C. Julien
Cette chronique présente brièvement l'histoire du prieur Macaire qui fut l'un des chefs du couvent Notre-Dame de Longpont au XIIe siècle. Il y a de nombreux Macaire « Macarius, Marcharius » dans l'histoire de l'Eglise. Macaire abbé de Fleury est la personnalité de ce nom qui a le plus de relief. Le psautier et bréviaire d'Orléans prescrit, lors de son obit le 16 mars, que l'on serve un vin meilleur, qui est dans le cellier de l'abbé ( domini ). Homme d'une grande érudition, ayant quitté le cloître de Longpont, Macaire devint abbé du monastère bénédictin de Fleury à Saint-Benoît sur Loire.
Considérations sur la fondation de Longpont
Depuis la fondation du prieuré Notre-Dame de Longpont par Guy 1er, sire de Montlhéry, et son épouse Hodierne de Gometz, le couvent fut dirigé par sept prieurs conventuels dont la feuille de route était de construire l'église prieurale et les bâtiments conventuels. Ce fut aussi la tâche principale des vingt moines arrivés avec le prieur Robert en 1061. Car voulant achever la construction de l'église de Longpont commencée en 1031 par leur libéralité, Guy et Hodierne avaient imaginé de fonder un couvent « ecclesie in burgo Longo Ponte dicto sitam et in honore sancte Dei genitricis fundatam et dedicatam ". Sensibles aux paroles de saint Hugues prononcées vers 1060 lors de sa tournée en Île-de-France, le seigneur de Montlhéry et dame Hodierne comprirent l'intérêt d'associer l'abbaye de Cluny à leur projet, car il n'était pas imaginable de laisser en plan l'œuvre dédiée à la Vierge Marie. C'eut été une offense impardonnable à la « Très Sainte Mère l'Eglise ».
« Tout indique, comme le pensait le chanoine Nicolas, que les travaux furent rapidement menés, tout au moins en ce qui concerne l'abside, le chœur, le transept et les trois travées orientales; peut-être tous les piliers furent-ils même bâtis à la suite, lorsqu'on considère leur unité de style. La construction se serait toutefois arrêtée aux chapiteaux des maîtresses colonnes sur lesquelles une charpente aurait été posée », nous dit Michel Réale, l'historien de la Basilique de Longpont (1).
Il faut remarquer que Guy 1er de Montlhéry était devenu un personnage puissant au sein de la cour royale. Possédant la charge de forestier du roi, il cumulait les fonctions de grand-maître des Eaux et Forêts, grand fauconnier et grand veneur et siégeait au conseil du roi. Il avait également hérité de son père, le seigneur Thibaut File-Etoupe, la qualité de l'un des quatre barons qui relevaient de l'évêque de Paris. Ce sont les raisons pour lesquelles l'abbé de Cluny ne put lui refuser son offre, après avoir obtenu l'autorisation de la cession de l'église de Longpont aux moines par l'évêque de Paris, Geoffroy de Boulogne.
La charte LI du cartulaire de Longpont précise le statut juridique de l'église Notre-Dame (2). Il semble que le seigneur de Montlhéry possédait le patronage primitif de l'église de Longpont dont la construction avait été commencée sous son impulsion. Toutefois, l'évêque de Paris avait une "double casquette" en tant que chef diocésain mais aussi comme seigneur éminent de la châtellenie de Montlhéry. En transférant tous les droits honorifiques et juridiques au prieur clunisien, les autorités locales abandonnaient le patronage au profit de Cluny. Seul l'évêque de Paris s'était réservé le droit diocésain sur la paroisse Saint-Barthélemy de Longpont qui se trouvait hébergée dans la partie septentrionale du sanctuaire dédié à la Vierge.

La Basilique de Longpont-sur-Orge, ancienne église conventuelle de l'ordre de Cluny.
La coupe de saint Macaire
Dès sa fondation le prieuré de Longpont possédait des objets précieux et de nombreuses reliques. Parmi celles-ci un calice dit « coupe de saint-Macaire » était vénéré. Les reliques étaient conservées dans des petits étuis appelés « phylactères » Le phylactère le plus précieux contenaient le morceau de voile de la Vierge donné par saint Denis selon la tradition locale.
Les donations faites aux moines de Longpont étaient l'occasion de cérémonie solennelle au cours desquelles les seigneurs du ban et de l'arrière-ban de la région assistaient le donateur. Généralement, le donateur déposait le bâton de buis, ou encore dénommé bâton de commandement, dans les mains du prieur « atque in manu Johannis, prioris, per quandam portiunculam ligni miserunt » symbole de la transmission du bien. L'acte de parchemin était déposé sur l'autel de la Vierge devant la fameuse coupe de saint Macaire « scyfum sancti Macharii ». De nombreuses personnes de toutes les classes de la société étaient appelées à témoigner, tant les gens de la noblesse que ceux du tiers-état. Ainsi, à côté des moines, nous trouvons souvent des laïcs, les serviteurs du prieuré : prévôt, cuisinier, boulanger, berger, etc., et même les ouvriers qui travaillaient à la construction : tailleur de pierre, forgeron, charpentier.
Guy Lisiard fit une donation à Sainte-Marie de Longpont où il devint moine vers 1090 (charte LIII). La dot du nouveau moine consista en plusieurs biens dont une hostise à Brétigny et la moitié de sa part de la forêt de Séquigny. La coupe de saint Macaire fut posée sur l'autel à cette occasion: " et donum ipse super altare per scyfum sancti Macharii posuit ". Elle fut à nouveau posée sur l'autel de la Vierge lors de la donation des dîmes de l'église de Saint-Michel-sur-Orge faite par Hersende, femme de Walgrin, à la même époque « donacionem per scyphum sancti Marcarii super altare sancte Marie posuerunt » (charte CXI). Le prieur Henri brito était assisté vers 1100 d'un sous-prieur, le moine Georges, qui fut témoin de la charte CXLIII, relative à la donation d'une terre par Foulques de Bièvre. Milon Brito, frère du prieur Henri donna une terre qu'il avait à Étréchy. Il fit cette donation sur la coupe de saint Macaire (charte CLXIV). Vers 1108, le chevalier Hervé et son épouse Emeline offrirent un champart dans la grange de Longpont ; ce legs est fait publiquement au nom de leur frère Wulgrin, moine à Longpont, en invoquant la coupe de saint Macaire « Hec donatio facta est publice, per scissum sancti Macharii » (charte CXLI). En contrepartie les moines livrèrent un setier de froment. En tant que seigneur éminent, Aymon de Donjons donna son consentement en présence du chapelain Harduin et de son frère Hubert.
Il y eut deux saints de ce nom au IVe siècle, tous deux moines égyptiens. La coupe était celle de saint Macaire le Grand, ou l'Ancien, né vers 301, prêtre, disciple de saint Antoine; il se retira à trente ans dans le désert de Nitrie. L'empereur arien Valens le fit déporter dans une ne. Revenu dans le désert, il fonda le monastère de Scitis et mourut en 392.
On ignore comment cette coupe arriva à Longpont. Elle semblait y être avant la première croisade et fut probablement ramenée par un pèlerin revenu de Jérusalem par Constantinople. Le prieur Macaire dont nous voulons parler n'eut rien à voir avec la coupe de saint Macaire-le-Grand.
Les premiers prieurs et moines de Longpont
Envoyés par saint Hugues, l'abbé de Cluny, à la demande d'Hodierne de Montlhéry, vingt-et-un moines bénédictins constituèrent la première communauté implantée en Île-de-France, dix-huit ans avant la fondation de Saint-Martin des Champs. Richement dotée par les premiers capétiens et toute la noblesse du Hurepoix, le couvent devint chef de réseau régional, dirigeant directement plusieurs autres prieurés et paroisses placés dans son spirituel mais également dans son temporel. Ainsi, Longpont était devenu en moins d'un siècle un centre religieux de première importance pour le culte marial, un centre de pèlerinage où la Vierge était honorée, un centre culturel parce qu'il contrôlait le prieuré Saint-Julien le Pauvre à Paris. Comme tous les monastères du XIIe siècle, son économie était l'exploitation agricole des terres du sud parisien.
Nous trouvons les noms des premiers prieurs de Longpont en tant que principaux acteurs des chartes du couvent, souvent comme donataires parfois comme témoins cités par le scribe.
Il est significatif de voir le nom du prieur Robert comme témoins de la charte XLI du cartulaire, celle accordant l'exemption de juridiction seigneuriale par Guy 1er et Hodierne de Montlhéry en faveur de Sainte-Marie de Longpont. S'il faut croire Gallia christiana , ce sont vingt-et-un moines et leur prieur qui arrivèrent rapidement sur l'ordre d'Hugues de Semur, abbé de Cluny, logeant pendant plusieurs années dans des maisons de fortune avant l'édification du bâtiment conventuel.
En 1066, le successeur de Robert fut Bernard qui se trouvait parmi les premiers moines venus de Cluny. Nous le trouvons parmi les témoins de la charte XLI en 1061 en compagnie de Guy le Rouge, fils des donateurs, le chevalier Hescelin de Linas, le prévôt Etienne et beaucoup d'autres dont le moine Arestan « Widonis & Hodierna : Wido, filius eorum ; Adam, vice comes ; Hecelinus de Linais, miles ; Erchenbaldus de Valaro ; Stephanus, prepositus ; Johannes Beloardus. Ex parte sancte Marie sunt hii : Robertus, prior ; Bernardus, monachus ; Arestannus, monachus ». Selon le cartulaire de Cluny, Bernard aurait été béatifié. Son successeur, en 1070, fut Etienne, présent lorsque Guy 1er décida de devenir moine de Longpont et donna le moulin Grotteau au prieuré avec l'accord de son épouse Hodierne (charte XLVID).
Macaire, prieur de Longpont
Macaire était le neveu d'un haut dignitaire de l'Eglise du nom d'Albéric qui fut cardinal et évêque d'Ostie (3). On verrait bien que le nom de Macaire ait été imposé à l'enfant par son oncle, comme passeport pour une carrière monastique bâtie d'avance. Macaire comme Albéric étaient issus une famille de la noblesse, car à cette époque, seuls les aristocrates pouvaient prendre les habits de moines à Cluny. Voici ce que nous savons de ce prélat.
Macaire prit les habits de moine clunisien et commença sa carrière au couvent Notre-Dame de Longpont. Après une longue période de moine profès, Macaire fut élu le huitième prieur conventuel de Longpont par la diète de Cluny. Il en prit la direction en 1141, succédant au prieur Jean, élu au priorat quelques mois auparavant et mort prématurément.
Macaire a gouverné Longpont avec une grande sagesse. Dom Rocher a prétendu qu'il fut prévôt « Macaire, religieux de Cluny, qui avait été précédemment prévôt de Long-Pont, près Montlhéry », c'est-à-dire qu'il fut régisseur du prieuré. Ayant eu une éducation en théologie, il avait su se faire connaître des autorités clunisiennes. Macaire jouissait d'une solide réputation auprès de l'abbé et les définiteurs clunisiens qui lui confièrent la réforme du cloître de Longpont, tâche dont il s'acquitta avec application en recevant les encouragements et les conseils de son oncle Albéric. Les premières années du XIIe siècle avaient été défavorables à la discipline monastique ; il fallait revenir à la règle de Saint-Benoît car les mœurs monacales s'étaient relâchées dans les prieurés de l'Île-de-France.
Ce religieux, en effet, améliora, sous beaucoup de rapports, la situation du monastère. Il donna plus de consistance à ses propriétés, augmenta ses revenus, et ajouta surtout une gloire plus pure et plus durable encore, celle d'un dévouement sans bornes pour les pauvres. Les guerres lointaines avaient, à cette époque, augmenté la misère publique, en laissant en France les terres sans culture, et le commerce sans activité et sans aliment.
Tout porte à croire qu'au milieu du XIIe siècle, les moines étaient sur le point d'achever l'édification de l'église conventuelle Sainte-Marie de Longpont, pour laquelle de nombreuses donations avaient été faites, plus particulièrement pour « l'opus ». La présence d'un morceau du voile de la Vierge Marie y attirait de nombreux pèlerins. Le sanctuaire du sud parisien devenait de plus en plus attractif pour les malades, les affligés et les pêcheurs. C'est pendant le priorat de Macaire, vers 1140, que Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, prescrivit de ne distraire aucune relique du reliquaire de Longpont sans son autorisation, sous peine d'excommunication (charte VIII). La remarque de l'abbé Lebeuf au milieu du XVIIIe siècle sur le peu d'importance du reliquaire de Longpont ne parait donc pas fondée puisque cette charte montre qu'il était déjà important au milieu du XIIe siècle. « Cette mesure était destinée à faire mieux connaître Longpont, à y attirer des pèlerins, et à augmenter les revenus du prieuré afin de poursuivre la construction de l'église et l'aide sociale en faveur des pauvres », nous dit Michel Réale.
Puis, nous trouvons, toujours à la même époque, le roi Louis VII le jeune, pieux, moral et très croyant « Ludovicus, Dei gratia, rex Francorum & dux Aquitanorum », prescrivant un acte important, par lequel la foire de Montlhéry se transporterait à Longpont pendant l'octave de la Nativité de la Vierge , du 7 au 15 septembre de chaque année (chartes III et IV) avec le bénéfice du conduit royal pour les voyageurs et les commerçants de la foire de Longpont et exemption du droit de tonlieu « omnes justicias & consuetudines ad easdem ferias pertinentes, pedagio & conductu nostro excepto » . Selon Ulysse Chevalier, l'acte fut établi lors d'une séance publique à Étampes, le 1er août 1142. Les officiers royaux signèrent la charte « Actum publice, Stampis, anno incarnati Verbi millesimo C°XL°II°, regni vero nostri VI°, astantibus in palacio nostro quorum nomina subtitulata sunt & signa: Signum Radulfi, Viromandorum comitis, dapiferi nostri. S. Guillelmi, buticularii. S. Mathei, camerarii. S. Mathei, constabularii ». L'acte nomme clairement deux personnages, Macaire, abbé de Morigny, et Pierre, prieur de Longpont « domnus abbas Macharius Mauriniacensis & Petrus, prior sancte Marie Longi Pontis, humiliter deposcentes quatenus ».
Ainsi, cette charte confirme que Pierre venait de succéder à Macaire, qui agissait comme témoin privilégié, mais également comme un proche du roi. Le priorat de Macaire fut donc de courte durée à Longpont, étant appelé à de plus hautes fonctions au sein de l'ordre clunisien. Tout indique que, dès le début 1142, Pierre avait remplacé Macaire sur le siège prieural de Longpont. Puis, Thibaud, dixième prieur conventuel lui succéda à Pierre en 1150. Ces deux derniers prélats avaient des liens d'amitié avec le roi Louis VII, lesquels avaient fréquentés l'abbaye de Saint-Denis sous la responsabilité de Suger.
Macaire avait été élu abbé de Morigny en 1142 contre l'avis du roi signifié par deux évêques et Hugues de Saint-Victor. Toutefois, il semble également que la fâcherie du roi au sujet de l'élection de l'abbé Macaire se soit estompée au cours de l'été 1142, lors de la signature de la charte de Longpont. Sans être canonisé, Macaire figure aux livres mémoriaux de Fleury et de Cluny, malgré une lettre de Thomas de Morigny écrite à saint Bernard, le décrivant comme gras, fourbe, simoniaque « Macarium, laesae opinionis hominem, corpore pinguem, corde duplicem, ore bilinguem ». Rien n'est surprenant car ce Thomas de Morigny fut en conflit avec Macaire et son oncle Albéric, accusant une attitude népotique quand le premier essaya de faire élire son frère Lancelin pour lui succéder à Morigny. C'était là une accusation sanglante que le moine Thomas, ancien abbé de Morigny, lançait contre le légat. La lettre écrite à saint Bernard, lettre empreinte d'une exagération haineuse, trace un tableau hideux de l'abbé Macaire, dont cependant la chronique de Morigny loue la sagesse, l'intelligence et le zèle.
Dès lors, Macaire connut une ascension fulgurante au sein de l'ordre bénédictin. Albéric, l'oncle protecteur, devenu légat apostolique, suivait et poussait la carrière de son neveu. Il l'imposa en 1144 comme abbé du monastère de Fleury localisé à Saint-Benoît sur Loire « abbas ecclesiam Floriacenses », en remplacement d'Adhémar à qui on imputait la décadence du monastère (4).

L'abbaye de Fleury (lithographie par Deroy d'après la gravure d'Ernest Pillon).
Le 42e abbé de Fleury (5)
Laissons l'abbé Rocher introduire le sujet « Les légats donnèrent à l'abbaye de Fleury, pour abbé, le moine Macaire, qui avait déjà réformé le monastère de Long-Pont, et qui administrait avec un zèle intelligent celui de Morigny. L'avenir prouva la justesse de leurs prévisions et la bonté de leur choix. Ce religieux, en effet, améliora, sous beaucoup de rapports, la situation du monastère. Il donna plus de consistance à ses propriétés, augmenta ses revenus, ranima les études scientifiques, et ajouta surtout à sa gloire littéraire une gloire plus pure et plus durable encore, celle d'un dévouement sans bornes pour les pauvres. Les guerres lointaines avaient, à cette époque, augmenté la misère publique, en laissant en France les terres sans culture, et le commerce sans activité et sans aliment » (6).
Macaire « Macarius abbas sancti Benedicti Floriacensis » avait été élu à la tête du monastère de Fleury pour y introduire la réforme clunisienne. Installé à Saint-Benoît, il modifia le calendrier local sur deux points de détail seulement. Le coutumier du XIIIe siècle préserve la règle de vie locale au sein du couvent de Fleury « consuetudines Floriacenses ». L'abbé Macaire commença par solliciter de Louis VII la ratification de toutes les donations faites à l'abbaye par son père (7). La même année 1144, ce roi, ayant confirmé par une charte la donation du monastère de Lorris à l'abbaye de Fleury, Macaire affecta à la construction de l'église de ce lieu une somme annuelle de 100 livres à prélever sur des censives situées dans différents pays environnants. Le cartulaire de l'abbaye renferme une charte du pape Eugène III, datée de Rome, en l'année 1145, qui confirme les possessions de Bouzy, Vieilles-Maisons et les droits des religieux sur le quart des fours de Lorris. Cette donation fut affermie de nouveau en 1154, par une charte du roi Louis VII.
Une autre partie de l'œuvre de l'abbé Macaire de Fleury, c'est le nom retenu par les historiens pour désigner l'abbé, consista en la restauration de l'importante bibliothèque de l'abbaye bénédictine. L'état désastreux des manuscrits annotés dans les marges avec une abondance exceptionnelle démontraient qu'il avaient été livrés aux mains d'écoliers qui les avaient traités avec irrespect, car le monastère de Fleury entretenait une école. Parmi les actes de son abbatiat, émerge la restauration et l'augmentation des manuscrits corrompus par la vétusté et par les vers et pour l'entretien de la bibliothèque. Dans sa décision, bien connue du 1er mars 1147, l'abbé Macaire imposa une taxe sur tous les offices et prieurés de l'abbaye (8).
Il y eut des réactions aux décisions de l'abbé. Un conflit s'installa entre le prélat est les frères. Le pape Eugène III écrivit au roi Louis VII pour le solliciter avec la formule « Eugenius episcopus seruus seruerum Dei karissimo in Christo filio Ludouico Francorum regi salutem et apostolicam benedictionem… ». Le pape expédia une lettre le 16 avril 1146, adressée aux moines de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire « dilectis filiis monachis sancti Benedicti super Ligerim salutem »dans laquelle il ordonnait de se soumettre à l'abbé Macaire.
Le 19 avril 1153, à la demande à Macaire , l'abbé de Fleury « venerandi abbatis Macharii », Louis VII déclare illicites les « mauvaises coutumes » établies par ses officiers sur ses hôtes d'Yèvre-le-Châtel, de Bouilly-en-Gâtinais, de Bolonis (Tour-en-Sologne) et de Bouzonville-en-Beauce, et accorde aux serfs de l'abbaye le droit de porter témoignage en justice. L'abbé Macaire avait bien travaillé pour son monastère. Sa course s'était achevée dans des œuvres de charité et de zèle. Il mourut le 14 mars de l'année 1161 selon Dom Chazal, 1162 d'après la Gallia christiana. L'abbé Arnaud fut le successeur de Macaire de Fleury.
La charité de l'abbé Macaire
Si l'abbé Macaire soutenait avec persévérance les droits de son monastère, et cherchait à en augmenter les domaines, toujours fidèle à ses sentiments de charité, il venait généreusement en aide à toutes les détresses. Macaire est resté dans l'histoire comme un prélat d'une grande sagesse dans son administration associée à une charité envers les pauvres, une des obligations principales imposées aux religieux de l'ordre de Saint-Benoît. Ceux de Fleury se firent remarquer dans tous les siècles par leur constante fidélité à ce point essentiel de la règle. Leur hospitalité était connue au loin, et les nombreux pèlerins qui venaient vénérer les saintes reliques, les nombreux malades et infirmes que les miracles opérés au pied du tombeau de saint Benoît attiraient de toutes les contrées, étaient tous accueillis avec une cordialité, un désintéressement, une générosité admirables.
Une disette effroyable, produite par la peste et la stérilité des terres, désolait la France en 1153 ; la population entière des pays qui environnaient Fleury se transportait chaque jour aux portes du monastère, pour y demander l'aumône. Les historiens rapportent « chaque jour six ou sept cents pauvres recevaient la nourriture nécessaire à leur existence. Le trésor de l'abbaye étant épuisé, l'abbé Macaire n'hésita pas alors à vendre les vases sacrés, et notamment un crucifix enrichi de pierres précieuses et de grand prix ». Selon Gallia christiana (t. VIII, p. 1557) ce crucifix, qui ornait l'autel de Saint-Benoît, était en argent massif, et pesait 40 marcs.
Suite à sa désastreuse expédition en Orient, Louis VII avait dû imposer à tous ses sujets, et plus particulièrement à toutes les abbayes de son royaume, de lourds subsides, afin de remédier à la pénurie de ses finances. L'abbaye de Fleury fut taxée à mille marcs d'argent. L'abbé Macaire s'empressa de représenter au roi l'impossibilité où il était de payer cette somme énorme tout en proposant les trésors du couvent. Sensible aux actes de charité envers les pauvres Louis VII déclara qu'il se tenait pour satisfait de cette preuve de bonne volonté, et qu'il voulait que tout cet argent fût employé à la construction d'un nouveau dortoir pour les religieux, et à la restauration des autres bâtiments claustraux. Le roi exempta les terres de Saint-Benoît de tous les droits que les agents du fisc royal y avaient perçus jusqu'à cette époque, et il concéda à tous les hommes de corps de l'abbaye le droit de tester en justice.
L'abbé Macaire ne négligeait rien de ce qui pouvait contribuer à l'affermissement de la prospérité de son monastère. Alors qu'il venait de recevoir un diplôme confirmatif de toutes les possessions de l'abbaye de la part du pape Eugène III, il se hâta après la mort du Saint-Père d'en solliciter une nouvelle d'Adrien, son successeur. Dom Chazal, qui cite in extenso cette charte d'Adrien IV, fait observer qu'elle désigne dans l'énumération des biens de Saint-Benoit : Saint-Ythier et Saint-Germain de Sully, Saint-Martin-d'Abbat, Cerdon et Villemurlin, églises dont l'abbaye avait alors la jouissance, mais qu'elle n'a pas conservée jusqu'à la fin, tandis qu'elle omet, au contraire, celles de Saint-Jean-Baptiste de Neuvy, de Sainte-Catherine de la Chaise , qui lui ont toujours appartenu.
L'abbé Rocher fait remarquer que les possessions des abbayes au Moyen Âge subissaient de fréquentes et singulières modifications. Certains domaines étaient échangés, d'autres étaient donnés en fiefs ou en bénéfices, comme rémunération de services rendus, et tombaient souvent en mains laïques. « L'usurpation des seigneurs et leurs injustices, l'incurie des prévôts, et diverses autres causes, enlevaient souvent aux religieux des portions notables de leur territoire, ou les privaient de droits légitimes et de revenus utiles. C'est ce qui explique la sollicitude des abbés pour maintenir aux monastères qui leur étaient confiés l'intégrité de leurs biens et l'indépendance de leurs droits, en sollicitant des papes et des rois des diplômes et des chartes ; c'étaient là en effet les seuls titres authentiques de propriété qui pussent être opposés aux prétentions usurpatrices. Ces protestations solennelles, parties de si haut, étaient d'ailleurs indispensables pour interrompre les prescriptions subrepticement introduites par la mauvaise foi ».
Enfin, notons que pendant les dix-sept années de son administration à Fleury, l'abbé Macaire fut témoin d'un événement qui marqua ses contemporains : en 1145 le passage de la comète de Halley.
Notes
(1) M. Réale, La Basilique de Longpont (Eds. du Soleil Natal, Etréchy, 1988). – Les difficultés survenues lors de la construction de l'église et principalement lors de l'édification du clocher ont été traduites par une légende, celle de « dame Hodierne » citée en termes plus ou moins évocateurs par les chroniqueurs.
(2) J. Marion, Cartulaire de Notre-Dame de Longpont, ordre de Cluny au diocèse de Paris (Impr. Perrin et Marinet, Lyon, 1979).
(3) Albéric, né à Beauvais vers 1080, prit le froc de moine bénédictin à Cluny dont il devint sous-prieur, puis exerça les mêmes fonctions à Paris au prieuré de Saint-Martin de Champs. L'œuvre diplomatique d'Albéric est immense ; il fut appelé par l'abbé Pierre le Vénérable pour ramener aux pratiques de la règle les moines clunisiens entraînés dans un schisme. Vers 1131, il fut nommé abbé de Vézelay, mais récusé par les frères. En 1138, Innocent II, voulant rendre justice au mérite d'Albéric, lui conféra le titre de cardinal-évêque d'Ostie, et l'envoya comme légat en Angleterre. Il fut envoyé en Sicile pour exhorter les habitants de Bari, révoltés a reconnaître l'autorité légitime du roi Roger II. Puis, le Saint-Siège lui confia une mission en Orient pour apaiser les dissentiments qui avaient éclaté entre Rodolphe, patriarche latin d'Antioche, et, ses diocésains. Après trois années de repos passées à Rome, Albéric, accompagné de saint Bernard et de Geoffroi de Chartres, se rendit à Toulouse pour combattre les hérétiques henriciens. Usé par l'âge, il mourut à Verdun en 1147.
(4) Dom Chazal, Historia coenobii Floriacensis seu Sancti Benedicti ad Ligerim (Orléans, 1723). - Fleury, dont le premier abbé fut Rigomaire de 653 à 658, avait été fondé sous le règne de Clotaire III, roi des Francs. L'abbaye de Fleury-Saint-Benoît, qui fut une des premières et des plus considérables maisons de l'ordre des Bénédictins en France, avait acquis, au moyen âge, une haute réputation de sainteté et de science qu'elle conserva pendant des siècles. Son histoire, féconde en grands souvenirs, est assurément une des gloires du diocèse d'Orléans, auquel elle a toujours appartenu, non seulement par sa position géographique, mais par ses origines , par sa fondation même, due à la piété généreuse d'un moine orléanais.
(5) Selon le Gallia christiana , le dernier abbé régulier de Fleury, Jean V d'Esclines fut nommé en 1477. Jean VI, cardinal de la Tremoille , devint le premier abbé commendataire en 1486.
(6) Dom Jacques Rocher, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Benoît-sur-Loire (chez H. Herluison Libr., Orléans, 1865).
(7) Louis VI le Gros et son fils Louis VII le jeune donnèrent une grande quantité d'actes en faveur des communautés religieuses et notamment dotèrent richement les bénédictins. Dans un diplôme daté de Châlons le 3 août 1113, Louis VI permettait aux chanoines de l'église de Saint-Victor de Paris d'élire eux-mêmes leur abbé, sans autorisation royale ou épiscopale, et confirme les donations faites par lui à cette église.
(8) Cuissard affirme sans citer ses sources [ Inventaire des manuscrits de la Bibliothèque d'Orléans, fonds de Fleury (Orléans, 1885, p. XVI)], que la mesure prise par Macaire avait eu un précédent sous l'abbé Simon, dans un acte dont il donne la date précise, le 11 juillet 1103.