.

Enfin en juillet 1409, Nicolas le Bourgeois, bourgeois Destampes, advoue tenir à une foy et hommage, ... de Jehan de Montagu, seigneur de Marcoussis et Saudreville, 18 septiers sur un pré aux Marchais... C'est sans doute un des derniers hommages reçus par Montagu. Celui-ci est exécuté en octobre.

Marie ou Marguerite, ou bien Marie-Marguerite de Montagu, troisième fille de Jean de Montagu, est née vers 1395. Elle épouse le 30 octobre 1409, messire David de Brimeu, chevalier picard, sieur de Humbercourt, fils de Jean 1er et de Jeanne Fretel, qui était de la faction du duc de Bourgogne. Ainsi ce mariage eut lieu deux semaines après l'exécution du vidame de Laon. Comme nous le verrons 40 ans plus tard, le fief de la Grange de Villeconin faisait partie de sa dot. On est enclin à penser que ce bien non saisi venait de sa mère Jacqueline de la Grange.

5) Loys duc de Bavière

Les biens du seigneur de Marcoussis sont confisqués et nous retrouvons, le frère de la reine Isabeau de Bavière, comte palatin du Rhin, seigneur dans la région de Villeconin. Notons:
- En 1410, six mois après l'aveu rendu à Jehan
de Montagu, Nicolas le Bourgeois, bourgeois Destampes advoue tenir à une foy et hommage du duc de Bavières à cause de sa seigneurie de Saudreville ung fief au terroir de Marchais....
-
Suit un autre aveu rendu par Jehan le Flamand pour 7 septiers et un minot de pré assis à Marchais...
- Egalement, noble homme
Guy de Challo, seigneur de Marchais, advoue son hostel de Marchais ... et cite ses vassaux Jehan Le roy, Jehan Flamand, Colinet Lebourgeois, ...

Pour conclure sur cette première partie, on peut dire que Montagu était le suzerain des seigneurs de Villeconin, Jehan et Yvon de Maintenon et que le fief de la Grange de Villeconin semble être dans la famille des Montagu.

À suivre...

 

 

Notes

(1) Le toponyme de Villeconin connaît deux versions, d'origine latine. La première, qui paraît douteuse, viendrait du latin «  villa  », propriété rurale, ferme, et de l'anthroponyme germanique «  conin  », ou du latin «  cuniculus  » lapin. L'autre version, selon des études récentes, serait le "domaine rural de Conan ou Conain" qui a donné Villa Conani en latin médiéval du XIIe siècle. Le nommé Conan pourrait être un homme de nationalité bretonne, hypothèque soutenue par la dédicace de l'église Saint Aubin, saint natif de Bretagne qui fut évêque d'Angers au VIe siècle.

(2) E. Mannier, Les commanderies du Grand-Prieuré de France (Aubry et Dumoulin, Paris, 1872).

(3) E. de Lépinois et L. Merlet, Cartulaire de Notre-Dame de Chartres d'après les cartulaires et titres originaux , 3 vol. in-4 (Société archéologique d'Eure-et-Loir, Chartres, 1862-1865).

(4) Pouillé du diocèse de Chartres ou recueil des abbayes, chapelles, chapitres collèges, commanderies (chez Nicolas Doublet, Chartres, 1738).

 

Ces sujets peuvent être reproduits " GRATUITEMENT" avec mention des auteurs et autorisation écrite