Le fief de Villefeux à Villebon XVIe-XVIIIe siècles

Chronique du Vieux Marcoussy --Marcoussis--------------- _-------------------------------- - Janvier 2009

Extraits des plans napoléoniens

JP. Dagnot

C. Julien

 

 

Dans la première partie de l'histoire de Villefeux, fief de la seigneurie de Villebon, nous avons vu que cette terre comprenait trois parties : Grand et Petit Villefeux étaient des arrière-fiefs mouvants de la seigneurie d'Orsay et le fief des bois de Villefeux était mouvant de la seigneurie de Bures. Cette imbrication engendra, on l'imagine, des contentieux au cours desquels les seigneurs successifs défendaient leurs droits éminents. Du point de vue de la Religion, Villefeux était situé dans la paroisse de Palaiseau tout comme Villebon qui ne fut indépendant que par le décret du 24 mai 1658.

Réservons quelques lignes au fameux abbé Lebeuf qui, dans son Histoire du Diocèse de Paris , a consacré un chapitre à Villebon-sur-Yvette. Visitant le village vers 1752, l'abbé est sensible au paysage car il dit « …on passe sur le bord de ce Hameau [de Villiers] pour gagner un petit bois et suivre le chemin qui monte à travers les vignes de Villejust, d'où la vue est charmante du côté de Paris…  ». Notre érudit ne pose qu'une seule phrase pour Villefeux «  Selon le procès-verbal de la Coûtume de Paris de l'an 1580, il jouissait pareillement de Villefeu qui est contigu à Villebon ; ce château est aujourd'hui ruiné. La Plesse qui est aussi nommée parmi ses domaines est à demi-quart de lieue de là  ».

L'abbé Lebeuf mentionne également qu'au commencement du XVIe siècle, le seigneur de Villebon est Simon Avin, maître des Comptes «  qui avoit pour épouse Catherine Luillier et mourut le 22 janvier 1518  ». On trouve ensuite Jean le Clerc, seigneur du lieu et de Villiers-sur-Saux en 1520.

 

 

Villefeux aux seigneurs de Leuville

C'est le 9 janvier 1527 que nous trouvons un nouvel usufruitier de Villefeux qui se présente devant les notaires de la prévôté au Châtelet de Paris pour faire foy et hommage à Messire Pierre Boucher seigneur d'Orsay. Il s'agit de Messire François Olivier, seigneur de Villefeux. L'acte d'aveu et dénombrement est passé le 2 avril 1529 «  conforme à celui de 1502, excepté qu'il ny est fait mention en aucune manière de la rente audit aveu, laquelle étoit apparamment alors amortie et les héritages rentrés dans les mains des seigneurs de Villefeux  ». On devait s'attendre à un tel changement juridique du fief de Villefeux car le nouveau seigneur n'est autre que le chancelier de France, seigneur de Leuville. En tant qu'homme de l'art, il avait acquis les pleins droits sur sa terre.

Le 21 juin 1530, un titre nouvel est passé devant Martin, notaire au Châtelet de Paris par Gillette Hennequin, veuve Jehan de Malleville marchand et laboureur au proffit de François Olivier, chancelier d'Alençon de 12 livres de rentes comme détempteur de la maison de Villefeux héritages et dépendances correspondant à la vente de 1459.

Les terres et fief de Villefeux restent toutefois dans la mouvance d'Orsay. Le chancelier Olivier vient de mourir le 28 mars 1560 et ses héritiers sont invités à présenter leur hommage à Arnoul Boucher, seigneur d'Orsay pour leurs fiefs de Grand et Petit Villefeux. Le 16 mai 1560, devant des notaires parisiens, la foy et hommage portant aveu et dénombrement est rendue par Jean Olivier et François Olivier, chancelier de France, tant pour lui que pour sa sœur demoiselle Madeleine Olivier (1). Les articles sont identiques aux aveux précédents.

Le 8 décembre 1573, une expédition d'un contrat d'acquisition est adressée par Arnoul Boucher à Geneviève Chaumusson, dame de la Renardière. L'année suivante, un contrat de vente est passé devant Lenoir et Besson, par Jehan Olivier, chevalier, seigneur de Leuville, au profit du seigneur de Thou «  du fief et seigneurie de Villefeux scize en la paroisse de Paloiseau consistant en haute, moyenne et basse justice, censives et autres droits seigneuriaux et 12 livres de rentes sur les maisons et héritages, moyennant 348 livres payées comptant  ». Ainsi nous apprenons que le puissant chancelier Olivier avait obtenu la haute justice sur la terre de Villefeux.

 

 

Villefeux aux Thou, seigneurs de Villebon

Au milieu du XVIe siècle, la seigneurie de Villebon, La Plesse, Villiers, Villefeux et autres lieux passe dans les mains de Nicolas de Thou, conseiller-clerc au Parlement de Paris. Ce prélat obtient, en avril 1563, du roi Charles IX, la fondation de deux foires et un marché hebdomadaire, le jeudi à Villebon. À cette époque, de Thou a la qualité de «  seigneur de la Plesse-Villebon en la paroisse de Palaiseau, prévosté et chastellenie de Montlheri  ». Située sur la route de Paris à Chartres, dont Nicolas de Thou était évêque, Villebon était une terre où le prélat aimait séjourner (2).

Immédiatement après son acquisition, Nicolas de Thou seigneur de Villebon et Villefeu, rend foi et hommage. Le 7 septembre 1574, le devoir féodal est rendu à Charles de Barbenson pour le fief de Villefeux, mouvant de la seigneurie de Bures qui, elle-même, relève de Gometz-Saint-Clair. C'est Jacques Fouyn, fondé de procuration de révérend père de Thou, évêque de Chartres, qui se présente devant le suzerain pour les devoirs féodaux en mentionnant la clause «  portant remise de 6 livres tournois pour droit de rachat dû à cause de l'acquisition dudit fief de Villefeux à la charge de donner son aveu et dénombrement dans le tems porté à la Coutume ». Il s'agit d'un achat fait à Jehan Olivier, chevalier et seigneur de Leuville. Cinq pièces attachées ensemble, datées du 24 novembre 1574, concernent le fief et seigneurie de Villefeux dont la première est un contrat d'acquisition passé devant Lenoir et Besson à Paris fait par Arnoul Boucher, premier président au Grand Conseil, au seigneur Nicolas de Thou, évesque de Chartres de la cinquième partie en la terre de Villefeux moyennant 2.000 livres tournois payé comptant.

 

 

Foy et hommage par Nicolas de Thou, évêque de Chartres et seigneur de Villefeux (1574).

 

Une expédition datant de fin 1574 concerne le contrat d'acquisition fait par le seigneur de Thou des sieur et dame de Chaumusson de quatre autres cinquièmes au total de ladite terre de Villefeu tenu en fief de la seigneurie d'Orsay, et les bois taillis du seigneur de Bures et les prés du dudit seigneur d'Orsay. Chargé le total de 12 livres de rentes de bail d'héritage envers François Olivier, escuyer seigneur de Leuville, à la charge desquelles la maison de Villefeux, ses appartenances et dépendances avoient été aliénés. Ladite vente faite moyennant 8.000 livres payées comptant ledit contrat passé devant Lenoir et Levasseur, notaires. Bien que les achats soient fractionnés, on retrouve les deux suzerains Bures et Orsay. Bures relève encore de Gometz Saint-Clair. En décembre 1577, Nicolas de Thou obtient de Henri III par lettres patentes les droits de haute justice sur Villebon et Villefeu.

Quelques années plus tard, le bail de la ferme et métairie de Villefeux, fait par Nicolas de Thou, comprend :
- 180 arpents de terres labourables avec les pâturages dudit lieu,
- avec les pièc
es de prés scise à Vallenze près Orsay aux réserves portées audit bail fait moyennant 100 escus d'or sol valant 300 livres , deux porcs gras, douze chappons, demi-muid d'avoine et deux septiers de vesses.
On ne parle p
lus d'hôtel, il s'agit maintenant d'une exploitation agricole.

Un acte de foi et hommage est rendu en 1607, par Jacques-Augustin de Thou, seigneur de Villebon, La Plesse et Villefeux, neveu de l'évêque de Chartres, au profit de Charles Boucher, seigneur d'Orsay «  de laquelle seigneurie relève en plain fief, lesdits fiefs du Grand et Petit Villefeu sis en la paroisse de Palaiseau dont la déclaration avec le dénombrement, se consistant ainsi qu'ils sont détaillés aux anciens aveux desdits fiefs  ». Désormais, la terre de Villefeux est un arrière-fief de la seigneurie de Villebon-su-Yvette, dans la mouvance d'Orsay.

 

 

Villebon et Villefeux aux Potier de Novion puis aux Tubeuf

L'année 1626 est marquée par l'échange fait entre les Thou et Potier. Villefeu n'est que peu d'importance dans l'échange et ne sera même pas cité. Il sera pourtant inclus dans une saisie réelle de la seigneurie. La terre de Villebon passa ensuite dans différentes mains par achat ou succession. D'abord, André Potier de Novion, président au Parlement de Paris, la possède. Puis Nicolas Potier, son fils également parlementaire, lui succédera. Nous arrivons ainsi au milieu du siècle.

Bien que nous n'ayons pas de documents directs, la Fronde va jouer un rôle dans l'histoire de Villefeux. On se souvient de l'attaque de la ferme de Viviers (chronique la Fronde à Marcoussis). La ferme du grand Vivier, à moins d'un kilomètre de Villefeux, avait été abandonnée par le fermier. On peut penser raisonnablement qu'il en fut de même pour Villefeux. La seule différence, les Célestins ont défendu leur bien. C'est depuis cette époque que l'on ne parle plus de Villefeux qu'au passé.

En septembre 1662, la seigneurie de Villebon et ses annexes furent vendues à Messire de Champy, intendant de la marine à Brest.

 

 

Villefeux au XVIIIe siècle

En 1700, la foy et hommage portant aveu et dénombrement, est passée devant des notaires parisiens, par le fondé de pouvoir de Messire Hubert de Champy, chevalier, seigneur Desclouseaux, Villebon, Villejust, la Plesse, Courtabeuf et des Grands et Petits Villefeux, à Messire Charles Boucher, chevalier, seigneur d'Orsay.

Le nouveau seigneur de Villefeux meurt quelque temps plus tard, puisque le 7 juin, dame Claude Dolet, épouse de Messire Guillaume de Lors, autorisée par justice à la poursuite des droits comme veuve de Monsieur Desclouseaux, rend foy et hommage à Charles Boucher, des fiefs des Grand et Petit Villefeux. Nous reprenons le détail car le notaire écrit «  Premièrement, consistant en une pièce de 10 arpens un quartier de terre en friche ou étoit cy devant une maison nommée Villefeu close de fossés, grange, étables, bergerie, colombier et jardin compris l'enceinte du Petit Villefeux ». Il se confirme donc que la métairie n'existe plus à cette date.

En 1778, dans l'état de la seigneurie d'Orsay, l'article 148 décrit 9 arpents, dont la plus grande partie est défrichée, «  où était anciennement le manoir du Grand Villefeux, dont l'emplacement est clos de fossés remplis d'eau vive tenant d'un long au nord aux bois de Villebon, un fossé entre deux, aux bois du seigneur d'Orsay dépendant du fief de Villefeux, au midi au chemin de la Plesse à Courtabeuf par la butte Sainte-Catherine  ». À la même époque, dans l'histoire du comté de Limours, Villefeux paroisse de Villebon est considéré comme fief relevant du comté de Limours.

 

 

Le fief des 80 arpents de bois de Villefeux

Une liasse des Archives concerne les «  actes de féodalité du fief des 80 arpens de bois de Villefeux, annexé à la seigneurie d'Orsay, mouvant du comté de Limours , à cause de la baronnie de Gometz-le-Châtel dit Saint-Clair y réunie  ». Nous avons vu que ces arpents de bois «  gastines séant dessous Villefeux en la paroisse de Palloysel  » étaient, dès 1410, un arrière-fief de la seigneurie de Bures. Les fameux bois et pâtis de Villefeu ont été acquis le 23 juin 1696 de Madame Tubeuf par le seigneur Desclouseaux, Villebon, Villefeux et autres lieux.

Le nouvel acquéreur, le chevalier Hubert de Champy, seigneur Desclouseaux, Villebon, Villejust, la Plesse, Courtabœuf et du Grand et Petit Villefeux présente ses devoirs féodaux, foy et hommage de fidélité à son seigneur dominant, Louis de Chaulnes, chevalier, seigneur de Bures-sur-Yvette «  avant midy  » le 11 septembre 1699. Le fondé de pouvoir, Léonard Marchant, bourgeois de Paris, est «  acquité de tous droits à luy deubs… et à la charge par ledit Sieur de Champy de les rendre en personne toutes fois et quand il en sera requis par ledit seigneur de Bures conformément à la coutume  ». Ainsi, l'acte des devoirs féodaux nous apprend l'identité des personnages. «  Par devant les conseillers du Roy notaires et gardes notes au Châtelet de Paris, sousignés fut présent Léonard Marchand, bourgeois de Paris, demeurant rue de la Bucherie paroisse de Saint-Etienne-du-Mont au nom et comme procureur de Messire Hubert de Champy, seigneur de Villebon, Villejust, la Plesse, Courtabeuf et du Grand et Petit Villefeu, conseiller du roy en ses conseils, intendant de justice, police, finances des armées navalles de sa Majesté et la marine en Bretagne de luy fondé de procuration spéciale à l'effet qui en fuit passé devant les notaires royaux de Brest, présens témoins le dixième jour de aoust dernier comme il est aparu par l'original d'icelle deüment dattée et controlée à Brest ledit jour demeuré annexé à la minute des présentes après avoir esté certifié véritable et paraphé pour ledit sieur Marchand à sa réquisition aussi paraphé des notaires soussignés lequel audit nom a fait à Messire Louis de Chaulnes, seigneur de Bures…  ». Le seigneur de Bures est titré «  cy devant commissaire général de la Cavalerie légère, demeurant à Paris rue des Massons, paroisse Saint-Sevin  ».

Après une promesse de vente signée le 27 juin 1724, l'acquisition des 80 arpents de bois et pâtis de Villefeux est réalisée le 29 septembre devant un notaire parisien. La vente est faite par Messire Jean de Chaulnes, seigneur de Bures au profit de Charles Boucher, chevalier, seigneur d'Orsay . Voici le résumé de l'acte de vente «  de la mouvance du fief de Villefeux appartenant audit seigneur d'Orsay au moyen de l'acquisition qu'il en avait faite des sieurs et demoiselle Duteil et de Certieux, héritiers du sieur Desclouseaux. Consistante en 80 arpens de bois et patis qui relevoient de la ditte seigneurie de Bures et dont ledit seigneur d'Orsay rendra la foy et hommage directement au Roy à cause de son comté de Limours au moyen de la réunion qui s'opère par le présent acte dudit fief de Villefeu à la ditte seigneurie d'Orsay. Moyennant 2.000 livres tournois payées comptant  ». Le paiement est exécuté «  en louis d'or d'argent et monnoye ayant cours  » en présence de deux témoins : Messire l'abbé Louis Guillaume de Mathuis, prêtre, et Messire Hugues Teillard, contrôleur général des rentes.

En réalité, l'acte de vente porte une clause abusive car il n'y a pas lieu de réunir un fief tenu par la seigneurie de Bures à la seigneurie d'Orsay (3). Nous apprenons que le seigneur de Bures est chevalier de l'Ordre de Saint-Louis et qu'il est marié à la dame Marie Thérèse Clémentinon, demeurant ensemble à Paris, rue Poupée, paroisse Saint-André des Arts. Le seigneur d'Orsay et autres lieux, chevalier, Charles Boucher fait partie de la noblesse de robe. Il est conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes honoraire de son hôtel, intendant de justice, police et finances du Limousin, demeurant rue Saint-Guillaume, paroisse Saint-Sulpice.

Cette anomalie sera relevée 53 ans plus tard, par les commissaires de la Chambre des Comptes qui, réclamant, au nom du roi, les droits de quint et relief au seigneur d'Orsay, engageront un procès devant le Parlement. En effet la seigneurie d'Orsay ne relève pas de Limours, mais bien de la basse-cour des Carmeaux . Les bois de Villefeux sont dans la mouvance immédiate de Limours et à ce titre le seigneur doit servir ses devoirs féodaux au roi. La foy et hommage est portée par le sieur Boucher d'Orsay à la Chambre des Comptes le 28 août 1725.

Deux jours plus tard, une quittance pour les fief et censive de Villefeu est délivrée par Monsieur de Bures à Monsieur d'Orsay : «  J'ay reçu de Monsieur d'Orcey les droist de deux demy reliefs que je mestois reserveé et qui mestoient deubs enterieurement de la vente que je luy ay fait de la directe que j'avois sur quatre vingt arpens de bois et patis apelés le fief de Villefeu des quels je le tiens quite et tous autres, fait à Bures le premier octobre mil sept cent vingt quatre. De plus Monsieur d'Orcey m'a payé les années de censives qui me doit et celles à cause de deux morceaux de pré sis dans la prairie de Bures. Ce jour et mois que dessus. Signé : de Champy  ».

Des actes passés les 23 et 28 août et 11 septembre 1725 concernent la mouvance passive de Villefeux et les droits féodaux servis au seigneur dominant :
• le premier est un arrêt sur requête de la chambre des Comptes du 23 aoust 1725, lequel permet à messire Boucher d'Orsay de faire la foy et hommage par le ministère de son fondé de procuration au Roy à cause de son comté de Limours, pour raison de 80 arpents de bois et patis faisant partie de la terre et seigneurie de Villefeu, ensemble de la mouvance et directe desdits 80 arpens de bois et patis en payant les droits si aucun souidier à la charge de fournir l'aveu et dénombrement dans le tems porté par la coutume.
• Le deuxième du 28 aoust est la foy et hommage rendüe au Roy en la chambre des Comptes par messire Hugues Teillard, fondé de procuration de messire Charles Boucher, seigneur d'Orsay, la Plesse et Villefeu, à causes desdits 80 arpens de bois et patis et de la mouvance d'iceux, mouvant du Roy à cause de son comté de Limours.
• le troisiè
me et dernier du 11 septembre 1725, est l'attache de ladite chambre des Comptes ensuite de laquelle en la signification qui en a été faite au procureur général de la dite chambre.

Un mémoire «  à consulter  » est présenté au Parlement par Messieurs Moussu et Delainbon, avocats le 4 août 1777 pour répondre à la question «  de savoir si l'acquisition faite par le seigneur d'Orsay propriétaire des 80 arpens de bois de Villefeux, cy devant relevant de la seigneurie de Bures, de la mouvance de ce fief opéroit la décharge du seigneur à l'égard des droits de quint et relief attribués aux seigneurs immédiats par la coutume de Paris et si par une suite de cette première conséquence le seigneur de Limours suzerain de la seigneurie de Bures devoit être servi en plein fief au lieu de l'être comme seigneur médiat tel qu'il l'étoit par le seigneur de Bures avant l'acquisition de cette mouvance  ».

Dans les conclusions de l'arrêt du Parlement du 4 août 1777, nous lisons «  Mœunius a acquis la mouvance et directe d'où dépendoient 80 arpents de bois et pâtis dont il étoit propriétaire. Il n'a point fait dans le contrat de déclaration formelle qu'il ne vouloit pas reünir. Donc la réunion s'est faitte et réalizée à l'instant en fond. Donc le suzerain est fondé à exercer tous les droits que sa qualité et la Coutume luy confient  ». En fait, il semble que ledit acquéreur était persuadé que la réunion des terres le dispensait de rendre foy et hommage séparément pour les 80 arpents de bois. Par leur arrêt, les juges de la Chambre des Comptes ne l'entendaient pas de la sorte, estimant que «  le sieur acquéreur doit rendre foy et hommage pour raison des 80 arpens de bois et pâtis, en paiant les droits si aucuns sont dus et à la charge de fournir aveu et dénombrement dans la forme portée à la Coutume  ».

Il s'agissait bien d'un problème fiscal car le vassal ne pouvait éviter de payer les impôts de mutation au Trésor royal. Les juges parlementaires réfutent les termes « en paiant les droits si aucuns sont dus » portés à l'acte de vente de 1724, car le roi doit être servi en plein fief «  donc le suzerain est fondé à exercer tous les droits que sa qualité et la Coutume lui confèrent  ». Après une indécision de 53 ans, les commissaires de la Chambre des Comptes obtiennent l'arrêt du Parlement au profit du roi.

 

 

Notes

(1) Voir la chronique " le Fief de Fretay, 2ème partie " pour la généalogie simplifiée de la famille Olivier.

(2) Nicolas de Thou, évêque de Chartres, était un éminent membre du clergé français. Il célébra, en l'église cathédrale de Chartres le 1594, le sacre du roi Henri IV empêché d'aller à Reims par les Ligueurs du duc de Guise. Il était le fils d'Augustin de Thou, premier président du Parlement, frère de Christophe de Thou, parlementaire et conseiller du roi, et oncle de Jacques-Auguste de Thou, conseiller d'État. Il est mort dans son château de Villebon le 5 ou 6 novembre 1598 à l'âge de 96 ans.

(3) La Coutume de Paris considère précisément la hiérarchie entre les fiefs et prescrit les devoirs féodaux afférents aux fiefs immédiats et médiats. Nul ne peut réunir deux fiefs de mouvance différente sans l'accord du seigneur dominant. Il en est de même avec les tenures roturières qui peuvent être inféodées.

 

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