La seigneurie de Soucy 1745-1789

Chronique du Vieux Marcoussy --Marcoussis--------------- _----------------------------------_--Avril 2012

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Extrait de plan napoléonien.

JP Dagnot

 

 

Cette chronique est le sixième volet de l'histoire de cette seigneurie qui fut possédée par la famille de Ficte pendant plus d'un siècle. Une autre famille, les Haudry, va également laisser son empreinte dans la région et notamment au château de Soucy. Une chronique spécifique à la famille Haudry sera prochainement présentée par Pascal Herbert.

 

 

Banqueroute de Jacques Simmonet

Dans la précédente chronique nous avions laissé le nouveau seigneur de Soucy présenter ses hommages à ses suzerains religieux. Le nouvel arrivant semble avoir les mêmes problèmes que son prédécesseur.

En effet, en 1743, devant les dettes accumulées par Jacques Simmonet, ses créanciers se réunissent et forment un contrat d'union de créanciers:
- Jacques Simmonet, écuyer, secrétaire du roy, maison couronne de France et de ses finances seigneur de Soucy et Marguerite de Saint-Bonnet son épouse autorisée, demeurant paroisse Saint-Germain-l'Auxerroix à Paris, d'une part,
- Nicolas Versures, secrétaire du roy, Charles Godefroy, marchand joallier, Pierre Massé, aussi marchand joallier, Barthelémy de Carité, banquier, François Vendrive, marchand bourgeois de Paris, Jean Jacques Paumier banquier, Claude le Pocheux, trésorier de France, Pierre Martin, banquier, Maurice Pichot, avocat, procureur de Claude Morel échevin de Lyon, et Germain Martin bourgeois de Paris, d'autre part,...
Tous créanciers dudit Jacques Symonnet, lesquels assemblés pour délibérer sur l'état actuel des affaires dudit ... Les dits unis font procéder à l'état des biens du co
uple: la terre de Soucy pour 300.000 livres, charge de secrétaire du roy, 93.000 livres, ... six maisons à Paris 100.000 livres... le tout pour 632.000 livres. Les meubles, bijoux ... pour 261.000 livres. Le couple Simmonnet fait l'abandonnement desdits biens.

La quinzaine suivante, une sentence aux requestes du palais oblige les titulaires de charges envers Simonnet à verser au syndic des créanciers les sommes qu'ils doivent. En août, extrait du premier cahier de dépôt de deniers constitué par les créanciers Simmonet, deux locataires des maisons parisiennes, un marchand et un aubergiste, lesquels en conséquence de la signification faite le 31 juillet dernier à la requeste des créanciers, d'une sentence rendue le 20 juillet, portant homologation du contrat entre Simmonet & ses créanciers, déposent leur loyer de locataire de Simmonet. Ce cahier enregistre toutes les sommes dues au couple qui sont versées au notaire qui agit comme séquestre.

Dans la foulée en août, l'abandonnement général de tous leurs biens par les sieurs et dame Simonnet, meubles immeubles est entériné. L'assemblée des créanciers du sieur Jacques Simonnet, ..., A été dit par ledit Simonnet au sujet de difficultés qui se rencontrent, homologué par simple contrat passé entre luy & ses créanciers le 5 juillet, que pour assurer ses créanciers de sa bonne foy, il consentait de se déssaisir entre leurs mains de tous ses biens meubles & immeubles à l'effet d'estre vendus et le prix distribué aux débiteurs à condition qu'il ne sera procédé à la vente de l'office de secrétaire du roy qu'après celle de tous les autres biens, et même, pour pourvoir à sa subsistance & celle de sa femme, il les priait de conserver son office... Le sieur Simmonet apportera tous les titres de propriété relatifs à son contrat d'abandon. Le notaire sera séquestre des sommes obtenues. Les créanciers acceptent de laisser jouir Simmonet des revenus de son office de secrétaire tant qu'il ne sera pas vendu. À la fin de l'acte, un état en bref du mobilier étant dans le château de Soucy:
- quatre bons chevaux de charrue et neuf vaches;
- 200 pièces de volaille;
- quatre ou cinq lits outre ceux des domestiques,
-... chaises... draps ... serviettes...
Dans la chapelle, calices, burettes, chasubles .

Autant dire qu'à part le bétail, il ne reste rien des meubles et ustensiles du domaine.

Le mois suivant, un vassal se présente à Soucy: messire Joseph Simon Delaistre, ...., ancien secrétaire ordinaire du conseil d'état, direction et finance, seigneur comte de Fontenay, ce jour en son chateau de Fontenay, lequel se transporte au château seigneurial de Soucy, en état de vassal demande le seigneur de Soucy, ou un personne autorisée pour recevoir ladite foy et hommage, en l'absence du seigneur de Soucy qui n'est presque plus à sa terre de Soucy, ..., il se présente devant la principale porte et entrée dudit château et fait constater par le greffier de la justice dudit Soucy... il s'agit de l'hommage du fief de Bois Madame, acquis à Jean Louis de Bullion. Suit l'aveu à Jacques Simmonet, seigneur de Soucy, pour le Bois Madame consistant en 34 arpens de bois.

En février 1744, des lettres patentes du roy attribuent les biens Simonnet aux créanciers. Le directeur de ces derniers déclare:
- qu'il sera mis inces
samment des affiches pour parvenir à la vente de la terre de Soucy, et, cependant que pour pouvoir jouir par provision des revenus de cette terre, on enverra au régisseur de ladite terre le contrat d'union et la sentence pour ne payer qu'au séquestre;

 

Affiche de la vente de Soucy.

- est prévu un engagement de devis pour la réparation de deux maisons rue de Bièvres,
- qu'une relance est faite au sieur Simmonnet pour apporter ses titres, y compris celui de son office, sinon il sera fait une contrainte par corps.

En juillet 1744, une visite d'experts est consignée sur un registre pour visite et état de terre de Soucy à la requête des créanciers Simonnet. Apparemment, la visite ne s'est pas faite à cette date, et pour l'instant ce document n'a pas encore été retrouvé. Néanmoins un imprimé a dû être conçu avec le rapport de ces experts. Son intitulé:

mémoire instructif

sur l'état & revenu de la terre de Soucy sous Bruis & fief Quincampoix,

A VENDRE

Le début du texte situe le bien. Cette terre est à 7 à 8 lieues de Paris, deux de Montlhéry, on passe par la route d'Orléans jusqu'à Linas, ensuite on gagne le chemin de Bruyères, sur une rue pavée, puis un petit bout de chemin en sable qui se raffermit par les pluyes. La terre relève pour les sept huitièmes du roi et le reste des dames de la Saussaye, du seigneur de Fontenay et de celui de Bruyères.
Elle a haute moyenne et basse justice sur Muleron, Soucy, & la Roncière. La terre est "hors les plaisirs du roy avec une étendue de chasse considérable sur plus de 6.000 arpents."
Elle consiste en un château très fort & solidement bâti, couvert en plomb et ardoises avec cheminées en briques .
- Le rez-de-chaussée, partie boisé est composé de sale à manger dans laquelle il y a une fontaine qui donne de l'eau continuellement, office & quatre chambres de plain pied, à côté une très grande cuisine voûtée avec four et également fontaine qui donne de l'eau continuellement;
- Au dessus sont deux étages de chambres pour maîtres, et grenier au troisième dont partie lambrissée pour les domestiques; très belle charpente;
- sous le château sont caves, serres & laitteries voûtées, avec office et four, ledit four à rétablir en partie...
- Sa vue est très belle surtout du côté du parc avec vue sur Courson, Fontenay, Boissy;
- Il y a une très grande basse-cour au milieu de laquelle est un grand bassin d'eau jouant jour & nuit ainsi que le bassin de la cour d'entrée qui va au château.
- Cette basse-cour entourée de bâtimens pour en faire une belle ferme avec plusieurs granges, écuries, bergerie, étables,.... six remises doubles pour mettre plus de douze voitures...
- Plus un grand colombier, avec échelle tournante toute neuve, c'est un des plus beaux de la région, qui peut contenir quatre à cinq mille paires de pigeons.
- Il y a encore d'autres granges à Quincampoix, et aux lieux des Bordes,
- Plus un grand pressoir pour le vin avec deux cuves de douze muids, et un autre pressoir à cidre;
- Plus une belle chapelle adossée au pressoir, avec choeur, sacristie, cave, et "haut clocher", dans laquelle il y a droit de sépulture.
- Corps de bâtiment à côté pour loger le chapelain de trois pièces par bas, trois au premier et grenier au dessus, caves sous le bâtiment. Il est dû 350 livres au chapelain pour desservir cette chapelle Saint Eloy...
- Trois potagers derrière et à gauche dont le premier avec puits. Dans le premier sont deux pièces d'eau.
- Dans le parc sont encore plusieurs pièces d'eau et un grand canal contenant six arpens.
- Plus une grande glacière à recouvrir, et que l'on fait remplir par corvée par les habitans.
- Plus une petite ferme vis-à-vis le château, bien bâtie,
- En un mot, le parc entouré de murs dont parties à rétablir, ce qui va de cinq à six cents thoises. Le tout contenant plus de cent arpens.
Suivent les revenus:
- 500 arpens de bois, valant 2.500 livres,
- 70 arpens de prés donnant du foin, valant 1.600 livres,
- 300 arpens de belles terres, donnant 45 muids en grains, valant 4.500 livres,
- 10 étangs dont plusieurs sont empoissonnés, scavoir deux dans le parc, un au dessus de la fontaine de Soucy appelé l'étang saint Didier, deux autres à Grassard et cinq dans la garenne de Quincampoix, valant cette année 300 livres;
- petite ferme vis à vis le château valant 225 livres;
- garenne à Quincampoix de deux à trois cents arpens entourée de murs à relever, jadis longtemps louée 500 livres, et produisant avec les étangs & la chasse 2.000 livres;
- rentes foncières 800 livres;
- cens poulets ... 300 livres;
- dixmes de la Forest 100 livres.
Cette description détaillée montre un château comprenant au rez-de-chaussée un minimum de huit pièces dont certaines peuvent être imposantes. Qu'au sous-sol les pièces sont nombreuses... Un détail intéressant montre que la liaison entre la source d'eau du hameau de Fontenay et l'intérieur du château est fonctionnelle, l'eau est présente dans la salle à manger et dans la cuisine.

En juillet 1745, une délibération des créanciers organise la vente de la terre de Soucy ...

 

 

André Haudry seigneur de Soucy

En décembre 1745, les directeurs des créanciers adjugent ladite terre de Soucy à maistre Bernard, plus haut enchérisseur moyennant la somme de 183.000 livres:
- 179.000 livres pour la terre,
- 4.000 livres pour le mobilier,
les biens définitivement adjugés à André Haudry, écuyer, secrétaire du roy, maison couronne de France et de ses finances, sous le nom de Bernard son procureur.

Début 1746, l'adjudication du mois précédent est officiellement entérinée. Nicolas Verzure, écuyer, secrétaire du roy demeurant rue Mauconseil paroisse Saint-Eustache, Pierre Massé, marchand jouaillier demeurant quai de Morfondu paroisse st Barthelemy, et François Vandive négotiant, demeurant place Dauphine même paroisse; tous trois créanciers et directeurs des droits des autres créanciers de Jacques Edmé Simonnet, écuyer, secrétaire du roy, seigneur de Soucy, & dame Marguerite Denise de Saint Bonnet, lesquels rappellent la chronologie des faits depuis juillet 1743, adjugent au sieur Haudry demeurant à Paris, rue Plastrière, paroisse Saint Eustache, la terre et seigneurie de Soucy , paroisse de Fontenay sous Bruys, consistant en:
- un château, jardin et parc enclos de murs, terres labourables, prés, pastures, bois,
- nomination à la chapelle saint-Eloy dudit Soucy,
- plus le fief appelé Quincampoix réuny à la seigneurie de Soucy: (maison, ferme, enclos, parc, jardin, garenne,
ces termes raturés ) paroisse de Fontenay,
- la dixme de la Forest,
- 800 livres de rentes,
- la maison de Saint-Didier,
- les vazes sacrés et ornements de la chapelle de Soucy .
- le bétail et les ustancilles comptabilisés,
sont mentionnés également, les droits d'échange acquis par Isaac de Ficte en 1697, la condition de continuer payer le chappelain, laisser subsister toutes les tombes et épitaphes qui sont en la chapelle. Comme pour un certain nombre de ventes de cette espèce l'adjudicataire fera à ses frais le décret volontaire aux requestes du Palais et s'en rendra adjudicataire. L'acte de vente note ensuite le règlement des créanciers sur un compte de séquestre.

Rien de spécial jusqu'en 1748, André Haudry écuyer, ... , seigneur de la baronnie et chatellenie de Soucy, Quincampoix, Muleron, demeurant à Paris, rue Plastrière, paroisse saint-Eustache, s'est transporté en la maison du sieur Eustache Gobereau, bourgeois de Paris, intendant des dames de la Saulsaye les Villejuif, ... dépositaires de la terre et seigneurie des Grand et Petit Vaux sur l'Yvette, conjointement avec le seigneur de Fontenay, pour le paiement de 1.678 lt pour droit de quint. Haudry déclare :
- le château et manoir seigneurial consistant en corps de logis de forme quarrée, couvert d'ardoizes, précédé d'une grande cour à l'entrée de laquelle est une grille de fer posée sur un mur avec grande & petite porte, aux côtés desquelles sont deux pavillons couvert de thuiles,
- une grande chapelle dite st Eloy, nef, coeur, sacristie & clocher,
- grande bassecour joignant la maison seigneuriale, bâtiments, logement de concierge, pressoirs, écuries, colombier à pied, bergerie, écuries, étables,
- deux potagers à droite & gauche de la grande cour, ...
- deux canaux et plusieurs fossez, un étang ... qui composoit l'ancien parc dudit Soucy les murs détruits contenant 120 arpens,
- 50 arpens de terre & bois, 15 de terres, 17 ...
- cens de fiefs dont celui de Bajolet dans le parc ...
Haudry ne veut point entrer en contestation & acceptera un règlement comme bon leur semblera, fait par Bouron.

Le fermier général pour apurer les éventuelles créances sur Soucy fera faire en 1753, une adjudication par décret de son acquisition.

 

 

André Haudry

Généalogie simplifiée des Haudry.

 

André Haudry et Françoise Dantan.

 

André Haudry est veuf de Françoise Dantan depuis 1743. En 1750, il marie sa fille Elizabeth, avec Jean-Baptiste de Monthulé. Jean Baptiste de Monthullé, chevalier, seigneur baron de Saint-Port d'une part & André Haudry, écuier, secrétaire du roy, l'un de ses fermiers généraux stipulant pour sa fille Elizabeth et de feu Françoise Dantan, ladite demeurant avec son père rue Plastrière paroisse Saint-Eustache d'autre part... Monthulé apporte le tiers des biens venant de la succession de sa mère et 365.000 livres. André Haudry apporte 400.000 livres dont une partie en avance d'hoirie.

L'année suivante, Laurent Haudry, fils aîné du fermier général, rédige son testament, malade dans son corps, dans son lit en la maison de son père:
- donne à sa soeur Madame de Monthulé, sa tabatière à portrait et son étui d'or,
- institue mon père légataire universel...

Le château de Soucy devient une résidence secondaire de qualité dans la région. Le fermier général achète la seigneurie de Fontenay en 1751. Il obtient en général ce qu'il désire, ainsi en 1753, l'archevêque de Paris lui permet de célébrer un mariage en la chapelle de Soucy. Je soussigné, prêtre de Saint Sauveur, ai fiancé et marié, François Noel Haudry, directeur des aydes, fils majeur de François Haudry, receveur des gabelles d'Abbeville… et de Marie Antoinette Tétard… Notre fermier général est l'oncle de François Noel Haudry.

La générosité de cet homme se voit par les écrits de Colin, curé de Fontenay:
- en juin 1757, Messire André Haudry, seigneur de cette paroisse, bénévolement et sans obligation de sa part, pour le soulagement du curé, et des habitans a commencé à réparer le choeur et la sacristie de cette paroisse , a augmenté l'un et l'autre d'environ 18 pieds... Messire André Haudry de Souci son fils en présence de mon dit sieur Haudry seigneur dudit lieu...
- Puis l'année suivante, le jours de Pacques, à l'issue de la grand messe, tout le peuple assemblé par ordonnance de l'archevêque de Paris, l'église de Fontenay, réparée considérablement agrandie et décorée par les charités de Messire André Haudry seigneur de Fontenay a été bénie par nos curé suivant le rite de l'église, sous l'invocation de Saint André premier patron et Saint Martin évêque de Tours, second patron... Furent présents à la bénédiction et ont signé avec nous, Messire André Haudry, ..., Messire André (Pierre omis) fils, écuyer, fermier général de sa Majesté, ...

 

André Pierre Haudry et Justine Payneau.

 

C'est à cette époque qu'il acquiert ses titres de noblesse. Nous arrivons en 1763, André Haudry marie son fils André Pierre avec Justine Victoire Payneau. Le document est mentionné sur le répertoire du notaire mais existe-t-il ? En effet, suite à la faillite d'André Pierre, les documents concernant cette famille ont tous été retirés des liasses de ce notaire.

André Haudry vieillit, âgé de 76 ans, il achète la terre et seigneurie de Janvry et la même semaine rédige son testament. Ce dernier, comme il vient d'être dit est absent des liasses du notaire. Une chance pour nous, il a été retranscrit dans un registre de justice. Nous André Haudry, écuyer ...., ce que je peux faire de mieux pour conserver la paix dans ma famille, .... au nom du père, du fils, ... je recommande mon âme à Dieu ...
- je désire que mon corps soit mis dans un cercueil de plomb, porté et inhumé en la chapelle Saint Eloy du château de Soucy, à gauche en entrant dans le choeur de la chapelle , sans pompes funèbres, tant à Paris qu'à Soucy,
- je déclare pour la plus grande édification de mes enfans que la fortune que je pourrai laisser sera pure et noble, le fruit du travail de plus de cinquante années dans les seules fermes du roy...
- Mes enfans sont nés d'une mère sage et vertueuse que j'ai eu le malheur de perdre il y a 19 ans, ... Avec cette femme j'ai eu un assez grand nombre d'enfans dont deux me restent, scavoir André Haudry a qui il a plu au roy d'accorder la ferme générale où j'ai travaillé, et Elizabeth Haudry épouse de Mr Monthullé... J'ai perdu un fils aisné
(Laurent) de celui d'aujourd'hui, qui m'a fait son légataire universel...
- D'après l'acquisition que je viens de faire des terres de Janvry et Bligny qui joignent de toute part cette terre de Soucy et Fontenay, je crois devoir faire les dispositions suivantes dans lesquelles je n'aurai d'autre vue que la justice... Je délaisse tous mes biens à mes biens à mes deux enfants pour être partagés entre eux, mais je désire que la postérité masculine reste pour Soucy, Fontenay & Janvry ; à cet effet j'ordonne qu'elles entreront dans le lot de mon fils pour un 1.000.000 de livres, scavoir 625.000 livres pour Soucy et Fontenay, 375.000 livres pour Janvry, sans que ma fille ne puisse rien prétendre sur ce choix, soit comme mon héritière, soit comme héritière de sa mère... Pour ne pas léser ma fille je lui lègue Seynel...
... Les terres de Soucy et Fontenay réunies en un seul corps de terre sous le titre de châtellenie que j'ai fait érigé par lettres patentes...
.... au cas où les héritiers contesteraient mes intentions et dans ce cas seulement je lègue à l'hôpital de Paris 400.000 livres à prendre sur la part du contestataire, me manquant de respect pour la conduite que j'ai eu d'eux de ne pas me remarier et de continuer la communauté avec eux pour ne rien distraire à leur préjudice.
Suivent des legs particuliers ...
fait au château de Soucy le 16 octobre 1764. Ecrit sur l'enveloppe: Testament d'André Haudry qui sera déposé chez Bioche.

Un manuscrit de la B.N. dit d'André Haudry " Il regrette beaucoup la mort de sa femme, car c'étoit un mariage le plus uni qui soit parmy les financiers qui donnent presques tous dans le goût d'avoir beaucoup de maitresses."

En 1766, le seigneur de Soucy, André Haudry écuyer, secrétaire du roy, seigneur de Soucy, Fontenay, Janvry rend hommage du fief de la Brosse à Guillaume de Lamoignon.

Fin 1769, André Haudry décède son testament est déposé et absent des minutes du notaire. Début 1770, il en est de même de son inventaire après décès.

 

Pierre tombale d'André de Soucy.

Guilhermy qui a visité l'église de Fontenay après la Révolution cite: Un porche en charpente abritait une porte percée dans le mur méridional de l'église. On y voyait employée en dallage la tombe de messire André Haudry, écuyer, seigneur de Soucy, Fontenay, Janvry et autres lieux, secrétaire du roi et fermier général, mort à Paris en 1769, âgé de 81 ans, présenté à Saint-Eustache sa paroisse, et transporté ensuite à Fontenay. L'épitaphe rédigée en français; des ossements et une tête de mort couronnée de lauriers servait d'accessoire au texte. Cette pierre provient de la chapelle de Soucy si l'on se réfère au testament du défunt. Aujourd'hui, elle se trouve dans le cimetière de Fontenay et aurait besoin de quelques restaurations.

À cette période, dans les mémoires de Madame Roland (1), nous trouvons Jean Baptiste Besnard régisseur du domaine de Soucy et sa femme Marie-Louise Rousset, grand-tante de cette dame. Ce couple l'avait accueili avec sa mère à Fontenay. Le vieil Haudry, artisan de sa fortune, était mort; il avait laissé de grands biens à un fils qui, né dans l'opulence, devait les dissiper. Ce fils, déjà veuf d'une femme charmante, faisait beaucoup de dépenses et passait, suivant l'usage des gens riches, quelques moments de l'année au château de Soucy, où se transportait avec lui la manière de vivre de la ville... Il y avait logé un notaire, un régisseur et il engagea Mr et Mme Besnard à y prendre un appartement où ils passassent une partie de la belle saison (appartement dans le château de Fontenay) ... Ses folies avec la courtisane Laguerre préparaient sa ruine (2) .

 

André Pierre Haudry

En 1765, extrait du registre des baptêmes de la paroisse Saint-Eustache, notons la naissance d'André Haudry, fils d'André-Pierre et de Justine Victoire Payneau, le parrain Jean-Baptiste de Montullé, la marraine Adélaïde Payneau.

Deux mois après de décès d'André Haudry a lieu le partage de la succession, entre André Pierre et sa soeur Elizabeth Françoise, seuls héritiers chacun par moitié du défunt leur père. Comme pour la plupart des documents, la minute est inexistante dans la liasse du minutier central. On peut penser que ses enfants s'en sont tenus à son testament.

Certains documents de la famille Haudry ne les concernant pas directement ont été laissés dans les liasses, notamment les legs du père au personnel ainsi:
- André Pierre Haudry, écuyer, seigneur de Soucy, ..., lequel voulant donner à Louis Dumont, cocher de feu André Haudry, écuyer, secrétaire honoraire de sa majesté, ancien fermier général, père dudit comparant lui, des preuves de satisfaction, lui verse 300 livres d'une année de gages et 200 livres de rente de pension viagère.
- Il procède de même avec Busle et Vaudez domestiques , convertit le legs de 150 livres d'une année de gages en 150 livres de rente jusq
u'au jour du décès dudit Vaudez.

À la même époque, il a quelques besoins de liquidités: André Pierre Haudry, écuyer seigneur de Soucy, Fontenay Janvry, l'un des fermiers généraux de sa majesté, demeurant à Paris rue du Boulois paroisse saint-Eustache, constitue à Jean Antoin Huet, bourgeois de Paris une rente 500 livres de rente au denier 20, sur ses meubles, moyennant 10.000 livres que ledit Haudry reconnait avoir reçu; ladite rente rachetable. La fin de l'acte est le remboursement en 1778.

En 1779, nous voyons apparaître la manufacture de bas de Soucy: le sieur Jozein reconnait avoir en sa possession les métiers, ustanciles, approvissionnements pour 17.965 livres.

André Pierre Haudry commence sa carrière de fermier général en tant qu'adjoint de 1756 à 1768 , puis de 1768 à 1781, comme fermier général .

Une chronique spécifique sera consacrée d'une part à la vie locale à Fontenay et d'autre à la danseuse Marie Joséphine Laguerre qui a contribué à sa perte.

Côté artistique, Haudry de Soucy était l'un des plus fermes soutiens du "concert des amateurs" qui se tint tous les mercredis à l'hôtel Soubise de 1770 à 1781. La ruine décrite ci dessous mit fin aux réunions de cette société, passionnée de musique, qui rétribuait les artistes par une souscription faite entre les associés. Sa bibliothèque à cette date comprenait 2470 volumes vendus en juillet.

À Fontenay, le seigneur de Soucy possède un fief appelé Saint Mery. De cet état de fait, en 1779, il s'est présenté à Philippe de Noailles, duc de Mouchy, pour porter la foi et hommage de ce fief relevant du marquisat d'Arpajon... L'intérêt de cet acte est l'origine de propriété qui remonte jusqu'aux chanoines de Saint Mery au XVIe siècle.

Signalons un des derniers actes du seigneur de Soucy en 1780, le bail de la ferme de Marivaux.

Arrive l'année 1781. Il paroît constant que M. Haudry de Soucy, fermier général, fait une banqueroute décidée. Mlle Laguerre n'y a pas peu contribué, & n'a pas pris cet amant en traître. Elle lui a déclaré qu'elle ne lui donnait pas plus de deux ans; elle lui a dit que l'exemple du duc de Bouillon devait l'instruire. Il n'a pas voulu en profiter; elle a travaillé en conséquence; & quand il n'y eu plus rien à lui donner, elle le mit ensuite à la porte.

Le détail de cet abandon volontaire est décrit dans un acte qui a dû servir de brouillon aux créanciers , et qui, de ce fait est resté dans les minutes. Ce document est consultable par dérogation vu son état, la couverture consiste en un vieux parchemin, et porte le titre abandonnement, union & délibérations, nous apprend ce qui suit:
André Pierre Haudry, écuyer seigneur de Soucy, Fontenay les Briis, Janvry, Muleron, étant l'un des fermiers généraux de sa majesté, demeurant rue saint-Lazare paroisse saint-Pierre de Montmartre, d'une part, suit une liste de personnages importants, dont son beau-frère Jean-Baptiste de Montullé Antoine Verguin, valet de chambre dudit Haudry, Thomas Debret, cocher au service dudit Haudry, le portier du deffunt Haudry père, s'étalant sur sept pages.

Mr Haudry explique que l'acquisition en 1772 d'une habitation considérable à Saint Domingue et les dépenses nécessaires pour la mettre en valeur, la guerre existant qui lui enlève l'espérance de retirer avant la paix le produit de cette habitation, et les dépenses dans ses terres et dans la maison qu'il occupe à Paris, lui ont fait contracter des engagements qu'il est dans l'impossibilité de répondre.

 

Isle à vache Saint-Domingue 1742 .


Que ces circonstances connues, avec la majeure partie des créanciers, ont tellement altéré son crédit et par de l'emprunt, il a épuisé toutes ses ressources pour renouveler le bail des fermes générales,
Depuis le mois de janvier dernier il s'est occupé du bien général de ses créanciers, mais ses créanciers notamment ceux qui lui ont prêté pour le bail des fermes ont réclamé leur payement.
Qu'il a été formé une saisie réelle de ses immeubles et une saisie de ses meubles, ainsi qu'une demande en préférence au Châtelet, évoquée à la cour et actuellement pendante.
Dans ces circonstances, le sieur Haudry pour satisfaire ses créanciers et les rendre arbitres de son sort propose de leur faire un abandonnement général & définitif de ses biens et de se réduire à une pension qu'ils voudront bien déterminer pour sa subsistance et celle de ses enfants.
Les créanciers après avoir pris en considération la demande du sieur Haudry, ont reconnu que l'abandonnement qu'il propose et l'union des créanciers sont les seuls moyens pour conserver au sieur Haudry une partie de sa fortune. Ils arrêtent ce qui suit:
- l'actif monte à 5.804.026 livres,
- le passif à 6.344.038,
- le sieur Haudry abandonne tous ses meubles, bijoux .... à Paris et à Soucy, et partout où il pourrait s'en trouver,
- le sieur Haudry se réserve la moitié du bénéfice du bail des fermes générales.
- Les créanciers percevront le revenu des terres de Janvry, Soucy, Fontenay, ..., Saint-Domingue
- également le prix à provenir de la terre de Janvry,
- également le prix de la maison qu'il occupe,
- les revenus de Soucy, Fontenay tant qu'il aura droit d'en jouir sont grevé de substitution en faveur de son fils,
- vente des parties libres à Soucy & Fontenay,
- vente de son habitation à Chantilly en l'isle de Saint Domingue, nègres, bestiaux et ustancilles étant en ladite habitation.
Après cet abandonnement le sieur Haudry requiert:
- que les créanciers s'unissent entre eux pour agir en nom collectif, et faire cesser les poursuites engagées;
- de renoncer à exercer des contraintes par corps contre lui;
- de faire main levée des saisie entamées;
- de lui accorder une pension sur le revenu de ses biens pour sa subsistance;
- de gérer tout les biens et déposer en séquestre les revenus,
- de faire régir et administrer l'habitation de saint Domingue, ..., vendre les marchandises,
- de faire la vente des meubles de Paris et Soucy, de la maison de Paris, de la terre de Janvry et parties libres de Soucy, de l'habitation de Saint Domingue;
Les créanciers s'unissent, renoncent à agir à titre particulier contre Haudry, ils nomment cinq sindics. Perier notaire conservera les actes.

1°) actif

- Chantilly au fond de l'isle à vaches, sud de Saint Domingue, elle contient environ 800 arpents de terre et fut estimé par expert lors de l'adjudication en 1774 à 1.000.000 de livres, argent de France. Depuis les plantations de cannas ont été augmentées ainsi que le nombre des nègres, qui est de 240 têtes, le produit 1779 a été de 300.000, et sera porté à 500.000 d'ici deux à trois ans, le revenu sera de 150.000. Possibilité en augmentant les forces en bras de produire 900.000 de sucre. L'estimation supérieure à 1.200.000 livres
- Terre de Janvry, son revenu produit 18.000 livres provenant de fermes. Tous les bâtiments sont dans les meilleurs états, les bois sont beaux. Augmentation des bois de 100 arpents depuis la mort d'André Haudry. Le château vient d'être réparé et embelli dans les dedans par Mr de Boisseul locataire. Il y a un château neuf bien distribué avec un enclos de murs de 18 arpents en bois vignes et potager planté d'arbres fruitiers et à côté d'une ferme, laquelle et ce château pourroient être détachés de la terre de Janvry. Estimation de la terre 700.000 livres.
- Terres d
e Soucy & Fontenay, elles ont été érigées en châtellenie, et produisent un revenu de 36.000 livres. Mr André Haudry les a substituées en faveur de son petit fils, et ses descendants, son fils les a considérablement augmentées , depuis sa mort il a fait de nouvelles acquisitions pour 250.000 livres , on estime l'usufruit avec les biens libres à 800.000 livres.
- Hotel de Gamache ... estimé 450.000 livres,
- Meubles à Paris, 96000 livres.
- intérêt de 26.000 livr
es sur le vaisseau Ajax, de 10.000 livres sur le vaisseau les trois amis, et de 30.000 livres sur le vaisseau le Brisson.
- À Soucy meubles bibliothèque, chevaux vases du parc,, bois ... 90 000 livres.
Soit un total de l'a
ctif de 5.804.026 livres.

2°) Passif
- Emprunt en capital pour la ferme générale 1.560.000 réalisé en totalité par 30 prêteurs.
- Obligations avec hypothèques 1.322.000 livres
- Rentes perpétuelles 1.589.000 livres plus 85.000 livres (sous seing privé)
- rentes sur billets sous seing privé 1.337.396 livres.
- sommes diverses dues à des marchans, entrepreneurs ... 112.600 livres,
- sommes dues pour les bâtiments, à Paris 170.000 livres , à Soucy 17.800 livres.
Reprise privilégié des enfants Haudry: dot à Madame de Soucy 30.000 livres, 6.000 livres de rente du contrat de mariage 120.000 livres.
Soit un total du passif de 6.344.038 livres, et donc une dette de 540.012 livres.

L'année 1781, verra:
- une première réunion des syndics,
- la révocation du procureur nommé lors de la création et son remplacement par celui d'Haudry.
- des créanciers qui viendront allonger la liste des prêteurs et fournisseurs non payés. Ils sont de conditions plus modestes.
- la nomination de François Grignon de Blaincourt, intéressé dans les affaires du roi demeurant à Paris rue de Cléry, paroisse Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, au nom et comme fermier judiciaire des biens cy après à lui adjugés par arrêt de la cour de parlement en date du 11 juillet dernier. Il loue pour trois ans à Thibaud Leduc marchand demeurant à Fontenay, c'est à savoir une maison sise audit lieu servant d'auberge où est actuellement Chevalier chaircuitier, au bout de l'avenue dudit lieu, contenant quatre petits espasses, cave au dessous, chambre haute au dessus. le quart de la dixme de vin, bail moyennant...
- Un compte de situation de la manufacture de bas à Soucy, fait entre Michel Jozein chargé de la conduite de l'usine et André Pierre Haudry.
- La location du château de Janvry au vicomte de Boisseultz, écuyer. Il est présent à un mariage d'une demoiselle demeurant au château.

Notons la vente de Janvry par les créanciers en 1784 pour 450.000 livres

En 1789, le notaire Périer prend sa retraite et c'est Lefèvre de Saint-Maur qui reprend l'étude et la tenue du séquestre.

À suivre...

 

 

Notes

(1) Mémoires de Madame Roland publié par C.Perroult 1905.

(2) Aventurières et courtisanes par Roger de Beauvoir 1880.

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